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Les Patriotes de 1837@1838 - Boycottage et contrebande tels que proposés par le Parti patriote
 ANALYSE 
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Boycottage et contrebande tels que proposés par le Parti patriote
Article diffusé depuis le 20 mai 2000
 




La pratique de la contrebande, c'est-à-dire la vente, le transport et l'achat de biens de nature ou de provenance illicite, a joué un rôle important dans le programme de dissidence des Patriotes, après le mécontentement provoqué par les résolutions Russell. En effet, l'attitude favorable des Patriotes à la circulation des marchandises de contrebande est une suite logique à une tentative de court-circuiter le régime colonial britannique, puisqu'on instaure une économie parallèle qui échappe au contrôle de la métropole et de ses administrateurs.

De plus, la contrebande permettait d'attaquer financièrement le gouvernement colonial. Les tarifs douaniers sur les importations sont une source de revenu pour les autorités. La substitution de biens d'origine britannique par des marchandises de contrebande est aussi nuisible aux industries et à l'économie de la métropole. Les Patriotes voudront donc éliminer l'appui commercial des autorités britanniques par l'instauration d'une économie parallèle, basée sur une certaine autarcie locale, sur les produits de contrebande provenant surtout des États-Unis et par l'arrêt de l'achat des produits britanniques.

Cette stratégie est similaire à celle employée par les rebelles américains, avant l'indépendance, pour contrer l'Angleterre. Les Américains ayant gagné leur indépendance, il est vraisemblable qu'elle pouvait être une source d'inspiration pour certains Patriotes. L'efficacité d'une économie parallèle est particulièrement observable en 1767, alors qu'un mouvement de boycottage des produits de la métropole permit de diminuer les importations de 50%, qui passent de 3.8 millions livres sterling à 1.9 millions de livres sterling(Bourdon et Lamarre, 1996). Les pertes enregistrées étaient considérables et ont affaibli la métropole.

Une autre préoccupation est un désir des Patriotes de renforcer une économie parallèle déjà en place, dans le but d'en faire un moyen de pression sur les autorités coloniales. On doit constater que la contrebande était un phénomène omniprésent dans les colonies britanniques. Le commerce illicite des biens, surtout provenant des États-Unis, fournissait, par exemple, 90% de la mélasse de Terre-Neuve en 1807(Brown, 1990). Ce type d'approvisionnement de biens offrait aux colonies des produits tels le rhum, le thé et le sucre, à des prix avantageux pour les colons, et se faisait aux dépens de la métropole. En fait, le commerce avec les États-Unis avait pour effet d'affaiblir, sans qu'aucun motif politique ne soit en cause, le commerce triangulaire entre la métropole, ses colonies des Antilles et celles de l'Amérique du nord. Le renforcement de la contrebande aurait donné une poussée suffisante pour court-circuiter ce commerce triangulaire.

Le projet d'économie parallèle des Patriotes aura d'abord un volet licite: le boycottage. Cette forme passive de résistance encourageait la population à se priver de produits importés de la métropole et à les substituer, si possible, par des produits d'origine canadienne-française. Le deuxième volet de ce système économique est le recours, illicite, à la contrebande qui devait appuyer le boycottage. La mise en place de ce projet se fera lors de plusieurs assemblées populaires. Plusieurs motions favorables à la contrebande seront votées au cours de mai 1837. On visera à boycotter les importations, particulièrement celles qui sont sujet à des tarifs douaniers élevés: le thé, le tabac, le vin et le rhum(Le Canadien, 1837). On favorise le développement d'industries locales susceptibles de faire compétition à la métropole (La Minerve, 1837). Les motions votées préciseront aussi un appui à la contrebande. Ce type de commerce sera reconnu légitime par les Patriotes, et la dénonciation des contrebandiers auprès des autorités britanniques y sera proscrite (Le Canadien, 1837). Si on ne peut être certain de l'efficacité du recours à la contrebande contre les autorités britanniques, on peut toutefois avoir la certitude que l'implantation d'une économie parallèle n'était pas une idée marginale au sein du mouvement patriote, puisque Louis-Joseph Papineau ira lui-même donner son appui à ce type de stratégie. Lors d'un discours à l'assemblée de Saint-Laurent, le 15 mai 1837, Papineau appelle la foule au boycottage et à la contrebande, des moyens de pression qu'il préfère au recours aux armes (Frégault, 1963). Il y réitère et résume les motions déjà adoptées, et prêche par l'exemple. De plus, Papineau fait explicitement le lien entre l'utilisation de la contrebande par les Patriotes et celle qu'en ont fait les Américains:

"C'est la marche qu'ont pris les Américains, dix ans avant de combattre. Ils ont bien commencé, et ils ont bien fini dans des circonstances semblables à celles où nous sommes placés [...] je crois que nous devons [...] discontinuer l'usage des vins, eaux de vie, rhums et de toutes autres liqueurs spiritueuses, importées et taxées. [...] j'ai de suite renoncé à l'usage de sucre raffiné mais taxé, et acheté pour l'usage de ma famille du sucre d'érable; je me suis procuré du thé venu en contrebande[...] J'ai écrit à la campagne pour me procurer des toiles et des lainages fabriqués dans le pays, [...] me dispenser d'en acheter d'importation. J'ai cessé de mettre du vin sur ma table et j'ai dit à mes amis: Si vous voulez vous contenter [...] d'eau, de bière, ou de cidre canadiens" (Frégault, 1963)

En somme, la contrebande a été un moyen de pression économique que purent se permettre d'utiliser les Patriotes afin de faire avancer des revendications politiques auprès des autorités britanniques.

Marc-André Saindon

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LAMARRE, Jean et Yves BOURDON, Les États-Unis: mythes et réalités, éditions Beauchemin, Laval (Québec),1996: 43 BROWN, Craig Histoire générale du Canada, éditions du Boréal, Québec, 1990: 241 Le journal Le Canadien, édition du 15 mai 1837. Le journal de La Minerve, édition du 18 mai 1837. FRÉGAULT, Guy, Histoire du Canada par les textes, tome I, Montréal, éditions Fides, Montréal, 1963 :199..

 

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