| | | ANALYSE Les Rébellions de 1837-1838 : un traumatisme collectif Depuis le 10 août 2008 |   page 3 / 10 |
 | Le suicide du patriote Amury Girod tel que vu par Henri Julien. |
et lisons ensemble quelques unes des 92 résolutions!
Comme si c’était dans cette prose juridico-constitutionnelle que l’on pouvait
mieux comprendre ce que 1837 signifie pour nous et dans notre histoire. On se
surprendra ensuite que les célébrations ne remportent pas le succès escompté, ou
que les cégepiens désertent les cours d’histoire du Québec. Les Québécois ne
s’intéressent pas à leur histoire. Mais est-ce qu’on a rendu cette histoire
intéressante, en l’expurgeant tout ce qui pouvait susciter la moindre passion,
et en assortissant chaque affirmation d’une pléthore de précautions sans fin qui
confine à la manie obsessionnelle? Voyons avec quelle prudence l’historien
Gérard Bouchard admet l’existence d’une forme de projet national à l’époque des
patriotes:
«Avant comme après l’insurrection de 1837-1838, ce sentiment [national],
de plus en plus accusé, a trouvé des expressions intellectuelles et
politiques très disparates, voire contra¬dictoires, en deçà desquelles on
peut toutefois déceler une sorte de dénominateur commun [prenant la forme
d’]une volonté d’aménager sur le territoire québécois un espace francophone
doté des institutions nécessaires à sa survie et dont [ces élites] seraient
les titulaires légitimes.»[1]
Mettons de côté le contenu de cette affirmation, concentrons-nous sur sa
forme. C’est une ratiocination qui évacue non seulement les affects, mais
également la référence à tout élément historique concret (personnages,
événements, etc.) Cette phrase est typique de la tendance actuelle chez les
historiens québécois. On a récusé le «nous», considéré comme scientifiquement
suspect, et on a remplacé ce sujet traditionnel de l’histoire par une multitude
d’abstractions (qui ne le sont pas moins): idéologies, crise économique, classes
sociales, conscience de classe sont venus au premier plan, mettant de côté les
vivants, leurs actions et leurs volontés. Même la manière de construire les
phrases témoigne de ce parti-pris d’évacuer l’humain du récit historique. Ainsi,
«le sentiment national» est le sujet grammatical de la phrase de Bouchard: c’est
lui qui agit dans l’histoire, comme si le sentiment national était un acteur
historique, doué d’une conscience et d’une volonté. Expurger l’humain, expurger
le personnage vivant du récit historique, c’est éliminer l’identification du
lecteur et, par le fait même, encore une fois, c’est expurger les affects.
Évidemment, il va de soi que le résultat est ennuyant à mourir. Il faut choisir
entre le courage d’affronter ses affects et le déni des affects qui nous mène,
lentement mais sûrement, vers la dépression.
Tous les exemples que je viens de donner avaient pour but de montrer avec quelle
difficulté se construit la représentation mentale des Rébellions au sein de la
conscience historique québécoise. Le point essentiel, ici, est que la seule
définition objectivable d’un traumatisme est, précisément, la difficulté ou
l’impossibilité de construire une représentation adéquate d’un événement. Si,
depuis des années, j’ai acquis la conviction que les Rébellions représentaient
un véritable traumatisme historique, c’est parce que je n’en finis pas de faire
le constat de cette difficulté.
En principe, le mot traumatisme désigne un choc violent provenant de
l’environnement. Dans son sens premier, le traumatisme est une blessure
physique, fracture, coupure, brûlure, etc. Habituellement, dans le cas d’un
traumatisme physiologique, plus un choc est violent, plus le traumatisme sera
grave. Mais le traumatisme psychologique est plus complexe, et la relation entre
l’intensité du choc et l’effet peut être très inégale. Une personne qui tombe
d’un dixième étage va se tuer à coup sûr, mais on a vu des personnes qui ont
subi des expériences extrêmement dures et qui en sont sorties sans séquelles
psychologiques graves. On peut donner ici l’exemple de Bruno Bettelheim, qui a
subi l’horreur des camps nazis, ce qui ne l’a pas empêché d’avoir par la suite
une carrière de psychanalyste et d’auteur très prolifique. D’un autre côté, des
personnes peuvent souffrir de séquelles traumatiques très graves sans qu’on
puisse vraiment mettre le doigt sur un événement précis ou extraordinaire. La
violence engendre des psychoses en cascade aujourd’hui en Irak ou en
Afghanistan, mais les suicides d’adolescents dans des sous-sols de bungalows de
banlieue nord-américains ne relèvent pas nécessairement d’une misère psychique
moins grande.
Si le rapport entre la violence de l’événement et l’effet traumatique est si
variable, c’est que le coup de tonnerre de l’événement traumatique n’est jamais
sans rapport avec le coeur de la vie psychique et pulsionnelle, et la mémoire la
plus profonde et la plus refoulée qui lui est liée.
Je crois qu’il est inutile d’insister ici plus qu’il ne faut sur la théorie
freudienne et psychanalytique de la représentation mentale. Retenons surtout que
la représentation mentale est à deux faces, en ce sens que tout en assurant une
«reproduction» mentale du monde et des choses elle remplit une fonction de
figurabilité psychique. Éléments psychiques, conflits pulsionnels se projettent
au sein de la représentation des choses, ce qui permet une certaine forme
d’objectivation des enjeux psychiques. Une représentation de chose est faite de
l’alliage d’une trace mnésique et d’un quantum d’énergie psychique qui constitue
en quelque sorte le «carburant» de la représentation, ce qui lui confère son
caractère vivant. À son tour, ce quantum d’énergie psychique est lui-même
porteur d’un contenu mnésique antérieur. L’affect est un contenu psychique
hautement organisé et qui charrie une mémoire. L’idée d’une pulsion de mort nous
entraîne dans les zones les plus spéculatives de la théorie psychanalytique. Ce
désir de retourner à l’état d’avant la vie, objet du plus puissant refoulement
et qui constitue, selon Freud, un au-delà du principe de plaisir, est-il
inhérent à toute forme de vie, ou bien serait-il plus juste d’y voir la
manifestation de la mémoire traumatique de la naissance, ombilic de la vie
affective à la source de tous les affects, de toutes les angoisses et de tous
les refoulements? Tenons-nous en à ce qui apparaît le plus sûr, à ce qui est
étayé sur un vaste corps d’observations cliniques: toute représentation mentale
est investie par des enjeux psychiques qui correspondent, d’une manière
générale, à ce qu’on pourrait... | page 3 / 10 Consulté 12 540 fois depuis le MOD
| Louis (21 août 2008) Excellent texte M. Collin je tâcherai de lire votre livre. C‘est comme si vous aviez écris ce qu‘au fond de moi j‘avais toujours pensé du rapport des Québecois face à leur histoire patriote! Vous avez soulevez aussi un point intéressant : ‘‘Conformément à une curieuse tendance très répandue dans le «Québec moderne» chez les historiens et dans les programmes d’enseignement, on a aplati l’histoire en minimisant ses aspects les plus spectaculaires, les plus passionnants et romantiques, et en accentuant les plus édulcorés et les plus ternes‘‘ – C‘est tellement vrai qu‘à chaque fois qu‘un ami me dit que l‘histoire du Québec est ennuyante, je ne peux que lui donner raison car plus souvent qu‘autrement, j‘ai suivi les mêmes cours monotones au secondaire et au cégep... Étant moi-même étudiant au baccalauréat en histoire, je veux faire un meilleur enseignement de l’histoire du Québec dans les classes de nos futurs élèves. J’en fais mon cheval de bataille car je crois fermement que notre histoire, bien racontée, peut devenir une extraordinaire épopée. - Louis
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Abréviations
(B) (M) (S) (dans les notes) Baptême, Mariage, Sépulture AF Aegidius Fauteux, Les Patriotes de 1837-1838 (1950) ANC Archives nationales du Canada ANQH Archives nationales du Québec à Hull ANQM Archives nationales du Québec à Montréal ANQQ Archives nationales du Québec à Québec AO Archives d'Ontario AQHP Association québécoise d'histoire politique ASN Archives du Séminaire de Nicolet ASQ Archives du Séminaire de Québec ASSH Archives du Séminaire de Saint-Hyacinthe ASTR Archives du Séminaire de Trois-Rivières BAC Bibliothèque et Archives du Canada BAnQ Bibliothèque et archives nationale du Québec BH Beaulieu, André et Jean Hamelin, dir, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973-1990, 10v BHP Bulletin d'histoire politique BMS Baptêmes, mariages, sépultures BRH Bulletin des recherches historiques. CAN Le Canadien (Québec) CANJ Canadian Antiquarian and Numismatic Journal CB Catalogue of Books being the complete Library of late Hon L-J Papineau vendus lors d'un encan public en mars 1922, par les frères Fraser, [Montréal, 1922] CHRISTIE William Christie, History of the Late Province of Lower Canada (Québec, 1841)
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CP Chronologie parlementaire, tome 1 1791-1867 (doc inédit), Service de recherche, Bibliothèque de l'Assemblée nationale, décembre 1995 CRLG Centre de recherche Lionel-Groulx DAF Dictionnaire de l'ancienne langue françoise et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle, par Frédéric Godefroy, 10 v, Paris, 1881-1902 DBC Dictionnaire biographique du Canada, 14 v, Québec, PUL; Toronto, UTP DC Dictionnaire biographique du clergé canadien-français, par J-B-A Allaire; Les anciens; Montréal, Imprimerie de l'École Catholique des Sourds-Muets, 1910 DD Dictionnaire de droit québécois et canadien, avec lexique anglais-français, par Hubert Reid, 2e tirage, revu et corrigé, Montréal, Wilson & Lafleur ltée, 1996 DNB Dictionary of National Biography, London, Smith, Elder, & Co, 1885-1900 DPQ Dictionnaire des parlementaires du Québec, 1792-1992, PUL, 1993 ED Encyclopaedic Dictionary, edited by Robert Hunter, 4 v, Philadelphia, Syndicate Publishing Company, 1894 GPF Glossaire du parler français au Canada, Québec, PUL, 1968 [1930] ICMH Institut canadien de microreproductions historiques JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-CanadaJFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998 JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6 MD Lovell's Montreal Directory |
ICMH Institut canadien de microreproductions historiques JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998 JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6 L'AMI L'ami du peuple, de l'ordre et des lois (Montréal) LIB Le Libéral (Québec) MC Morning Courrier (Montréal) MD Lovell's Montreal Directory MD The Macmillan Dictionary of Canadian Biography, Toronto, Macmillan of Canada, 1985 [1978] MG 24 B125 Comité de correspondance de Montréal MGZ Montreal Gazette MIN La Minerve (Montréal) MS Mississiquoi Standard (Frelighburg) MTL HERALD Montreal Herald MQD Mackay's Quebec Directory OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed, prepared by JA Simpson and ESC Weiner, 20 v, Clarendon Press, Oxford, 1989 RHAF Revue d'histoire de l'Amérique française SHM Société historique de Montréal MQD Mackay's Quebec Directory OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed, 20 v, Clarendon Press, 1989 QG Quebec Gazette QM Quebec Mercury RG. Register Group. Archives publiques du Canada (Ottawa) SJ Stanstead Journal (Stanstead) VIND The Canadian Vindicator (Montréal) |
Consultez les journaux d'époque conservés à la BAnQ
L'Ami du peuple, de l'ordre et des lois, 1832-1840 (Montréal)
Le Canadien, 1806-1909 (Québec)
Le Courier de Québec, 1807-1808
L'Écho du pays, 1832-1836 (Saint-Charles-sur Richelieu)
Le Fantasque, 1837-1849 (Québec)
|
La Gazette des Trois-Rivières, 1817-1822
Le Glaneur, 1836-1837 (Saint-Charles-sur-Richelieu)
Le Libéral / The Liberal, 1837 (Québec)
La Minerve, 1826-1899 (Montréal)
Le Pays, 1852-1869 (Montréal)
|
Le Populaire, 1837-1838 (Montréal)
Quebec Mercury, 1805-1903
La Quotidienne, 1837-1838 (Montréal)
Le Spectateur canadien 1813-1829 (Montréal)
The Vindicator, 1828-1837 (Montréal)
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