Les Patriotes de 1837\@1838
 
 DOCUMENT 
Déclaration du Dr Jean-Baptiste-Henri Brien(1). ANC, MG 24, B 39(2)
Depuis le 17 octobre 2025

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Tiré de Au Pied-du-Courant. Lettres des prisonniers politiques de 1837-1839, de Georges Aubin (Lux, 2000)

et rebutante, était de bander les yeux à la personne que l'on devait recevoir dans un appartement voisin. Dans cet appartement se trouvait nécessairement un Castor, le Castor prenait la présidence. Les deux assistants (car on devait être trois) s'armaient, l'un d'un couteau et l'autre d'un pistolet; l'aspirant se mettait à genoux; on lui faisait répéter mot pour mot la formule du serment et après le serment on lui rendait l'usage des yeux et l'aspirant, à sa grande surprise, se trouvait environné de gens qui étaient prêts à le détruire. Ces armes signifiaient que la moindre indiscrétion découverte de sa part attirerait sur lui une mort inévitable et de grands malheurs.

Il y avait quatre grades dans l'institution: l'Aigle, le Castor, le Raquet et le Chasseur. L'Aigle était un commandant, son grade répondait au chef d'une division, tel qu'un brigadier, un colonel; le Castor avait le grade d'un capitaine, il avait sous lui cinq Raquets qui commandaient neuf hommes chaque pour former des compagnies de 50; et les Chasseurs étaient des soldats ou de simples personnes sans grade. Il y avait un Aigle pour chaque section considérable d'une contrée où il y avait un assez grand nombre de Chasseurs; il était le centre commun ou le chef, les trois grades inférieurs avaient chacun leurs signes distincts.

On reconnaît qu'une personne est chasseur, lorsqu'on la rencontre en lui disant: «Chasseur?» Si la personne répond à ce mot par le jour suivant de celui où nous sommes, nous avons un signe certain. Exemple: je crie à mon voisin: «Chasseur?»; nous sommes au mardi de la semaine; eh bien! si mon voisin est de la société, il répondra: «Mercredi», et ainsi de suite. Lorsque je donne la main à une personne que je soupçonne être de la société, je lui prends la main et au même moment je saisis, en-dessous et avec prudence, le bout de la manche, et la tire; si la personne fait la même chose, vous pouvez croire qu'elle est initiée. Si vous n'êtes pas satisfait de ces premiers signes, vous mettez l'index de la main droite dans la narine correspondante, ou le petit doigt de la même main dans l'oreille du côté droit. On fait plusieurs ou tous ces signes lorsque vous n'êtes pas satisfaitoirement convaincu que l'on a répondu correctement aux premiers que vous avez faits. La formule du serment est celle-ci :

«Je, A. B., de mon consentement et en présence du Dieu tout-puissant, jure solennellement d'observer les secrets, signes, mystères de la société dite des Chasseurs, de ne jamais écrire, peindre ou faire connaître d'une manière quelconque les révélations qui m'auraient été faites par une société ou une loge de Chasseurs; d'être obéissant aux règles et règlements que la société pourra faire, si cela se peut sans nuire grandement à mes intérêts, ma famille ou ma propre personne; d'aider de mes avis, soins, propriétés, tout frère chasseur dans le besoin, de l'avertir à temps des malheurs qui le menacent; tout cela, je le promets sans restriction et consens de voir mes propriétés détruites et d'avoir moi-même le cou coupé jusqu'à l'os.»

Les loges devaient se composer au moins de trois personnes. On ne peut parler d'affaires de la société qu'en loge. On m'a dit que les signes avaient été changés en conséquence des découvertes faites par une personne prise à Short-Hill, Haut-Canada, qui s'était rendue témoin du Roi; mais je n'ai pas appris à connaître les nouveaux signes et ne puis en parler.

Cette association est répandue dans toutes les parties du Haut et du Bas-Canada, les États du nord, principalement Michigan, New York, Vermont, New Hampshire et Maine. La ville de New York compte beaucoup d'initiés; Mackenzie, Nelson, général Martin, Duvernay et autres y ont fait beaucoup de prosélytes. Elle est répandue en France même, par l'entremise de quelques voyageurs républicains français. Cette confrérie est toute canadienne dans son existence et son objet. Elle a resserré les liens qui unissaient tous les rebelles. Elle en a fait un corps plus compact et plus facile à remuer. Le procès des accusés du meurtre de Chartrand fournit une preuve des effets de cette société dans les affaires politiques. Un avocat, Hubert, m'a assuré que plus de quatre jurés étaient de la société, décidés, même avant que d'entendre la preuve, à acquitter les prévenus de cette action sanglante.

Ayant vécu dans la campagne tout l'été, je dois dire que le peuple est mû en grande partie pour une révolution et que l'indécision et le peu de fermeté et de courage qu'il montre dans certaines circonstances ne sont dus qu'à un sentiment d'infériorité en discipline, organisation militaire et en armes.

Les comtés de l'Acadie, de Rouville, La Prairie, Terrebonne, Vaudreuil, des Deux-Montagnes et un bon nombre dans les ville et comté de Montréal, sont disposés à un changement radical dans le gouvernement et rien ne les a si bien disposés que les affaires de Saint-Charles et de Saint-Eustache. La destruction de vie et de propriété, loin d'éteindre le feu de la rébellion, n'a fait que l'attiser. Tous ceux qui entendent les gémissements des souffrants, loin d'en être intimidés, jurent de venger sur leurs auteurs les maux de la guerre et de la rébellion. Les volontaires, par une conduite arrogante, cruelle même dans beaucoup de circonstances, ont mis le mécontentement là où l'on ne pensait pas à se plaindre du gouvernement. Cette rébellion n'est pas une affaire du peuple contre le gouvernement mais une affaire de parti à parti.

À l'exception de quelques hommes dont je ne voudrais pas prétendre qualifier les motifs ou la conduite, la masse serait aussi loyale qu'elle l'est peu, avec de la douceur mêlée d'une fermeté mâle qui ne connaît pas de distinction d'origine. Les chefs rebelles se servent avec avantage de la destruction faite indistinctement dans la propriété pour représenter aux habitants que le gouvernement anglais a juré haine et mort à tout ce qui est canadien-français, et les engageant ainsi à combattre, n'ayant d'autre perspective que de se montrer armés et de combattre pour leurs foyers. Dumouchelle s'est servi de cet expédient avec beaucoup de succès dans Sainte-Martine. Pour ma part, je suis entièrement convaincu que les troubles ne finiront pas si tôt. Un grand nombre d'habitants ont laissé leurs domiciles et sont maintenant sur la frontière, attendant une bonne occasion pour entrer armés. Tant que Mackenzie, McLeod, Nelson, Côté et Gagnon vivront, on peut s'attendre à des incursions. Le gouvernement américain avec toutes ses démonstrations ne peut les empêcher, parce que les troupes en grande partie, presque tous les citoyens et les officiers civils de cette république, favorisent ces tentatives. Tous les... 

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Abréviations



(B) (M) (S) (dans les notes) Baptême, Mariage, Sépulture

AF Aegidius Fauteux, Les Patriotes de 1837-1838 (1950)

ANC Archives nationales du Canada

ANQH Archives nationales du Québec à Hull

ANQM Archives nationales du Québec à Montréal

ANQQ Archives nationales du Québec à Québec

AO Archives d'Ontario

AQHP Association québécoise d'histoire politique

ASN Archives du Séminaire de Nicolet

ASQ Archives du Séminaire de Québec

ASSH Archives du Séminaire de Saint-Hyacinthe

ASTR Archives du Séminaire de Trois-Rivières

BAC Bibliothèque et Archives du Canada

BAnQ Bibliothèque et archives nationale du Québec

BH Beaulieu, André et Jean Hamelin, dir, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973-1990, 10v

BHP Bulletin d'histoire politique

BMS Baptêmes, mariages, sépultures

BRH Bulletin des recherches historiques.

CAN Le Canadien (Québec)

CANJ Canadian Antiquarian and Numismatic Journal

CB Catalogue of Books being the complete Library of late Hon L-J Papineau vendus lors d'un encan public en mars 1922, par les frères Fraser, [Montréal, 1922]

CHRISTIE William Christie, History of the Late Province of Lower Canada (Québec, 1841)



CP Chronologie parlementaire, tome 1 1791-1867 (doc inédit), Service de recherche, Bibliothèque de l'Assemblée nationale, décembre 1995

CRLG Centre de recherche Lionel-Groulx

DAF Dictionnaire de l'ancienne langue françoise et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle, par Frédéric Godefroy, 10 v, Paris, 1881-1902

DBC Dictionnaire biographique du Canada, 14 v, Québec, PUL; Toronto, UTP

DC Dictionnaire biographique du clergé canadien-français, par J-B-A Allaire; Les anciens; Montréal, Imprimerie de l'École Catholique des Sourds-Muets, 1910

DD Dictionnaire de droit québécois et canadien, avec lexique anglais-français, par Hubert Reid, 2e tirage, revu et corrigé, Montréal, Wilson & Lafleur ltée, 1996

DNB Dictionary of National Biography, London, Smith, Elder, & Co, 1885-1900

DPQ Dictionnaire des parlementaires du Québec, 1792-1992, PUL, 1993

ED Encyclopaedic Dictionary, edited by Robert Hunter, 4 v, Philadelphia, Syndicate Publishing Company, 1894

GPF Glossaire du parler français au Canada, Québec, PUL, 1968 [1930]

ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

MD Lovell's Montreal Directory



ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

L'AMI L'ami du peuple, de l'ordre et des lois (Montréal)

LIB Le Libéral (Québec)

MC Morning Courrier (Montréal)

MD Lovell's Montreal Directory

MD The Macmillan Dictionary of Canadian Biography, Toronto, Macmillan of Canada, 1985 [1978]

MG 24 B125 Comité de correspondance de Montréal

MGZ Montreal Gazette

MIN La Minerve (Montréal)

MS Mississiquoi Standard (Frelighburg)

MTL HERALD Montreal Herald

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed, prepared by JA Simpson and ESC Weiner, 20 v, Clarendon Press, Oxford, 1989

RHAF Revue d'histoire de l'Amérique française

SHM Société historique de Montréal 

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed,  20 v, Clarendon Press, 1989

QG Quebec Gazette

QM Quebec Mercury

RG. Register Group. Archives publiques du Canada (Ottawa)

SJ Stanstead Journal (Stanstead)

VIND The Canadian Vindicator (Montréal)


Consultez les journaux d'époque conservés à la BAnQ

L'Ami du peuple, de l'ordre et des lois, 1832-1840 (Montréal)
Le Canadien, 1806-1909 (Québec)
Le Courier de Québec, 1807-1808
L'Écho du pays, 1832-1836 (Saint-Charles-sur Richelieu)
Le Fantasque, 1837-1849 (Québec)
La Gazette des Trois-Rivières, 1817-1822
Le Glaneur, 1836-1837 (Saint-Charles-sur-Richelieu)
Le Libéral / The Liberal, 1837 (Québec)
La Minerve, 1826-1899 (Montréal)
Le Pays, 1852-1869 (Montréal)
Le Populaire, 1837-1838 (Montréal)
Quebec Mercury, 1805-1903
La Quotidienne, 1837-1838 (Montréal)
Le Spectateur canadien 1813-1829 (Montréal)
The Vindicator, 1828-1837 (Montréal)

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