Les Patriotes de 1837\@1838
 
 ANALYSE 
La rhétorique républicaine sous le rasoir d’Occam. Aux sources de la radicalisation de Papineau au début des années 1930.
Depuis le 30 novembre 2025

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[Tiré de la revue Argumentwww.revueargument.ca. Texte paru dans le numéro 8 vol 2 – Printemps-été 2006]

Au Canada, les hommes qui ont le plus de lumières, de patriotisme et d’humanité, font des efforts extraordinaires pour dégoûter le peuple du simple bonheur qui lui suffit encore. Ils mettent plus de soin à aiguillonner les passions humaines qu’ailleurs on n’emploie d’efforts pour les calmer.

Tocqueville, De la démocratie en Amérique, Paris, Gallimard, 1986, t. 1, p. 422

Cent soixante-dix ans après ces rébellions patriotes, mais aussi, déjà, quarante ans après Ouellet, trente après Ryerson et vingt après Bernard, il est opportun ce rendez-vous proposé par la revue Argument « autour d’un livre », en l’occurrence l’excellent ouvrage de Louis-Georges Harvey, Le printemps de l’Amérique française. J’y vois en effet l’heureux prétexte pour partager le fruit de nos réflexions et faire le point à propos de celles d’un estimé collègue.

Depuis 20 ans, justement, les chantiers ont surtout consisté à diffuser et à commenter des documents d’archives grâce notamment aux contributions de Georges Aubin, d’Yvan Lamonde et par le biais des diverses ressources rendues disponibles par Internet. Sur le plan théorique, les travaux de Gérard Bouchard auront, entre autres, inspiré ceux de Marcel Bellavance et de Louis-Georges Harvey.

Harvey, incidemment, se propose de décrire l’émergence dans le discours patriote d’une rhétorique républicaine sous l’effet de l’américanité. Peu importe si cette formulation est juste et si elle respecte bien la pensée du principal intéressé, qu’il suffise ici de signaler que la démonstration faite dans Le printemps de l’Amérique française s’avère fort convaincante et démontre un examen particulièrement approfondi des sources.

Mon but sera en fait de voir si une explication plus simple peut cependant tout aussi bien expliquer l’apparition d’un discours radical dans l’entourage de Papineau à compter notamment de 1831.  Puisque le concept d’américanité renvoie lui-même à tout un appareillage conceptuel, il me semble opportun de confronter cette explication à l’axiome de Newton selon lequel « nous n’avons à accepter pas plus de causes des choses naturelles que celles qui sont à la fois vraies et suffisantes pour expliquer ces choses. » On peut par exemple proposer que le recours à une rhétorique républicaine s’explique plus simplement par des motivations tactiques consistant (1) à consolider l’emprise de Papineau sur le mouvement patriote; (2) à mobiliser et à exalter les masses rurales autour d’un discours radical; et (3) à exaspérer le cabinet whig de Melbourne, de concert avec le mouvement radical anglais. Nos travaux actuels nous portent en effet à croire que ces trois objectifs fondamentaux sont intimement liés tout le long de la crise des années 1830, et que tous trois se trouvent confortés par un durcissement du discours et par l’usage de slogans d’origine étasunienne par les patriotes. Le concept d’américanité, pour utile dans sa fonction unificatrice, ne nous paraît dès lors peut-être pas nécessaire pour expliquer la radicalisation du discours patriote. Celle-ci serait en fait purement instrumentale et peut plus aisément s’expliquer par des enjeux tactiques liés aux contingences du politique.

 

AU SERVICE DE L’AUTORITÉ DE PAPINEAU

 

Retraçant la genèse de la rhétorique républicaine dans le discours patriote, M. Harvey propose que « [l]e Parti patriote, dont l’identité politique et le programme se concrétisent à la fin des années 1820, prendra ouvertement le parti de la République dès 1831 » (p. 22). La remarque mérite que l’on s’y arrête puisqu’en 1831, la scène politique canadienne connaît ironiquement l’une de ses plus profondes accalmies… 

Dans son ambition de succéder à Pierre-Stanislas Bédard, Louis-Joseph Papineau doit très tôt convaincre les sceptiques qu’il est le plus à même de consolider le caucus des députés canadiens et de jeter les bases d’un véritable programme politique en mesure d’exalter l’électorat. La Guerre des subsides sera d’ailleurs, au cours des années 1820, le principal cheval de bataille des députés montréalais et le point d’orgue de l’ascension politique de Papineau. En 1828, un rapport ministériel est accablant envers la Clique du Château et Lord Dalhousie est rappelé. Au même moment, la Grande-Bretagne connaît elle-même une véritable révolution politique, marquée par le retour au pouvoir des whigs et, en 1832, par une réforme parlementaire fondamentale. Pour le Canada, ces événements laissent présager des jours difficiles pour l’aristocratie coloniale et, croit-on, une oreille plus attentive pour les doléances des députés canadiens. Dans ce contexte, l’Assemblée du Bas-Canada se voit offrir le contrôle de la Liste civile en échange d’un subside perpétuel et Louis-Joseph Papineau, rien de moins qu’un siège au Conseil exécutif. En attendant, cette accalmie momentanée permet d’arrêter des législations importantes dans le domaine électoral et scolaire.

On peut donc se demander pourquoi c’est justement à ce moment que le discours patriote connaît une brusque radicalisation. M. Harvey a raison de souligner ce fait. Il ne l’explique cependant pas autrement que par l’empire croissant de l’américanité. Cette dérive trouve pourtant plus simplement son explication dans la crainte de l’entourage de Papineau que la détente du climat politique n’entraîne la dissolution de la coalition patriote et la contestation du leadership de Papineau.

Rappelons que la Guerre des subsides, qui fait alors rage depuis 10 ans, empêtre l’administration de la colonie dans une crise financière qui se répercute de plus en plus sur la vie sociale. Dans ce contexte, des députés canadiens s’interrogent de plus en plus ouvertement sur l’opportunité de poursuivre cette guérilla procédurière, et certains votent même désormais contre Papineau, en particulier ce groupe de la région de Québec, pourtant la phalange de la lutte constitutionnelle... 

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Abréviations



(B) (M) (S) (dans les notes) Baptême, Mariage, Sépulture

AF Aegidius Fauteux, Les Patriotes de 1837-1838 (1950)

ANC Archives nationales du Canada

ANQH Archives nationales du Québec à Hull

ANQM Archives nationales du Québec à Montréal

ANQQ Archives nationales du Québec à Québec

AO Archives d'Ontario

AQHP Association québécoise d'histoire politique

ASN Archives du Séminaire de Nicolet

ASQ Archives du Séminaire de Québec

ASSH Archives du Séminaire de Saint-Hyacinthe

ASTR Archives du Séminaire de Trois-Rivières

BAC Bibliothèque et Archives du Canada

BAnQ Bibliothèque et archives nationale du Québec

BH Beaulieu, André et Jean Hamelin, dir, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973-1990, 10v

BHP Bulletin d'histoire politique

BMS Baptêmes, mariages, sépultures

BRH Bulletin des recherches historiques.

CAN Le Canadien (Québec)

CANJ Canadian Antiquarian and Numismatic Journal

CB Catalogue of Books being the complete Library of late Hon L-J Papineau vendus lors d'un encan public en mars 1922, par les frères Fraser, [Montréal, 1922]

CHRISTIE William Christie, History of the Late Province of Lower Canada (Québec, 1841)



CP Chronologie parlementaire, tome 1 1791-1867 (doc inédit), Service de recherche, Bibliothèque de l'Assemblée nationale, décembre 1995

CRLG Centre de recherche Lionel-Groulx

DAF Dictionnaire de l'ancienne langue françoise et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle, par Frédéric Godefroy, 10 v, Paris, 1881-1902

DBC Dictionnaire biographique du Canada, 14 v, Québec, PUL; Toronto, UTP

DC Dictionnaire biographique du clergé canadien-français, par J-B-A Allaire; Les anciens; Montréal, Imprimerie de l'École Catholique des Sourds-Muets, 1910

DD Dictionnaire de droit québécois et canadien, avec lexique anglais-français, par Hubert Reid, 2e tirage, revu et corrigé, Montréal, Wilson & Lafleur ltée, 1996

DNB Dictionary of National Biography, London, Smith, Elder, & Co, 1885-1900

DPQ Dictionnaire des parlementaires du Québec, 1792-1992, PUL, 1993

ED Encyclopaedic Dictionary, edited by Robert Hunter, 4 v, Philadelphia, Syndicate Publishing Company, 1894

GPF Glossaire du parler français au Canada, Québec, PUL, 1968 [1930]

ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

MD Lovell's Montreal Directory



ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

L'AMI L'ami du peuple, de l'ordre et des lois (Montréal)

LIB Le Libéral (Québec)

MC Morning Courrier (Montréal)

MD Lovell's Montreal Directory

MD The Macmillan Dictionary of Canadian Biography, Toronto, Macmillan of Canada, 1985 [1978]

MG 24 B125 Comité de correspondance de Montréal

MGZ Montreal Gazette

MIN La Minerve (Montréal)

MS Mississiquoi Standard (Frelighburg)

MTL HERALD Montreal Herald

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed, prepared by JA Simpson and ESC Weiner, 20 v, Clarendon Press, Oxford, 1989

RHAF Revue d'histoire de l'Amérique française

SHM Société historique de Montréal 

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed,  20 v, Clarendon Press, 1989

QG Quebec Gazette

QM Quebec Mercury

RG. Register Group. Archives publiques du Canada (Ottawa)

SJ Stanstead Journal (Stanstead)

VIND The Canadian Vindicator (Montréal)


Consultez les journaux d'époque conservés à la BAnQ

L'Ami du peuple, de l'ordre et des lois, 1832-1840 (Montréal)
Le Canadien, 1806-1909 (Québec)
Le Courier de Québec, 1807-1808
L'Écho du pays, 1832-1836 (Saint-Charles-sur Richelieu)
Le Fantasque, 1837-1849 (Québec)
La Gazette des Trois-Rivières, 1817-1822
Le Glaneur, 1836-1837 (Saint-Charles-sur-Richelieu)
Le Libéral / The Liberal, 1837 (Québec)
La Minerve, 1826-1899 (Montréal)
Le Pays, 1852-1869 (Montréal)
Le Populaire, 1837-1838 (Montréal)
Quebec Mercury, 1805-1903
La Quotidienne, 1837-1838 (Montréal)
Le Spectateur canadien 1813-1829 (Montréal)
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