Les Patriotes de 1837\@1838
 
 ANALYSE 
La rivalité entre Québec et Montréal au sein du mouvement patriote
Depuis le 24 septembre 2006

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"La citadelle" de Québec. Construite par étapes à compter de 1820, la forteresse militaire est opérationnelle à l'époque des rébellions.

un changement qui va marquer les relations au sein même de la formation. « Jusqu’en 1815, le leadership du parti canadien, et par le fait même des idées réformistes, se concentre à Québec. Par contre, avec l’élection de Louis-Joseph Papineau au poste d’orateur de la Chambre d’assemblée et président du parti, on voit ce leadership se diriger progressivement vers Montréal (Ouellet, 1959: 319).

C’est dans cette foulée que le poids politique du caucus de Montréal a commencé à s’accroître et que celui de la capitale n’a cessé de diminuer. Il s’agit d’une période charnière tant pour la carrière de Papineau que pour le Parti Canadien. D’ailleurs, lors de l’élection de l’orateur de la Chambre, plusieurs députés de la région de Québec ont appuyé la candidature de Taschereau plutôt que celle de Louis-Joseph Papineau. C’est à partir de ce moment qu’est apparu un schisme au sein du Parti canadien. D’un côté, les réformistes de Montréal considérés comme plus radicaux et de l’autre ceux de Québec considérés plus modérés. « Quelques députés de langue française, parmi ceux du district de Québec, trouvent Papineau emporté, excessif, et ne le suivent pas ou ne le suivent qu’à demi. »(RUMILLY, 1977 :103). « L’élection de Papineau, en 1815, comme orateur de la Chambre, avait réduit l’influence des députés de Québec dans le parti. Jusqu’alors Panet avait limité le rôle de l’Orateur à la direction de la procédure parlementaire. Mais lors de son élection, Papineau était déjà reconnu comme le successeur de Bédard à la tête du parti canadien-français. Il continua, après 1815, à assumer les deux fonctions. Mais Taschereau, Blanchet, Borgia et Bourdages pouvaient difficilement lui pardonner son élection obtenue grâce aux députés de Montréal et à un certain nombre de Québécois ». (OUELLET, 1959 :319).

Peu de temps après l’élection de Papineau, un groupe de Québec s’est même formé pour tenter de le déloger en 1820. « L’année suivante, Bourdages, Blanchet et Cuvillier proposèrent une loi pour la rémunération des députés. Papineau était alors opposé à cette mesure qui visait à lui enlever l’appui d’une partie de la députation » (RUMILLY, 1959 : 319).

La situation était telle qu’en 1823 lorsqu’il a été question d’envoyer Louis-Joseph Papineau en Angleterre afin de faire échouer le projet d’union des Canadas, l’abbé Jérôme Demers de Québec a craint que des députés de la capitale profitent de la situation pour l’évincer de son poste. Il craignait également que les rivalités personnelles entre les députés provoquent l’éclatement du parti. « Tous vos amis de Québec, moi compris, sont inquiets et mécontents de ce choix. Il faudra élire un nouveau président, cette élection sera une pomme de discorde jetée au sein de l’Assemblée. Il y a parmi nous des hommes ambitieux que nous ne connaissons pas assez. Un choix malheureux pourrait être nous être fatal. Je voudrais qui vous fussiez un moment parmi vos amis de Québec. Je suis sûr que vous resteriez si vous entendiez leurs arguments » (RUMILLY, 1977 : 125).

En dépit de cette mise en garde, Papineau a tout de même décidé d’aller à Londres avec John Neilson pour plaider contre le projet d’union, les députés de Québec en ont aussitôt profité pour reprendre le contrôle du parti. Dès que Papineau a quitté, Joseph-Rémi Vallières de Saint-Réal l’a remplacé comme orateur de la Chambre d’assemblée et a ramené le leadership du parti à Québec. De retour au pays après sa mission, Papineau a voulu reprendre son poste, mais Vallières de Saint-Réal a refusé de lui céder. À l’ouverture de la session de 1824, Papineau a donc repris son siège sous la présidence du député de Québec. « Vallière de Saint-Réal, fort de sa présidence et de son talent, apparaît comme le principal opposant à la domination de Papineau sur l’Assemblée. » (RUMILLY, 1977 : 149). L’année suivante, Louis-Joseph Papineau a été réélu président de la Chambre. Il a obtenu 32 voix et Vallière 12. Dès ce moment, Vallières a pris ses distances de Louis-Joseph Papineau. Les deux hommes se sont affrontés à plusieurs reprises dans les années suivantes « La scission entre Papineau et Vallière ressemble à une brisure entre les députés du district de Montréal et ceux du district de Québec, plus modéré. Papineau, qui a agit en chef, est sans indulgence pour les dissidents qu’il appelle « la coterie de Québec ». (RUMILLY, 1977 : 158).

En 1826, Papineau a perdu deux appuis de taille dans la région de Québec. Il s’agit de Moquin et de Planté, deux personnes qui exerçaient une influence considérable sur les députés de cette région. Il s’agit d’une autre illustration du schisme entre les députés de Montréal et ceux de Québec dans le Parti canadien. C’est dans ce vent de contestation que la formation que dirige Papineau s’est réorganise et est devenu le Parti patriote. « Même si l’autorité de Papineau s’affirma d’avantage sur la Parti patriote en raison de son influence sur le peuple, les rivalités personnelles, les luttes de clans et la rivalité Québec-Montréal ne furent pas éliminée. » (OUELLET, 1959 : 321). D’ailleurs, Joseph-Rémi Vallières de Saint-Réal a tenté de nouveau en 1827 et en 1829 de ravir le poste de président de la Chambre à Papineau appuyé par un groupe de députés de Québec. Autre illustration de cette rivalité, les députés de Québec ont refusé de signer une pétition émanant de Montréal et dénonçant le rejet par le gouverneur Dalhousie de la nomination de Louis-Joseph Papineau comme président de la Chambre. « Vallière et les autres députés du district de Québec sont prêts à signer une pétition, mais ils trouvent le texte montréalais trop raide contre le gouverneur. Ils proposent leur propre rédaction. Papineau se résigne au principe de la double pétition, mais il trouve les Québécois bien lents. Il s’impatiente. Il écrit À John Neilson une longue lettre de récriminations contre les hésitations des Québécois » (RUMILLY, 1977, 179). Les députés de Québec ont finalement rédigé une pétition qui a été beaucoup plus modérée dans le ton que celle de Montréal.

L’événement le plus important de cette période pour le Parti patriote est sans contredit la rupture entre Papineau et John Neilson, le propriétaire de la Quebec Gazette. À Compter de 1828, Neilson, un homme influent de la région de Québec, a commencé à s’éloigner progressivement de Papineau. Les deux homes... 

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Abréviations



(B) (M) (S) (dans les notes) Baptême, Mariage, Sépulture

AF Aegidius Fauteux, Les Patriotes de 1837-1838 (1950)

ANC Archives nationales du Canada

ANQH Archives nationales du Québec à Hull

ANQM Archives nationales du Québec à Montréal

ANQQ Archives nationales du Québec à Québec

AO Archives d'Ontario

AQHP Association québécoise d'histoire politique

ASN Archives du Séminaire de Nicolet

ASQ Archives du Séminaire de Québec

ASSH Archives du Séminaire de Saint-Hyacinthe

ASTR Archives du Séminaire de Trois-Rivières

BAC Bibliothèque et Archives du Canada

BAnQ Bibliothèque et archives nationale du Québec

BH Beaulieu, André et Jean Hamelin, dir, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973-1990, 10v

BHP Bulletin d'histoire politique

BMS Baptêmes, mariages, sépultures

BRH Bulletin des recherches historiques.

CAN Le Canadien (Québec)

CANJ Canadian Antiquarian and Numismatic Journal

CB Catalogue of Books being the complete Library of late Hon L-J Papineau vendus lors d'un encan public en mars 1922, par les frères Fraser, [Montréal, 1922]

CHRISTIE William Christie, History of the Late Province of Lower Canada (Québec, 1841)



CP Chronologie parlementaire, tome 1 1791-1867 (doc inédit), Service de recherche, Bibliothèque de l'Assemblée nationale, décembre 1995

CRLG Centre de recherche Lionel-Groulx

DAF Dictionnaire de l'ancienne langue françoise et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle, par Frédéric Godefroy, 10 v, Paris, 1881-1902

DBC Dictionnaire biographique du Canada, 14 v, Québec, PUL; Toronto, UTP

DC Dictionnaire biographique du clergé canadien-français, par J-B-A Allaire; Les anciens; Montréal, Imprimerie de l'École Catholique des Sourds-Muets, 1910

DD Dictionnaire de droit québécois et canadien, avec lexique anglais-français, par Hubert Reid, 2e tirage, revu et corrigé, Montréal, Wilson & Lafleur ltée, 1996

DNB Dictionary of National Biography, London, Smith, Elder, & Co, 1885-1900

DPQ Dictionnaire des parlementaires du Québec, 1792-1992, PUL, 1993

ED Encyclopaedic Dictionary, edited by Robert Hunter, 4 v, Philadelphia, Syndicate Publishing Company, 1894

GPF Glossaire du parler français au Canada, Québec, PUL, 1968 [1930]

ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

MD Lovell's Montreal Directory



ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

L'AMI L'ami du peuple, de l'ordre et des lois (Montréal)

LIB Le Libéral (Québec)

MC Morning Courrier (Montréal)

MD Lovell's Montreal Directory

MD The Macmillan Dictionary of Canadian Biography, Toronto, Macmillan of Canada, 1985 [1978]

MG 24 B125 Comité de correspondance de Montréal

MGZ Montreal Gazette

MIN La Minerve (Montréal)

MS Mississiquoi Standard (Frelighburg)

MTL HERALD Montreal Herald

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed, prepared by JA Simpson and ESC Weiner, 20 v, Clarendon Press, Oxford, 1989

RHAF Revue d'histoire de l'Amérique française

SHM Société historique de Montréal 

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed,  20 v, Clarendon Press, 1989

QG Quebec Gazette

QM Quebec Mercury

RG. Register Group. Archives publiques du Canada (Ottawa)

SJ Stanstead Journal (Stanstead)

VIND The Canadian Vindicator (Montréal)


Consultez les journaux d'époque conservés à la BAnQ

L'Ami du peuple, de l'ordre et des lois, 1832-1840 (Montréal)
Le Canadien, 1806-1909 (Québec)
Le Courier de Québec, 1807-1808
L'Écho du pays, 1832-1836 (Saint-Charles-sur Richelieu)
Le Fantasque, 1837-1849 (Québec)
La Gazette des Trois-Rivières, 1817-1822
Le Glaneur, 1836-1837 (Saint-Charles-sur-Richelieu)
Le Libéral / The Liberal, 1837 (Québec)
La Minerve, 1826-1899 (Montréal)
Le Pays, 1852-1869 (Montréal)
Le Populaire, 1837-1838 (Montréal)
Quebec Mercury, 1805-1903
La Quotidienne, 1837-1838 (Montréal)
Le Spectateur canadien 1813-1829 (Montréal)
The Vindicator, 1828-1837 (Montréal)

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