Les Patriotes de 1837\@1838
 
 ANALYSE 
Le tabou de la violence à propos des rébellions de 1837-1838
Depuis le 22 novembre 2010

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François Deschamps
Tribune libre de Vigile, lundi 22 novembre 2010
http://www.vigile.net/Le-tabou-de-la-violence

Les références au passé et le sens de l’histoire ne semblent pas des valeurs que l’effervescence médiatique met d’ordinaire à l’avant-plan dans ses façons de procéder. Aussi faut-il saluer l’effort de synthèse des « Rébellions de 1837-1838 » de Clairandrée Cauchy que publie Vigile dans son édition du 21 novembre. Elle illustre la nécessité de procéder à des rappels historiques en vue de préciser dans quelle mesure les débats contemporains peuvent être placés dans une perspective temporelle.

Outre Séguin, l’auteur s’appuie principalement sur la thèse du « complot bureaucrate » défendue naguère par Gérard Filteau, lequel reprenait en l’étayant les propos mêmes de Papineau et O’Callaghan sur le caractère défensif et de légitime défense de la révolte paysanne. On discerne en fait dans le texte de Cauchy la même réprobation tacite de la violence comme moyen de dénouer les crises politiques dans la mesure en tout cas où l’auteur veut prouver que les véritables instigateurs du basculement du conflit dans la violence armée seraient les Britanniques seuls. En ce sens, ce texte rejoint le courant historiographique québécois dominant, de Garneau à Fernand Dumont en passant par le chanoine Groulx jusqu’aux productions plus récentes comme celles de Gilles Laporte et Bruno Cyr.

Or, fait à souligner, cette espèce de tabou interdit de penser ce qui s’est effectivement passé en novembre 1837. On s’en tient généralement au thème rabâché du ralliement de dernière minute des forces loyales à Montréal. Le mémoire de maîtrise à l’Uqàm que j’ai complété sur « le Montreal Herald et la thèse de l’unité d’action du gouvernement en novembre 1837  » dans le district de Montréal invite plutôt à soumettre l’hypothèse peu révérencieuse d’une mutinerie de la caste militaire et de la faction radicale tory de Montréal à l’endroit du « gouvernement ». Dans ce qui suit, je présente quelques éléments de réflexion autour de thèmes qui m’apparaissent problématiques.

Les mots passe-partout

Le fait de caractériser la polarisation du conflit politique québécois sous l’angle de l’origine ethnique et de l’allégeance à la Couronne britannique est en soi parfaitement légitime, mais insuffisant. Avant de recourir à certains mots passe-partout, tels « Britanniques » et « Bureaucrates », on devrait procéder auparavant à des analyses un peu plus fouillées, quitte à remettre en question ses propres présupposés.

En ce qui a trait au premier, ma recherche m’a conduit à postuler qu’en dépit des prétentions des rédacteurs du Montreal Herald de parler justement au nom de tous les Britanniques installés au Québec, au cours des années 1835-1837, l’oligarchie radicale tory ne représentait, à l’intérieur de l’Association constitutionnelle de Montréal, que « la minorité de la minorité ». Depuis la défection des membres libéraux autour de Adam Ferrie en mai 1836, un schisme a durablement affecté ce qu’un journaliste du Vindicator a appelé le « Moffatt Club ».

À la veille du basculement dans la violence armée, le journal radical tory garde les traces des réticences des citoyens britanniques de Montréal à suivre à l’aveuglette les porte-parole de la faction ultra-tory. La mobilisation générale des civils ne survient qu’après la reculade des habits rouges à Saint-Denis.

Pour ce qui est de l’épithète « Bureaucrates », il est instructif de noter qu’Adam Thom lui-même n’a cessé au cours de ces années de contester l’amalgame auquel a procédé la propagande patriote. Les « Bureaucrates », pour lui, ne sont que les officiers de la Couronne (en particulier le procureur général exécré C. R. Ogden), les fonctionnaires impériaux et les Canadiens installés à tous les échelons de la magistrature ou les postes de commande à l’Exécutif par rapport auxquels les magistrats tory et les membres du Doric Club sont en opposition frontale. Au cours de la période 1834-1837, l’idée attribuée à Séguin que l’oligarchie britannique aurait été « soutenue par Londres, installée dans le Conseil exécutif et le Conseil législatif et entourant le gouverneur » est tout simplement un contresens.

Effets collatéraux de la politique de conciliation

Aux yeux des rédacteurs du Montreal Herald, une « conspiration » réformiste aurait même été orchestrée par le cabinet Melbourne à Westminster. Elle avait en vue le raccordement souterrain du parti patriote et de l’aile patriote modérée jouissant des faveurs du patronage impérial. À cet égard, on mésestime à mon avis l’un des effets collatéraux de la politique de conciliation au cours des années 1830 : à l’instar du fractionnement du groupe homogène anglo-saxon, on assiste en effet à partir de 1834 à la scission du bloc compact que formait le parti patriote en une branche majoritaire (progressiste) et une branche minoritaire (conservatrice). Or, les nominations auxquelles procède le gouverneur Gosford en août 1837 au Conseil législatif laissaient justement présager, au grand dam des radicaux tory de Montréal, le spectre d’une collaboration parlementaire entre la Chambre d’Assemblée et ce Conseil où les Canadiens sont désormais prédominants.

Papineau à la croisée des chemins

Peu avant la création des Fils de la liberté, le chef Papineau se trouvait ainsi à la croisée des chemins. Certes, la stratégie d’obstruction parlementaire qu’il suit s’insère parfaitement dans la grande tradition politique anglaise ; mais en refusant de saisir au vol l’opportunité de la voie parlementaire dans la résolution de la crise qui perdure, il s’engageait lui-même et son parti sans retour sur le chemin périlleux de la désobéissance civile en continuant notamment d’avaliser la tenue d’assemblées « illégales ». Dans la perspective même du constitutionnalisme anglais bien compris, il ne lui restait plus, dès lors, que trois options : l’emprisonnement sous le chef d’accusation de haute-trahison, la résistance armée ou la fuite, forme plus ou moins déguisée d’ostracisme. Il ne semble pas exagéré de dire que des trois - par manque du sens de la « prévision » dira Sabrevois de Bleury -, Papineau a été contraint à la moins glorieuse.

Il est au moins ironique... 

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Commentaire
 [Nom]  (25 juin 2013)
aofbt08iBrahim Boray Oh que c est cruel , j ai bien eu une bonne dose de sentiments ame8res cette matine9e.C est mluseareuhement le cas, des que l un des conjoints s heurte a un souci quelconque que ce dernier qualifie dans sa teate d inconsolable. Or il suffisait de prendre du recule et caler les chose, sans enfoncer le cloue.

 

Abréviations



(B) (M) (S) (dans les notes) Baptême, Mariage, Sépulture

AF Aegidius Fauteux, Les Patriotes de 1837-1838 (1950)

ANC Archives nationales du Canada

ANQH Archives nationales du Québec à Hull

ANQM Archives nationales du Québec à Montréal

ANQQ Archives nationales du Québec à Québec

AO Archives d'Ontario

AQHP Association québécoise d'histoire politique

ASN Archives du Séminaire de Nicolet

ASQ Archives du Séminaire de Québec

ASSH Archives du Séminaire de Saint-Hyacinthe

ASTR Archives du Séminaire de Trois-Rivières

BAC Bibliothèque et Archives du Canada

BAnQ Bibliothèque et archives nationale du Québec

BH Beaulieu, André et Jean Hamelin, dir, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973-1990, 10v

BHP Bulletin d'histoire politique

BMS Baptêmes, mariages, sépultures

BRH Bulletin des recherches historiques.

CAN Le Canadien (Québec)

CANJ Canadian Antiquarian and Numismatic Journal

CB Catalogue of Books being the complete Library of late Hon L-J Papineau vendus lors d'un encan public en mars 1922, par les frères Fraser, [Montréal, 1922]

CHRISTIE William Christie, History of the Late Province of Lower Canada (Québec, 1841)



CP Chronologie parlementaire, tome 1 1791-1867 (doc inédit), Service de recherche, Bibliothèque de l'Assemblée nationale, décembre 1995

CRLG Centre de recherche Lionel-Groulx

DAF Dictionnaire de l'ancienne langue françoise et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle, par Frédéric Godefroy, 10 v, Paris, 1881-1902

DBC Dictionnaire biographique du Canada, 14 v, Québec, PUL; Toronto, UTP

DC Dictionnaire biographique du clergé canadien-français, par J-B-A Allaire; Les anciens; Montréal, Imprimerie de l'École Catholique des Sourds-Muets, 1910

DD Dictionnaire de droit québécois et canadien, avec lexique anglais-français, par Hubert Reid, 2e tirage, revu et corrigé, Montréal, Wilson & Lafleur ltée, 1996

DNB Dictionary of National Biography, London, Smith, Elder, & Co, 1885-1900

DPQ Dictionnaire des parlementaires du Québec, 1792-1992, PUL, 1993

ED Encyclopaedic Dictionary, edited by Robert Hunter, 4 v, Philadelphia, Syndicate Publishing Company, 1894

GPF Glossaire du parler français au Canada, Québec, PUL, 1968 [1930]

ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

MD Lovell's Montreal Directory



ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

L'AMI L'ami du peuple, de l'ordre et des lois (Montréal)

LIB Le Libéral (Québec)

MC Morning Courrier (Montréal)

MD Lovell's Montreal Directory

MD The Macmillan Dictionary of Canadian Biography, Toronto, Macmillan of Canada, 1985 [1978]

MG 24 B125 Comité de correspondance de Montréal

MGZ Montreal Gazette

MIN La Minerve (Montréal)

MS Mississiquoi Standard (Frelighburg)

MTL HERALD Montreal Herald

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed, prepared by JA Simpson and ESC Weiner, 20 v, Clarendon Press, Oxford, 1989

RHAF Revue d'histoire de l'Amérique française

SHM Société historique de Montréal 

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed,  20 v, Clarendon Press, 1989

QG Quebec Gazette

QM Quebec Mercury

RG. Register Group. Archives publiques du Canada (Ottawa)

SJ Stanstead Journal (Stanstead)

VIND The Canadian Vindicator (Montréal)


Consultez les journaux d'époque conservés à la BAnQ

L'Ami du peuple, de l'ordre et des lois, 1832-1840 (Montréal)
Le Canadien, 1806-1909 (Québec)
Le Courier de Québec, 1807-1808
L'Écho du pays, 1832-1836 (Saint-Charles-sur Richelieu)
Le Fantasque, 1837-1849 (Québec)
La Gazette des Trois-Rivières, 1817-1822
Le Glaneur, 1836-1837 (Saint-Charles-sur-Richelieu)
Le Libéral / The Liberal, 1837 (Québec)
La Minerve, 1826-1899 (Montréal)
Le Pays, 1852-1869 (Montréal)
Le Populaire, 1837-1838 (Montréal)
Quebec Mercury, 1805-1903
La Quotidienne, 1837-1838 (Montréal)
Le Spectateur canadien 1813-1829 (Montréal)
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