| | | ANALYSE Les Rébellions de 1837-1838 : un traumatisme collectif Depuis le 10 août 2008 |   page 9 / 10 |
 | Le suicide du patriote Amury Girod tel que vu par Henri Julien. |
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On voit que le second problème que nous avons posé est intimement lié au
premier: l’effet d’écrasement sur la collectivité est, justement, d’autant plus
grand que le sort de l’individu, mis à l’écart des grands enjeux historiques,
voire protégé et surprotégé, est doux. C’est le cas parce que cette douceur est
résultat de sa docilité, mais également parce que ce que la violence politique
précède la prise de conscience de l’aliénation, qu’elle ne la suit pas. En
l’absence de violence, par conséquent, point de conscience; en ne bougeant pas,
on ne se cogne pas aux murs de la cellule. Le Canadien français/Québécois épouse
parfaitement les formes de son aliénation, ce qui lui évite les conflits
violents visibles mais détermine la particularité de sa condition: tout se passe
dans son âme, dans un conflit intériorisé qui, faute de réalités extérieures sur
lesquelles il puisse s’objectiver (se figurer) demeure à l’état stationnaire.
L’échec des Rébellions est suivi du rapport Durham, qui en est une conséquence
directe. Durham juge très sévèrement la collectivité canadienne, qu’il considère
comme un peuple non viable, inapte à fonder une vie nationale convenable. C’est
«un peuple sans histoire et sans littérature». En principe cette condamnation
n’est même pas malveillante: c’est l’avis du jardinier qui juge qu’un arbrisseau
mal placé n’a aucune chance de bien se développer et qu’il vaut mieux le couper.
C’est le préjugé gros et gras du membre d’une nation conquérante qui se pose en
éducatrice du monde inférieur, le scandale ici étant moins le jugement porté sur
la collectivité canadienne-française que le droit qu’on se donne de le porter.
Or l’intention que révèlent les paroles de Durham est d’autant plus ravageuse
que Durham n’a pas entièrement tort : le fait est que les Canadiens français de
1837 n’ont pas grand chose pour eux. Contrairement à beaucoup des populations
qui se soulèvent, à cette époque, contre les monarchies et les empires, ils ne
sont pas riches, ils ne sont pas nombreux, ils n’ont pas derrière eux une grande
histoire et leur vie culturelle n’a rien de remarquable. Peuple sans État, ils
n’ont pas de passé et l’avenir ne leur appartient pas. Ils sont cernés sur tous
les fronts! Précisément, conscients de leurs lacunes, les Canadiens français
n’ont alors que de l’admiration pour l’Angleterre, qu’ils aiment comme leur mère
patrie, sous la seule réserve de vouloir conserver leur langue et leur foi
religieuse. En réponse à leur amour, on leur dit que pour leur propre bien, ils
doivent disparaître en tant que peuple! Nul doute, comme l’affirme fort
justement Heinz Weinmann dans son ouvrage Du Canada au Québec, que la blessure
narcissique, le rejet d’une Angleterre sur laquelle les Canadiens français
avaient reporté leur amour après avoir été si déçus par l’abandon de la France,
a été ici infiniment plus traumatisante que la violence politique elle-même.
Or pour assurer cette exécution du peuple canadien, Durham ne préconise aucune
atteinte aux droits individuels. Au contraire, ce sont les droits individuels et
le libre-jeu de la démocratie qui doivent fournir le moyen d’assurer
«naturellement» et sans douleur l’assimilation de ce peuple – à condition bien
sûr qu’il soit mis en minorité au sein d’un Canada uni. La solution que Durham
préconise est donc plutôt douce à l’égard des individus canadiens-français,
envers lesquels aucune discrimination ne doit être exercée. C’est la
collectivité canadienne-française qui est condamnée à mort.
Si la répression après 1837 et 1838 a gardé un caractère limité, si les libertés
civiques ont été assez rapidement rétablies, il ne faut pas oublier que c’est
aussi parce que la révolution de 1837-1838 est restée sans suite, ne s’est
jamais relevée de sa défaite. La plupart des empires de cette époque souhaitent
que leur domination soit douce et pacifique. C’est toujours l’action des
mouvements révolutionnaires qui les contraint à se montrer autoritaires et
répressifs. Il faut donc comprendre la montée de ces affrontements comme une
dynamique globale. Par ailleurs si la plupart de ces mouvement révolutionnaires
nationaux ont fini par triompher des empires, ce n’est qu’à très long terme et
après de longues séries d’échecs et d’écrasements. En ce sens, l’absence de
récidive après la rébellion de 1837-1838, qui a été généralement interprétée
comme une preuve que l’esprit révolutionnaire n’a jamais été qu’une passade pour
les Canadiens, peut être aussi bien comprise comme la preuve que ce mouvement
d’affirmation national canadien (comparable à ceux que l’on retrouve à cette
époque un peu partout dans le monde) a eu les reins brisés et ne s’est jamais
remis d’un échec aussi écrasant. Ainsi, les événements très sanglants qui se
produisent en Pologne ou en Grèce à cette époque n’ont jamais eu un tel
caractère de nocivité pour ces collectivités, car les mouvements nationaux et
révolutionnaires n’ont pas été écrasés au point de rester sans suite.
On ne peut prendre la mesure de l’effet traumatique des Rébellions de 1837-1838
sans prendre en compte les éléments d’arrière-fond qui sont clairement
dominants. Les Rébellions sont l’objet d’un refoulement non pour elles-mêmes,
mais en raison de ce qu’elles représentent en tant que seule et unique tentative
de saisie de son destin par la collectivité canadienne-française/québécoise. Il
est erroné de croire que cet événement est ce qui est venu apporter le trouble
dans la vie, par ailleurs heureuse, des Canadiens français. Au contraire, il
constitue dans l’existence de ce peuple minorisé et infantilisé l’amorce d’une
conscience collective accrue et l’appel à une existence plus pleine.
© Marc Collin 2008
[1] Gérard Bouchard, «Une nation, deux cultures : Continuités et ruptures dans
la pensée québécoise traditionnelle» in Gérard Bouchard (dir.), La construction
d’une culture : le Québec et l’Amérique française, PUL, 1993, p. 5.
[2] Hubert Aquin, «L’art de la défaite, considérations stylistiques», Liberté,
vol. 7, nos 1 et 2, 1965. Le texte a été republié dans Blocs erratiques, Typo,
1998.
[3] Marc Collin, Mensonges et vérités dans les Souvenirs de Félix Poutré,
Septentrion, 2003. Le récit de Félix Poutré est intitulé Échappé de la potence :
souvenirs d’un prisonnier d’État canadien en 1838 et la pièce de théâtre de
Louis Fréchette est intitulée... | page 9 / 10 Consulté 12 547 fois depuis le MOD
| Louis (21 août 2008) Excellent texte M. Collin je tâcherai de lire votre livre. C‘est comme si vous aviez écris ce qu‘au fond de moi j‘avais toujours pensé du rapport des Québecois face à leur histoire patriote! Vous avez soulevez aussi un point intéressant : ‘‘Conformément à une curieuse tendance très répandue dans le «Québec moderne» chez les historiens et dans les programmes d’enseignement, on a aplati l’histoire en minimisant ses aspects les plus spectaculaires, les plus passionnants et romantiques, et en accentuant les plus édulcorés et les plus ternes‘‘ – C‘est tellement vrai qu‘à chaque fois qu‘un ami me dit que l‘histoire du Québec est ennuyante, je ne peux que lui donner raison car plus souvent qu‘autrement, j‘ai suivi les mêmes cours monotones au secondaire et au cégep... Étant moi-même étudiant au baccalauréat en histoire, je veux faire un meilleur enseignement de l’histoire du Québec dans les classes de nos futurs élèves. J’en fais mon cheval de bataille car je crois fermement que notre histoire, bien racontée, peut devenir une extraordinaire épopée. - Louis
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Abréviations
(B) (M) (S) (dans les notes) Baptême, Mariage, Sépulture AF Aegidius Fauteux, Les Patriotes de 1837-1838 (1950) ANC Archives nationales du Canada ANQH Archives nationales du Québec à Hull ANQM Archives nationales du Québec à Montréal ANQQ Archives nationales du Québec à Québec AO Archives d'Ontario AQHP Association québécoise d'histoire politique ASN Archives du Séminaire de Nicolet ASQ Archives du Séminaire de Québec ASSH Archives du Séminaire de Saint-Hyacinthe ASTR Archives du Séminaire de Trois-Rivières BAC Bibliothèque et Archives du Canada BAnQ Bibliothèque et archives nationale du Québec BH Beaulieu, André et Jean Hamelin, dir, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973-1990, 10v BHP Bulletin d'histoire politique BMS Baptêmes, mariages, sépultures BRH Bulletin des recherches historiques. CAN Le Canadien (Québec) CANJ Canadian Antiquarian and Numismatic Journal CB Catalogue of Books being the complete Library of late Hon L-J Papineau vendus lors d'un encan public en mars 1922, par les frères Fraser, [Montréal, 1922] CHRISTIE William Christie, History of the Late Province of Lower Canada (Québec, 1841)
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CP Chronologie parlementaire, tome 1 1791-1867 (doc inédit), Service de recherche, Bibliothèque de l'Assemblée nationale, décembre 1995 CRLG Centre de recherche Lionel-Groulx DAF Dictionnaire de l'ancienne langue françoise et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle, par Frédéric Godefroy, 10 v, Paris, 1881-1902 DBC Dictionnaire biographique du Canada, 14 v, Québec, PUL; Toronto, UTP DC Dictionnaire biographique du clergé canadien-français, par J-B-A Allaire; Les anciens; Montréal, Imprimerie de l'École Catholique des Sourds-Muets, 1910 DD Dictionnaire de droit québécois et canadien, avec lexique anglais-français, par Hubert Reid, 2e tirage, revu et corrigé, Montréal, Wilson & Lafleur ltée, 1996 DNB Dictionary of National Biography, London, Smith, Elder, & Co, 1885-1900 DPQ Dictionnaire des parlementaires du Québec, 1792-1992, PUL, 1993 ED Encyclopaedic Dictionary, edited by Robert Hunter, 4 v, Philadelphia, Syndicate Publishing Company, 1894 GPF Glossaire du parler français au Canada, Québec, PUL, 1968 [1930] ICMH Institut canadien de microreproductions historiques JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-CanadaJFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998 JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6 MD Lovell's Montreal Directory |
ICMH Institut canadien de microreproductions historiques JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998 JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6 L'AMI L'ami du peuple, de l'ordre et des lois (Montréal) LIB Le Libéral (Québec) MC Morning Courrier (Montréal) MD Lovell's Montreal Directory MD The Macmillan Dictionary of Canadian Biography, Toronto, Macmillan of Canada, 1985 [1978] MG 24 B125 Comité de correspondance de Montréal MGZ Montreal Gazette MIN La Minerve (Montréal) MS Mississiquoi Standard (Frelighburg) MTL HERALD Montreal Herald MQD Mackay's Quebec Directory OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed, prepared by JA Simpson and ESC Weiner, 20 v, Clarendon Press, Oxford, 1989 RHAF Revue d'histoire de l'Amérique française SHM Société historique de Montréal MQD Mackay's Quebec Directory OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed, 20 v, Clarendon Press, 1989 QG Quebec Gazette QM Quebec Mercury RG. Register Group. Archives publiques du Canada (Ottawa) SJ Stanstead Journal (Stanstead) VIND The Canadian Vindicator (Montréal) |
Consultez les journaux d'époque conservés à la BAnQ
L'Ami du peuple, de l'ordre et des lois, 1832-1840 (Montréal)
Le Canadien, 1806-1909 (Québec)
Le Courier de Québec, 1807-1808
L'Écho du pays, 1832-1836 (Saint-Charles-sur Richelieu)
Le Fantasque, 1837-1849 (Québec)
|
La Gazette des Trois-Rivières, 1817-1822
Le Glaneur, 1836-1837 (Saint-Charles-sur-Richelieu)
Le Libéral / The Liberal, 1837 (Québec)
La Minerve, 1826-1899 (Montréal)
Le Pays, 1852-1869 (Montréal)
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Le Populaire, 1837-1838 (Montréal)
Quebec Mercury, 1805-1903
La Quotidienne, 1837-1838 (Montréal)
Le Spectateur canadien 1813-1829 (Montréal)
The Vindicator, 1828-1837 (Montréal)
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