| | | ANALYSE Le médecin du peuple. De 1812 à 1842, Wolfred Nelson commente l'époque. Une recension de Jean Chartier, Le Devoir, 4 avril 1999 Depuis le 31 décembre 1969 | |
ÉCRITS D'UN PATRIOTE Wolfred Nelson Édition préparée par Georges Aubin Comeau & Nadeau Montréal, 1998,177 pages Le docteur Wolfred Nelson de Saint-Denis a eu un destin exceptionnel. Il se démarqua dès 1827 quand il interrompit le gouverneur Dalhousie, lors d'une assemblée électorale, pour lui rappeler son devoir de réserve, puis il obtint surtout la seule victoire de l'insurrection de 1837. Dès lors, un journal tory le surnomma même le "loup rouge" (Wolf Red) tandis que les paysans dans les campagnes donnaient les prénoms d'Alfred et de Wolfred à un grand nombre de nouveau-nés du Bas-Canada. Il était devenu l'idole du peuple. Pourtant, son père avait été commissaire aux vivres de la Marine royale à South Shields, immigré à Sorel, et sa mère avait des parents royalistes venus des rives de l'Hudson. Lui était né à Montréal en 1791 mais il se lia aux gens du peuple qu'il soigna dans le bourg de Saint-Denis dès l'âge de vingt ans. De plus, il épousa Charlotte-Josèphe Fleurimont de Boucherville, la petite-fille du marquis de Fleurimont, un officier français blessé aux plaines d'Abraham. Elle vivait à Verchères chez son oncle François-Xavier Malhiot, marchand, depuis la mort de son père. Bref, Wolfred Nelson rayonnait dans la campagne française, de Saint-Denis à Verchères en passant par Saint-Ours et Sorel. Georges Aubin publie dans la précieuse collection Comeau & Nadeau, éditeurs, Wolfred Nelson, Écrits d'un patriote. On n'a pas retrouvé le journal de prison de Nelson. Il a malheureusement disparu. Mais ses collaborations à La Minerve et à des journaux américains, de même que ses lettres a Louis-Joseph Papineau et à Ludger Duvernay en disent long sur l'homme. Le député Dès 1824, il fut accusé d'avoir incité à commettre des outrages à Saint-Ours. Il devint l'agent de La Minerve pour le bourg de Saint-Denis et se fit élire en 1827 à William Henry, nom donné par les loyalistes à Sorel. Il gagna l'élection par quatre voix et vota pour Louis-Joseph Papineau comme orateur de la Chambre. En 1829, il fit un discours mordant dans lequel il condamnait les gouverneurs du Canada: "Tout sujet loyal de l'Angleterre devrait se tenir prêt à sauter au collet de ces créatures de la tyrannie." Nelson ne se représenta pas aux élections. Georges Aubin signale qu'il fit construire un moulin à farine au ruisseau Laprade à Saint-Ours, puis un moulin sur la rivière du Pot-au-Beurre à Sorel. Puis, il s'associa à Louis-Fleury Deschambault, avocat et seigneur de Saint-Denis, pour construire une distillerie. Bref, le docteur Nelson était très impliqué dans la région. Il écrivit encore pour dénoncer "l'administration désastreuse du pauvre Comte Dalhousie". En 1832, â luttait contre le choléra. Après l'élection de Daniel Tracey, l'éditeur de l'Irish Vindicator, le journal allié des Patriotes, les tories déclenchent l'émeute à Montréal. Cette année-là, le frère de Nelson est défait par de Bleury. A Saint-Ours, Wolfred Nelson allait déclarer un an avant l'insurrection: "M. de Bleury ose nous menacer, de vingt mille hommes de troupes, cavalerie et tout leur attirail, ceci est aussi inconvenant qu'inconséquent et méchant." Sa déposition à la prison de Montréal, le 23 décembre 1837, montre de quel bois il se chauffe en ces termes: "Que le jeudi 23 novembre dernier" vers 2 heures du matin, un individu a été emmené à sa maison de Saint-Denis. Il était trempé et glacé jusqu'aux os; il a dit qu'il s'appelait George Weir; il n'était pas en uniforme mais en habit bourgeois. Le déposant a présenté audit Weir un verre d'alcool qu'il a pris. Le déposant a mis près d'un poêle chaud et lui a offert du thé et son lit." On fait un mauvais sort à cet officier déguisé en civil après les insultes et la tentative d'évasion de celui-ci. Au lendemain de la victoire de Saint-Denis, dès le 24 novembre 1837, Wolfred Nelson est emprisonné. L'incendie Dès le 2 décembre 1837, le colonel Gore fait incendier sa résidence, sa distillerie et ses quatre fermes: Nelson est emprisonné, ruiné, puis, au bout de six mois, déporté. Il parlera du sort des Patriotes qui lui rappelle le destin des Acadiens. Le 4 avril 1838, Wolfred Nelson écrit de prison: "Les prisonniers d'État ont été envoyés en cellule durant quinze jours, sans lit ni aucune espèce de confort, et autorisés à ne prendre que du pain et de l'eau [...] Tous les prisonniers, une fois arrêtés et emmenés à Montréal, ont été traités de la manière la plus barbare, particulièrement à l'Ile-aux-Noix où les autorités ont refusé de leur donner à manger." Il décrit leur sort ainsi: "Ils étaient ligotés ensemble jour et nuit et ne pouvaient satisfaire leurs besoins personnels autrement qu'en s'allongeant ou en s'assoyant tous ensemble. Dans le cachot de l'Ile-aux-Noix, on a refusé de leur donner une botte de paille pour colmater les brèches qui laissaient entrer [...] une grande quantité de froid la nuit." Le gouverneur Colborne expédie Nelson avec d'autres prisonniers politiques aux Bermudes pour les éloigner définitivement, mais de là il réussit à passer en Virginie. Peu après, le docteur Nelson fait une démarche auprès du président des Etats-Unis, Van Buren, avec Louis-Joseph Papineau. Le récit de juin 1839 De son exil à Plattsburgh, à la demande d'Amédée Papineau, il écrit sur la bataille de Saint-Denis un récit extraordinaire daté du 7 juin 1839: "La Bataille a commencé à neuf heures du matin; elle a duré jusqu'à 4 du soir; alors les troupes ont pris la fuite et fort en désordre! Ils perdirent beaucoup de monde [...]. Nous n'étions pas au delà de 150 hommes, armés de 119 fusils de toutes sortes, dont 57 seuls ont pu faire feu. Craignant un assault, j'ai fait monté quantité de pierres, bois, etc, dans le 2e étage pour hurter sur les assaillans; nous avions aussi une 40ne de fourches de fer, quelques piques et sabres, de sorte que la tentative aura été sanglante." Après trois années d'exil forcé à Plattsburgh, il revient à Montréal pour soigner le typhus. Bientôt, il va faire faillite. N'est-il pas étrange qu'une colonne Nelson ait été érigée place Jacques-Cartier mais qu'elle soit plutôt dédiée à l'autre Nelson, Horatio Nelson, qui n'a jamais mis les pieds au Canada mais qui a vaincu la France à Trafalgar?... | Consulté 5 695 fois depuis le MOD
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Abréviations
(B) (M) (S) (dans les notes) Baptême, Mariage, Sépulture AF Aegidius Fauteux, Les Patriotes de 1837-1838 (1950) ANC Archives nationales du Canada ANQH Archives nationales du Québec à Hull ANQM Archives nationales du Québec à Montréal ANQQ Archives nationales du Québec à Québec AO Archives d'Ontario AQHP Association québécoise d'histoire politique ASN Archives du Séminaire de Nicolet ASQ Archives du Séminaire de Québec ASSH Archives du Séminaire de Saint-Hyacinthe ASTR Archives du Séminaire de Trois-Rivières BAC Bibliothèque et Archives du Canada BAnQ Bibliothèque et archives nationale du Québec BH Beaulieu, André et Jean Hamelin, dir, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973-1990, 10v BHP Bulletin d'histoire politique BMS Baptêmes, mariages, sépultures BRH Bulletin des recherches historiques. CAN Le Canadien (Québec) CANJ Canadian Antiquarian and Numismatic Journal CB Catalogue of Books being the complete Library of late Hon L-J Papineau vendus lors d'un encan public en mars 1922, par les frères Fraser, [Montréal, 1922] CHRISTIE William Christie, History of the Late Province of Lower Canada (Québec, 1841)
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CP Chronologie parlementaire, tome 1 1791-1867 (doc inédit), Service de recherche, Bibliothèque de l'Assemblée nationale, décembre 1995 CRLG Centre de recherche Lionel-Groulx DAF Dictionnaire de l'ancienne langue françoise et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle, par Frédéric Godefroy, 10 v, Paris, 1881-1902 DBC Dictionnaire biographique du Canada, 14 v, Québec, PUL; Toronto, UTP DC Dictionnaire biographique du clergé canadien-français, par J-B-A Allaire; Les anciens; Montréal, Imprimerie de l'École Catholique des Sourds-Muets, 1910 DD Dictionnaire de droit québécois et canadien, avec lexique anglais-français, par Hubert Reid, 2e tirage, revu et corrigé, Montréal, Wilson & Lafleur ltée, 1996 DNB Dictionary of National Biography, London, Smith, Elder, & Co, 1885-1900 DPQ Dictionnaire des parlementaires du Québec, 1792-1992, PUL, 1993 ED Encyclopaedic Dictionary, edited by Robert Hunter, 4 v, Philadelphia, Syndicate Publishing Company, 1894 GPF Glossaire du parler français au Canada, Québec, PUL, 1968 [1930] ICMH Institut canadien de microreproductions historiques JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-CanadaJFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998 JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6 MD Lovell's Montreal Directory |
ICMH Institut canadien de microreproductions historiques JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998 JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6 L'AMI L'ami du peuple, de l'ordre et des lois (Montréal) LIB Le Libéral (Québec) MC Morning Courrier (Montréal) MD Lovell's Montreal Directory MD The Macmillan Dictionary of Canadian Biography, Toronto, Macmillan of Canada, 1985 [1978] MG 24 B125 Comité de correspondance de Montréal MGZ Montreal Gazette MIN La Minerve (Montréal) MS Mississiquoi Standard (Frelighburg) MTL HERALD Montreal Herald MQD Mackay's Quebec Directory OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed, prepared by JA Simpson and ESC Weiner, 20 v, Clarendon Press, Oxford, 1989 RHAF Revue d'histoire de l'Amérique française SHM Société historique de Montréal MQD Mackay's Quebec Directory OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed, 20 v, Clarendon Press, 1989 QG Quebec Gazette QM Quebec Mercury RG. Register Group. Archives publiques du Canada (Ottawa) SJ Stanstead Journal (Stanstead) VIND The Canadian Vindicator (Montréal) |
Consultez les journaux d'époque conservés à la BAnQ
L'Ami du peuple, de l'ordre et des lois, 1832-1840 (Montréal)
Le Canadien, 1806-1909 (Québec)
Le Courier de Québec, 1807-1808
L'Écho du pays, 1832-1836 (Saint-Charles-sur Richelieu)
Le Fantasque, 1837-1849 (Québec)
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La Gazette des Trois-Rivières, 1817-1822
Le Glaneur, 1836-1837 (Saint-Charles-sur-Richelieu)
Le Libéral / The Liberal, 1837 (Québec)
La Minerve, 1826-1899 (Montréal)
Le Pays, 1852-1869 (Montréal)
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Le Populaire, 1837-1838 (Montréal)
Quebec Mercury, 1805-1903
La Quotidienne, 1837-1838 (Montréal)
Le Spectateur canadien 1813-1829 (Montréal)
The Vindicator, 1828-1837 (Montréal)
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