Les Patriotes de 1837\@1838
 
 ANALYSE 
La Loi martiale telle qu'imposée au Québec en 1837 et en 1838
Depuis le 31 décembre 1969

Parmi les mesures de répression envisagées à l'automne 1837, le recours à la loi martiale est fort populaire auprès des dirigeants de la colonie. La loi martiale, selon le droit britannique, peut être décrétée lors d'un état d'urgence afin de donner aux autorités militaires les pouvoirs nécessaires pour assurer la sécurité des habitants du royaume (Marshall, 1959: 126). On ne retrouve pas dans la loi une description exhaustive des pouvoirs qui sont alloués aux autorités, ni de définition de ce qu'est un "état d'urgence". Il s'agit donc d'un concept flou, qui laisse place à l'interprétation des autorités (Fecteau, 1987: 465). Pour légitimer cette mesure, il faut que l'état d'insurrection soit assez menaçant pour qu'il puisse la suggérer. C'est le parlement qui a le pouvoir de proclamer cette loi et c'est l'Assemblée législative qui doit juger si elle est réellement nécessaire (Marshall., 1959 : 17). Le 5 décembre, suite aux événements de novembre 1837, la loi martiale est décrétée dans le district de Montréal. Elle sera imposée jusqu'au 27 avril 1838. Le 4 novembre 38, dès les premiers signes d'un second soulèvement, elle est cependant instaurée de nouveau par le gouverneur John Colborne qui l'a maintiendra jusqu'au 24 août 1839.

Selon Jean-Marie Fecteau, l'un des rares historiens à s'être intéressé à la question de l'application de la loi martiale au Bas-Canada, le commandant des forces armées John Colborne est avisé dès novembre 1837 que ses troupes seront renforcées en prévision d'une proclamation éventuelle de la loi martiale visant à réprimer toute forme d'insurrection. Le 20 novembre, le Conseil exécutif recommande de proclamer la loi martiale dans le district de Montréal. Les batailles de Saint-Denis et de Saint-Charles précipitent les événements et, le 27 novembre, la Cour des sessions de la paix de Montréal demande au gouverneur Gosford de placer le district sous un régime de la loi martiale. À ce moment, les juristes s'affrontent et interprètent la loi de façon telle que le Gouverneur peut proclamer la loi sans avoir recours à la sanction de l'Assemblée. C'est le 5 décembre 1837 que la loi martiale est proclamée. Elle ne sera révoquée que le 27 avril 1838. Elle aura permis d'arrêter 515 suspects (Fecteau, 1987: 486).

En janvier 1838, Lord Gosford émet l'hypothèse d'instaurer une cour martiale afin de juger les prisonniers. Cependant, la question de la légalité d'une telle mesure est remise en question car la cour régulière était à ce moment en mesure de siéger. Cet élément est contourné par la suspension de l'Habeas Corpus le 21 avril 1838 par le Conseil spécial qui, après le soulèvement de 1837, avait remplacé l'Assemblée législative. En septembre 1838, lors de l'acquittement des rebelles Nicolas et Daunais par un jury canadien, Colborne, qui est désormais chargé de l'administration de la colonie depuis le départ de Lord Durham, rejette ce type de procès, prétextant son invalidité en ces temps d'agitation. Le 4 novembre, à la suite des rassemblements armés à Montréal, Colborne proclame pour une seconde fois la loi martiale dans le district de Montréal. Pendant les jours qui suivent, le Conseil spécial vote une série de mesures d'exceptions, permettant au gouverneur de s'approprier de tous les pouvoirs, dont celui de constituer des cours martiales permettant de juger les rebelles rétroactivement au 1er novembre 1838. Cette fois, 753 personnes sont arrêtées à Montréal. La loi martiale ne sera révoquée que le 24 août 1839 (Fecteau, 1987 : 480-494).

La justice au Canada-français pendant la première moitié du XIXe siècle, et spécialement lors des troubles de 1837-1838, a été critiquée par plusieurs historiens qui ont démontré que l'appareil judiciaire au Bas-Canada était inefficace (Carrigan, 1991: 311; Greenwood 1980: 81; Fecteau, 1987 :472). Bien qu'une réforme commence à s'implanter au Bas-Canada, les jugements sont souvent arbitraires. La partialité de la cour maritale, instaurée par Colborne afin de juger les prisonniers arrêtés pendant les troubles, est remise en question par Greenwood qui s'interroge sur la légalité même de cette cour, ainsi que sur les procédures de la Cour martiale de 1838-39 dans le Bas-Canada, qui sont selon lui " le pire exemple, dans l'histoire du Canada, de l'abus de l'appareil judiciaire " (Greenwood, 1980: 81).

Quant à la légalité même du recours à la loi martiale dans le Bas-Canada lors de la rébellion, il est intéressant de remarquer que cette loi doit être en vigueur tant que la guerre dure (while war is still raging), elle doit cependant être abrogée lorsque la menace est disparue (Marshall, 1952 : 127). Or, dans le cas du Bas-Canada, la loi martiale a été imposée pendant quinze mois, mais l'insurrection n'a duré que quelques jours. Pour expliquer cette conduite, Jean-Marie Fecteau émet l'hypothèse, qu'étant donné les lacunes du maintien de l'ordre au Bas-Canada et du système judiciaire en général, la loi martiale aurait servi à pallier ces manques plutôt qu'à réprimer l'insurrection (Fecteau, 1987 :477).

Françoise Dubuc

FECTEAU, Jean-Marie " Mesure d'exception et règle de droit : Les conditions d'application de la loi martiale au Québec lors de rébellions de 1837-38 " Revue de droit de McGill, 32,3 (1987) : 465-495.; GREENWOOD, F. Murray, " L'insurrection appréhendée et l'administration de la justice au Canada : Le point de vue d'un historien " RHAF, 34, 1980 : 57-91.; MARSHALL, Oshey, Roy, Chambers Encyclopaedia " Martial law " New Edition Volume IX, London, 1959 : 126-127.; CARRIGAN, D. Owen, Crime and Punishment in Canada, A history, Edition M&S, 1991, 544p..

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Abréviations



(B) (M) (S) (dans les notes) Baptême, Mariage, Sépulture

AF Aegidius Fauteux, Les Patriotes de 1837-1838 (1950)

ANC Archives nationales du Canada

ANQH Archives nationales du Québec à Hull

ANQM Archives nationales du Québec à Montréal

ANQQ Archives nationales du Québec à Québec

AO Archives d'Ontario

AQHP Association québécoise d'histoire politique

ASN Archives du Séminaire de Nicolet

ASQ Archives du Séminaire de Québec

ASSH Archives du Séminaire de Saint-Hyacinthe

ASTR Archives du Séminaire de Trois-Rivières

BAC Bibliothèque et Archives du Canada

BAnQ Bibliothèque et archives nationale du Québec

BH Beaulieu, André et Jean Hamelin, dir, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973-1990, 10v

BHP Bulletin d'histoire politique

BMS Baptêmes, mariages, sépultures

BRH Bulletin des recherches historiques.

CAN Le Canadien (Québec)

CANJ Canadian Antiquarian and Numismatic Journal

CB Catalogue of Books being the complete Library of late Hon L-J Papineau vendus lors d'un encan public en mars 1922, par les frères Fraser, [Montréal, 1922]

CHRISTIE William Christie, History of the Late Province of Lower Canada (Québec, 1841)



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CRLG Centre de recherche Lionel-Groulx

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DNB Dictionary of National Biography, London, Smith, Elder, & Co, 1885-1900

DPQ Dictionnaire des parlementaires du Québec, 1792-1992, PUL, 1993

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GPF Glossaire du parler français au Canada, Québec, PUL, 1968 [1930]

ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

MD Lovell's Montreal Directory



ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

L'AMI L'ami du peuple, de l'ordre et des lois (Montréal)

LIB Le Libéral (Québec)

MC Morning Courrier (Montréal)

MD Lovell's Montreal Directory

MD The Macmillan Dictionary of Canadian Biography, Toronto, Macmillan of Canada, 1985 [1978]

MG 24 B125 Comité de correspondance de Montréal

MGZ Montreal Gazette

MIN La Minerve (Montréal)

MS Mississiquoi Standard (Frelighburg)

MTL HERALD Montreal Herald

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed, prepared by JA Simpson and ESC Weiner, 20 v, Clarendon Press, Oxford, 1989

RHAF Revue d'histoire de l'Amérique française

SHM Société historique de Montréal 

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed,  20 v, Clarendon Press, 1989

QG Quebec Gazette

QM Quebec Mercury

RG. Register Group. Archives publiques du Canada (Ottawa)

SJ Stanstead Journal (Stanstead)

VIND The Canadian Vindicator (Montréal)


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