Les Patriotes de 1837\@1838
 
 ANALYSE 
Le Québec de 1910. Contexte historique quand Henri Bourassa entreprend son discours pour la défense du français lors du 21e congrès eucharistique de Montréal.
Depuis le 12 septembre 2011

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Montréal, samedi 10 septembre 1910.

Le Québec compte alors deux millions d‘habitants, la plupart vivant d‘agriculture, agrippés à ce pays défriché depuis 300 ans. Mais ces Québécois font alors l‘expérience du déracinement et de l‘humiliation nationale. 

Le recensement de 1911 nous apprend ainsi que le Québec vit un grand dérangement et que ses campagnes se vident littéralement.  On réalise alors l‘échec du grand rêve de la colonisation, sorte de Plan Nord alors présenté par le gouvernement libéral comme une panacée. À peine mise en culture, les terres de Matapédia, du Témiscaminque et du Témiscouata sont abandonnées, laissées en fiche, parfois dès la première génération.

Mais où vont donc tous ces gens ?

Ce que le recensement de 1911 nous apprend c‘est que les Québécois se ruent vers les nouvelles villes industrielles, et au premier titre à Montréal dont la population quintuple entre 1860 et 1910, dépassant alors 800 000  âmes.  Un véritable mouroir d‘ailleurs à l‘époque; au porte de la crise humanitaire : dysentrie, typhoïde, tuberculose.  Montréal où meurt bon an mal an plus d‘enfants qu‘il en nait.  Montréal, ce « Chancre de débauche» disait Mgr Bruchési, «où les âmes les plus pures se perdent irrémédiablement.»

Mais ce que le recensement de 1911 nous apprend surtout est que si le Québec compte bien deux millions d‘habitants, deux autres millions en sont originaires mais n‘y vivent plus : dispersés, écartelés, vaporisés, de Winnipeg à Boston. La plus cruelle saignée démographique depuis la Conquête.
Ils sont alors des milliers à Hearst, Saint-Bonifaste, Sudbury, Portage-La-Prairie, Hawksbury, Cornwall, Pembrooke, en Ontario, au Manitoba et en Saskatchewan. Ils sont encore plus nombreux à Lowell, Marquette, Manchester, Woonsocket; dans le Michigan, le Massachussett et le Rhode Island.

Partout l‘assimilation bat son plein.  Et Henri Bourassa le sait très bien, lui qui sillonne les routes d‘Acadie et de Nouvelle-Angleterre, sa pile de Devoir sous le bras, afin de revivifier ces rameaux étriqués de la FrancoAmérique. En 1871 le Nouveau-Brunswick abolit l‘enseignement public en français.  Le Manitoba suit trois ans plus tard, puis l‘Alberta et la Saskatchewan, né en 1905 dans un unilinguisme jubilatoire, même si elles comptent pourtant 20 p. cent de francophones. 

Reste encore l‘Ontario !  Le sanctuaire des Francophones de l‘Ouest.  Là où l‘essor minier aurait été impossible sans l‘apport de milliers de familles venues du Québec.  La moitié des francophones hors Québec y vivent en 1910, au point où ce nord ontarien est devenu leur seconde patrie; un pont tendu entre le Québec et le peuple métis de l‘Ouest.

Pas pour longtemps.  Dès 1912, l‘odieux règlement 17 lamine les droits scolaires des francophones et engage le cycle de l‘assimilation dont les franco-ontariens ne sortiront plus.

Dispersés donc, écartelés entre cinq provinces et deux pays, à la grandeur de l‘Amérique, au risque de s‘évanouir, abandonnés. Car aucun gouvernement ne les représente.  Et surtout pas celui de la Province de Québec, alors contrôlé par les multinationales anglo-américaines et les amis du parti libéral du Québec déjà au pouvoir depuis treize ans.  « J‘aime mieux importer des capitaux américains que d‘exporter des travailleurs québécois »  se plaisait à dire Lomer Gouin.  N‘empêche.  Le Premier ministre du temps a beau abaisser les droits de coupe et inaugurer une usine de pates & papiers par année, les familles québécoises quittent alors le Québec par dizaines de milliers.

 « Nous ne sommes qu‘une poignée, c‘est vrai; mais nous comptons pour ce que nous sommes, et nous avons le droit de vivre. »

Mais il y a plus grave encore.  En 1910 les franco-catholiques doivent accepter le choc d‘une des pires vagues de racisme de leur histoire.  Le mouvement orangiste ou impérialiste avait déjà pendu les patriotes en 1837, éradiqué le peuple métis avec une insoutenable cruauté avant de s‘attaquer méthodiquement, dans chaque province, aux droits des francophones et des catholiques. 
« We Hold the Vaster Empire that Has Never Been » disait alors un timbre canadien unilingue.

En 1910, la frénésie impérialiste canadian atteint une sorte d‘apogée.  Enhardie par l‘écrasement du valeureux peuple Boers en 1900, satisfait d‘avoir expurger l‘Ouest canadien du sang québécois, elle s‘apprête en 1910 à chasser Wilfrid Laurier du pouvoir et à mettre à sa place l‘un des siens : le conservateur Robert Borden, qui emboite immédiatement le pas derrière l‘Angleterre impérialiste, en attendant les massacres et les torrents de sang de la Première Guerre mondiale.

Étrangers en leur propre pays, les Québécois ne l‘ont jamais autant été qu‘en ces jours sombres de 1910, alors que Charles Gill écrit à un ami (Montréal, 1910) :

Le soleil se couchait; dans une poussière d‘or passait la foule cosmopolite.  Ce soleil au couchant, cette rue que j‘avais vue il y a vingt ans toute française, cette foule composé de races hostiles à notre étoile, la diversité des langues, notre race représentée là surtout par ses prostitutées de douze ans et ses jeunes ivrognes, tout cela me frappa.  Nous étions demeurés près de la vitrine; j‘attirai Albert Ferland jusqu‘au bord du trottoir; d‘un geste je lui montrai le soleil et de l‘autre la foule : regardez Ferland, lui dis-je, regardez mourir le Canada français.

Pas étonnant donc qu‘ils se soit tournés vers leur église. Pas étonnant qu‘ils aient été prêts à remettre tout entier leur destin entre ses mains : « La foi gardienne de la langue, la langue gardienne de la foi. »  Bourassa sait bien que l‘identité et la culture du Québec ne risquent pas d‘être défendu ni à Québec et, ni à Winnipeg, ni à Burlington, encore moins à Ottawa ou Washington. C‘est dans les séminaires, les couvents et les écoles de rangs qu‘est alors assurée la survie nationale.  Et d‘abord au sein de cette famille canadienne-française, objet de toutes les attentions du tribun. Dans un tel contexte, arriver à perpétuer la langue et les usages de nos pères était littéralement une affaire de foi et de sacrifice.  Nulle loi, nul ministère, nul financement public pour assurer la vitalité... 

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Abréviations



(B) (M) (S) (dans les notes) Baptême, Mariage, Sépulture

AF Aegidius Fauteux, Les Patriotes de 1837-1838 (1950)

ANC Archives nationales du Canada

ANQH Archives nationales du Québec à Hull

ANQM Archives nationales du Québec à Montréal

ANQQ Archives nationales du Québec à Québec

AO Archives d'Ontario

AQHP Association québécoise d'histoire politique

ASN Archives du Séminaire de Nicolet

ASQ Archives du Séminaire de Québec

ASSH Archives du Séminaire de Saint-Hyacinthe

ASTR Archives du Séminaire de Trois-Rivières

BAC Bibliothèque et Archives du Canada

BAnQ Bibliothèque et archives nationale du Québec

BH Beaulieu, André et Jean Hamelin, dir, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973-1990, 10v

BHP Bulletin d'histoire politique

BMS Baptêmes, mariages, sépultures

BRH Bulletin des recherches historiques.

CAN Le Canadien (Québec)

CANJ Canadian Antiquarian and Numismatic Journal

CB Catalogue of Books being the complete Library of late Hon L-J Papineau vendus lors d'un encan public en mars 1922, par les frères Fraser, [Montréal, 1922]

CHRISTIE William Christie, History of the Late Province of Lower Canada (Québec, 1841)



CP Chronologie parlementaire, tome 1 1791-1867 (doc inédit), Service de recherche, Bibliothèque de l'Assemblée nationale, décembre 1995

CRLG Centre de recherche Lionel-Groulx

DAF Dictionnaire de l'ancienne langue françoise et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle, par Frédéric Godefroy, 10 v, Paris, 1881-1902

DBC Dictionnaire biographique du Canada, 14 v, Québec, PUL; Toronto, UTP

DC Dictionnaire biographique du clergé canadien-français, par J-B-A Allaire; Les anciens; Montréal, Imprimerie de l'École Catholique des Sourds-Muets, 1910

DD Dictionnaire de droit québécois et canadien, avec lexique anglais-français, par Hubert Reid, 2e tirage, revu et corrigé, Montréal, Wilson & Lafleur ltée, 1996

DNB Dictionary of National Biography, London, Smith, Elder, & Co, 1885-1900

DPQ Dictionnaire des parlementaires du Québec, 1792-1992, PUL, 1993

ED Encyclopaedic Dictionary, edited by Robert Hunter, 4 v, Philadelphia, Syndicate Publishing Company, 1894

GPF Glossaire du parler français au Canada, Québec, PUL, 1968 [1930]

ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

MD Lovell's Montreal Directory



ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

L'AMI L'ami du peuple, de l'ordre et des lois (Montréal)

LIB Le Libéral (Québec)

MC Morning Courrier (Montréal)

MD Lovell's Montreal Directory

MD The Macmillan Dictionary of Canadian Biography, Toronto, Macmillan of Canada, 1985 [1978]

MG 24 B125 Comité de correspondance de Montréal

MGZ Montreal Gazette

MIN La Minerve (Montréal)

MS Mississiquoi Standard (Frelighburg)

MTL HERALD Montreal Herald

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed, prepared by JA Simpson and ESC Weiner, 20 v, Clarendon Press, Oxford, 1989

RHAF Revue d'histoire de l'Amérique française

SHM Société historique de Montréal 

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed,  20 v, Clarendon Press, 1989

QG Quebec Gazette

QM Quebec Mercury

RG. Register Group. Archives publiques du Canada (Ottawa)

SJ Stanstead Journal (Stanstead)

VIND The Canadian Vindicator (Montréal)


Consultez les journaux d'époque conservés à la BAnQ

L'Ami du peuple, de l'ordre et des lois, 1832-1840 (Montréal)
Le Canadien, 1806-1909 (Québec)
Le Courier de Québec, 1807-1808
L'Écho du pays, 1832-1836 (Saint-Charles-sur Richelieu)
Le Fantasque, 1837-1849 (Québec)
La Gazette des Trois-Rivières, 1817-1822
Le Glaneur, 1836-1837 (Saint-Charles-sur-Richelieu)
Le Libéral / The Liberal, 1837 (Québec)
La Minerve, 1826-1899 (Montréal)
Le Pays, 1852-1869 (Montréal)
Le Populaire, 1837-1838 (Montréal)
Quebec Mercury, 1805-1903
La Quotidienne, 1837-1838 (Montréal)
Le Spectateur canadien 1813-1829 (Montréal)
The Vindicator, 1828-1837 (Montréal)

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