Les Patriotes de 1837\@1838
 
 ANALYSE 
Les derniers mots d'un condamné. Lettre de François Nicolas, ancien voyageur dans l'Ouest canadien, pendu à Montréal, le 15 février 1839
Depuis le 8 septembre 2016

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Tout ce qu'on sait de lui tient dans le registre de la prison de Montréal de janvier 1838 : maître d'école, né en 1795 à Saint-Marc (Verchères) d'Étienne Nicolas et de Louise Borgia-Levasseur. Il est cependant démontré que François-Stanislas Nicolas fut en fait élevé par son oncle Joseph Levasseur Borgia (1773-1839), avocat et député de la ville de Québec qui semble lui avoir dispensé une bonne éducation. Nicholas sait lire et écrire.  Il aurait d'abord été commerçant, puis instituteur à LAcadie en 1831. 

C'est l'historien et chercheur indépendant, M. Guillaume Marcotte, qui nous a fait connaitre une brève lettre signée de la main de François Nicholas et qui lève en partie le voile sur un pan de la vie du patriote pendu le 15 février 1839.  Nos remerciements vont donc à M. Marcotte et à son précieux travail aux archives provinciales du Manitoba sans qui ce document important serait sans doute resté inconnu.

L'Affaire Chartrand

Outre son implication politique dans le mouvement patriote du Haut-Richelieu, François Nicholas surgit vraiment dans l'histoire le 27 novembre 1837, à l'occasion de l'assassinat à Saint-Blaise de l'espion bureaucrate Joseph Armand dit Chartrand.  Arrêté pour meurtre en janvier, Nicholas est formellement accusé en août, puis subit son procès avec quatre autres patriotes. Il est déclaré non-coupable le 7 septembre 1838, le jury ayant jugé que la mort de Chartrand serait survenue durant « une période de guerre ». Nicholas prend ensuite la fuite aux États-Unis où il se joint au second soulèvement.

Pendu au Pied-du-Courant, le 15 février 1839

À l'automne 1838, Nicholas est capitaine au camp de Napierville, puis participe le 9 novembre à la bataille d'Odelltown. Appréhendé peu après, il est jugé en cour martiale et condamné à mort le 18 janvier. Les autorités britanniques sont alors d'autant plus déterminées à exécuter Nicholas qu'ils n'ont toujours pas digéré que ce dernier ait été innocenté dans l'affaire Chartrand. Le mardi 12 février, Nicholas apprend donc qu'il sera pendu dans les jours suivants. Il monte sur le l'échafaud le 15 février 1839, à 9h45 AM, en compagnie du Chevalier de Lorimier, Charles Hindenlang, Pierre-Rémi Narbonne et Amable Daunais. Avant l'ouverture de la trappe, il aurait déclaré de vive voix : « Je ne regrette qu'une chose, c'est de mourir avant d'avoir vu mon pays libre, mais la providence finira par en avoir pitié, car il n'y a pas un pays plus mal gouverné dans le monde ».

Il avait 41 ans et il n’était apparemment pas marié.

Un document émouvant absolument inédit

Le document que nous mettons au jour n'a semble-t-il jamais été analysé par un historien, si bien qu’une page importante de la vie d'un patriote pendu est restée dans l'ombre.  Le chercheur indépendant Guillaume Marcotte nous aura fait connaitre d'une lettre conservée aux archives provinciales du Manitoba, dans le fonds de la Compagnie de la Baie d'Hudson.   Quelques heures avant d'être pendu, le patriote Nicholas souhaite soulager sa conscience et implore l'indulgence d'un officier de la Baie d'Hudson à propos de biens et de sommes dont la compagnie aurait été privée. 

Monsieur James Keith

Monsieur

Comme je suis sur le point de mourir et que j'appréhende de paraître devant mon dieu chargé de péchés, je vous pris et demande comme une extrême faveur de notre part de me pardonner tant en votre nom qu'aux noms de tous les autres associés de la Compagnie du Nord West au service de laquelle j'ai été cinq ans, ainsi que de celle de la Baie d'Hudson que j'ai servi près de deux ans, de vouloir bien me pardonner tous les dommages que je pourrais vous avoir occasionnés par la dissipation de vos effets et pour tous autres que je me suis appropriés illicitement et tournés à mon avantage, pardonnez moi je vous pris qu'il m’est impossible de restituer ce dont je vous ai pris; daignez donc me faire cette grâce et si je suis assez heureux d'obtenir une place dans le Royaume des Cieux, je vous récompenserai par mes prières.

Je suis avec Respect / Votre très humble serviteur/ Frs. Stanislas Nicholas /Prison de Montréal /15 février 1839

Hudson's Bay Company Archives (Provincial Archives of Manitoba)

Montreal Correspondence Inward, B.134/c/41, folio 133. https://www.gov.mb.ca/chc/archives/hbca/resource/post_rec/types.html#b

 

 

Coureur des bois, puis patriote

Par ce bref document on peut donc en partie retracer la jeunesse de Nicholas.  Sans doute à l'âge de 21 ans, en 1816, Nicholas, qui d'après les archives judiciaires est doté d'un physique imposant et d'une bonne santé, se serait engagé comme voyageur pour la North West Company.  Cet engagement n'a alors rien d'exceptionnel et attirait à l'époque de nombreux jeunes hommes du Bas-Canada, surtout ceux qui, comme Nicholas, ne comptaient pas hériter de la terre paternelle.  La North West fusionne avec la Compagnie de la baie d'Hudson (CBH) en 1821 et Nicholas affirme avoir encore travaillé pour cette dernière durant deux ans, soit jusqu'à environ 1823. Après quoi il est probable qu'il soit revenu dans la vallée du Saint-Laurent.

Où séjourne-t-il durant ces années ?  

On est en partie éclairé sur où se trouvait Nicholas durant ces années par le fait qu'il adresse sa lettre à un certain John Keith.  Or on sait que Keith est né en Écosse, puis qu'il s'installe dans l'Ouest à compter de 1793 au service de la North West puis de la CBH.  Au moment où Nicholas lui adresse sa lettre, Keith n'est plus vraiment à l'emploi de la compagnie.  Retraité à demi-solde depuis avril 1837, il voyage alors en Angleterre et en Europe, en attendant de définitivement prendre sa retraite en 1843 et de mourir en 1851, sans jamais plus revenir au Canada.  Il n'a donc pas pu recevoir la lettre de Nicholas.  Cela prouverait que Nicholas connaissait personnellement Keith et que c'est à lui directement qu'il souhaitait se confier à la veille de sa pendaison.  Or, où se trouvait au juste Keith entre 1816 et 1823, soit... 

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 Marcel Marcoux  (11 février 2020)
Merci de ce rappel dee notre passé!

 

Abréviations



(B) (M) (S) (dans les notes) Baptême, Mariage, Sépulture

AF Aegidius Fauteux, Les Patriotes de 1837-1838 (1950)

ANC Archives nationales du Canada

ANQH Archives nationales du Québec à Hull

ANQM Archives nationales du Québec à Montréal

ANQQ Archives nationales du Québec à Québec

AO Archives d'Ontario

AQHP Association québécoise d'histoire politique

ASN Archives du Séminaire de Nicolet

ASQ Archives du Séminaire de Québec

ASSH Archives du Séminaire de Saint-Hyacinthe

ASTR Archives du Séminaire de Trois-Rivières

BAC Bibliothèque et Archives du Canada

BAnQ Bibliothèque et archives nationale du Québec

BH Beaulieu, André et Jean Hamelin, dir, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973-1990, 10v

BHP Bulletin d'histoire politique

BMS Baptêmes, mariages, sépultures

BRH Bulletin des recherches historiques.

CAN Le Canadien (Québec)

CANJ Canadian Antiquarian and Numismatic Journal

CB Catalogue of Books being the complete Library of late Hon L-J Papineau vendus lors d'un encan public en mars 1922, par les frères Fraser, [Montréal, 1922]

CHRISTIE William Christie, History of the Late Province of Lower Canada (Québec, 1841)



CP Chronologie parlementaire, tome 1 1791-1867 (doc inédit), Service de recherche, Bibliothèque de l'Assemblée nationale, décembre 1995

CRLG Centre de recherche Lionel-Groulx

DAF Dictionnaire de l'ancienne langue françoise et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle, par Frédéric Godefroy, 10 v, Paris, 1881-1902

DBC Dictionnaire biographique du Canada, 14 v, Québec, PUL; Toronto, UTP

DC Dictionnaire biographique du clergé canadien-français, par J-B-A Allaire; Les anciens; Montréal, Imprimerie de l'École Catholique des Sourds-Muets, 1910

DD Dictionnaire de droit québécois et canadien, avec lexique anglais-français, par Hubert Reid, 2e tirage, revu et corrigé, Montréal, Wilson & Lafleur ltée, 1996

DNB Dictionary of National Biography, London, Smith, Elder, & Co, 1885-1900

DPQ Dictionnaire des parlementaires du Québec, 1792-1992, PUL, 1993

ED Encyclopaedic Dictionary, edited by Robert Hunter, 4 v, Philadelphia, Syndicate Publishing Company, 1894

GPF Glossaire du parler français au Canada, Québec, PUL, 1968 [1930]

ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

MD Lovell's Montreal Directory



ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

L'AMI L'ami du peuple, de l'ordre et des lois (Montréal)

LIB Le Libéral (Québec)

MC Morning Courrier (Montréal)

MD Lovell's Montreal Directory

MD The Macmillan Dictionary of Canadian Biography, Toronto, Macmillan of Canada, 1985 [1978]

MG 24 B125 Comité de correspondance de Montréal

MGZ Montreal Gazette

MIN La Minerve (Montréal)

MS Mississiquoi Standard (Frelighburg)

MTL HERALD Montreal Herald

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed, prepared by JA Simpson and ESC Weiner, 20 v, Clarendon Press, Oxford, 1989

RHAF Revue d'histoire de l'Amérique française

SHM Société historique de Montréal 

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed,  20 v, Clarendon Press, 1989

QG Quebec Gazette

QM Quebec Mercury

RG. Register Group. Archives publiques du Canada (Ottawa)

SJ Stanstead Journal (Stanstead)

VIND The Canadian Vindicator (Montréal)


Consultez les journaux d'époque conservés à la BAnQ

L'Ami du peuple, de l'ordre et des lois, 1832-1840 (Montréal)
Le Canadien, 1806-1909 (Québec)
Le Courier de Québec, 1807-1808
L'Écho du pays, 1832-1836 (Saint-Charles-sur Richelieu)
Le Fantasque, 1837-1849 (Québec)
La Gazette des Trois-Rivières, 1817-1822
Le Glaneur, 1836-1837 (Saint-Charles-sur-Richelieu)
Le Libéral / The Liberal, 1837 (Québec)
La Minerve, 1826-1899 (Montréal)
Le Pays, 1852-1869 (Montréal)
Le Populaire, 1837-1838 (Montréal)
Quebec Mercury, 1805-1903
La Quotidienne, 1837-1838 (Montréal)
Le Spectateur canadien 1813-1829 (Montréal)
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