Les Patriotes de 1837\@1838
 
 ANALYSE 
Jules Verne , Famille-Sans-Nom (1889), Deuxième partie : Chapitre 9. L'île Navy
Depuis le 31 octobre 2005

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quel accueil fut fait à maître Nick. Thomas Harcher lui serra la main et si vigoureusement, que, pendant vingt-quatre heures, il lui eût été impossible de manier l'arc ou le tomahawk! Même bienvenue de la part de Vincent Hodge, de Farran, de Clerc, de tous ceux qui étaient ses amis ou ses clients à Montréal.

"Oui... oui... balbutiait-il, j'ai cru devoir... ou plutôt, ce sont ces braves gens...

- Les guerriers de votre tribu?... lui répondait-on.

- Oui... de ma tribu!" répétait-il.

En réalité, bien que l'excellent homme fit une assez piteuse contenance, dont Lionel avait honte pour lui, c'était un appoint important que les Hurons venaient d'apporter à la cause nationale en lui prêtant leur concours. Si les autres peuplades, entraînées par l'exemple, les suivaient, si les guerriers, animés des mêmes sentiments, s'alliaient aux réformistes, les autorités ne pourraient plus avoir raison du mouvement insurrectionnel.

Cependant, par suite des récents événements, les patriotes avaient dû passer de l'offensive à la défensive. Aussi, dans le cas où l'île Navy tomberait au pouvoir du colonel Mac Nab, la cause de l'indépendance serait-elle définitivement perdue.

Les chefs des bonnets bleus s'étaient occupés d'organiser la résistance par tous les moyens dont ils disposaient. Retranchements élevés sur les divers points de l'île, obstacles contre les tentatives de débarquement, armes, munitions et vivres, dont les arrivages s'opéraient par le village Schlosser, tout se faisait avec hâte, avec zèle. Ce qui coûtait le plus aux patriotes, c'était d'être réduis à attendre une attaque qu'ils ne pouvaient provoquer, n'étant point outillés pour traverser le bras du Niagara. Faute de matériel, comment auraient-ils pu se jeter sur le village de Chippewa, donner l'assaut au camp fortement établi sur la gauche de la rivière?

On le voit, cette situation ne pouvait qu'empirer, si elle se prolongeait. En effet, les forces du colonel Mac Nab s'accroissaient, pendant que ses préparatifs pour le passage du Niagara étaient poussés activement. Relégués à la frontière, les derniers défenseurs de la cause franco-canadienne eussent vainement tenté d'entretenir des communications avec les populations des provinces de l'Ontario et de Québec. Dans ces conditions, comment les paroisses s'uniraient-elles pour courir aux armes, et quel chef prendrait la tête de la rébellion, maintenant que les colonnes royales parcouraient les comtés du Saint-Laurent?

Un seul l'eût pu faire. Un seul aurait eu assez d'influence pour soulever les masses populaires: c'était Jean-Sans-Nom. Mais depuis l'échec de Saint-Charles, il avait disparu. Et toutes les probabilités étaient pour qu'il eût péri obscurément, puisqu'il n'avait pas reparu sur la frontière américaine. Quant à admettre qu'il fût tombé récemment entre les mains de la police, c'était impossible; une telle capture n'aurait pas été tenue secrète par les autorités de Québec ou de Montréal.

Il en était de même de M. de Vaudreuil, Vincent Hodge, Farran et Clerc ignoraient ce qu'il était devenu. Qu'il eût été blessé à Saint-Charles, ils le savaient. Mais personne n'avait vu Jean l'emporter hors du champ de bataille, et la nouvelle ne s'était point répandue qu'il eût été fait prisonnier. En ce qui concerne Clary de Vaudreuil, depuis l'instant où il l'avait arrachée aux rôdeurs qui lui faisaient violence, Vincent Hodge n'avait pu retrouver ses traces.

Que l'on juge donc de la joie que tous les amis de M. de Vaudreuil ressentirent, quand, dans la journée du 10 décembre, ils le virent arriver à l'île Navy, avec sa fille, accompagné d'une vieille femme qu'ils ne connaissaient point.

C'était Bridget.

Après le départ de Jean, le meilleur parti, sans doute, eût été de demeurer à Maison-Close, puisque M. de Vaudreuil ne risquerait plus d'y être découvert. Où sa fille trouverait-elle un autre abri et plus sûr? La villa Montcalm, incendiée par les volontaires dans leur expédition à travers l'île Jésus, n'était plus que ruines. D'ailleurs, M. de Vaudreuil ignorait encore pour quelles raisons Rip avait épargné les perquisitions de la police à Maison-Close. Clary avait gardé le secret de cette protection infamante, et il ne savait pas qu'il fût l'hôte d'une Bridget Morgaz.

Craignant plus pour sa fille que pour lui les conséquences d'une nouvelle visite des agents, M. de Vaudreuil n'avait rien voulu changer à ses projets. Aussi, le lendemain soir, ayant appris que les royaux venaient de quitter Saint-Charles, il avait pris place avec Clary et Bridget dans la charrette du fermier Archambaud. Tous trois s'étaient sans retard dirigés vers le sud du comté de Saint-Hyacinthe. Puis, dès qu'ils eurent connaissance de la concentration des patriotes à l'île Navy, ils firent diligence pour franchir la frontière américaine. Arrivés la veille à Schlosser, après huit jours d'un pénible et périlleux voyage, ils étaient maintenant au milieu de leurs amis.

Ainsi Bridget avait consenti à suivre Clary de Vaudreuil, qui connaissait son passé?... Oui! La malheureuse femme n'avait pu résister à ses supplications.

Voici dans quelles circonstances s'était effectué son départ.

Après la fuite de Jean, comprenant comme lui qu'elle ne pourrait plus inspirer que de l'horreur à ses hôtes, Bridget s'était retirée dans sa chambre. Quelle nuit effroyable ce fut pour elle! Clary voudrait-elle cacher à son père ce qu'elle venait d'apprendre? Non! Et le lendemain, M. de Vaudreuil n'aurait plus qu'une hâte - fuir Maison-Close. Oui! fuir... au risque de tomber entre les mains des royaux, fuir plutôt que de rester une heure de plus sous le toit des Morgaz!

D'ailleurs, Bridget n'y demeurerait pas, ni à Saint-Charles. Elle n'attendrait pas qu'elle ne fût chassée par la réprobation publique. Elle s'en irait au loin, ne demandant à Dieu que de la délivrer de cette odieuse existence!

Mais, le lendemain, au lever du jour, Bridget vit la jeune fille entrer dans sa chambre. Elle allait en sortir pour ne pas s'y rencontrer avec elle, lorsque Clary lui dit d'une voix tristement affectueuse:

"Madame Bridget, j'ai gardé votre secret vis-à-vis de mon père. Il ne sait, il ne saura rien de ce passé, et je veux oublier moi-même. Je me souviendrai que si vous êtes la plus infortunée, vous êtes aussi la plus honorable des femmes!"

Bridget ne releva pas la tête.

"Écoutez-moi, reprit Clary. J'ai... 

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Abréviations



(B) (M) (S) (dans les notes) Baptême, Mariage, Sépulture

AF Aegidius Fauteux, Les Patriotes de 1837-1838 (1950)

ANC Archives nationales du Canada

ANQH Archives nationales du Québec à Hull

ANQM Archives nationales du Québec à Montréal

ANQQ Archives nationales du Québec à Québec

AO Archives d'Ontario

AQHP Association québécoise d'histoire politique

ASN Archives du Séminaire de Nicolet

ASQ Archives du Séminaire de Québec

ASSH Archives du Séminaire de Saint-Hyacinthe

ASTR Archives du Séminaire de Trois-Rivières

BAC Bibliothèque et Archives du Canada

BAnQ Bibliothèque et archives nationale du Québec

BH Beaulieu, André et Jean Hamelin, dir, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973-1990, 10v

BHP Bulletin d'histoire politique

BMS Baptêmes, mariages, sépultures

BRH Bulletin des recherches historiques.

CAN Le Canadien (Québec)

CANJ Canadian Antiquarian and Numismatic Journal

CB Catalogue of Books being the complete Library of late Hon L-J Papineau vendus lors d'un encan public en mars 1922, par les frères Fraser, [Montréal, 1922]

CHRISTIE William Christie, History of the Late Province of Lower Canada (Québec, 1841)



CP Chronologie parlementaire, tome 1 1791-1867 (doc inédit), Service de recherche, Bibliothèque de l'Assemblée nationale, décembre 1995

CRLG Centre de recherche Lionel-Groulx

DAF Dictionnaire de l'ancienne langue françoise et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle, par Frédéric Godefroy, 10 v, Paris, 1881-1902

DBC Dictionnaire biographique du Canada, 14 v, Québec, PUL; Toronto, UTP

DC Dictionnaire biographique du clergé canadien-français, par J-B-A Allaire; Les anciens; Montréal, Imprimerie de l'École Catholique des Sourds-Muets, 1910

DD Dictionnaire de droit québécois et canadien, avec lexique anglais-français, par Hubert Reid, 2e tirage, revu et corrigé, Montréal, Wilson & Lafleur ltée, 1996

DNB Dictionary of National Biography, London, Smith, Elder, & Co, 1885-1900

DPQ Dictionnaire des parlementaires du Québec, 1792-1992, PUL, 1993

ED Encyclopaedic Dictionary, edited by Robert Hunter, 4 v, Philadelphia, Syndicate Publishing Company, 1894

GPF Glossaire du parler français au Canada, Québec, PUL, 1968 [1930]

ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

MD Lovell's Montreal Directory



ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

L'AMI L'ami du peuple, de l'ordre et des lois (Montréal)

LIB Le Libéral (Québec)

MC Morning Courrier (Montréal)

MD Lovell's Montreal Directory

MD The Macmillan Dictionary of Canadian Biography, Toronto, Macmillan of Canada, 1985 [1978]

MG 24 B125 Comité de correspondance de Montréal

MGZ Montreal Gazette

MIN La Minerve (Montréal)

MS Mississiquoi Standard (Frelighburg)

MTL HERALD Montreal Herald

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed, prepared by JA Simpson and ESC Weiner, 20 v, Clarendon Press, Oxford, 1989

RHAF Revue d'histoire de l'Amérique française

SHM Société historique de Montréal 

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed,  20 v, Clarendon Press, 1989

QG Quebec Gazette

QM Quebec Mercury

RG. Register Group. Archives publiques du Canada (Ottawa)

SJ Stanstead Journal (Stanstead)

VIND The Canadian Vindicator (Montréal)


Consultez les journaux d'époque conservés à la BAnQ

L'Ami du peuple, de l'ordre et des lois, 1832-1840 (Montréal)
Le Canadien, 1806-1909 (Québec)
Le Courier de Québec, 1807-1808
L'Écho du pays, 1832-1836 (Saint-Charles-sur Richelieu)
Le Fantasque, 1837-1849 (Québec)
La Gazette des Trois-Rivières, 1817-1822
Le Glaneur, 1836-1837 (Saint-Charles-sur-Richelieu)
Le Libéral / The Liberal, 1837 (Québec)
La Minerve, 1826-1899 (Montréal)
Le Pays, 1852-1869 (Montréal)
Le Populaire, 1837-1838 (Montréal)
Quebec Mercury, 1805-1903
La Quotidienne, 1837-1838 (Montréal)
Le Spectateur canadien 1813-1829 (Montréal)
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