| | | ANALYSE Les Rébellions de 1837-1838 : un traumatisme collectif Depuis le 10 août 2008 |   page 2 / 10 |
 | Le suicide du patriote Amury Girod tel que vu par Henri Julien. |
nos droits» au parlement en 1848, les Rébellions brillent par leur absence. Dans
les manuels de l’époque, le sujet commence à faire son apparition avec la
puberté. Même dans les livres pour adultes, le sujet n’était jamais abordé sans
d’immenses précautions dilatoires. «Nous allons maintenant aborder un sujet
délicat, un sujet difficile! Il faut faire très attention, il faut garder la
tête froide!» En somme, les Rébellions étaient un sujet pour adulte. Pourquoi
était-il si impératif de garder les enfants à l’abri de la conscience de 1837,
pourquoi fallait-il toujours l’aborder avec prudence, comme en marchant sur des
oeufs? Bien sûr, on a longtemps attribué la censure des patriotes à l’Église.
Mais cela n’explique pas pourquoi un événement historique a pu se retrouver,
culturellement, dans la même case que ce qu’on appelait à l’époque l’exercice de
la vie privée, c’est-à-dire la sexualité. On trouvera des sujets tabou dans
l’histoire de tous les pays, mais rarement des sujets historiques réservés aux
adultes, ce qui semble suggérer une curieuse confusion entre la politique et la
morale! Il est évident que cette censure n’est pas du même type que celle qui
frappe souvent les crimes collectifs que l’on refuse d’admettre, ou les
problèmes qu’on ne veut pas évoquer dans certains milieux par intérêt de classe.
Si les enfants doivent être protégés de quelque chose, ce n’est sûrement pas
d’idées qu’ils ne risquent pas de comprendre, mais plutôt de certains affects et
des contenus symboliques qu’ils charrient.
Revenons à aujourd’hui. Comme on le sait, le contrôle de l’Église ne s’applique
plus, le conservatisme ne règne plus en maître sur la société québécoise,
personne n’irait aujourd’hui défendre la doctrine paulinienne selon laquelle il
n’est pas permis de se révolter contre les autorités établies. Depuis 2002, nous
célébrons chaque année, au mois de mai, une journée des patriotes. En principe,
cette reconnaissance officielle de la place des patriotes dans l’histoire du
Québec a mis un terme au long déni historique des Rébellions. Mais les
circonstances dans lesquelles cela s’est fait ont terni cette réparation.
Rappelons d’abord qu’il a fallu 164 ans avant que cela ne se réalise, dont 16
ans de pouvoir péquiste, fait d’autant plus notable que le parti Québécois se
situe en principe dans la lignée spirituelle du mouvement patriote puisqu’il
vise comme lui la souveraineté politique du peuple québécois. Ensuite, par
manque de courage, on n’a pas osé créer un nouveau congé férié en officialisant
la fête des patriotes qui, depuis toujours, avait lieu le 23 novembre, jour de
la bataille de Saint-Denis. La journée des patriotes a pris la place de la fête
de Dollard, qui elle-même avait pris la place de la fête de la Reine Victoria.
On a donc refilé aux patriotes un congé férié usagé. Un congé qui avait déjà
servi deux fois! Ce n’est pas très généreux, pour rendre hommage à des hommes
qui n’ont pas lésiné à donner leur vie pour leur pays! Si je me mets un instant
à la place de l’un d’entre eux, il me semble que je serais plutôt outré par
cette ingratitude, par cette fête ridicule qui arrive beaucoup trop tard, et qui
ne fait qu’ajouter l’insulte à l’outrage. Trop peu, trop tard! Évidemment c’est
une image; les morts ne sont pas là pour réclamer que l’on reconnaisse leurs
mérites. Ce qui est en cause, c’est plutôt le rapport de la collectivité
québécoise à elle-même.
Ce n’est pas la première fois qu’une commémoration patriote est «ratée» de la
sorte. En 1905, on a inauguré le premier monument à Jean-Olivier Chénier, le
héros patriote de 1837. Ce projet de monument avait suscité une opposition
politique acharnée. Mais la pire douche froide n’est pas venu des opposants
politiques, elle est venue des membres du comité eux-mêmes. Pour des raisons
obscures, le projet initial de monument, qui devait être réalisé par le grand
sculpteur philippe Hébert et qui aurait été une de ses plus belles oeuvres, a
été abandonné et on a plutôt commandé un monument banal à un obscur sculpteur
américain, Alfonso Pelzer. Un tel acte manqué porte la trace d’une réserve, d’un
mouvement de recul dans le geste même d’honorer la mémoire d’un patriote.
L’idée d’une journée des patriotes au mois de mai se justifie, selon les
organisateurs, par le fait que c’est durant cette partie de l’année qu’ont eu
lieu les premières assemblées patriotes. Mais en inventant cette journée des
patriotes, on a du même coup mis à l’ombre la fête traditionnelle des patriotes,
c’est-à-dire la fête de la victoire de Saint-Denis, le 23 novembre. C’est dire
qu’en termes de réapropriation d’un héritage historique, il y a là un pas en
avant et un pas en arrière. Mais en même temps, il y a là un déplacement
symbolique qui n’est pas sans importance. Car commémorer des assemblées
publiques plutôt qu’une bataille, cela revient à accentuer l’aspect
«démocratique» et pacifique du mouvement, et à refouler son aspect
révolutionnaire, ainsi que le souvenir des affrontements militaires. On a
remplacé l’automne, saison des récoltes et de la maturité, par le printemps,
saison des semences, de la jeunesse et de l’innocence.
Pourtant, le 23 novembre était une date bien naturelle pour la fête des
patriotes. Et il y avait bien quelque chose à fêter ce jour-là! Le 23 novembre
1837, une troupe d’habitants, armés de fusils de chasse, ont réussi à mettre en
déroute un régiment de l’armée britannique, l’armée la plus puissante de la
planète à l’époque : un régiment de soldats professionnels, qui avaient combattu
Napoléon Bonaparte à Waterloo. Après les batailles de Saint-Denis et de
Saint-Charles, plusieurs officiers britanniques ont exprimé leur admiration à
l’égard de ces habitants qui leur avaient donné bien du fil à retordre. Il est
naturel de commémorer un tel événement, parce que cette victoire est un exploit
dont l’honneur rejaillit sur tous les compatriotes de ces hommes courageux.
En plus d’une source de fierté, on a aussi évacué ce qui était le plus propre à
susciter l’intérêt du public à l’égard de l’histoire des Rébellions.
Conformément à une curieuse tendance très répandue dans le «Québec moderne» chez
les historiens et dans les programmes d’enseignement, on a aplati l’histoire en
minimisant ses aspects les plus spectaculaires, les plus passionnants et
romantiques, et en accentuant les plus édulcorés et les plus ternes. Oublions
les batailles, les enfants,... | page 2 / 10 Consulté 12 538 fois depuis le MOD
| Louis (21 août 2008) Excellent texte M. Collin je tâcherai de lire votre livre. C‘est comme si vous aviez écris ce qu‘au fond de moi j‘avais toujours pensé du rapport des Québecois face à leur histoire patriote! Vous avez soulevez aussi un point intéressant : ‘‘Conformément à une curieuse tendance très répandue dans le «Québec moderne» chez les historiens et dans les programmes d’enseignement, on a aplati l’histoire en minimisant ses aspects les plus spectaculaires, les plus passionnants et romantiques, et en accentuant les plus édulcorés et les plus ternes‘‘ – C‘est tellement vrai qu‘à chaque fois qu‘un ami me dit que l‘histoire du Québec est ennuyante, je ne peux que lui donner raison car plus souvent qu‘autrement, j‘ai suivi les mêmes cours monotones au secondaire et au cégep... Étant moi-même étudiant au baccalauréat en histoire, je veux faire un meilleur enseignement de l’histoire du Québec dans les classes de nos futurs élèves. J’en fais mon cheval de bataille car je crois fermement que notre histoire, bien racontée, peut devenir une extraordinaire épopée. - Louis
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Abréviations
(B) (M) (S) (dans les notes) Baptême, Mariage, Sépulture AF Aegidius Fauteux, Les Patriotes de 1837-1838 (1950) ANC Archives nationales du Canada ANQH Archives nationales du Québec à Hull ANQM Archives nationales du Québec à Montréal ANQQ Archives nationales du Québec à Québec AO Archives d'Ontario AQHP Association québécoise d'histoire politique ASN Archives du Séminaire de Nicolet ASQ Archives du Séminaire de Québec ASSH Archives du Séminaire de Saint-Hyacinthe ASTR Archives du Séminaire de Trois-Rivières BAC Bibliothèque et Archives du Canada BAnQ Bibliothèque et archives nationale du Québec BH Beaulieu, André et Jean Hamelin, dir, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973-1990, 10v BHP Bulletin d'histoire politique BMS Baptêmes, mariages, sépultures BRH Bulletin des recherches historiques. CAN Le Canadien (Québec) CANJ Canadian Antiquarian and Numismatic Journal CB Catalogue of Books being the complete Library of late Hon L-J Papineau vendus lors d'un encan public en mars 1922, par les frères Fraser, [Montréal, 1922] CHRISTIE William Christie, History of the Late Province of Lower Canada (Québec, 1841)
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CP Chronologie parlementaire, tome 1 1791-1867 (doc inédit), Service de recherche, Bibliothèque de l'Assemblée nationale, décembre 1995 CRLG Centre de recherche Lionel-Groulx DAF Dictionnaire de l'ancienne langue françoise et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle, par Frédéric Godefroy, 10 v, Paris, 1881-1902 DBC Dictionnaire biographique du Canada, 14 v, Québec, PUL; Toronto, UTP DC Dictionnaire biographique du clergé canadien-français, par J-B-A Allaire; Les anciens; Montréal, Imprimerie de l'École Catholique des Sourds-Muets, 1910 DD Dictionnaire de droit québécois et canadien, avec lexique anglais-français, par Hubert Reid, 2e tirage, revu et corrigé, Montréal, Wilson & Lafleur ltée, 1996 DNB Dictionary of National Biography, London, Smith, Elder, & Co, 1885-1900 DPQ Dictionnaire des parlementaires du Québec, 1792-1992, PUL, 1993 ED Encyclopaedic Dictionary, edited by Robert Hunter, 4 v, Philadelphia, Syndicate Publishing Company, 1894 GPF Glossaire du parler français au Canada, Québec, PUL, 1968 [1930] ICMH Institut canadien de microreproductions historiques JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-CanadaJFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998 JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6 MD Lovell's Montreal Directory |
ICMH Institut canadien de microreproductions historiques JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998 JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6 L'AMI L'ami du peuple, de l'ordre et des lois (Montréal) LIB Le Libéral (Québec) MC Morning Courrier (Montréal) MD Lovell's Montreal Directory MD The Macmillan Dictionary of Canadian Biography, Toronto, Macmillan of Canada, 1985 [1978] MG 24 B125 Comité de correspondance de Montréal MGZ Montreal Gazette MIN La Minerve (Montréal) MS Mississiquoi Standard (Frelighburg) MTL HERALD Montreal Herald MQD Mackay's Quebec Directory OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed, prepared by JA Simpson and ESC Weiner, 20 v, Clarendon Press, Oxford, 1989 RHAF Revue d'histoire de l'Amérique française SHM Société historique de Montréal MQD Mackay's Quebec Directory OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed, 20 v, Clarendon Press, 1989 QG Quebec Gazette QM Quebec Mercury RG. Register Group. Archives publiques du Canada (Ottawa) SJ Stanstead Journal (Stanstead) VIND The Canadian Vindicator (Montréal) |
Consultez les journaux d'époque conservés à la BAnQ
L'Ami du peuple, de l'ordre et des lois, 1832-1840 (Montréal)
Le Canadien, 1806-1909 (Québec)
Le Courier de Québec, 1807-1808
L'Écho du pays, 1832-1836 (Saint-Charles-sur Richelieu)
Le Fantasque, 1837-1849 (Québec)
|
La Gazette des Trois-Rivières, 1817-1822
Le Glaneur, 1836-1837 (Saint-Charles-sur-Richelieu)
Le Libéral / The Liberal, 1837 (Québec)
La Minerve, 1826-1899 (Montréal)
Le Pays, 1852-1869 (Montréal)
|
Le Populaire, 1837-1838 (Montréal)
Quebec Mercury, 1805-1903
La Quotidienne, 1837-1838 (Montréal)
Le Spectateur canadien 1813-1829 (Montréal)
The Vindicator, 1828-1837 (Montréal)
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