Les Patriotes de 1837\@1838
 
 ANALYSE 
Les Rébellions de 1837-1838 : un traumatisme collectif
Depuis le 10 août 2008

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Le suicide du patriote Amury Girod tel que vu par Henri Julien.

Par Marc Collin

[Texte d'une présentation faite le 23 mai 2008 dans le cadre du Groupe d'Etudes Psychanalytiques Interdisciplinaires (GEPI) à l'université du Québec à Montréal.]

SOURCE : http://www.unites.uqam.ca/gepi/
Reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur.


Quand on évoque la notion de traumatisme collectif, le plus souvent on pense à des événements extrêmes, tant par la violence exercée que par le nombre des victimes: la Shoah, les génocides arménien et rwendais, la bataille de Verdun. En tant que spécialiste des Rébellions de 1837-1838, il m’est arrivé à quelques reprises d’être invité à des rencontres consacrées au traumatisme collectif. Tout en étant convaincu que l’épisode des Rébellions représentait un traumatisme collectif dans l’histoire du Québec, je n’ai jamais réussi à me débarrasser complètement de la sensation que ma présence dans ces colloques était un peu incongrue. La réflexion que je vous propose se nourrit de ce sentiment d’incongruité.

Objectivement, il faut admettre que la défaite des patriotes n’apparait pas comme un événement si terrible. Deux cents combattants tués, des dizaines de villages incendiés, quelques centaines d’arrestations et douze pendaisons, c’est bien peu de chose si l’on compare avec ce qui se passe ailleurs dans le monde à la même époque. Le conflit de l’indépendance grecque, entre 1821 et 1829, fait 120 000 morts. Pendant les émeutes parisiennes de 1848, plusieurs milliers d’insurgés sont tués pendant les combats, 1 500 personnes sont fusillées sans jugement et 11 000 sont jetées en prison ou déportées. Ce ne sont que des exemples; on pourrait allonger la liste. Et que dire des guerres traditionnelles? Les guerres napoléonniennes, qui ont lieu quelques décennies avant les Rébellions auraient fait, selon la plupart des estimation, entre 500 000 et 700 000 morts.

Bref, les Rébellions, c’est de la «petite bière». Les troubles ne se sont produits que dans la région de Montréal. Le retour à la normale est à peu près complet dix ans après les événements; sur le plan légal, les exilés ont obtenu une absolution inconditionnelle qui leur permet de revenir au pays et de reprendre la vie politique. Dans le contexte de l’époque, c’est un traitement d’une grande clémence à l’égard d’un mouvement révolutionnaire.

Pourtant, si on visionne n’importe quel des trois grands films réalisés sur les Rébellions, on en ressort avec l’impression d’une tragédie épouvantable. Même un film ou un documentaire sur le ghetto de Varsovie ne nous laissera pas avec un tel sentiment de démoralisation. C’est que dans ces trois films, l’expérience historique des Rébellions apparaît comme intégralement négative. Rien ne vient tempérer l’impression générale d’une défaite, d’un écrasement total. Dans tous les cas, les patriotes apparaissent comme des personnages misérables. Le film de Michel Brault (Quand je serai parti, vous vivrez encore) nous montre un jeune patriote isolé qui tente désespérément de sauver sa peau après l’échec du soulèvement. Il souffre du froid, de la faim, de la solitude, de l’incompréhension. Pierre Falardeau, quand à lui, a choisi de nous montrer des patriotes emprisonnés qui attendent leur exécution, et le climax de son film est la douloureuse séparation de De Lorimier et de sa femme. Dans Quelques arpents de Neige, les patriotes sont de pauvres habitants qui n’ont rien à perdre, sinon «leur vie de chien». Le héros du film ne croit plus à la lutte politique et ne veut plus se battre, mais il va quand même se retrouver traqué par les britanniques, et après que la femme qu’il aime soit morte les yeux crevés par des oiseaux, il va se suicider, coincé entre les soldats britanniques et les soldats américains! La complainte des hivers rouges, sans doute la pièce de théâtre consacrée aux rébellions qui a été la plus jouée, n’est qu’une longue suite de doléances sur les misères et les vexations subies par les habitants canadiens avant, pendant et après les Rébellions. Dans tous les cas, les Anglais apparaissent comme des persécuteurs, inhumains et cruels. Ce sont des méchants unidimensionnels. Dans leur intentionalité, ces représentations des Rébellions correspondent avant tout à un discours victimaire. Elles reviennent à dire que les Anglais ont été vraiment salauds et que nous, les Québécois, on y a goûté. Au delà de ce constat, la réflexion demeure très pauvre.

Contrairement à cette perception victimaire, assez répandue, les tentatives d’objectivation, de la part des historiens professionnels, pêchent par l’excès inverse et conduisent souvent à minimiser l’importance des Rébellions dans l’histoire du Québec. Beaucoup d’historiens n’y ont vu, et n’y voient encore qu’un incident de passage. C’est un événement accidentel, qui ne s’inscrit pas dans une nécessité historique, et qui par le fait même n’a pas de signification. C’est un dérapage : avec un peu plus de bonne volonté de part et d’autre, il aurait pu être évité, et le même résultat aurait été obtenu par des réformes. Malheureux malentendu, où l’obstination, l’orgueil et la mauvaise foi ont joué un rôle important. Le fait même qu’on ait toujours parlé de «rébellion», plutôt que de «révolution», témoigne de cette volonté de diminuer la portée de l’événement. Et le mot «rébellion» restait encore trop fort aux yeux de Lionel Groulx, qui ne pouvait admettre que le peuple canadien-français si vertueux ait jamais pu s’abandonner au dévergondage révolutionnaire. Selon Groulx, en 1837 il n’y a même pas eu de rébellion, tout juste une révolte, ou pour être plus précis, une résistance à une opération de police.

L’exagération outrancière du caractère dramatique des Rébellions et la mise à distance tout aussi excessive révèlent une difficulté à construire une représentation équilibrée de ces événements. Tantôt les affects prennent toute la place et empêchent la mise à distance; tantôt, au contraire, c’est la pensée qui quitte le sol, en évacuant complètement les affects.

Longtemps, les rébellions ont été un sujet tabou. Ce manuel d’histoire de Guy Laviolette, encore en usage il y a quelques décennies, s’adressait aux enfants de 3e année. Il présente l’histoire du Canada à travers 20 tableaux. Or entre la bataille de Chateauguay, en 1812, et l’intervention de LaFontaine «qui rétablit... 

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 Louis  (21 août 2008)
Excellent texte M. Collin je tâcherai de lire votre livre. C‘est comme si vous aviez écris ce qu‘au fond de moi j‘avais toujours pensé du rapport des Québecois face à leur histoire patriote! Vous avez soulevez aussi un point intéressant : ‘‘Conformément à une curieuse tendance très répandue dans le «Québec moderne» chez les historiens et dans les programmes d’enseignement, on a aplati l’histoire en minimisant ses aspects les plus spectaculaires, les plus passionnants et romantiques, et en accentuant les plus édulcorés et les plus ternes‘‘ – C‘est tellement vrai qu‘à chaque fois qu‘un ami me dit que l‘histoire du Québec est ennuyante, je ne peux que lui donner raison car plus souvent qu‘autrement, j‘ai suivi les mêmes cours monotones au secondaire et au cégep... Étant moi-même étudiant au baccalauréat en histoire, je veux faire un meilleur enseignement de l’histoire du Québec dans les classes de nos futurs élèves. J’en fais mon cheval de bataille car je crois fermement que notre histoire, bien racontée, peut devenir une extraordinaire épopée. - Louis

 

Abréviations



(B) (M) (S) (dans les notes) Baptême, Mariage, Sépulture

AF Aegidius Fauteux, Les Patriotes de 1837-1838 (1950)

ANC Archives nationales du Canada

ANQH Archives nationales du Québec à Hull

ANQM Archives nationales du Québec à Montréal

ANQQ Archives nationales du Québec à Québec

AO Archives d'Ontario

AQHP Association québécoise d'histoire politique

ASN Archives du Séminaire de Nicolet

ASQ Archives du Séminaire de Québec

ASSH Archives du Séminaire de Saint-Hyacinthe

ASTR Archives du Séminaire de Trois-Rivières

BAC Bibliothèque et Archives du Canada

BAnQ Bibliothèque et archives nationale du Québec

BH Beaulieu, André et Jean Hamelin, dir, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973-1990, 10v

BHP Bulletin d'histoire politique

BMS Baptêmes, mariages, sépultures

BRH Bulletin des recherches historiques.

CAN Le Canadien (Québec)

CANJ Canadian Antiquarian and Numismatic Journal

CB Catalogue of Books being the complete Library of late Hon L-J Papineau vendus lors d'un encan public en mars 1922, par les frères Fraser, [Montréal, 1922]

CHRISTIE William Christie, History of the Late Province of Lower Canada (Québec, 1841)



CP Chronologie parlementaire, tome 1 1791-1867 (doc inédit), Service de recherche, Bibliothèque de l'Assemblée nationale, décembre 1995

CRLG Centre de recherche Lionel-Groulx

DAF Dictionnaire de l'ancienne langue françoise et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle, par Frédéric Godefroy, 10 v, Paris, 1881-1902

DBC Dictionnaire biographique du Canada, 14 v, Québec, PUL; Toronto, UTP

DC Dictionnaire biographique du clergé canadien-français, par J-B-A Allaire; Les anciens; Montréal, Imprimerie de l'École Catholique des Sourds-Muets, 1910

DD Dictionnaire de droit québécois et canadien, avec lexique anglais-français, par Hubert Reid, 2e tirage, revu et corrigé, Montréal, Wilson & Lafleur ltée, 1996

DNB Dictionary of National Biography, London, Smith, Elder, & Co, 1885-1900

DPQ Dictionnaire des parlementaires du Québec, 1792-1992, PUL, 1993

ED Encyclopaedic Dictionary, edited by Robert Hunter, 4 v, Philadelphia, Syndicate Publishing Company, 1894

GPF Glossaire du parler français au Canada, Québec, PUL, 1968 [1930]

ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

MD Lovell's Montreal Directory



ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

L'AMI L'ami du peuple, de l'ordre et des lois (Montréal)

LIB Le Libéral (Québec)

MC Morning Courrier (Montréal)

MD Lovell's Montreal Directory

MD The Macmillan Dictionary of Canadian Biography, Toronto, Macmillan of Canada, 1985 [1978]

MG 24 B125 Comité de correspondance de Montréal

MGZ Montreal Gazette

MIN La Minerve (Montréal)

MS Mississiquoi Standard (Frelighburg)

MTL HERALD Montreal Herald

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed, prepared by JA Simpson and ESC Weiner, 20 v, Clarendon Press, Oxford, 1989

RHAF Revue d'histoire de l'Amérique française

SHM Société historique de Montréal 

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed,  20 v, Clarendon Press, 1989

QG Quebec Gazette

QM Quebec Mercury

RG. Register Group. Archives publiques du Canada (Ottawa)

SJ Stanstead Journal (Stanstead)

VIND The Canadian Vindicator (Montréal)


Consultez les journaux d'époque conservés à la BAnQ

L'Ami du peuple, de l'ordre et des lois, 1832-1840 (Montréal)
Le Canadien, 1806-1909 (Québec)
Le Courier de Québec, 1807-1808
L'Écho du pays, 1832-1836 (Saint-Charles-sur Richelieu)
Le Fantasque, 1837-1849 (Québec)
La Gazette des Trois-Rivières, 1817-1822
Le Glaneur, 1836-1837 (Saint-Charles-sur-Richelieu)
Le Libéral / The Liberal, 1837 (Québec)
La Minerve, 1826-1899 (Montréal)
Le Pays, 1852-1869 (Montréal)
Le Populaire, 1837-1838 (Montréal)
Quebec Mercury, 1805-1903
La Quotidienne, 1837-1838 (Montréal)
Le Spectateur canadien 1813-1829 (Montréal)
The Vindicator, 1828-1837 (Montréal)

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