Les Patriotes de 1837\@1838
 
 ANALYSE 
La rhétorique républicaine sous le rasoir d’Occam. Aux sources de la radicalisation de Papineau au début des années 1930.
Depuis le 30 novembre 2025

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contre Dalhousie : John Neilson, Dominique Mondelet, Philippe Panet et Frédéric-Auguste Quesnel. La direction du parti comprend alors l’importance de clarifier sa plateforme politique et de resserrer son caucus. Toutes les offres présentées par l’administration anglaise — qu’elles aient été ou non bienveillantes — sont donc rejetées par Papineau, y compris le contrôle partiel de la Liste civile, qui aurait désamorcé la crise subséquente, y compris sa propre accession au Conseil exécutif, qui aurait ouvert la porte à une forme de responsabilité ministérielle.

Tout en tablant sur les engagements non respectés par la Grande-Bretagne et en poursuivant l’obstruction sur la question des subsides, de nouveaux enjeux sont, au contraire, soulevés par l’entourage de Papineau. On pense précisément à cette question de la composition du Conseil législatif, qui rejette en nombre croissant les projets de loi soumis par l’Assemblée et où les adversaires politiques de Papineau trouvent refuge en nombre croissant. Rien, cependant, n’est plus manifeste que le recours à des slogans directement issus de la Révolution américaine. Cet usage, peu coûteux en soi, permet immédiatement d’effrayer les modérés et de braquer l’entourage du gouverneur,  Papineau et le parti tirant apparemment un profit non négligeable du climat de crise perpétuelle.

On en veut un nouvel exemple en 1836, alors que Papineau réussit à déjouer une autre tentative de rapprochement, quand en janvier Lord Gosford désavoue publiquement la création d’un corps de volontaires loyaux destiné à se porter à la défense des intérêts britanniques au Bas-Canada. Aussitôt, des députés patriotes se déclarent agréablement étonnés par l’attitude du gouverneur. Cependant, dès le 7 février 1836, Papineau a trouvé motif pour interrompre la trêve en établissant que l’administration britannique n’avait aucune intention de porter remède aux maux de la province. Le climat politique s’en trouvera durablement détérioré, purgeant le mouvement patriote de ses éléments modérés et annonçant le dernier droit menant au recours aux armes. 

On peut considérer que la radicalisation du discours patriote poursuit donc au moins un premier objectif stratégique visant à consolider le pouvoir de Papineau et à confondre les modérés. Par leur caractère radical et solennel, les 92 Résolutions ont notamment permis de resserrer les rangs autour de la personne du chef et d’épurer le parti de ses éléments susceptibles de succomber aux entreprises de charme menées par l’administration coloniale. Cette stratégie s’avère payante. Les jeunes radicaux accourent vers Papineau, tandis que des militants plus expérimentés, mais menaçants (dont certains avaient déjà ambitionné la place de Papineau lui-même), s’éclipsent ou traînent désormais l’étiquette de Chouayens.

 

ÉLARGIR LES APPUIS AU SEIN DES MASSES RURALES

 

Pour comprendre la période inaugurée par le dépôt des 92 Résolutions, en janvier 1834, il est essentiel de saisir le lien étroit qu’établit l’entourage de Papineau entre, d’une part, la mobilisation populaire au Bas-Canada et, d’autre part, l’effet escompté sur les autorités métropolitaines. La stratégie consiste à multiplier les démonstrations publiques à travers le Bas-Canada, à créer des comités de comtés, à lancer de vastes pétitions et à multiplier les assemblées populaires. Sans jamais renoncer à la stratégie parlementaire, Papineau a néanmoins perdu foi en l’administration locale et souhaite directement se faire entendre de la Grande-Bretagne. D’abord, en faisant voter 92 Résolutions, dont le caractère radical ne peut souffrir un règlement local, et ensuite, en accroissant la pression populaire par des manifestations spectaculaires dont, croit-il, les journaux et les députés radicaux anglais ne manqueront pas de faire écho. Le recours à une rhétorique républicaine permet notamment de regrouper sous quelques formules-choc un chapelet de récriminations largement répandues dans la population, qu’elles concernent le gaspillage des fonds publics, l’accès aux terres de la Couronne ou l’octroi des charges publiques. Pensons à la Déclaration de Saint-Ours, par exemple, ou à celle des Fils de la Liberté. Cette radicalisation rend aussi pour un temps l’initiative politique aux patriotes, suscite un véritable engouement populaire et permet au parti de poser d’imposantes pétitions aux pieds des ministres anglais. Une fois sa direction idéologique bien assise, Papineau appliquera cette stratégie avec une logique implacable. 

Dans l’ouvrage Patriotes et Loyaux, nous avons cherché à voir jusqu’où une telle stratégie mènera le parti. Une fois macérée au milieu des campagnes du Bas-Canada, la rhétorique républicaine véhémente diffusée par La Minerve et le Vindicator sera en effet en partie mise au service de querelles locales qui répondront, elles, à d’autres motivations et s’exprimeront par d’autres voies. Il était donc à prévoir que les organisations patriotes locales, nourries par un discours radical, en arrivent, au bout d’un certain temps, à agir de leur propre chef, à faire déraper la stratégie alambiquée commandée par Papineau et à engager le processus menant à la rébellion, puis à sa répression…

 

AMALGAME AVEC LE DISCOURS DES RADICAUX ANGLAIS

 

En attendant, Papineau escompte bien que le discours et les actions engagées par les patriotes obtiennent une certaine audience dans la métropole. Car bien plus qu’aux États-Unis, c’est toujours en Grande-Bretagne que les stratèges patriotes comptent nouer des liens hors des frontières du Bas-Canada. Or, mis à part quelques liens épisodiques avec le mouvement chartiste, les nationalistes irlandais et quelques whigs réformistes, l’essentiel des appuis patriotes en Grande-Bretagne vient de journalistes et de députés de tendance radicale à qui la réforme électorale de 1832 avait permis de prendre une trentaine de sièges, soit environ 10 pour cent de la Chambre des communes. Outre John Arthur Roebuck, député de Bath et agent officiel de la Chambre d’assemblée du Bas-Canada, on retrouve parmi eux Joseph Hume, agent de celle du Haut-Canada, John Temple Leader, député de Westminster, un proche de John Stuart Mill, et le baron Henry Peter Brougham, le seul... 

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Abréviations



(B) (M) (S) (dans les notes) Baptême, Mariage, Sépulture

AF Aegidius Fauteux, Les Patriotes de 1837-1838 (1950)

ANC Archives nationales du Canada

ANQH Archives nationales du Québec à Hull

ANQM Archives nationales du Québec à Montréal

ANQQ Archives nationales du Québec à Québec

AO Archives d'Ontario

AQHP Association québécoise d'histoire politique

ASN Archives du Séminaire de Nicolet

ASQ Archives du Séminaire de Québec

ASSH Archives du Séminaire de Saint-Hyacinthe

ASTR Archives du Séminaire de Trois-Rivières

BAC Bibliothèque et Archives du Canada

BAnQ Bibliothèque et archives nationale du Québec

BH Beaulieu, André et Jean Hamelin, dir, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973-1990, 10v

BHP Bulletin d'histoire politique

BMS Baptêmes, mariages, sépultures

BRH Bulletin des recherches historiques.

CAN Le Canadien (Québec)

CANJ Canadian Antiquarian and Numismatic Journal

CB Catalogue of Books being the complete Library of late Hon L-J Papineau vendus lors d'un encan public en mars 1922, par les frères Fraser, [Montréal, 1922]

CHRISTIE William Christie, History of the Late Province of Lower Canada (Québec, 1841)



CP Chronologie parlementaire, tome 1 1791-1867 (doc inédit), Service de recherche, Bibliothèque de l'Assemblée nationale, décembre 1995

CRLG Centre de recherche Lionel-Groulx

DAF Dictionnaire de l'ancienne langue françoise et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle, par Frédéric Godefroy, 10 v, Paris, 1881-1902

DBC Dictionnaire biographique du Canada, 14 v, Québec, PUL; Toronto, UTP

DC Dictionnaire biographique du clergé canadien-français, par J-B-A Allaire; Les anciens; Montréal, Imprimerie de l'École Catholique des Sourds-Muets, 1910

DD Dictionnaire de droit québécois et canadien, avec lexique anglais-français, par Hubert Reid, 2e tirage, revu et corrigé, Montréal, Wilson & Lafleur ltée, 1996

DNB Dictionary of National Biography, London, Smith, Elder, & Co, 1885-1900

DPQ Dictionnaire des parlementaires du Québec, 1792-1992, PUL, 1993

ED Encyclopaedic Dictionary, edited by Robert Hunter, 4 v, Philadelphia, Syndicate Publishing Company, 1894

GPF Glossaire du parler français au Canada, Québec, PUL, 1968 [1930]

ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

MD Lovell's Montreal Directory



ICMH Institut canadien de microreproductions historiques

JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada

JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998

JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6

L'AMI L'ami du peuple, de l'ordre et des lois (Montréal)

LIB Le Libéral (Québec)

MC Morning Courrier (Montréal)

MD Lovell's Montreal Directory

MD The Macmillan Dictionary of Canadian Biography, Toronto, Macmillan of Canada, 1985 [1978]

MG 24 B125 Comité de correspondance de Montréal

MGZ Montreal Gazette

MIN La Minerve (Montréal)

MS Mississiquoi Standard (Frelighburg)

MTL HERALD Montreal Herald

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed, prepared by JA Simpson and ESC Weiner, 20 v, Clarendon Press, Oxford, 1989

RHAF Revue d'histoire de l'Amérique française

SHM Société historique de Montréal 

MQD Mackay's Quebec Directory

OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed,  20 v, Clarendon Press, 1989

QG Quebec Gazette

QM Quebec Mercury

RG. Register Group. Archives publiques du Canada (Ottawa)

SJ Stanstead Journal (Stanstead)

VIND The Canadian Vindicator (Montréal)


Consultez les journaux d'époque conservés à la BAnQ

L'Ami du peuple, de l'ordre et des lois, 1832-1840 (Montréal)
Le Canadien, 1806-1909 (Québec)
Le Courier de Québec, 1807-1808
L'Écho du pays, 1832-1836 (Saint-Charles-sur Richelieu)
Le Fantasque, 1837-1849 (Québec)
La Gazette des Trois-Rivières, 1817-1822
Le Glaneur, 1836-1837 (Saint-Charles-sur-Richelieu)
Le Libéral / The Liberal, 1837 (Québec)
La Minerve, 1826-1899 (Montréal)
Le Pays, 1852-1869 (Montréal)
Le Populaire, 1837-1838 (Montréal)
Quebec Mercury, 1805-1903
La Quotidienne, 1837-1838 (Montréal)
Le Spectateur canadien 1813-1829 (Montréal)
The Vindicator, 1828-1837 (Montréal)

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