Les Patriotes de 1837\@1838
 
 ANALYSE 
Les Rébellions de 1837-1838 : un traumatisme collectif
Depuis le 10 août 2008

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Le suicide du patriote Amury Girod tel que vu par Henri Julien.

Ces deux travaux en arrivent au même constat, celui de la prééminence, dans les représentations collectives québécoises, de la structure chienne-honte, au détriment de la structure courage-fierté.

Derrière le déni de la victoire patriote, la complaisance dans le misérabilisme et le culte du traître, se cache sans doute la crainte inavouée de la transgression révolutionnaire – affirmation que l’on doit comprendre sous l’angle symbolique et non idéologique. De nombreux travaux, dont ceux de Gérard Mendel (Une histoire de l’autorité) ont montré que le pouvoir et l’autorité se fondent dans l’affectivité relative aux figure parentales. La révolution ne peut se concevoir que comme une mise à mort symbolique de ces figures. Or l’historiographie des Rébellions – à commencer par l’Histoire de l’insurrection du Canada que Papineau publie en 1839 – est entièrement traversée par le refus d’assumer la culpabilité de la transgression révolutionnaire.

Le remplacement de la bataille de Saint-Denis par les assemblées démocratiques et pacifiques du printemps 1837 montre que ce déni de l’héritage révolutionnaire de 1837 se poursuit encore aujourd’hui. Ce qui définit un mouvement révolutionnaire, c’est qu’il vise à renverser les pouvoirs établis par des moyens extra-légaux. On peut toujours concevoir que l’indépendance du Bas Canada aurait pu se faire par des moyens légaux, non-révolutionnaires, mais il est certain qu’un tel projet aurait été difficilement réalisable parce qu’il n’aurait pas pu se déprendre de l’ornière d’une contradiction symbolique. Pour un mouvement qui vise l’autodétermination d’un peuple, la nécessité de procéder hors des cadres légaux n’est pas seulement une question de circonstances; elle est structurelle. Une révolution nationale vise à établir la souveraineté d’un peuple ou d’une nation, or la souveraineté est fondatrice du droit et ne peut par conséquent être elle-même régie par le droit! L’illégalité est inhérente à la révolution et à la saisie de la souveraineté. Il y a dans la conquête de l’autodétermination quelque chose qui ne peut, fondamentalement, être achevé par de simples réformes. La souveraineté ne se demande pas, elle se prend. C’est parce qu’elle reste symboliquement une mise à mort de la figure d’autorité parentale qui sous tend le pouvoir politique que la révolution est violente. La violence concrète, matérielle ne fait qu’illustrer cette violence symbolique et, sans doute, en l’illustrant, en offre une figurabilité et une objectivation. La violence révolutionnaire n’est pas nécessaire parce qu’elle est le seul moyen de changer les choses, elle est nécessaire parce qu’elle est le seul moyen de figurer les réalités symboliques de l’aliénation et de la liberté.

Cette transgression révolutionnaire, les patriotes de 1837 et 1838 l’avaient bel et bien effectuée et les affrontements militaires en sont la manifestation la plus tangible, puisqu’ils ont porté à son paroxysme le conflit des légitimités. Aux yeux du gouvernement, la prise des armes était un acte de haute trahison. Mais pour le citoyen aux yeux de qui ce gouvernement n’avait plus de légitimité, elle devenait un devoir de citoyen. La transformation du crime de lèse-majesté et de haute trahison en acte héroïque sublime est l’essence même du conflit de légitimité qui est au coeur d’une révolution et d’une indépendance nationale. L’impossibilité de reconnaître le caractère sublime d’un héros patriote comme Chénier est la preuve qu’on n’a jamais réussi à assumer cette transgression révolutionnaire, ce que vient par ailleurs confirmer l’occultation de la fête du 23 novembre.

Cette occultation reflète l’idéologie souverainiste officielle, qui promeut la souveraineté du Québec à travers une démarche «démocratique», ce qui veut surtout dire, dans les circonstances, sans violence politique et sans sortie de la légalité (on pourrait dire aussi «sans faire de vagues»). C’est pourquoi on a remplacé le mot «indépendance» par le mot «souveraineté», alors que ces deux termes sont à peu près équivalents sur le plan sémantique et se distinguent seulement par leurs connotations (le terme «indépendance» rappelant davantage les aspects conflictuels du projet). Le refus d’assumer cet aspect conflictuel était une faiblesse que les ennemis du projet souverainiste n’ont pas manqué d’exploiter en martelant le mot «séparation». En récusant ce mot, les souverainistes ne faisaient que confirmer la peur qu’il devait inspirer. Il faut se demander jusqu’à quel point ce refus de la violence symbolique n’est pas à l’origine de l’échec du mouvement souverainiste. Contrairement à ce que disent ces souverainistes non-séparatistes, on ne peut fonder le Québec sans détruire le Canada! Il y a, autour de la répétition historique de l’échec de 1837-1838 dans les deux référendums de 1980 et de 1995, un impensé tragique.

La peur irraisonnée de la violence politique parmi une population qui en a connu bien peu au cours de son histoire est un paradoxe qui semble défier la logique, mais qui ne nous étonne pas en tenant compte des aspects théoriques que nous venons de voir. La fréquentation d’expériences modérément éprouvantes permet d’ancrer dans des représentations mentales les réalités menaçantes du monde et, simultanément, les éléments psychiques qui sont source d’angoisse. Inversement, la rareté de ces expériences se traduit par une pauvreté des représentations. Les dangers peuvent susciter d’autant plus de crainte que l’expérience que nous en avons est limitée. En 1998, pendant la crise du verglas, les habitants d’un village d’Afrique subsaharienne se sont cotisés pour envoyer du bois de chauffage au Québec. On peut certainement attribuer l’émoi de ces Africains à l’absence d’une expérience concrète de l’hiver qui aurait pu leur permettre de modérer la puissance de leurs fantasmes; faute d’ancrage dans l’expérience, le fantasme s’emballe et ne connaît plus de limites. Ainsi, le caractère traumatique des Rébellions pourrait s’expliquer en grande partie par la pauvreté des expériences auxquelles les enjeux symboliques liés à la transgression révolutionnaire auraient pu se rattacher au sein de représentations solides. Les Rébellions de 1837-1838 restent le seul événement révolutionnaire de l’histoire du Québec et du Canada. C’est fort peu, et il y a une terrible disproportion entre la lourdeur de ces enjeux symboliques et la pauvreté des expériences vécues.... 

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 Louis  (21 août 2008)
Excellent texte M. Collin je tâcherai de lire votre livre. C‘est comme si vous aviez écris ce qu‘au fond de moi j‘avais toujours pensé du rapport des Québecois face à leur histoire patriote! Vous avez soulevez aussi un point intéressant : ‘‘Conformément à une curieuse tendance très répandue dans le «Québec moderne» chez les historiens et dans les programmes d’enseignement, on a aplati l’histoire en minimisant ses aspects les plus spectaculaires, les plus passionnants et romantiques, et en accentuant les plus édulcorés et les plus ternes‘‘ – C‘est tellement vrai qu‘à chaque fois qu‘un ami me dit que l‘histoire du Québec est ennuyante, je ne peux que lui donner raison car plus souvent qu‘autrement, j‘ai suivi les mêmes cours monotones au secondaire et au cégep... Étant moi-même étudiant au baccalauréat en histoire, je veux faire un meilleur enseignement de l’histoire du Québec dans les classes de nos futurs élèves. J’en fais mon cheval de bataille car je crois fermement que notre histoire, bien racontée, peut devenir une extraordinaire épopée. - Louis

 

Abréviations



(B) (M) (S) (dans les notes) Baptême, Mariage, Sépulture

AF Aegidius Fauteux, Les Patriotes de 1837-1838 (1950)

ANC Archives nationales du Canada

ANQH Archives nationales du Québec à Hull

ANQM Archives nationales du Québec à Montréal

ANQQ Archives nationales du Québec à Québec

AO Archives d'Ontario

AQHP Association québécoise d'histoire politique

ASN Archives du Séminaire de Nicolet

ASQ Archives du Séminaire de Québec

ASSH Archives du Séminaire de Saint-Hyacinthe

ASTR Archives du Séminaire de Trois-Rivières

BAC Bibliothèque et Archives du Canada

BAnQ Bibliothèque et archives nationale du Québec

BH Beaulieu, André et Jean Hamelin, dir, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973-1990, 10v

BHP Bulletin d'histoire politique

BMS Baptêmes, mariages, sépultures

BRH Bulletin des recherches historiques.

CAN Le Canadien (Québec)

CANJ Canadian Antiquarian and Numismatic Journal

CB Catalogue of Books being the complete Library of late Hon L-J Papineau vendus lors d'un encan public en mars 1922, par les frères Fraser, [Montréal, 1922]

CHRISTIE William Christie, History of the Late Province of Lower Canada (Québec, 1841)



CP Chronologie parlementaire, tome 1 1791-1867 (doc inédit), Service de recherche, Bibliothèque de l'Assemblée nationale, décembre 1995

CRLG Centre de recherche Lionel-Groulx

DAF Dictionnaire de l'ancienne langue françoise et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle, par Frédéric Godefroy, 10 v, Paris, 1881-1902

DBC Dictionnaire biographique du Canada, 14 v, Québec, PUL; Toronto, UTP

DC Dictionnaire biographique du clergé canadien-français, par J-B-A Allaire; Les anciens; Montréal, Imprimerie de l'École Catholique des Sourds-Muets, 1910

DD Dictionnaire de droit québécois et canadien, avec lexique anglais-français, par Hubert Reid, 2e tirage, revu et corrigé, Montréal, Wilson & Lafleur ltée, 1996

DNB Dictionary of National Biography, London, Smith, Elder, & Co, 1885-1900

DPQ Dictionnaire des parlementaires du Québec, 1792-1992, PUL, 1993

ED Encyclopaedic Dictionary, edited by Robert Hunter, 4 v, Philadelphia, Syndicate Publishing Company, 1894

GPF Glossaire du parler français au Canada, Québec, PUL, 1968 [1930]

ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

MD Lovell's Montreal Directory



ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

L'AMI L'ami du peuple, de l'ordre et des lois (Montréal)

LIB Le Libéral (Québec)

MC Morning Courrier (Montréal)

MD Lovell's Montreal Directory

MD The Macmillan Dictionary of Canadian Biography, Toronto, Macmillan of Canada, 1985 [1978]

MG 24 B125 Comité de correspondance de Montréal

MGZ Montreal Gazette

MIN La Minerve (Montréal)

MS Mississiquoi Standard (Frelighburg)

MTL HERALD Montreal Herald

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed, prepared by JA Simpson and ESC Weiner, 20 v, Clarendon Press, Oxford, 1989

RHAF Revue d'histoire de l'Amérique française

SHM Société historique de Montréal 

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed,  20 v, Clarendon Press, 1989

QG Quebec Gazette

QM Quebec Mercury

RG. Register Group. Archives publiques du Canada (Ottawa)

SJ Stanstead Journal (Stanstead)

VIND The Canadian Vindicator (Montréal)


Consultez les journaux d'époque conservés à la BAnQ

L'Ami du peuple, de l'ordre et des lois, 1832-1840 (Montréal)
Le Canadien, 1806-1909 (Québec)
Le Courier de Québec, 1807-1808
L'Écho du pays, 1832-1836 (Saint-Charles-sur Richelieu)
Le Fantasque, 1837-1849 (Québec)
La Gazette des Trois-Rivières, 1817-1822
Le Glaneur, 1836-1837 (Saint-Charles-sur-Richelieu)
Le Libéral / The Liberal, 1837 (Québec)
La Minerve, 1826-1899 (Montréal)
Le Pays, 1852-1869 (Montréal)
Le Populaire, 1837-1838 (Montréal)
Quebec Mercury, 1805-1903
La Quotidienne, 1837-1838 (Montréal)
Le Spectateur canadien 1813-1829 (Montréal)
The Vindicator, 1828-1837 (Montréal)

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