Les Patriotes de 1837\@1838
 
 ANALYSE 
François Magloire Turcotte : traître ou Patriote ?
Depuis le 30 mai 2006

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François Magloire Turcotte (1799-1872)

Texte de la conférence prononcée devant la Société d'histoire de l'Île Jésus, le 22 mai 2006 à l'occasion de la Journée nationale des Patriotes par Pierre Benoît Livernois de la Société Saint Jean Baptiste de Montréal (section Laval)

Déconfite par la révolte des treize colonies américaines et menacée d'être chassée d'Amérique du nord, l'Angleterre adopta une politique plus conciliante envers les canadiens dans le but de neutraliser les sympathies à la cause des treize colonies. La constitution de l'acte de Québec de 1774 modéra les ardeurs des Canadiens à la cause américaine (7) ; les Canadiens était à l'époque une tribu de paysans laborieux et prolifiques, dirigée par ses prêtres (8). L'église canadienne, coupée de ses prêtres venus de France, intensifia ses vocations dans les campagnes dans le but d'augmenter ses effectifs. On assista alors à une montée très significative des professions libérales, effet secondaire des vocations sacerdotales. Ces jeunes professionnels ne rompaient pas aisément avec la mentalité héritée de la société paysanne, de là aussi des contradictions profondes de pensée et d'attitude. Cette nouvelle élite paysanne paraîtra réformiste en matière politique et particulièrement conservatrice dans les domaines économiques et sociaux (6). La constitution de 1791 a eu pour effet de restituer aux canadiens une véritable patrie dans laquelle ils trouveraient de puissants appuis à leur nationalisme (9). Cette jeune élite s'initia au parlementarisme et en peu de temps, elle contrôla la chambre d'assemblée. L'Angleterre réalisa que dans la déconfiture des colonies américaines, ils avaient inconsidérément accordé le suffrage universel aux Canadiens et, par ce fait, les Canadiens cherchaient à exercer un contrôle direct sur ce gouvernement de la colonie. Pour cette jeune élite paysanne, c'était une période d'exaltation romantique qui leur fit croire que les Canadiens avaient reçu du parlement britannique le droit de gouverner seul le Bas Canada. Les revendications des patriotes servirent de cause à l'Angleterre, qui cherchait un prétexte à changer cette constitution qui donnait trop de pouvoir aux canadiens. (7)

Le nationalisme

Le nationalisme développé durant cette période était celui d'une véritable nation, moderne et inclusive; on prend comme exemple les principaux chefs patriotes, qui n'étaient pas tous des Canadiens. Le premier drapeau canadien démontrait bien cette ouverture, il avait dans ses couleurs le vert pour l'Irlande le blanc pour le Canada et le rouge pour l'Angleterre. Après l'acte d'union en 1840, le cousin de Louis Joseph Papineau, Mgr Lartigue premier évêque du diocèse de Montréal reprit ce nationalisme nouvellement articulé à son compte, en le modifiant. Il développa un nationalisme ethnocentriste caractérisé par la race, la langue et la religion catholique. Ce nationalisme obtus sera exploité pendant plus de cent ans. Au début des années 50 un petit groupe d'intellectuels se levèrent et proclamèrent le refus global « À bat la tuque et le goupillon ». Ce fut le retour à un nationalisme plus inclusif avec la révolution tranquille des années 60. (7)

L'arrivée

L'épidémie de choléra qui fit rage en 1834 était-il prémonitoire de l'arrivée de Magloire Turcotte à son premier mandat comme curé (ce prêtre était sur le point de vivre les cinq années les plus mouvementées de toute sa vie)? Un des grands traits de caractère du curé Turcotte, de l'opinion du curé Urgel Demers de St Rose était sa témérité congénitale. Il arrivait à une période où il fallait remplacer l'église par une nouvelle construction. Mgr Lartigue devenait le premier évêque du premier diocèse de Montréal et connaissait bien son curé, ne sombrait pas dans la félicité à voir Turcotte commander le projet de construction (2).

Le débat

Magloire Turcotte suivait le débat politique de près; son sacerdoce lui imposait une certaine réserve. Il avait suivi les assemblées de Terrebonne et de St Rose, ainsi que dans le journal La Minerve et comme Augustin Magloire Blanchet curé de St Charles, il s'est prononcé en faveur des mesures réformistes (12). Le 26 novembre 1837 la tension politique était à son apogée dans le Bas Canada, le curé Paquin invita son ancien vicaire Turcotte à souper à St Eustache en présence du vicaire De sèves pour discuter des événements. Le curé de St Rose venait à peine d'arriver qu'un loyaliste délirant du nom de Eustache M'Kay arrivait à bride abattue donner l'alarme pour dire que les patriotes désarmaient tous les loyalistes et qu'il se préparait à fuir avec ses armes. Le curé Turcotte, réalisant le climat de panique qui régnait dans les camps de St Eustache, avait probablement, dans les jours qui suivaient, infiltré les camps de St Martin ou était campé l'armée anglaise et les loyaux pour mesurer la progression du conflit (3).

La crise

Le 3 décembre, le soir après les vêpres ,le curé Turcotte bien informé par le camps de St Martin de ce qui se déroulait sur la rive sud se pressa d'aller informer le curé Paquin du massacre de St Charles et de la débandade qui régnait plus au sud . Le curé Paquin devint surexcité en apprenant cette nouvelle importante, convoqua sur le champ le Dr Chénier espérant provoquer une réaction par l'annonce de cette nouvelle de la bouche de Turcotte que Chénier connaissait depuis son passage comme vicaire quelques années auparavant. La réaction fut foudroyante ; après avoir versé quelques larmes, l'effet opposé se produisit : plutôt que de se décourager il se cabra et il annonça sa ferme volonté de combattre jusqu'au bout; c'était, selon les témoins, un spectacle pathétique. Ses informateurs Ferréol Peletier, Richard Hubert, J B Brien, les frères Delorimier, Girod et les autres avaient informé Chénier du contraire, mais les larmes que Chénier avait versées au presbytère en disaient long sur son évaluation de la situation (3).

La veille

Le 10 décembre, quatre jours avant l'attaque, le curé Turcotte revint visiter le curé Paquin qui était au garde à vue dans le camp avec le vicaire De sèves, prisonnier des patriotes. Turcotte informa le curé Paquin que le camp de St Martin grossit et qu'il s'y faisait de grands préparatifs tout annonçait qu'on allait bientôt attaquer. Le même soir, le curé Paquin observa le curé Turcotte traverser la garde, sans être ennuyé d'aucune façon grâce à des laissez-passer signés par de très influents chefs patriotes (4)

(On voit ici tout le paradoxe de l'homme qui avait un pied dans chaque... 

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Commentaire
 Jean-Claude Martial  (14 octobre 2006)
J`ai très aprécié,passionnant! Je suis de la région de St-Gabriel de Brandon ,le curé Turcotte aurait baptisé un de mes grands oncles .Serais-ce possible d`avoir la généalogie du curé Paquin de Rivière du Chène (St-Eustache) ?

 

Abréviations



(B) (M) (S) (dans les notes) Baptême, Mariage, Sépulture

AF Aegidius Fauteux, Les Patriotes de 1837-1838 (1950)

ANC Archives nationales du Canada

ANQH Archives nationales du Québec à Hull

ANQM Archives nationales du Québec à Montréal

ANQQ Archives nationales du Québec à Québec

AO Archives d'Ontario

AQHP Association québécoise d'histoire politique

ASN Archives du Séminaire de Nicolet

ASQ Archives du Séminaire de Québec

ASSH Archives du Séminaire de Saint-Hyacinthe

ASTR Archives du Séminaire de Trois-Rivières

BAC Bibliothèque et Archives du Canada

BAnQ Bibliothèque et archives nationale du Québec

BH Beaulieu, André et Jean Hamelin, dir, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973-1990, 10v

BHP Bulletin d'histoire politique

BMS Baptêmes, mariages, sépultures

BRH Bulletin des recherches historiques.

CAN Le Canadien (Québec)

CANJ Canadian Antiquarian and Numismatic Journal

CB Catalogue of Books being the complete Library of late Hon L-J Papineau vendus lors d'un encan public en mars 1922, par les frères Fraser, [Montréal, 1922]

CHRISTIE William Christie, History of the Late Province of Lower Canada (Québec, 1841)



CP Chronologie parlementaire, tome 1 1791-1867 (doc inédit), Service de recherche, Bibliothèque de l'Assemblée nationale, décembre 1995

CRLG Centre de recherche Lionel-Groulx

DAF Dictionnaire de l'ancienne langue françoise et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle, par Frédéric Godefroy, 10 v, Paris, 1881-1902

DBC Dictionnaire biographique du Canada, 14 v, Québec, PUL; Toronto, UTP

DC Dictionnaire biographique du clergé canadien-français, par J-B-A Allaire; Les anciens; Montréal, Imprimerie de l'École Catholique des Sourds-Muets, 1910

DD Dictionnaire de droit québécois et canadien, avec lexique anglais-français, par Hubert Reid, 2e tirage, revu et corrigé, Montréal, Wilson & Lafleur ltée, 1996

DNB Dictionary of National Biography, London, Smith, Elder, & Co, 1885-1900

DPQ Dictionnaire des parlementaires du Québec, 1792-1992, PUL, 1993

ED Encyclopaedic Dictionary, edited by Robert Hunter, 4 v, Philadelphia, Syndicate Publishing Company, 1894

GPF Glossaire du parler français au Canada, Québec, PUL, 1968 [1930]

ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

MD Lovell's Montreal Directory



ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

L'AMI L'ami du peuple, de l'ordre et des lois (Montréal)

LIB Le Libéral (Québec)

MC Morning Courrier (Montréal)

MD Lovell's Montreal Directory

MD The Macmillan Dictionary of Canadian Biography, Toronto, Macmillan of Canada, 1985 [1978]

MG 24 B125 Comité de correspondance de Montréal

MGZ Montreal Gazette

MIN La Minerve (Montréal)

MS Mississiquoi Standard (Frelighburg)

MTL HERALD Montreal Herald

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed, prepared by JA Simpson and ESC Weiner, 20 v, Clarendon Press, Oxford, 1989

RHAF Revue d'histoire de l'Amérique française

SHM Société historique de Montréal 

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed,  20 v, Clarendon Press, 1989

QG Quebec Gazette

QM Quebec Mercury

RG. Register Group. Archives publiques du Canada (Ottawa)

SJ Stanstead Journal (Stanstead)

VIND The Canadian Vindicator (Montréal)


Consultez les journaux d'époque conservés à la BAnQ

L'Ami du peuple, de l'ordre et des lois, 1832-1840 (Montréal)
Le Canadien, 1806-1909 (Québec)
Le Courier de Québec, 1807-1808
L'Écho du pays, 1832-1836 (Saint-Charles-sur Richelieu)
Le Fantasque, 1837-1849 (Québec)
La Gazette des Trois-Rivières, 1817-1822
Le Glaneur, 1836-1837 (Saint-Charles-sur-Richelieu)
Le Libéral / The Liberal, 1837 (Québec)
La Minerve, 1826-1899 (Montréal)
Le Pays, 1852-1869 (Montréal)
Le Populaire, 1837-1838 (Montréal)
Quebec Mercury, 1805-1903
La Quotidienne, 1837-1838 (Montréal)
Le Spectateur canadien 1813-1829 (Montréal)
The Vindicator, 1828-1837 (Montréal)

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