Les Patriotes de 1837\@1838
 
 ANALYSE 
Les Rébellions de 1837-1838 : un traumatisme collectif
Depuis le 10 août 2008

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Le suicide du patriote Amury Girod tel que vu par Henri Julien.

de mortel, et permet de se représenter cette condition de manière concrète. Ce qui caractérise le courage, il faut le souligner, ce n’est pas la capacité à affronter le danger – tout le monde affronte le danger, puisque tout le monde est mortel! – mais plutôt la capacité de penser le danger et de penser en situation de danger.

Le traumatisme correspond à la situation où, pour une raison ou une autre, ce travail de représentation de l’événement terrible tourne mal, soit parce que la violence de la stimulation a excédé la capacité d’assimilation, soit parce qu’un conflit pulsionnel préalable a affaibli le système psychique. Deux lieux de cassure peuvent se produire: soit le lien avec la réalité est rompu, il y a perte de la capacité de refouler, ce qui est un état psychotique, soit, cas moins grave mais plus pernicieux, l’impossibilité de fixer les éléments psychiques générateurs d’angoisse dans des représentations exige, en quelque sorte, la condamnation de la partie touchée. La zone traumatique est un ensemble d’affects et de matériaux mnésiques, fortement liés, qui doit impérativement être évité. C’est la névrose obsessionnelle, avec tout son cortège de rites d’évitements, de phobies, de détours, de conjurations. Sous l’apparence du calme obsessionnel, le traumatisme recouvre un mouvement peur panique continuel. C’est un état de terreur qui est caractérisé, ou plus précisément, qui se définit par l’impossibilité de penser et de se représenter. L’évitement de la zone de danger est impératif et ne se discute pas. L’idée que de toute manière on doit mourir ne peut être mise en balance avec la peur d’affronter la conscience de la mort. La peur panique, c’est la réaction de la personne qui découvre qu’elle a un cancer et qui s’abstient d’en parler à qui que ce soit parce que cela l’effraie trop. Le réflexe d’évitement ne frappe jamais le danger lui-même (comment pourrait-on éviter le danger?), mais seulement la conscience du danger. Évidemment, c’est un est un marché du dupe, une très mauvaise affaire. Le sujet ne va pas éviter la mort, mais en refusant la conscience de la mort, il va renoncer à la possibilité de lui donner un sens. Le traumatisme apparaît ainsi comme le contraire de cette représentation réussie qui correspond au courage et à la fierté.

L’investigation du traumatisme des Rébellions de 1837 ne peut donc se passer de l’analyse de l’arrière-fond symbolique de l’événement. À ce titre, commençons par dire qu’évoquer le cas de l’homme aux rats n’était pas sans pertinence. La crainte inommable de la mort du père est au coeur de tout ce qu’on peut appeler tendance à l’échec. Or il est remarquable que dans la représentation des Rébellions, l’élément le plus refoulé n’a jamais été la défaite mais plutôt la victoire. Personne ne l’a mieux mis en évidence qu’Hubert Aquin, dans son texte consacré aux Rébellions de 1837 et intitulé «L’art de la défaite»[2]. Selon Aquin, le vrai événement traumatique en 1837 aurait été la victoire de Saint-Denis. C’était une victoire à laquelle les patriotes ne s’attendaient pas, ils en sont restés complètement paralysés. Pourquoi? Parce que cette victoire les entraînait de manière inattendue dans un vrai combat où il leur fallait «vaincre ou mourir». Je corrigerais la formule d’Aquin en disant qu’il leur fallait tuer ou mourir, car c’est aussi là que résidait la difficulté. La victoire les jetait beaucoup trop précipitamment au coeur de l’histoire. Habitués à n’être qu’un demi peuple, assujetti et minorisé (c’est-à-dire, mis dans une position de mineur, d’enfant), ils n’étaient pas prêts à assumer cela. Ne pouvant se résoudre à tuer, «il ne leur restait qu’à mourir». Ils se sont donc retranchés sagement dans leurs camps, pour attendre la punition de leur incartade, quitte à vendre chèrement leur peau pour sauver leur honneur.

Aquin a-t-il raison d’attribuer ce défaitisme aux acteurs historiques de 1837? Rien n’est moins certain. Après tout, les patriotes de 1837 ont bien fait tout ce qu’ils pouvaient pour gagner leur bataille, et il faut avouer qu’ils avaient bien peu de choses pour eux! Mais ce défaitisme, cet art de la défaite est, sans aucun doute, caractéristique de la représentation que l’on a construite par la suite de cet événement historique. Dans les circonstances, le fatalisme apparaît comme un mécanisme de défense visant à évacuer les affects en éliminant toute référence à l’imprévisible, ce qui se traduit dans la forme du récit par ce que nous appelons le suspens. Les patriotes devaient perdre; c’était écrit! Ça ne pouvait finir autrement. À quoi bon s’en faire, à quoi bon lutter si l’issue est inéluctable? Ici comme ailleurs, l’évacuation des affects se traduit par un effet de dépression. Pourtant, les témoignages historiques de 1837 montrent des états d’esprit qui n’ont rien à voir avec la démoralisation tranquille d’Aquin. Songeons par exemple à la scène où Georges-Étienne Cartier et ses compagnons traversent à la nage les eaux glacées du Richelieu, en plein mois de novembre, sous les balles des Britanniques, pour aller livrer aux insurgés de Saint-Denis les cartouches dont ils ont besoin!

Comme on l’a vu, les trois films réalisés sur les rébellions ont également privilégié l’évocation de la défaite. Il est remarquable qu’aucun cinéaste n’a eu l’idée de mettre en scène la joie de vivre, bien connue et bien documentée, des fêtes qu’on se donnait dans les années 1830 dans les milieux patriotes, notamment dans la maison du Dr Labrie à Saint-Eustache. Aucun n’a eu l’idée de s’inspirer des paroles de cet habitant qui a combattu à Saint-Denis et qui a ensuite affirmé: «Je ne me suis jamais autant amusé dans ma vie!» (Pour comprendre l’importance de cette parole, il faut songer que cet homme a vu mourir autour de lui plusieurs compagnons, fauchés par des boulets de canon qui ont traversé les murs de la distillerie où ils étaient retranchés.) Aucun cinéaste n’a eu l’idée de mettre en scène le courage de Siméon Marchessault, qui prend en main la direction du combat de Saint-Charles après la fuite du chef Brown. Au contraire, Brault nous montre un combattant patriote qui se met à vomir au moment de faire feu sur les Anglais! C’est peut-être une réalité de la guerre, bien sûr, mais dans un film, c’est aussi un choix significatif.

Bien plus que la défaite, la victoire est l’élément refoulé des Rébellions. L’occultation actuelle de la fête du 23 novembre... 

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 Louis  (21 août 2008)
Excellent texte M. Collin je tâcherai de lire votre livre. C‘est comme si vous aviez écris ce qu‘au fond de moi j‘avais toujours pensé du rapport des Québecois face à leur histoire patriote! Vous avez soulevez aussi un point intéressant : ‘‘Conformément à une curieuse tendance très répandue dans le «Québec moderne» chez les historiens et dans les programmes d’enseignement, on a aplati l’histoire en minimisant ses aspects les plus spectaculaires, les plus passionnants et romantiques, et en accentuant les plus édulcorés et les plus ternes‘‘ – C‘est tellement vrai qu‘à chaque fois qu‘un ami me dit que l‘histoire du Québec est ennuyante, je ne peux que lui donner raison car plus souvent qu‘autrement, j‘ai suivi les mêmes cours monotones au secondaire et au cégep... Étant moi-même étudiant au baccalauréat en histoire, je veux faire un meilleur enseignement de l’histoire du Québec dans les classes de nos futurs élèves. J’en fais mon cheval de bataille car je crois fermement que notre histoire, bien racontée, peut devenir une extraordinaire épopée. - Louis

 

Abréviations



(B) (M) (S) (dans les notes) Baptême, Mariage, Sépulture

AF Aegidius Fauteux, Les Patriotes de 1837-1838 (1950)

ANC Archives nationales du Canada

ANQH Archives nationales du Québec à Hull

ANQM Archives nationales du Québec à Montréal

ANQQ Archives nationales du Québec à Québec

AO Archives d'Ontario

AQHP Association québécoise d'histoire politique

ASN Archives du Séminaire de Nicolet

ASQ Archives du Séminaire de Québec

ASSH Archives du Séminaire de Saint-Hyacinthe

ASTR Archives du Séminaire de Trois-Rivières

BAC Bibliothèque et Archives du Canada

BAnQ Bibliothèque et archives nationale du Québec

BH Beaulieu, André et Jean Hamelin, dir, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973-1990, 10v

BHP Bulletin d'histoire politique

BMS Baptêmes, mariages, sépultures

BRH Bulletin des recherches historiques.

CAN Le Canadien (Québec)

CANJ Canadian Antiquarian and Numismatic Journal

CB Catalogue of Books being the complete Library of late Hon L-J Papineau vendus lors d'un encan public en mars 1922, par les frères Fraser, [Montréal, 1922]

CHRISTIE William Christie, History of the Late Province of Lower Canada (Québec, 1841)



CP Chronologie parlementaire, tome 1 1791-1867 (doc inédit), Service de recherche, Bibliothèque de l'Assemblée nationale, décembre 1995

CRLG Centre de recherche Lionel-Groulx

DAF Dictionnaire de l'ancienne langue françoise et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle, par Frédéric Godefroy, 10 v, Paris, 1881-1902

DBC Dictionnaire biographique du Canada, 14 v, Québec, PUL; Toronto, UTP

DC Dictionnaire biographique du clergé canadien-français, par J-B-A Allaire; Les anciens; Montréal, Imprimerie de l'École Catholique des Sourds-Muets, 1910

DD Dictionnaire de droit québécois et canadien, avec lexique anglais-français, par Hubert Reid, 2e tirage, revu et corrigé, Montréal, Wilson & Lafleur ltée, 1996

DNB Dictionary of National Biography, London, Smith, Elder, & Co, 1885-1900

DPQ Dictionnaire des parlementaires du Québec, 1792-1992, PUL, 1993

ED Encyclopaedic Dictionary, edited by Robert Hunter, 4 v, Philadelphia, Syndicate Publishing Company, 1894

GPF Glossaire du parler français au Canada, Québec, PUL, 1968 [1930]

ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

MD Lovell's Montreal Directory



ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

L'AMI L'ami du peuple, de l'ordre et des lois (Montréal)

LIB Le Libéral (Québec)

MC Morning Courrier (Montréal)

MD Lovell's Montreal Directory

MD The Macmillan Dictionary of Canadian Biography, Toronto, Macmillan of Canada, 1985 [1978]

MG 24 B125 Comité de correspondance de Montréal

MGZ Montreal Gazette

MIN La Minerve (Montréal)

MS Mississiquoi Standard (Frelighburg)

MTL HERALD Montreal Herald

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed, prepared by JA Simpson and ESC Weiner, 20 v, Clarendon Press, Oxford, 1989

RHAF Revue d'histoire de l'Amérique française

SHM Société historique de Montréal 

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed,  20 v, Clarendon Press, 1989

QG Quebec Gazette

QM Quebec Mercury

RG. Register Group. Archives publiques du Canada (Ottawa)

SJ Stanstead Journal (Stanstead)

VIND The Canadian Vindicator (Montréal)


Consultez les journaux d'époque conservés à la BAnQ

L'Ami du peuple, de l'ordre et des lois, 1832-1840 (Montréal)
Le Canadien, 1806-1909 (Québec)
Le Courier de Québec, 1807-1808
L'Écho du pays, 1832-1836 (Saint-Charles-sur Richelieu)
Le Fantasque, 1837-1849 (Québec)
La Gazette des Trois-Rivières, 1817-1822
Le Glaneur, 1836-1837 (Saint-Charles-sur-Richelieu)
Le Libéral / The Liberal, 1837 (Québec)
La Minerve, 1826-1899 (Montréal)
Le Pays, 1852-1869 (Montréal)
Le Populaire, 1837-1838 (Montréal)
Quebec Mercury, 1805-1903
La Quotidienne, 1837-1838 (Montréal)
Le Spectateur canadien 1813-1829 (Montréal)
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