L’Association des Frères Chasseurs est une société secrète créée par les Patriotes exilés aux États-Unis, destinée à renverser le gouvernement colonial anglais et à instaurer une république au Bas-Canada. Les fondateurs de la société, les docteurs Robert Nelson et Cyrille-Hector-Octave Côté, Julien Gagnon, François-Marie-Thomas Chevalier de Lorimier, Antoine Doré et Édouard-Élisée Mailhot, optent pour cette stratégie en particulier afin de palier au manque d’organisation et au coulage d’informations qui ont conduit, en partie du moins, à l’échec de l’incursion du 28 février 1838 (SENIOR, 1997 : 219). La hiérarchie Le chef suprême de l’organisation des Frères Chasseurs, le Grand Commandeur, est Robert Nelson, également président de la république du Bas-Canada. Deux Grands Aigles se partagent l’Amérique du Nord : le Grand Aigle du Nord, Édouard-Élisée Mailhot, étudiant en droit de Montréal et Charles G. Bryant, de Bangor dans le Maine, le Grand Aigle du Sud. Ces Grands Aigles sont secondés par les Aigles, équivalents de brigadiers généraux, commandant chacun une division de cent hommes. Ces divisions sont placées sous le commandement de deux Castors, ou capitaines, disposant chacun de cinquante hommes. Chaque Castor commande à cinq Raquettes (caporaux) ayant eux-mêmes sous leurs ordres neuf Chasseurs, ou simples soldats (CARDINAL, 1980 : 35). Les loges Au début du mois de septembre de 1838, l’organisation des Frères Chasseurs compte plus de 35 regroupements - ou loges - assez importants; le Dr Côté aurait mentionné celles de Châteauguay, Trois-Rivières, Berthier, Québec, Sainte-Martine, Beauharnois, Longueuil, Boucherville, Varennes, Contrecoeur, Saint-Antoine, Saint-Marc, Chambly, Saint-Charles, Saint-Denis, Saint-Athanase, Sainte-Marie, Saint-Césaire, Brôme, Potton, Sutton, Stanstead, Milton, Barnston, Shipton, Nicolet, Saint-Hyacinthe, Montréal, Pointe-aux-Trembles, Sainte-Scholastique, Saint-Benoît, Vaudreuil, Saint-Jacques-le-Mineur, Hemmingford et Sherrington (FORTIN, 1988 : 57). Les dépositions de Louis Bourdon, cultivateur de Saint-Césaire ayant le grade de Castor (STATE TRIALS, vol.2 : 533-534), et de Hyppolite Lanctôt, notaire de Saint-Rémy (STATE TRIALS, vol.2 : 535), nous informent qu’il existe aussi des loges à Beloeil, Saint-Mathias, L’Acadie et Saint-Rémy. La loge est l’unité de base de l’organisation des Frères Chasseurs. Elle est composée d’au minimum trois membres assermentés. Les membres ont obligation de ne discuter des matières ayant trait à la société secrète que dans ce seul cénacle (AUBIN, 2000 : 225). Au Bas-Canada même, la loge la plus importante est celle de Montréal, dont le comité de direction est situé dans les bureaux de l’avocat John MacDonell, rue Saint-Vincent (AUBIN, 2000 : 218-219, 223). Mailhot, le Grand Aigle du Nord, préside ce comité, dont les principaux membres sont John MacDonell, François Mercure, François Lemaître et Célestin Beausoleil. On y retrouve aussi Guillaume Lévesque, David Rochon, Georges de Boucherville, Benjamin Ouimet , Stanislas Crochetière, Séraphin L’Huissier, Frederick Glackmeyer, Richard Hubert et Féréol Peltier. Ces deux derniers, tout comme MacDonell, ont cependant refusé de prêter le serment chasseur, comme par ailleurs plusieurs chefs montréalais (SENIOR, 1997 : 220; AUBIN, 2000 : 225-226). Au sein du comité, « on met sur pied une bureaucratie complexe au sein de laquelle des assistants travaillent sous les ordres de divers chefs de service, et des messagers font la navette entre Montréal et St. Albans, au Vermont, où Nelson a installé son quartier général. » (SENIOR, 1997 : 220) MacDonell entretient ainsi une correspondance suivie avec Nelson, à qui il fait parvenir argent et informations provenant « de ses agents de la campagne. » (AUBIN, 2000 : 219) C’est aussi par le comité de Montréal que passent les recruteurs venus des États-Unis, ainsi que les ordres de Nelson. C’est donc à St. Albans (Vermont) qu’est installé le quartier général de l’Association des Frères Chasseurs. Le président du Comité de direction est Robert Nelson, alors que le Dr Cyrille-Hector-Octave Côté en est le vice-président et trésorier (FORTIN, 1988 : 52). Les autres membres importants sont Julien Gagnon, William Lyon MacKenzie et un dénommé McLeod (STATE TRIALS, vol. 2 : 533; AUBIN, 2000 : 218, 227). C’est ce comité qui supervise l'action de toutes les loges chasseurs, autant du Bas et Haut-Canada que du nord des États-Unis où l'organisation est plutôt appelée Hunter’s Lodge. La déposition de Jean-Baptiste Brien nous apprend aussi que l’Association des Frères Chasseurs a aussi des ramifications en France, « par l’entremise de quelques voyageurs républicains français. » (AUBIN, 2000 : 226) Le nombre exact de personnes impliquées dans l’Association reste problématique : Colborne parle de 200 000 membres, ce qui est certes un chiffre exagéré , alors que dans sa déposition, Loop Odell affirme que Côté lui aurait dit que 40 000 personnes avaient prêté le serment chasseur (FORTIN, 1988 : 58; STATE TRIALS, vol. 2 : 54). Le serment et les signes de reconnaissance En tant que société secrète, l’Association des Frères Chasseurs accueille ses nouveaux membres par une cérémonie au terme de laquelle les nouveaux venus doivent porter serment de fidélité. On bande d’abord les yeux du néophyte avant de le faire entrer dans une pièce où se trouvent trois initiés, dont au moins un doit obligatoirement avoir le grade de Castor. On fait alors s’agenouiller le candidat, qui doit répéter mot pour mot la formule du serment. Dès qu’il a terminé, on lui demande ce qu’il veut voir et pour répondre « La lumière ». « On lui retire alors son bandeau, et il constate qu’il est encadré par deux Chasseurs dont l’un tient un pistolet et l’autre une dague pointée vers sa tête, et aperçoit derrière eux une torche ardente, le tout symbolisant le sort qui l’attend s’il trahit la société. » (SENIOR, 1997 : 220) Dans sa déposition, Brien nous révèle la teneur du serment : Je, A.B., de mon consentement et en présence du Dieu tout-puissant, jure solennellement d’observer les secrets, signes, mystères de la société dite des Chasseurs, de ne jamais écrire, peindre ou faire connaître d’une manière quelconque les révélations qui m’auraient été faites par une société ou une loge de Chasseurs; d’être obéissant aux règles et règlements que la société pourra faire, si cela se peut sans nuire grandement à mes intérêts,... |
|
Abréviations
(B) (M) (S) (dans les notes) Baptême, Mariage, Sépulture AF Aegidius Fauteux, Les Patriotes de 1837-1838 (1950) ANC Archives nationales du Canada ANQH Archives nationales du Québec à Hull ANQM Archives nationales du Québec à Montréal ANQQ Archives nationales du Québec à Québec AO Archives d'Ontario AQHP Association québécoise d'histoire politique ASN Archives du Séminaire de Nicolet ASQ Archives du Séminaire de Québec ASSH Archives du Séminaire de Saint-Hyacinthe ASTR Archives du Séminaire de Trois-Rivières BAC Bibliothèque et Archives du Canada BAnQ Bibliothèque et archives nationale du Québec BH Beaulieu, André et Jean Hamelin, dir, La presse québécoise des origines à nos jours, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973-1990, 10v BHP Bulletin d'histoire politique BMS Baptêmes, mariages, sépultures BRH Bulletin des recherches historiques. CAN Le Canadien (Québec) CANJ Canadian Antiquarian and Numismatic Journal CB Catalogue of Books being the complete Library of late Hon L-J Papineau vendus lors d'un encan public en mars 1922, par les frères Fraser, [Montréal, 1922] CHRISTIE William Christie, History of the Late Province of Lower Canada (Québec, 1841)
|
CP Chronologie parlementaire, tome 1 1791-1867 (doc inédit), Service de recherche, Bibliothèque de l'Assemblée nationale, décembre 1995 CRLG Centre de recherche Lionel-Groulx DAF Dictionnaire de l'ancienne langue françoise et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle, par Frédéric Godefroy, 10 v, Paris, 1881-1902 DBC Dictionnaire biographique du Canada, 14 v, Québec, PUL; Toronto, UTP DC Dictionnaire biographique du clergé canadien-français, par J-B-A Allaire; Les anciens; Montréal, Imprimerie de l'École Catholique des Sourds-Muets, 1910 DD Dictionnaire de droit québécois et canadien, avec lexique anglais-français, par Hubert Reid, 2e tirage, revu et corrigé, Montréal, Wilson & Lafleur ltée, 1996 DNB Dictionary of National Biography, London, Smith, Elder, & Co, 1885-1900 DPQ Dictionnaire des parlementaires du Québec, 1792-1992, PUL, 1993 ED Encyclopaedic Dictionary, edited by Robert Hunter, 4 v, Philadelphia, Syndicate Publishing Company, 1894 GPF Glossaire du parler français au Canada, Québec, PUL, 1968 [1930] ICMH Institut canadien de microreproductions historiques JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-CanadaJFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998 JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6 MD Lovell's Montreal Directory |
ICMH Institut canadien de microreproductions historiques JCABC Journal de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada JFL Journal d'un Fils de la Liberté, 1838-1855, par Amédée Papineau, Sillery, Septentrion, 1998 JLP Journal (inédit) de Lactance Papineau ANQQ, P 417/6 L'AMI L'ami du peuple, de l'ordre et des lois (Montréal) LIB Le Libéral (Québec) MC Morning Courrier (Montréal) MD Lovell's Montreal Directory MD The Macmillan Dictionary of Canadian Biography, Toronto, Macmillan of Canada, 1985 [1978] MG 24 B125 Comité de correspondance de Montréal MGZ Montreal Gazette MIN La Minerve (Montréal) MS Mississiquoi Standard (Frelighburg) MTL HERALD Montreal Herald MQD Mackay's Quebec Directory OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed, prepared by JA Simpson and ESC Weiner, 20 v, Clarendon Press, Oxford, 1989 RHAF Revue d'histoire de l'Amérique française SHM Société historique de Montréal MQD Mackay's Quebec Directory OED The Oxford English Dictionary, 2nd ed, 20 v, Clarendon Press, 1989 QG Quebec Gazette QM Quebec Mercury RG. Register Group. Archives publiques du Canada (Ottawa) SJ Stanstead Journal (Stanstead) VIND The Canadian Vindicator (Montréal) |
Consultez les journaux d'époque conservés à la BAnQ
L'Ami du peuple, de l'ordre et des lois, 1832-1840 (Montréal)
Le Canadien, 1806-1909 (Québec)
Le Courier de Québec, 1807-1808
L'Écho du pays, 1832-1836 (Saint-Charles-sur Richelieu)
Le Fantasque, 1837-1849 (Québec)
|
La Gazette des Trois-Rivières, 1817-1822
Le Glaneur, 1836-1837 (Saint-Charles-sur-Richelieu)
Le Libéral / The Liberal, 1837 (Québec)
La Minerve, 1826-1899 (Montréal)
Le Pays, 1852-1869 (Montréal)
|
Le Populaire, 1837-1838 (Montréal)
Quebec Mercury, 1805-1903
La Quotidienne, 1837-1838 (Montréal)
Le Spectateur canadien 1813-1829 (Montréal)
The Vindicator, 1828-1837 (Montréal)
|
Nos partenaires

|
|
|
Le matériel sur ce site est soit original, soit libre de droit. Vous êtes
invités à l'utiliser
à condition d'en déclarer la
provenance. © 1996-2026 Les Patriotes de 1837@1838
glaporte@1837.qc.ca
|
|
|