Les Patriotes de 1837\@1838
 
 ANALYSE 
Chester New, "The Rebellion of 1837 in its Large Setting", Société historique du Canada. Rapport de l'assemblée annuelle, no. 18 (1937): 5-17.
Depuis le 29 décembre 2000

page 5 / 8

une décennie de troubles, les extrémistes suggéraient une révolution par la force physique. En 1837, les extrémistes du Canada ont organisé leur rébellion.

J'ai dit que ceux qui s'agitaient pour la démocratie en Angleterre dans ces années-là s'appelaient eux-mêmes des réformateurs. Les réformateurs ou les radicaux constituaient un troisième parti politique. Au Canada, à la même époque, les partis politiques se nommaient Réformateurs et Tories. Le terme Whig était rarement employé dans la politique canadienne. Personne au Canada ne pouvait vraiment être un Whig. La tête et le centre de ce parti en Angleterre étaient constitués d'un groupe de familles aristocratiques et de sang bleu étroitement marié. Comme l'a dit Charles Lamb, " Ces maudits Whigs sont tous cousins ". Aucun de ces cousins n'est venu au Canada.

Les réformateurs au Canada n'ont pas adopté le même programme politique que les réformateurs en Grande-Bretagne. L'extension du droit de vote n'était pas un objectif à atteindre, car au Canada, le droit de vote avait déjà un caractère démocratique. Mais les membres de l'assemblée ainsi élus se trouvaient contrariés par le fait qu'un conseil législatif oligarchique pouvait rejeter leurs mesures quand bon lui semblait et qu'un exécutif oligarchique administrait le gouvernement, quel que soit le résultat des élections. Les réformateurs canadiens ont trouvé dans cette oligarchie bon nombre des caractéristiques répréhensibles du gouvernement aristocratique qu'ils avaient appris à détester en Angleterre.

Mais certains éléments du programme radical britannique ont été adoptés au Canada. Pour les radicaux britanniques les plus perspicaces, le bulletin de vote était aussi important que l'extension du droit de vote. Des enquêtes menées à la veille du projet de loi sur la réforme ont permis de conclure que les dirigeants populaires préféreraient le scrutin et une franchise de vingt livres à une franchise de dix livres sans scrutin. En parcourant les manuscrits de Place au British Museum, j'ai constamment rencontré la conviction exprimée par Francis Place et par bon nombre de ses coadjuteurs que n'importe quel degré d'extension de la franchise ferait l'affaire tant que le bulletin de vote serait adopté. Ils devaient rechercher le bulletin de vote et tout s'y ajouterait. Le plus grand obstacle sur le chemin de la démocratie était le vote ouvert. En ce qui concerne les déclarations publiques, à l'exception de Grote, le défenseur le plus ardent et le plus persistant du scrutin était Roebuck, qui était en même temps l'un des deux principaux conseillers britanniques des radicaux canadiens. La demande de scrutin figure dans de nombreux manifestes des réformateurs canadiens. En 1835, un projet de loi sur le scrutin a été adopté par l'assemblée du Haut-Canada et rejeté par le conseil législatif. La nécessité du bulletin de vote au Canada peut être illustrée par le fait que dans le Patriot (organe tory de Toronto) du 1er juillet 1836, on a imprimé une liste de tous ceux qui avaient voté pour Draper, candidat tory, et ceux qui avaient voté pour Small, candidat réformiste, lors de l'élection de 1836 pour la législature. Pour rendre la liste doublement utile, l'adresse et la profession de chaque électeur de chaque côté étaient indiquées. Il faut ajouter, bien sûr, que le bulletin de vote était déjà utilisé aux États-Unis et qu'il y avait probablement une influence américaine aussi bien que britannique dans cette direction.

Un autre objectif des radicaux britanniques était le développement de l'éducation, et en particulier de l'éducation laïque. C'était aussi, bien sûr, un idéal américain. Mais lorsque nous passons de l'enseignement primaire aux collèges et aux universités, nous constatons que ces derniers étaient, aux États-Unis, des fondations religieuses avec un enseignement religieux. À l'époque, il n'y avait qu'une seule université dans le monde anglophone qui avait un caractère laïc. Il s'agissait de l'Université de Londres, fondée en 1826 par un groupe de whigs libéraux, dont le plus actif était Brougham, et de radicaux, dont le plus actif était Joseph Hume, qui était en correspondance constante avec les dirigeants réformistes du Haut-Canada. C'est pour une université laïque dans le Haut-Canada que les réformistes se sont battus contre Strachan et le Family Compact. Au cours des interminables débats sur cette question, on trouve au moins une référence occasionnelle à l'Université de Londres. L'abolition des critères de propriété pour les membres du Parlement, un autre article du programme radical en Grande-Bretagne, était l'une des mesures proposées par les réformistes du Haut-Canada.

Il est, bien sûr, difficile de dire quelle part de l'activité des réformateurs canadiens était due aux suggestions et aux conseils directs des dirigeants radicaux britanniques, mais je crois que ce facteur a été d'une importance considérable. Avant le projet de loi réformiste, le chef radical le plus remarquable au Parlement était Joseph Hume ; après 1832, Hume a partagé cette distinction avec John Arthur Roebuck. Et ce sont ces deux Anglais qui ont donné les avis, les conseils et les stimuli les plus constants aux chefs radicaux canadiens au cours de la période précédant la rébellion.

Hume est le "chien de garde du trésor" le plus persistant de l'histoire du XIXe siècle. Possédant une réelle capacité financière, il soumettait tous les crédits gouvernementaux à un examen impitoyable, mais il était particulièrement dur envers les pensions, les hauts salaires et les sinécures. À cet égard, il ne nous rappelle personne autant que William Lyon Mackenzie, pour qui il est devenu, au début des années trente, un guide, un conseiller et un ami. Mackenzie n'a peut-être pas eu besoin des encouragements de Hume pour se lancer dans sa carrière de chasseur de griefs, mais je ne doute pas qu'il considérait Hume comme un exemple brillant et une source constante d'encouragement. Joseph Hume, d'ailleurs, avait la langue bien pendue. Lorsqu'un membre aristocratique du Parlement a fait des remarques désobligeantes sur les antécédents familiaux de Hume, ce dernier a répondu : "Tout ce que je tiens à dire, c'est que si mon père était le premier gentilhomme de ma famille, le père de l'honorable gentleman était le dernier gentilhomme de la sienne".

John Arthur Roebuck était le petit-fils de l'un des grands hommes de la révolution industrielle sur le plan scientifique. Le fait qu'il ait passé son enfance et le début de sa vie d'homme dans... 

page 5 / 8

Consulté 23 686 fois depuis le    MOD  

 

Abréviations



(B) (M) (S) (dans les notes) Baptême, Mariage, Sépulture

AF Aegidius Fauteux, Les Patriotes de 1837-1838 (1950)

ANC Archives nationales du Canada

ANQH Archives nationales du Québec à Hull

ANQM Archives nationales du Québec à Montréal

ANQQ Archives nationales du Québec à Québec

AO Archives d'Ontario

AQHP Association québécoise d'histoire politique

ASN Archives du Séminaire de Nicolet

ASQ Archives du Séminaire de Québec

ASSH Archives du Séminaire de Saint-Hyacinthe

ASTR Archives du Séminaire de Trois-Rivières

BAC Bibliothèque et Archives du Canada

BAnQ Bibliothèque et archives nationale du Québec

BH Beaulieu, André et Jean Hamelin, dir, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973-1990, 10v

BHP Bulletin d'histoire politique

BMS Baptêmes, mariages, sépultures

BRH Bulletin des recherches historiques.

CAN Le Canadien (Québec)

CANJ Canadian Antiquarian and Numismatic Journal

CB Catalogue of Books being the complete Library of late Hon L-J Papineau vendus lors d'un encan public en mars 1922, par les frères Fraser, [Montréal, 1922]

CHRISTIE William Christie, History of the Late Province of Lower Canada (Québec, 1841)



CP Chronologie parlementaire, tome 1 1791-1867 (doc inédit), Service de recherche, Bibliothèque de l'Assemblée nationale, décembre 1995

CRLG Centre de recherche Lionel-Groulx

DAF Dictionnaire de l'ancienne langue françoise et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle, par Frédéric Godefroy, 10 v, Paris, 1881-1902

DBC Dictionnaire biographique du Canada, 14 v, Québec, PUL; Toronto, UTP

DC Dictionnaire biographique du clergé canadien-français, par J-B-A Allaire; Les anciens; Montréal, Imprimerie de l'École Catholique des Sourds-Muets, 1910

DD Dictionnaire de droit québécois et canadien, avec lexique anglais-français, par Hubert Reid, 2e tirage, revu et corrigé, Montréal, Wilson & Lafleur ltée, 1996

DNB Dictionary of National Biography, London, Smith, Elder, & Co, 1885-1900

DPQ Dictionnaire des parlementaires du Québec, 1792-1992, PUL, 1993

ED Encyclopaedic Dictionary, edited by Robert Hunter, 4 v, Philadelphia, Syndicate Publishing Company, 1894

GPF Glossaire du parler français au Canada, Québec, PUL, 1968 [1930]

ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

MD Lovell's Montreal Directory



ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

L'AMI L'ami du peuple, de l'ordre et des lois (Montréal)

LIB Le Libéral (Québec)

MC Morning Courrier (Montréal)

MD Lovell's Montreal Directory

MD The Macmillan Dictionary of Canadian Biography, Toronto, Macmillan of Canada, 1985 [1978]

MG 24 B125 Comité de correspondance de Montréal

MGZ Montreal Gazette

MIN La Minerve (Montréal)

MS Mississiquoi Standard (Frelighburg)

MTL HERALD Montreal Herald

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed, prepared by JA Simpson and ESC Weiner, 20 v, Clarendon Press, Oxford, 1989

RHAF Revue d'histoire de l'Amérique française

SHM Société historique de Montréal 

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed,  20 v, Clarendon Press, 1989

QG Quebec Gazette

QM Quebec Mercury

RG. Register Group. Archives publiques du Canada (Ottawa)

SJ Stanstead Journal (Stanstead)

VIND The Canadian Vindicator (Montréal)


Consultez les journaux d'époque conservés à la BAnQ

L'Ami du peuple, de l'ordre et des lois, 1832-1840 (Montréal)
Le Canadien, 1806-1909 (Québec)
Le Courier de Québec, 1807-1808
L'Écho du pays, 1832-1836 (Saint-Charles-sur Richelieu)
Le Fantasque, 1837-1849 (Québec)
La Gazette des Trois-Rivières, 1817-1822
Le Glaneur, 1836-1837 (Saint-Charles-sur-Richelieu)
Le Libéral / The Liberal, 1837 (Québec)
La Minerve, 1826-1899 (Montréal)
Le Pays, 1852-1869 (Montréal)
Le Populaire, 1837-1838 (Montréal)
Quebec Mercury, 1805-1903
La Quotidienne, 1837-1838 (Montréal)
Le Spectateur canadien 1813-1829 (Montréal)
The Vindicator, 1828-1837 (Montréal)

Nos partenaires

  

  

Le matériel sur ce site est soit original, soit libre de droit. Vous êtes invités à l'utiliser 
à condition d'en déclarer la provenance. © 1996-2026 Les Patriotes de 1837@1838 glaporte@1837.qc.ca