- Le mouvement loyal qui se met sur pied à compter de 1833 se distingue des formes qui l‘avaient jusque là précédé et, au premier chef, sur le plan de l‘organisation. En 1810, 1822 ou en 1827 on avait bien assisté à la naissance spontanée de mouvements dotés d‘un programme, d‘un solide membership et de certains moyens de diffusion et de promotion idéologique, sauf qu‘on fonde désormais des organisations permanentes, structurées et hiérarchisées et qui allaient assurer au mouvement loyal une continuité institutionnelle et idéologique jusqu‘au lendemain des troubles de 1837-1838. Entre 1833 et 1838 le mouvement loyal n‘en connaît pas moins de fortes fluctuations dans son intensité, fluctuations en partie commandées par l‘agenda politique et, au premier chef, l‘agenda du mouvement rival, celui du parti patriote. Postulons donc que : Les Associations constitutionnelles de Québec (QCA) et de Montréal (MCA) forment le noyau autour duquel gravitent la plupart des activités de caractère loyal (comités électoraux, associations nationales, groupes paramilitaires) entre 1833 et 1838.
- Le mouvement subit l‘effet de la conjoncture politique et se trouve en particulier en rapport dialectique avec ce qui se produit en même temps du côté patriote.
- Les initiatives prises à Québec et Montréal se retrouvent généralement ailleurs au Bas-Canada quoiqu‘à échelle moindre et avec un certain décalage.
- Ces postulats font en sorte que l‘adhésion d‘un individu ou d‘une communauté au mouvement loyal doit être envisagée à l‘intérieur d‘une scénographie assez clairement fixée. L‘implication publique d‘une individu ou d‘une communauté doit ici être évaluée en tenant compte de la conjoncture. Participer à une assemblée loyale en octobre de 1834 alors qu‘il n‘est encore question que de gagner des élections n‘a pas le même sens ni la même portée qu‘en janvier de 1835 alors que des associations constitutionnelles sont mises sur pied en vue clairement d‘emprunter d‘autres voies et à d‘autres fins. De la même manière, exprimer son loyalisme en décembre de 1837 n‘a déjà plus la même portée puisqu‘à cette heure il est surtout question de se soustraire à la répression. Par conséquent, avant d‘envisager le rôle de tel ou tel individu loyal il est bon de se familiariser avec le contexte où chacune de ses actions ont pu se dérouler. Ces quatorze étapes ont été établies à partir d‘événements généralement rapportés par les journaux d‘époque. Reste qu‘une bonne évaluation de l‘agenda loyal doit aussi prendre en compte ce qui se déroule en même temps du côté patriote.
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- Avant 1834, le mouvement patriote est à la fois plus sporadique et davantage centré sur la stratégie parlementaire. Il faut cependant souligner l‘exception de 1827 et la crise sous Lord Dalhousie.
- Le mouvement connaîtra deux moments forts sous l‘angle de la mobilisation. D‘abord le printemps 1834, alors qu‘il est surtout question de donner son appui aux 92 Résolutions et de former des comités de paroisses et de comtés, ensuite à l‘été de 1837, alors qu‘on dénonce les Résolutions Russell et qu‘on prend des mesures parfois radicales afin de marquer sa désapprobation.
- Entre 1827 et 1837, la tendance est à la radicalisation avec des pause momentanées, en particulier en 1831 (loi Wilmott Horton) et surtout à l‘automne de 1835, avec les promesses faites par le nouveau gouverneur Gosford.
- De la même manière, de 1827 à 1837, l‘érosion au sein du leadership patriote est constante. À mesure que le ton monte et que les revendications deviennent plus incisives, les seigneurs, les leaders de la ville de Québec, puis des marchands, des commis de l‘État et enfin la plupart des anglophones qui appuyaient jusque-là le mouvement, le quittent pour le camp adverse.
- Disons que, du côté patriote, la tendance est de moins en moins compter sur une stratégie parlementaire et de plus en plus sur la mobilisation des masses paysannes. D‘abord parce que la Chambre ne siège presque plus, en tous cas de moins en moins, puis parce que les institutions politiques, surtout à compter de 1837, sont largement désavouées dans leur ensemble par l‘intelligentsia patriote.
- Bien évaluer l‘ampleur d‘une implication relève du cas par cas. Disons cependant que d‘être SIGNATAIRE à une PÉTITION ne signifie pas grand chose; ils sont des milliers à le faire. Être PRÉSENT à une ASSEMBLÉE est déjà mieux. Être soit PROPOSEUR, soit SECONDEUR à une ASSEMBLÉE est mieux encore. Y être SECRÉTAIRE, PRÉSIDENT, DISCOURS ou HÔTE témoigne en général de la notabilité ou de la respectabilité d‘un individu. Être COMITÉ (x) à une NOMINATION (sic) est un fait très significatif (le chiffre entre parenthèses désigne le nombre de personnes nommées sur ce comité). Cela témoigne de l‘implication d‘un type dans l‘organisation du mouvement. Il participe donc peut-être à des réunions de comité dont nous n‘avons pas de compte-rendu.
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