Les Patriotes de 1837\@1838
 
 ANALYSE 
La crise agricole au Bas-Canada
Depuis le 31 décembre 1969

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Ce que les historiens appellent la crise agricole est sans doute l'événement le plus déterminant dans l'histoire économique du Québec jusqu'à la révolution industrielle. Ses causes sont complexes et profondes et ses conséquences sont innombrables. La crise agricole contribue au départ vers les États-Unis de près de 700 000 Québécois avant 1900, en plus de causer indirectement les rébellions de 1837-38. Voici les quatre causes principales de la crise agricole:

1. L'étroitesse du territoire cultivable. Les terres cultivables d'une manière rentable se bornent à la vallée du Saint-Laurent, soit 2% du territoire québécois actuel. Sauf dans la grande plaine de Montréal, qui va de Saint-Jérome à Saint-Hyacinthe, la plaine cultivable se limite parfois à quelques kilomètres de part et d'autre du fleuve. Or ce territoire est déjà bien peuplé et cultivé depuis plus d'un siècle en 1810.

2. La croissance de la population. La Conquête de 1760 ne constitue nullement une rupture sur le plan démographique. Entre 1780 et 1880 la population du Québec double en moyenne à tous les 25 ans. Croissance vertigineuse d'une population qu'il faut nourrir et à qui il faut offrir des terres. Jusqu'au XIXe siècle, il suffisait d'ouvrir de nouvelles terres en défrichant vers l'intérieur. Mais la plaine est étroite. Joseph Bouchette constate par conséquent en 1822 que dans bien des parties de cette province les terres sont subdivisées à un point qu'elles ne suffisent plus au cultivateur et à sa famille.

3. La culture intensive du blé. A l'époque de la Nouvelle-France, outre l'avoine servant à nourrir les chevaux, on ne produit généralement que du blé. En cela la France poursuivait au Canada une pratique séculaire. Les redevances au seigneur, les dîmes à l'Église, même les dettes aux marchands généraux étaient surtout payées en blé. Ses qualités de conservation font en outre du blé la denrée commerciale par excellence. La Conquête de 1760 ne transforme pas cette pratique au point plutôt de la fixer. La production augmente donc allègrement dans les années 1780 à 1800 alors que l'Angleterre importe les surplus provenant du Canada. Mais la monoproduction de blé et l'absence de rotation des cultures entraînent une détérioration accélérée du sol qui n'a plus produit, comme on l'écrit en 1850, qu'un grain maladif et sans la force de résister aux accidents. Disons aussi que du fait de son climat humide et de ses étés courts, la vallée du Saint-Laurent n'est pas particulièrement propice à la culture du blé.

4. Les techniques agricoles déficientes. Le censitaire dans le régime seigneurial n'a pas nécessairement intérêt à augmenter sa production puisqu'il devra en verser une portion d'autant plus grande au seigneur. En fait ce système n'encourage pas l'implantation d'une agriculture fortement commerciale puisqu'il ne favorise pas la circulation de l'argent. On observe donc une stagnation relative des techniques employées en Nouvelle-France et qui se maintient par la suite. Après la Conquête, les Canadien-Français avaient aussi dû se réfugier contre leur gré dans l'agriculture parce qu'ils avaient été chassés du commerce et de l'administration et s'y consacraient donc avec apathie. Quoi qu'il en soit, nombreux sont les exemples démontrant le piètre état des fermes avant 1850: engrais peu utilisés, labours négligés, mauvais drainage des terres, bétail peu nombreux et en mauvais état.

D'autres causes ont des conséquences plus indirectes. Mentionnons l'endettement des paysans à cause de la baisse des ventes des surplus et surtout à cause de l'augmentation des redevances versées aux seigneurs. Cet endettement ralentit la modernisation et accélère l'exode rural. Il faut aussi souligner la faiblesse du réseau de transports qui ne permet pas aux agriculteurs d'écouler leurs produits à des prix concurrentiels. Ce dernier inconvénient affecte en particulier les paysans anglophones des Cantons-de-l'Est qui ne s'en sortent pas mieux que les francophones. Notons enfin la faiblesse du marché des villes encore trop modeste pour soutenir une agriculture commerciale. Pour toutes ces raisons, la production décline donc rapidement. D'exportateur net, le Bas-Canada devient importateur de blé. On n'en cultive pas suffisamment pour se nourrir. Les prix ont beau monter après 1830 et surtout après 1850, ce sont les terres plus productives de l'Ontario qui pourront seules en profiter.

Que faire? Nos ancêtres, pour être conscients du problème, savaient que la solution n'était pas simple. La modernisation, l'amélioration des transports, la colonisation restent des solutions à long terme ou hors de leur portée. Dès lors, bon nombre de paysans ruinés décident, comme nous le verrons plus loin, de s'exiler aux États-Unis. Pour ceux qui restent, la seule solution à court terme, et qui permette de nourrir les familles nombreuses, est d'abandonner la culture du blé et de s'orienter vers une agriculture autarcique dite de subsistance.

Dès le début du XIXe siècle, l'abandon de la culture du blé est engagé. Lui qui représentait 60% des surfaces en 1800, n'en représente plus que 22% en 1827 et seulement 4% en 1844. La production de blé diminue d'ailleurs au Québec en même temps que celle d'autres régions en Amérique du Nord devant la concurrence des terres plus productives du Midwest. On conserve l'avoine pour les indispensables chevaux, mais, pour le reste, triomphent les légumineuses: les pois, les fèves et les plantes à tubercules, comme le navet et surtout la pomme de terre. Selon J. Provencher de 1827 à 1844 la pomme de terre représente 46% des récoltes alimentaires du Bas-Canada. On en produit généralement entre 50 et 200 minots par ferme. De Hull à Gaspé, nul climat, semble-t-il ne lui convient mieux! L'abandon de la culture commerciale du blé entraîne une recherche de l'autosuffisance: on se nourrit de ses porcs, on consomme son sirop d'érable, on s'habille de la laine de ses moutons, on fait ses chandelles, etc. Naît ainsi tout un pan de la culture québécoise, celle du débrouillard, adroit et ingénieux.

Mais ces cultures nourricières restent peu compétitives et n'accèdent que rarement à la commercialisation. Dans les faits, la recherche de l'autarcie aura pour effet d'enfoncer l'agriculture du Québec dans la crise. En renonçant au marché, les agriculteurs doivent renoncer à des revenus en espèces pour leurs produits. L'argent disparaît littéralement des campagnes. Cela ne règle par ailleurs en rien le problème de l'endettement qui s'accélère. Les paysans retardent le paiement des redevances et sont chassés par le seigneur cependant que les curés doivent accepter de mauvaise grâce que la dîme leur soit versée sous... 

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 Félix Laliberté  (19 novembre 2019)
Et qu‘en faites vous du sarrasin?
 xavier pelltier  (22 mai 2019)
suup

 

Abréviations



(B) (M) (S) (dans les notes) Baptême, Mariage, Sépulture

AF Aegidius Fauteux, Les Patriotes de 1837-1838 (1950)

ANC Archives nationales du Canada

ANQH Archives nationales du Québec à Hull

ANQM Archives nationales du Québec à Montréal

ANQQ Archives nationales du Québec à Québec

AO Archives d'Ontario

AQHP Association québécoise d'histoire politique

ASN Archives du Séminaire de Nicolet

ASQ Archives du Séminaire de Québec

ASSH Archives du Séminaire de Saint-Hyacinthe

ASTR Archives du Séminaire de Trois-Rivières

BAC Bibliothèque et Archives du Canada

BAnQ Bibliothèque et archives nationale du Québec

BH Beaulieu, André et Jean Hamelin, dir, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973-1990, 10v

BHP Bulletin d'histoire politique

BMS Baptêmes, mariages, sépultures

BRH Bulletin des recherches historiques.

CAN Le Canadien (Québec)

CANJ Canadian Antiquarian and Numismatic Journal

CB Catalogue of Books being the complete Library of late Hon L-J Papineau vendus lors d'un encan public en mars 1922, par les frères Fraser, [Montréal, 1922]

CHRISTIE William Christie, History of the Late Province of Lower Canada (Québec, 1841)



CP Chronologie parlementaire, tome 1 1791-1867 (doc inédit), Service de recherche, Bibliothèque de l'Assemblée nationale, décembre 1995

CRLG Centre de recherche Lionel-Groulx

DAF Dictionnaire de l'ancienne langue françoise et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle, par Frédéric Godefroy, 10 v, Paris, 1881-1902

DBC Dictionnaire biographique du Canada, 14 v, Québec, PUL; Toronto, UTP

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DD Dictionnaire de droit québécois et canadien, avec lexique anglais-français, par Hubert Reid, 2e tirage, revu et corrigé, Montréal, Wilson & Lafleur ltée, 1996

DNB Dictionary of National Biography, London, Smith, Elder, & Co, 1885-1900

DPQ Dictionnaire des parlementaires du Québec, 1792-1992, PUL, 1993

ED Encyclopaedic Dictionary, edited by Robert Hunter, 4 v, Philadelphia, Syndicate Publishing Company, 1894

GPF Glossaire du parler français au Canada, Québec, PUL, 1968 [1930]

ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

MD Lovell's Montreal Directory



ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

L'AMI L'ami du peuple, de l'ordre et des lois (Montréal)

LIB Le Libéral (Québec)

MC Morning Courrier (Montréal)

MD Lovell's Montreal Directory

MD The Macmillan Dictionary of Canadian Biography, Toronto, Macmillan of Canada, 1985 [1978]

MG 24 B125 Comité de correspondance de Montréal

MGZ Montreal Gazette

MIN La Minerve (Montréal)

MS Mississiquoi Standard (Frelighburg)

MTL HERALD Montreal Herald

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed, prepared by JA Simpson and ESC Weiner, 20 v, Clarendon Press, Oxford, 1989

RHAF Revue d'histoire de l'Amérique française

SHM Société historique de Montréal 

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed,  20 v, Clarendon Press, 1989

QG Quebec Gazette

QM Quebec Mercury

RG. Register Group. Archives publiques du Canada (Ottawa)

SJ Stanstead Journal (Stanstead)

VIND The Canadian Vindicator (Montréal)


Consultez les journaux d'époque conservés à la BAnQ

L'Ami du peuple, de l'ordre et des lois, 1832-1840 (Montréal)
Le Canadien, 1806-1909 (Québec)
Le Courier de Québec, 1807-1808
L'Écho du pays, 1832-1836 (Saint-Charles-sur Richelieu)
Le Fantasque, 1837-1849 (Québec)
La Gazette des Trois-Rivières, 1817-1822
Le Glaneur, 1836-1837 (Saint-Charles-sur-Richelieu)
Le Libéral / The Liberal, 1837 (Québec)
La Minerve, 1826-1899 (Montréal)
Le Pays, 1852-1869 (Montréal)
Le Populaire, 1837-1838 (Montréal)
Quebec Mercury, 1805-1903
La Quotidienne, 1837-1838 (Montréal)
Le Spectateur canadien 1813-1829 (Montréal)
The Vindicator, 1828-1837 (Montréal)

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