Les Patriotes de 1837\@1838
 
 ANALYSE 
Les 92 Résolutions (1834) et l'idée d'indépendance du Bas-Canada
Depuis le 9 janvier 2011

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le message inaugural du gouverneur. Ultérieurement on ajoutera une 93ième et 94ième résolutions dénonçant le monopole de la British Americain Land Company.[5]

Les appels les plus pressants ne consistent pas à réclamer l’indépendance nationale mais bien à en appeler à la souveraineté du parlement bas-canadien. Ainsi, en 49, « Les privilèges de cette Chambre ne doivent ni être mis en question, ni définis par le secrétaire colonial. » En 79, « que cette chambre, comme représentant le peuple de cette province, possède le droit, et a exercé de fait dans cette province, quand l’occasion l’a requis, les pouvoirs, privilèges et immunités réclamés et possédés par la Chambre des Communes du parlement, dans le Royaume-Uni de la Grande-Bretagne et l’Irlande. » Un parlement souverain pourrait d’ailleurs bien mieux voir à la bonne gestion de l’État bas-canadien, comme le rappelle la résolution 58 : « La législature provinciale aurait été tout-à-fait compétente à passer des lois, pour permettre le rachat de ces charges, d’une manière qui s’harmoniât avec les intérêts de toutes les parties […] et, le parlement du Royaume-Uni, bien moins à portée de statuer d’une manière équitable sur un sujet aussi compliquée, n’a pu avoir lieu que dans des vues de spéculation illégales, et de bouleversement dans les lois du pays ».

L’indépendance politique étant à la clé, les 92 Résolutions posent les cadres adéquats pour assurer la transition et pourvoir en attendant aux relations entre la Grande-Bretagne et sa colonie. « Que le parlement du Royaume-Uni conserve des relations amicales avec cette province comme colonie, tant que durera notre liaison, et comme alliée, si la suite des temps amenait des relations nouvelles. » (rés. 21) D’ici là, la résolution 43 rappelle que « La constitution et le forme de gouvernement qui conviendrait le mieux à cette colonie, ne doivent se chercher uniquement dans les analogies que présentent les institutions de la Grande-Bretagne, dans un état de société tout-à-fait différent du nôtre ; qu’on devrait plutôt mettre à profit l’observation des effets qu’ont produits les différentes constitutions infiniment variées, que les rois et le parlement anglais ont données à différentes plantations et colonies en Amérique. »

L’argument ethnique est mainte fois récusé et le conflit apparent entre Anglophones et Francophones est en fait fomenté par les autorités coloniales. Ainsi la résolution 55 : « Que les vœux de la grande majorité de la classe des sujets de Sa Majesté d’origine britannique sont unis et communs avec ceux d’origine française et parlant de la langue française. » En revanche, le parlement ne renie en aucun cas son engagement à se porter à la défense de la langue et de la culture françaises. Ainsi, la 52, « Que la majorité des habitants du pays n’est nullement disposée à répudier aucun des avantages qu’elle tire de son origine et de sa descendance de la nation française, […] de qui ce pays tient la plus partie de ses lois civiles et ecclésiastiques, la plupart de ses établissements d’enseignement et de charité, et la religion, la langue, les habitudes, les mœurs et les usages de la grande majorité de ses habitants. »

Le débat

Une fois déposées, les résolutions déclenchent cinq jours de débats passionnés entre une majorité des députés fidèles à Papineau et favorables aux résolutions, et une minorité, généralement des anglophones liés à l’intérêt marchand et réunis autour de John Neilson, qui rompt alors définitivement avec Papineau, un Papineau qui ouvre d’ailleurs lui-même le débat par un long discours enflammé où il résume les événements politiques des cinquante dernières années et défend les résolutions. Louis-Hyppolite LaFontaine, Sabrevois de Bleury, George Vanfelson et Louis Bourdages emboîtent le pas mais avec moins de fougue.[6]

Les interventions des détracteurs sont plus intéressantes. Tandis que Papineau n’insiste que sur l’électivité du Conseil législatif car « C'est sur cette question que nous devons être prêts à décider, à tout blâmer ou à tout approuver, à dire que tout est bien ou que tout est mal sans nous occuper ni voir ce que pensent », ses adversaires, notamment Bartholomew Gugy, Andrew Stuart et John Neilson considèrent que la charge explosive réside moins dans l’une ou l’autre des résolutions que dans leur impact dévastateur mises toutes ensemble : « une véritable déclaration d’indépendance à laquelle aucun sujet de Sa Majesté ne saurait accorder son appui. »[7] Pour la Quebec Gazette il s’agit d’ « une révolution dans toute la force du terme que les auteurs des 92 Résolutions demandent et fomentent ». Pour le député Gugy, « Ces résolutions, qu'ils nous présentent comme le fruit de tant de recherches, sont un chef d'œuvre de démence […] Une foule d'accusations vagues et hazardées, une multitude d'expressions peu mesurées et injurieuses, l'exagération dans les sentimens, les erreurs dans les faits. »[8]

Les adversaires sont aussi nombreux à remarquer que le radicalisme des résolutions contraste avec la quiétude qui règne alors dans la province. Ainsi, pour le gouverneur Aylmer : « Elles s’éloignent tellement de la modération et de l’urbanité si bien connues du caractère canadien […] Lorsque vos 92 Résolutions ont été adoptées, tout le peuple, hors de cette enceinte, jouissait, dans ce moment même, de la tranquillité la plus profonde. » Pour Gugy encore « …Mais c'est une idée de distinction qui n'entre pas même dans la tête des habitans de nos [...] paisibles campagnes. C'est une idée de trouble et de dissension qui n'est née que dans cette Chambre [...] Ces flatteurs du peuple veulent lui faire croire qu'il est malheureux quand il est heureux.»[9]

Les 92 Résolutions sont adoptées en troisième lecture le 22 février par 56 voix contre 23. En sa qualité d’orateur, Papineau prépare ensuite une adresse approuvée par la Chambre le 1er mars et jointe au texte des résolutions, aux annexes, ainsi qu’à une impressionnante pétition de 78 000 noms. Le tout est confié à Augustin-Norbert Morin, chargé de porter le document à l’agent de l’Assemblée à Londres, le fidèle Denis-Benjamin Viger, qui doit lui-même voir à le déposer avec le plus... 

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 Bernard Gravel  (30 novembre 2024)
Pr?sentement je lie le tome 2 sur Papineau ?crit par Anne Marie Sicotte et je cherche ? comprendre les 92 r?solutions. Merci
 ReNee St-Denis  (30 août 2013)
Pourquoi je ne parviens pas à imprimer ce texte? J‘aurais aimé relire et relire comment c‘est fondé notre pays le Québec

 

Abréviations



(B) (M) (S) (dans les notes) Baptême, Mariage, Sépulture

AF Aegidius Fauteux, Les Patriotes de 1837-1838 (1950)

ANC Archives nationales du Canada

ANQH Archives nationales du Québec à Hull

ANQM Archives nationales du Québec à Montréal

ANQQ Archives nationales du Québec à Québec

AO Archives d'Ontario

AQHP Association québécoise d'histoire politique

ASN Archives du Séminaire de Nicolet

ASQ Archives du Séminaire de Québec

ASSH Archives du Séminaire de Saint-Hyacinthe

ASTR Archives du Séminaire de Trois-Rivières

BAC Bibliothèque et Archives du Canada

BAnQ Bibliothèque et archives nationale du Québec

BH Beaulieu, André et Jean Hamelin, dir, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973-1990, 10v

BHP Bulletin d'histoire politique

BMS Baptêmes, mariages, sépultures

BRH Bulletin des recherches historiques.

CAN Le Canadien (Québec)

CANJ Canadian Antiquarian and Numismatic Journal

CB Catalogue of Books being the complete Library of late Hon L-J Papineau vendus lors d'un encan public en mars 1922, par les frères Fraser, [Montréal, 1922]

CHRISTIE William Christie, History of the Late Province of Lower Canada (Québec, 1841)



CP Chronologie parlementaire, tome 1 1791-1867 (doc inédit), Service de recherche, Bibliothèque de l'Assemblée nationale, décembre 1995

CRLG Centre de recherche Lionel-Groulx

DAF Dictionnaire de l'ancienne langue françoise et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle, par Frédéric Godefroy, 10 v, Paris, 1881-1902

DBC Dictionnaire biographique du Canada, 14 v, Québec, PUL; Toronto, UTP

DC Dictionnaire biographique du clergé canadien-français, par J-B-A Allaire; Les anciens; Montréal, Imprimerie de l'École Catholique des Sourds-Muets, 1910

DD Dictionnaire de droit québécois et canadien, avec lexique anglais-français, par Hubert Reid, 2e tirage, revu et corrigé, Montréal, Wilson & Lafleur ltée, 1996

DNB Dictionary of National Biography, London, Smith, Elder, & Co, 1885-1900

DPQ Dictionnaire des parlementaires du Québec, 1792-1992, PUL, 1993

ED Encyclopaedic Dictionary, edited by Robert Hunter, 4 v, Philadelphia, Syndicate Publishing Company, 1894

GPF Glossaire du parler français au Canada, Québec, PUL, 1968 [1930]

ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

MD Lovell's Montreal Directory



ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

L'AMI L'ami du peuple, de l'ordre et des lois (Montréal)

LIB Le Libéral (Québec)

MC Morning Courrier (Montréal)

MD Lovell's Montreal Directory

MD The Macmillan Dictionary of Canadian Biography, Toronto, Macmillan of Canada, 1985 [1978]

MG 24 B125 Comité de correspondance de Montréal

MGZ Montreal Gazette

MIN La Minerve (Montréal)

MS Mississiquoi Standard (Frelighburg)

MTL HERALD Montreal Herald

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed, prepared by JA Simpson and ESC Weiner, 20 v, Clarendon Press, Oxford, 1989

RHAF Revue d'histoire de l'Amérique française

SHM Société historique de Montréal 

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed,  20 v, Clarendon Press, 1989

QG Quebec Gazette

QM Quebec Mercury

RG. Register Group. Archives publiques du Canada (Ottawa)

SJ Stanstead Journal (Stanstead)

VIND The Canadian Vindicator (Montréal)


Consultez les journaux d'époque conservés à la BAnQ

L'Ami du peuple, de l'ordre et des lois, 1832-1840 (Montréal)
Le Canadien, 1806-1909 (Québec)
Le Courier de Québec, 1807-1808
L'Écho du pays, 1832-1836 (Saint-Charles-sur Richelieu)
Le Fantasque, 1837-1849 (Québec)
La Gazette des Trois-Rivières, 1817-1822
Le Glaneur, 1836-1837 (Saint-Charles-sur-Richelieu)
Le Libéral / The Liberal, 1837 (Québec)
La Minerve, 1826-1899 (Montréal)
Le Pays, 1852-1869 (Montréal)
Le Populaire, 1837-1838 (Montréal)
Quebec Mercury, 1805-1903
La Quotidienne, 1837-1838 (Montréal)
Le Spectateur canadien 1813-1829 (Montréal)
The Vindicator, 1828-1837 (Montréal)

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