Les Patriotes de 1837\@1838
 
 ANALYSE 
Les Rébellions de 1837-1838 : un traumatisme collectif
Depuis le 10 août 2008

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Le suicide du patriote Amury Girod tel que vu par Henri Julien.

en témoigne, mais il faut dire aussi que le 23 novembre n’a jamais eu le caractère qu’il aurait dû avoir, celui d’une fête, mais plutôt celui d’un devoir de mémoire, à saveur plutôt mortifiante, invariablement accompagné des jérémiades adressées au reste de la population ingrate, prompte à oublier son histoire et ceux qui sont morts pour la patrie.

Tout comme la victoire, le courage est un élément peu présent dans les représentations de 1837, alors que le manque de courage et les exemples de lâcheté, de fuite éperdue et de peur panique sont d’une présence écrasante. Le curé Paquin, auteur du Journal historique de la rébellion à Saint-Eustache, donne le ton quand il décrit de manière fort comique la débandade des combattants et des chefs patriotes. Après une expédition ratée à Sainte-Rose, les patriotes fuient à toutes jambes: «Ils se pressèrent tellement que plusieurs se heurtèrent et se blessèrent même en sautant à la hâte et tous ensemble dans leurs voitures; ils ne ralentirent leur course que quand ils furent au milieu des leurs à St-Eustache, et même là ils croyaient encore avoir l’ennemi à leurs trousses». La fuite du général Girod est également un modèle du genre anti-héroïque. Quand se présente l’armée britannique, le général force des hommes à s’enfermer dans l’église puis s’enfuit en prétendant aller chercher du renfort. Au lieu de venir prêter main-forte aux patriotes de Saint-Eustache, qui font face à une armée britannique dix fois supérieure en nombre, les hommes de Saint-Benoit ne pensent qu’à se venger du fuyard et veulent même le livrer aux anglais. Après avoir honteusement trompé diverses personnes le long de son chemin et volé un cheval pour assurer sa fuite, Girod se suicide lorsqu’il se voit encerclé par les loyaux.

La description de la fuite d’Étienne Chartier, le curé patriote de Saint-Benoit, est tout aussi comique:

«M. Chartier, qui se trouvait alors au village, fut tellement pressé de se sauver dès qu’il eut entendu quelques coups de canon, qu’il n’eut pas le temps de prendre sa voiture qui était chez le Dr. Chénier, et qu’il se sauva à pied. À quelque distance du village il se jeta dans une traîne qui passait avec deux femmes et cinq ou six enfants en bas âge; mais bientôt, trouvant que cette traîne n’allait pas assez vite, il se remit à courir de plus belle et courut ainsi pendant une demi-heure au moins avec une foule de fuyards, ne le cédant à personne en agilité.»

Ici, l’effet comique vient du fait que les chefs sont à la tête du mouvement de panique qui entraîne hommes, femmes et enfants, combattants et non combattants, dans le plus grand désordre. Les choses sont complètement inversées: plutôt que d’être sur la ligne de front, pour inspirer courage aux hommes, les dirigeants indiquent la voie de la fuite. On ne saurait mieux illustrer l’idée d’un mouvement de panique.

Ces scènes de panique sont légion dans l’historiographie des Rébellions, tout comme celles où l’on voit les chefs s’enfuir. Selon Paquin, il y a aussi Féréol Peltier, Hubert, les frères de Lorimier qui se sont enfuis de Saint-Eustache avant la bataille. À Saint-Charles, c’est Brown qui s’est enfui. Dans le soulèvement de 1838, on a beaucoup parlé de la fuite du Dr Côté. Mais la plus célèbre fuite de chef, celle qui a pris un caractère emblématique est évidemment celle de Papineau, qui aurait fui Saint-Denis à la veille de la bataille. C’est là un événement remarqué, célèbre, souvent le premier ou le seul que le «Québécois moyen» aura retenu de l’histoire des Rébellions ou de la biographie de Papineau. Cet événement a été le sujet des nombreuses controverses, il a fourni le sujet de plusieurs chansons! Bref, la fuite de Papineau a bénéficié d’une visibilité exemplaire. Pourtant, n’est-il pas normal qu’un chef d’État soit mis à l’abri lors d’une bataille militaire? Est-ce que le président Bush a acquis une réputation de poltron parce qu’il a été maintenu au secret pendant toute une journée après les attentats du 11 septembre?

Un autre fait remarquable, c’est que les Canadiens du XIXe siècle ont forgé un mot original pour désigner le fuyard et le traître, tandis qu’on a emprunté un mot américain, «patriote», pour désigner le héros. Les révolutionnaires canadiens n’ont guère fait preuve d’originalité: tout comme le mot patriote, les fils de la liberté et la société des frères chasseurs sont des calques d’organisations américaines. Mais pour désigner le traître et le fuyard, on a inventé un mot bien canadien, un mot riche de sens et d’associations, bien enraciné dans l’histoire et la culture locale: le chouayen, inspiré par la bataille de Chouagen, où les Français ont fui dans la panique devant l’ennemi Iroquois. Le mot chouayen n’est d’ailleurs pas sans rappeler une autre expression bien québécoise: la chienne. La chienne est une peur panique, qu’on peut comparer à la trouille, mais qui est bien pire, car la trouille est quand même quelque chose qu’on a (j’ai la trouille) tandis que la chienne, elle, «nous pogne». En bon Québécois, on dira que «quand la chienne nous pogne, elle ne nous lâche plus».

Depuis plusieurs années, mes travaux de recherche ont été consacrés à ce problème, à travers l’analyse de deux cas. Le premier est celui de Félix Poutré, traître et indicateur de police, qui a publié en 1862 un récit historique frauduleux dans lequel il prétendait avoir été un des principaux organisateurs du soulèvement de 1838[3]. Pendant plusieurs décennies, le récit de Félix Poutré a été le plus grand succès de librairie de tous les temps pour une oeuvre canadienne. L’exploit a été renouvelé par la pièce de théâtre que Louis Fréchette en a tiré, et qui a longtemps été la pièce canadienne la plus jouée. L’analyse du texte et des circonstances de la fraude a confirmé la complaisance du public canadien à se laisser berner par le faussaire et à se reconnaître dans le personnage d’un traître. Le deuxième cas est celui de Jean-Olivier Chénier, incontestable héros de la révolution de 1837, dont la mémoire a été ostracisée de la conscience collective, alors même que Poutré battait des records de popularité. Même lorsqu’on a voulu rappeler le souvenir de Chénier et raconter son histoire, on n’a jamais trouvé que des phrases creuses sur le courage et l’héroïsme. Il est frappant de comparer la pauvreté des discours sur Chénier avec la volubilité, la richesse créative du discours sur le traître[4]... 

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 Louis  (21 août 2008)
Excellent texte M. Collin je tâcherai de lire votre livre. C‘est comme si vous aviez écris ce qu‘au fond de moi j‘avais toujours pensé du rapport des Québecois face à leur histoire patriote! Vous avez soulevez aussi un point intéressant : ‘‘Conformément à une curieuse tendance très répandue dans le «Québec moderne» chez les historiens et dans les programmes d’enseignement, on a aplati l’histoire en minimisant ses aspects les plus spectaculaires, les plus passionnants et romantiques, et en accentuant les plus édulcorés et les plus ternes‘‘ – C‘est tellement vrai qu‘à chaque fois qu‘un ami me dit que l‘histoire du Québec est ennuyante, je ne peux que lui donner raison car plus souvent qu‘autrement, j‘ai suivi les mêmes cours monotones au secondaire et au cégep... Étant moi-même étudiant au baccalauréat en histoire, je veux faire un meilleur enseignement de l’histoire du Québec dans les classes de nos futurs élèves. J’en fais mon cheval de bataille car je crois fermement que notre histoire, bien racontée, peut devenir une extraordinaire épopée. - Louis

 

Abréviations



(B) (M) (S) (dans les notes) Baptême, Mariage, Sépulture

AF Aegidius Fauteux, Les Patriotes de 1837-1838 (1950)

ANC Archives nationales du Canada

ANQH Archives nationales du Québec à Hull

ANQM Archives nationales du Québec à Montréal

ANQQ Archives nationales du Québec à Québec

AO Archives d'Ontario

AQHP Association québécoise d'histoire politique

ASN Archives du Séminaire de Nicolet

ASQ Archives du Séminaire de Québec

ASSH Archives du Séminaire de Saint-Hyacinthe

ASTR Archives du Séminaire de Trois-Rivières

BAC Bibliothèque et Archives du Canada

BAnQ Bibliothèque et archives nationale du Québec

BH Beaulieu, André et Jean Hamelin, dir, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973-1990, 10v

BHP Bulletin d'histoire politique

BMS Baptêmes, mariages, sépultures

BRH Bulletin des recherches historiques.

CAN Le Canadien (Québec)

CANJ Canadian Antiquarian and Numismatic Journal

CB Catalogue of Books being the complete Library of late Hon L-J Papineau vendus lors d'un encan public en mars 1922, par les frères Fraser, [Montréal, 1922]

CHRISTIE William Christie, History of the Late Province of Lower Canada (Québec, 1841)



CP Chronologie parlementaire, tome 1 1791-1867 (doc inédit), Service de recherche, Bibliothèque de l'Assemblée nationale, décembre 1995

CRLG Centre de recherche Lionel-Groulx

DAF Dictionnaire de l'ancienne langue françoise et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle, par Frédéric Godefroy, 10 v, Paris, 1881-1902

DBC Dictionnaire biographique du Canada, 14 v, Québec, PUL; Toronto, UTP

DC Dictionnaire biographique du clergé canadien-français, par J-B-A Allaire; Les anciens; Montréal, Imprimerie de l'École Catholique des Sourds-Muets, 1910

DD Dictionnaire de droit québécois et canadien, avec lexique anglais-français, par Hubert Reid, 2e tirage, revu et corrigé, Montréal, Wilson & Lafleur ltée, 1996

DNB Dictionary of National Biography, London, Smith, Elder, & Co, 1885-1900

DPQ Dictionnaire des parlementaires du Québec, 1792-1992, PUL, 1993

ED Encyclopaedic Dictionary, edited by Robert Hunter, 4 v, Philadelphia, Syndicate Publishing Company, 1894

GPF Glossaire du parler français au Canada, Québec, PUL, 1968 [1930]

ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

MD Lovell's Montreal Directory



ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

L'AMI L'ami du peuple, de l'ordre et des lois (Montréal)

LIB Le Libéral (Québec)

MC Morning Courrier (Montréal)

MD Lovell's Montreal Directory

MD The Macmillan Dictionary of Canadian Biography, Toronto, Macmillan of Canada, 1985 [1978]

MG 24 B125 Comité de correspondance de Montréal

MGZ Montreal Gazette

MIN La Minerve (Montréal)

MS Mississiquoi Standard (Frelighburg)

MTL HERALD Montreal Herald

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed, prepared by JA Simpson and ESC Weiner, 20 v, Clarendon Press, Oxford, 1989

RHAF Revue d'histoire de l'Amérique française

SHM Société historique de Montréal 

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed,  20 v, Clarendon Press, 1989

QG Quebec Gazette

QM Quebec Mercury

RG. Register Group. Archives publiques du Canada (Ottawa)

SJ Stanstead Journal (Stanstead)

VIND The Canadian Vindicator (Montréal)


Consultez les journaux d'époque conservés à la BAnQ

L'Ami du peuple, de l'ordre et des lois, 1832-1840 (Montréal)
Le Canadien, 1806-1909 (Québec)
Le Courier de Québec, 1807-1808
L'Écho du pays, 1832-1836 (Saint-Charles-sur Richelieu)
Le Fantasque, 1837-1849 (Québec)
La Gazette des Trois-Rivières, 1817-1822
Le Glaneur, 1836-1837 (Saint-Charles-sur-Richelieu)
Le Libéral / The Liberal, 1837 (Québec)
La Minerve, 1826-1899 (Montréal)
Le Pays, 1852-1869 (Montréal)
Le Populaire, 1837-1838 (Montréal)
Quebec Mercury, 1805-1903
La Quotidienne, 1837-1838 (Montréal)
Le Spectateur canadien 1813-1829 (Montréal)
The Vindicator, 1828-1837 (Montréal)

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