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Ma chère amie. J'ai reçu il y a quatre jours, ta lettre du 20 d'avril dernier. Elle m'attriste profondément, en voyant combien tu as été souffrante, et inquiétée sur la santé de notre chère petite Azélie. J'approuve fort ta résolution d'aller même à bonne heure passer quelques jours à Saratoga. Tu en avais éprouvé un si grand bien l'an dernier, que j'espère que le résultat sera le même celle-ci; et que notre bonne petite fillette s'y fortifiera. Je m'afflige de voir combien ont été longs les passages et combien en effet l'ennui de n'avoir pas de mes lettres aura ajouté à ton agitation, circonstance funeste d'après le caractère qu'a pris ta maladie à la suite de la longue et violente fièvre continue dont tu as souffert; c'est devenu affection nerveuse. Le voyage et une nourriture un peu substantielle seraient les remèdes les plus efficaces, si tu n'avais pas une sensibilité si vive qu'ils ne peuvent pas produire de très bons effets, parce que le chagrin et l'indignation contre les injustices que nous éprouvons, troublent et ton 425 sommeil et tes digestions. Et pourtant nos difficultés se compliquent à un point que je ne suis guères en état de prendre de décision qui t'épargne la difficulté d'en venir de toi-même à une décision. La dernière lettre de M(r) Roebuck me disait: ""Je défendrai le Canada jusqu'au dernier moment. Je tacherai d'obtenir une amnistie générale, et la déclaration que les deux langues anglaise et française soient également sous la protection de la loi, et, malgré l'union des deux province, il sera du devoir des patriotes d'aller défendre leurs droits politiques et de préparer un meilleur avenir à leur pays. Mais, depuis ce temps, le Ministère Whig est tombé, puis la tentative d'en former un Tory n'a pas réussi. Les premiers gardent donc le pouvoir, mais ils sont déconsidérés. Je ne sais encore si l'échec qu'ils ont reçu quant au Bill de la Jamaïque, les portera à plus de prudence quant à celui du Canada et à le rendre plus libéral. Si leur désir est de suivre la politique ancienne, de nourrir des dissentions dans les Colonies pour perpétuer leur faiblesse et leur assujettissement, ils doivent voir qu'ils ne peuvent les garder qu'avec la garnison actuelle et des dépenses qui excèdent trop fortement les profits, pour que ce puisse durer longtemps. S'ils veulent avoir une chance, quoique bien faible, de les garder pendant encore quelques années, il aurait fallu concéder ce que la Chambre avait demandé et ne pas chercher d'autres combinaisons; les Whigs ne le peuvent pas faire. Je me réjouissais de leur chute. Les Torys sont aussi mal disposés, mais ils n'étaient pas aussi compromis et liés à persécuter les Canadiens français. J'ai donc retiré un écrit que j'avais donné à la Revue des Progrès pour paraitre aujourd'hui, s'il n'y avait pas eu ces altérations dans la situation du Ministère qui pouvaient influer sur la situation du Canada. Elle me parait presque désespérée pour un temps, puisque les Etats Unis ont la molesse de laisser échapper une occasion aussi favorable que la présente de se délivrer d'un voisinage aussi dangereux que celui de l'Angleterre. Ils sont de froids, mais habiles culculateurs. Ils sont persuadés que sur la frontière ils se fortifient proportionnément plus vite que ne le peut l'angleterre dans les Canadas, et que d'ici à peu d'années, leur supériorité sera si grande que les Canadas, assurés de leur appui, se déclareront libres et indépendants et seront admis à former partie de l'union américaine, sans que cela entraine la guerre contre l'angleterre. D'un autre côté un calcul si froid, si égoïste, si indifférent à tout ce qu'il entraine de souffrances pour notre malheureux pays jusqu'au jour de son affranchissement, portera des principes de dissentions dans leur confédération. ""Ici en France, non, les partis sont trop également balances pour qu'il n'y ait rien de favorable à en attendre dans un prochain avenir."" Sans la malheureuse émeute qui vient d'éclater et qui favorise le parti du Roi, celui du peuple aurait été, je crois, le plus fort. Le ministère ne serait pas encore formé, et le mécontentement en aurait été plus vif. Mais au milieu du meurtre et du carnage, trois hommes du parti populaire le désertent et acceptent le ministère avec des associés qu'ils n'avaient pas voulu quelques jours plutôt. Cela divise leur parti, et va donner à leurs adversaires un triomphe momentané, pendant la présente Session. J'aurais mieux espéré auprès d'un Ministère où la gauche aurait eu la majorité. La combinaison actuelle veut la paix à tout prix. La monarchie est si faible à l'intérieure qu'il lui faut ménager toutes les alliances étrangères. Elle se laisse duper par l'habileté supérieure des diplomates anglais, qui l'endort par cette phrase que les deux seuls gouvernements constitutionnels se doivent appui mutuel, quand il est évident que l'abolition de la pairie héréditaire dans ce pays le rend odieux à tout ce qui gouverne en Angleterre Wiggs ou Toryes. Bédard est revenu en hate d'Italie pour Londres. Je pense que c'est pour être consulté sur le Bill du Canada. Il n'a fait que passer, m'a envoyé des papiers du Canada, n'est pas venu me voir, et je ne pouvais l'aller voir, d'après sa lâcheté à s'excuser de ne le pas faire, parce que les papiers anglais l'avaient attaqué, par la supposition qu'il venait intriguer avec moi. Depuis quelques jours le journal des Débats, qui est le papier du Roi, a dit à diverses reprises qu'il fallait que les Canadas se soumissent à l'arrêt inflexible du sort, que la France n'y pouvait jamais acquérir d'influence assez forte, et qu'ils deviendraient américains quand ils cesseraient d'être anglais. Surchargés de population comme ils sont ici, ils ont la folie de ne vouloir pas encourager l'émigration. Je n'ai pas eu de lettres de toi, ma chère amie, et d'Ocallaghan.... |