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Les Patriotes de 1837@1838 - Lettre de Papineau à sa femme ( A P Q P - B : 1 1 4 ) 1<sup>er</sup> fev. (1838)
 CORRESPONDANCE 
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Lettre de Papineau à sa femme ( A P Q P - B : 1 1 4 ) 1er fev. (1838) ()
Article diffusé depuis le 28-mars-04
 




Ma très chère Amie -- l'incertitude de mon avenir, la variété de mes projets repris et abandonnés si souvent, d'après les alternatives d'espoir et de désespoir de la régénération de notre pays, ne me distrait pas de la fixité inaltérable ni de mes principes politiques, ni de mon attachement vif et constant pour ma bonne et respectable épouse pour la triste et malheureuse mère d'une famille aussi tendrement chérie, comme il est donné à l'homme de pouvoir être chéri. Il faut aussi nourrir l'espoir de notre future réünion, pour pouvoir supporter les épreuves, les chagrins actuels, les malheurs possibles qui nous menacent. Après ma fuite hasardeuse, la première grande consolation, a été l'avis que notre Amédée avait aussi effectué la sienne, puis un peu plus tard, notre réünion chez M(r) Porter cet excellent ami qui est surchargé de trop de soins de troubles, de dépenses prodigués par lui et sa famille pour adoucir nos infortunes. Par son entremise, j'ai eu les visites et les expressions de Sympathie pour la patrie et les patriotes, de l'élite de la société d'Albany. Dans un tems ou dans un autre ces liaisons auront quelqu'influence utile sur le sort du Canada. Mais en attendant quel sort va lui préparer l'Angleterre ? Les atrocités les plus féroces ont accompagné ses succès. Les criminels se croient assurés de l'impunité, ils le seront. Il y a donc nécessairement haine acharnée interminable, entre les victimes et les bourreaux. La marâtre est l'alliée de ceux-ci. Avec son orgueil & sa vanterie, sur son amour plus grand que celui d'aucun autre peuple de la morale & de la liberté, son gouvernement de l'Irlande a été plus barbare que celui de le Russie envers la Pologne et il est celui qu'il va mettre en pratique dans l'administration du Canada jusqu'à ce qu'il en soit expulsé. Je t'écris sans savoir quand te parviendront ces lignes. Nous sommes peu éloignés avec un désir mutuel de correspondre et dans l'impossibilité de le faire, soit qu'elle existe réellement, soit que j'aie le tort de calomnier le pouvoir, en supposant que s'il fallait employer la poste, il aurait l'immoralité de venir en tiers épier des conversations qui ne sont que pour nous. Depuis dix ou douze jours je n'ai pas un mot du Canada, et quand nous en entendons parler ce sont quelques détails vagues par quelques cultivateurs qui ne connaissent aucuns de nos amis en particulier, ou quelques lettres dans lesquelles on se garde de parler politique ni de détails qui pourraient offenser nos tyrans. Quoiqu'il en soit, ma chère amie, ni toi ni moi ne pourrons, ne voudrons rester dans Montréal -- Pour ton soutien et celui de nos enfans, vends ce dont tu peux te passer, mais sans éclat. La vengeance de mes ennemis veut-elle t'atteindre, t'affamer, toi et mon sang, nos enfans. Si tu vendais trop ouvertement, ce serait avancer l'heure ou ils prétendront tout saisir et confisquer; si tu avais l'occasion de vendre quelque chose et que tu ne le ferais pas, ce serait faire une réserve pour eux peut-être. Mais es-tu en état de donner quelque soin à ta conservation ? Tu dois prendre sur toi, pour le faire. Autant que tes forces et ta santé le permettront, tu dois la soigner. Toi et mon père et tous mes proches parents concerterez ensemble pour voir ce qu'il est prudent de faire pour vos intérêts. D'ici je ne puis conseiller, et dès lors tu es assuré que tout ce que tu décideras de faire pour administrer ou aliéner aura ma pleine et certaine approbation. Que tu ne dois avoir en vue que ce qui est dans ton intérêt et celui des nôtres, sans référence à ce qui me concerne, à la distance où je suis je me berce de l'idée qu'il est impossible que les cris de ces monstres qui ne demendent que du sang et de l'or, le massacre et le pillage de leurs victimes, puissent maitriser le gouvernement. j'espère qu'il a trop de prisonniers pour oser proposer leur immolation; qu'ils seront tous sauvés. Mais dans quelles angoisses sont plongées tant de familles! Il faut ne pas étendre son regard sur une aussi vaste complication de malheurs, la tête tourne et pourrait se perdre. Le pauvre Philippe a été usé prématurément par le travail, l'inquiétude, le souci de ses intérêts privés -- j'aurais dû l'être par les mêmes causes provenant des affaires publiques. Je n'ai pas succombé et pourtant qui me connaît sait bien que je ne suis pas sans sensibilité, sans une très vive sensibilité, mais j'ai un tempérament qui en apparence me condamne à de longues souffrances ou bien une activité d'esprit qui se porte vers tant d'études diverses ou de diverses espérances d'améliorations à votre sort, qu'elle me soutient. Je trouve bien heureux, ceux qui ont fini naturellement avant cette désastreuse période et néanmoins ma santé résiste aux assaults et aux épreuves qui l'accompagnent. La providence me réserve-t-elle, pour que je travaille un jour à réparer efficacement tant de maux et de désordres ? Je l'espère. Quand je pense au pays c'est pour voir clairement quelles sont les brutales violences de ses ennemis; quels seront les outrages dont ils abreuveront tout ce qui restera en Canada, et toi et les miens plus que personne autre ? Si je ne m'occupais de l'espérance qu'un peu plus tôt ou plus tard vous y serez soustraits tous ensemble, je ne pourrais probablement pas résister à l'indignation qui me tuerait. Ce sera quelque membre de la famille de M(r) Porter qui te portera cette lettre. Quelqu'il soit, il est pour nous tous, comme le frère ou la 397 soeur le plus tendre, par l'étendue des bontés, la délicatesse des soins que tous, sans exceptions, ont eu pour Amédée et pour moi. Tes remerciemens et ceux de tous nos enfans et vos amitiés, pour touts les membres de cette respectable famille que vous pourrez voir ne peuvent être trop vifs. Adieu, mon amie, Amédée et moi sommes ensemble renfermés parce que je ne veux pas que l'on sache ou je suis vu l'incertitude de mes futurs mouvemens, souvent seuls et parlant de toi Lactance, Ezilda, Gustave, Azélie. Mon amie ce sont des noms que je ne puis prononcer ni écrire sans le plus profond attendrissement, et qu'il doit être tout à mon pays & à toi. L.-J.

 





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