| | | ANALYSE Étienne Parent et le projet d‘Union de 1840 Depuis le 2 janvier 2012 |   page 2 / 3 |
à faire dans leur propre intérêt et dans celui de leurs enfants, si ce n’est de travailler eux-mêmes de toutes leurs forces à amener une assimilation qui brise la barrière qui les sépare des populations qui les environnent de toutes parts, populations déjà plus nombreuses qu’eux et qui s’accroissent d’une immigration annuelle considérable. Avec la connaissance des dispositions de l’Angleterre, ce serait pour les Canadiens-français le comble de l’aveuglement et de la folie, que de s’obstiner à demeurer un peuple à part sur cette partie du continent. (Le Canadien, 23 octobre 1839 : 2)
Cependant, bien que Le Canadien fût un journal influent à l’époque, il reçut une vive réplique de la part de John Neilson qui fit également paraître son opinion dans une série d’articles qui parurent dans le journal La Gazette.
L’opposition de John Neilson
En effet, Neilson était fermement contre le projet d’union. Étant membre du Conseil spécial, devant lequel on avait présenté les treize résolutions concernant le Bill de l’Union, Neilson avait voté contre chacune d’entre elles. (Lacoursière, 1996 : 430) Il affirma dans Quebec Gazette du 13 août que si l’Union avait comme objectif de punir les Canadiens suite aux rébellions, elle était profondément injuste dans la mesure où elle dépeignait alors la vaste majorité des habitants comme des rebelles, alors qu’au contraire la plupart des Canadiens-français étaient demeurés loyaux envers la Couronne britannique durant l’insurrection. (Qubec Gazette, 13 août 1839 : 2) Dans l’édition du 28 novembre, il ajouta que « ce n’était pas dans les tensions raciales qu’il fallait chercher la cause des troubles, mais plutôt dans les agitations des hommes ambitieux, factieux, et mécontents ». (Monet, 1981 : 41) En fait, Neilson souhaitait que l’Acte constitutionnel de 1791 soit conservé afin que le système légal protégeant les droits, la langue et les coutumes des Canadiens-français, soit maintenu. Il était d’ailleurs tout à fait contre le sacrifice que nécessitait l’octroi de la responsabilité ministérielle qu’il considérait de toute façon être une illusion américaine, voire un terme raffiné désignant en réalité « pourriture et corruption ». ( Monet, 1981 : 43) Bref, Neilson considérait que le projet d’Union n’avait nul autre objectif que de forcer les Canadiens français à l’assimilation et donc à sacrifier les victoires de leurs ancêtres au profit du Haut-Canada qui allait pouvoir déverser le poids de sa dette sur le Bas-Canada. Ce projet était donc un projet vicié à ses yeux.
Or, Parent ne resta pas silencieux à cette attaque que menait Neilson contre le gouvernement responsable. Dans Le Canadien du 6 décembre 1839, il affirma :
Si le parti officiel est la cause de tous nos maux politiques, c’est à ce parti qu’il faut s’attaquer, il faut détruire son influence pernicieuse, le réduire à son état normal, à être serviteur et non pas dominateur de l’État. […] Nous ne concevons pas réellement l’inconséquence de ceux qui attribuent tous nos malheurs au parti officiel et qui repoussent le principe de la responsabilité officielle. Messieurs le mal n’est pas dans les personnes, il est dans l’absence de contrôle populaire. (Le Canadien, 6 décembre 1839 : 2)
En fait, pour Parent et bien évidemment pour LaFontaine, qui avait compris mieux que quiconque que la solution au problème canadien se trouvait au cœur même de la reconnaissance politique, la responsabilité ministérielle allait devenir la priorité de leur combat une fois l’Union réalisée. Néanmoins, cela ne les empêcha pas de s’opposer à certaines clauses, une fois les intentions du Haut-Canada révélées. D’ailleurs, dans Le Canadien du 3 janvier 1840, Parent, qui avait pourtant défendu avec ferveur le projet d’Union, quitte à sacrifier l’héritage français du Bas-Canada, se disait profondément déçu par les positions adoptées par ses compatriotes du Haut-Canada qui avaient pourtant déjà tout à gagner de l’Union, mais qui réclamaient maintenant davantage de bénéfices, notamment la fusion des dettes. (Le Canadien, 3 janvier 1840 : 2) Il n’en demeure pas moins que Parent, une fois allié à LaFontaine, continua de lutter pour l’obtention de la responsabilité ministérielle, qui, si elle était obtenue rapidement après l’Union grâce à une alliance avec les réformistes du Haut-Canada, pourrait nous sauvegarder du suicide identitaire annoncé par leurs opposants, dont faisait partie Neilson et plusieurs autres tel que le clergé. Néanmoins, ce changement d’attitude de la part de patriotes, tels que Parent et LaFontaine, suscita de nombreux questionnements auxquels certains historiens, notamment Jacques Monet et Fernand Ouellet, ont tenté de répondre. Voici donc leurs interprétations.
Pour Monet, l’attitude qu’avaient adoptée Parent et ensuite bien évidemment LaFontaine, provenait de leur esprit profondément pragmatique. Tous deux s’étaient mis à étudier le projet d’Union et avaient compris que la clé de l’avenir des Canadiens-français reposait dans la lutte politique que constituait l’obtention de la responsabilité ministérielle. Ainsi, bien que Parent ait pu afficher une certaine résignation, tout particulièrement durant l’été 1839, en se ralliant à LaFontaine, il comprit rapidement que l’identité de la nation canadienne-française pourrait être épargnée s’ils réussissaient à obtenir le gouvernement responsable avant qu’il y ait eu assimilation.
Quant à Ouellet, il considère que l’attitude de Parent et de surcroît celle de LaFontaine, n’avait pas vraiment changé en réalité depuis les rébellions puisque ces derniers avaient déjà affiché une nette opposition aux options prises par Papineau et les patriotes durant l’insurrection. (Ouellet, 1971 : 443) De plus, il considère que, devant le profond désespoir dans lequel était plongée la masse rurale, les nouveaux chefs politiques ne pouvaient plus s’opposer aux améliorations économiques et juridiques proposées dans le Rapport Durham et n’avaient d’autres choix que de s’adapter au nouveau contexte qui s’était installé dans la colonie. Ainsi, il affirme que « l’heure de Papineau et de l’intransigeance était révolue ». (Ouellet, 1971 : 444)
Pour conclure, il est donc possible de constater que le projet de l’Union provoqua de nombreuses réactions divergentes dans le Bas-Canada. Or, contrairement à ce dont on aurait pu s’attendre, c’est Étienne Parent, puis bien évidemment Louis-Hippolyte LaFontaine, deux... | page 2 / 3 Consulté 323 fois depuis le MOD
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Abréviations
(B) (M) (S) (dans les notes) Baptême, Mariage, Sépulture AF Aegidius Fauteux, Les Patriotes de 1837-1838 (1950) ANC Archives nationales du Canada ANQH Archives nationales du Québec à Hull ANQM Archives nationales du Québec à Montréal ANQQ Archives nationales du Québec à Québec AO Archives d'Ontario AQHP Association québécoise d'histoire politique ASN Archives du Séminaire de Nicolet ASQ Archives du Séminaire de Québec ASSH Archives du Séminaire de Saint-Hyacinthe ASTR Archives du Séminaire de Trois-Rivières BAC Bibliothèque et Archives du Canada BAnQ Bibliothèque et archives nationale du Québec BH Beaulieu, André et Jean Hamelin, dir, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973-1990, 10v BHP Bulletin d'histoire politique BMS Baptêmes, mariages, sépultures BRH Bulletin des recherches historiques. CAN Le Canadien (Québec) CANJ Canadian Antiquarian and Numismatic Journal CB Catalogue of Books being the complete Library of late Hon L-J Papineau vendus lors d'un encan public en mars 1922, par les frères Fraser, [Montréal, 1922] CHRISTIE William Christie, History of the Late Province of Lower Canada (Québec, 1841)
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CP Chronologie parlementaire, tome 1 1791-1867 (doc inédit), Service de recherche, Bibliothèque de l'Assemblée nationale, décembre 1995 CRLG Centre de recherche Lionel-Groulx DAF Dictionnaire de l'ancienne langue françoise et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle, par Frédéric Godefroy, 10 v, Paris, 1881-1902 DBC Dictionnaire biographique du Canada, 14 v, Québec, PUL; Toronto, UTP DC Dictionnaire biographique du clergé canadien-français, par J-B-A Allaire; Les anciens; Montréal, Imprimerie de l'École Catholique des Sourds-Muets, 1910 DD Dictionnaire de droit québécois et canadien, avec lexique anglais-français, par Hubert Reid, 2e tirage, revu et corrigé, Montréal, Wilson & Lafleur ltée, 1996 DNB Dictionary of National Biography, London, Smith, Elder, & Co, 1885-1900 DPQ Dictionnaire des parlementaires du Québec, 1792-1992, PUL, 1993 ED Encyclopaedic Dictionary, edited by Robert Hunter, 4 v, Philadelphia, Syndicate Publishing Company, 1894 GPF Glossaire du parler français au Canada, Québec, PUL, 1968 [1930] ICMH Institut canadien de microreproductions historiques JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-CanadaJFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998 JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6 MD Lovell's Montreal Directory |
ICMH Institut canadien de microreproductions historiques JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998 JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6 L'AMI L'ami du peuple, de l'ordre et des lois (Montréal) LIB Le Libéral (Québec) MC Morning Courrier (Montréal) MD Lovell's Montreal Directory MD The Macmillan Dictionary of Canadian Biography, Toronto, Macmillan of Canada, 1985 [1978] MG 24 B125 Comité de correspondance de Montréal MGZ Montreal Gazette MIN La Minerve (Montréal) MS Mississiquoi Standard (Frelighburg) MTL HERALD Montreal Herald MQD Mackay's Quebec Directory OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed, prepared by JA Simpson and ESC Weiner, 20 v, Clarendon Press, Oxford, 1989 RHAF Revue d'histoire de l'Amérique française SHM Société historique de Montréal MQD Mackay's Quebec Directory OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed, 20 v, Clarendon Press, 1989 QG Quebec Gazette QM Quebec Mercury RG. Register Group. Archives publiques du Canada (Ottawa) SJ Stanstead Journal (Stanstead) VIND The Canadian Vindicator (Montréal) |
Consultez les journaux d'époque conservés à la BAnQ
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Le Glaneur, 1836-1837 (Saint-Charles-sur-Richelieu)
Le Libéral / The Liberal, 1837 (Québec)
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Le Populaire, 1837-1838 (Montréal)
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