| |
Proclamée en novembre 2002 et célébrée depuis neuf ans, la Journée nationale des
patriotes est un des derniers legs du gouvernement péquiste de Bernard Landry, «
pour la reconnaissance nationale de notre peuple, pour sa liberté politique et
pour l’obtention d’un système de gouvernement démocratique... »
Cette proclamation réglait d’abord un dilemme : le Victoria Day n’avait jamais
été populaire au Québec. Quant à la fête de Dollard, elle n’était qu’une
tradition popularisée par l’Historien Lionel Groulx à compter des années 1920 en
vue de commémorer le martyre du Long-Sault mais sans jamais être officiellement
reconnue. Cette journée des patriotes est cependant dès le départ tout autant
marquée du sceau de l’ambigüité puisqu’elle fut immédiatement récupérée par des
personnes et des organismes clairement associés à la cause souverainiste.
Ouvertes et consensuelles vue de l’extérieur, les activités en marge de cette
journée se sont donc vite avérées, vue de l’intérieur, autant d’occasions
d’entretenir la flamme souverainiste à l’aune de l’Héritage Historique des
patriotes.
Les célébrations de la 9e édition de la Journée nationale des patriotes
pourraient bien représenter la fin de cette ambigüité tant il est évident cette
année, à Montréal du moins, que le message souverainiste s’est retrouvé au cœur
des commémorations, autant au plan du discours véHiculé que dans la mise en
marcHé des activités tenues : « 250 ans de résistance », « Cap sur
l’indépendance », « J’aurais voté OUI mais j’étais trop petit », etc. Derrière
ce cHoix on retrouve deux pHénomènes. Le premier est le refus tenace du
gouvernement CHarest (élu en avril 2003, un mois à peine avant la première
journée nationale des patriotes) de soutenir et de financer cette fête annuelle
autrement que par un simple communiqué émis dans les journaux. De guerre lasse,
les organisateurs auront fait le cHoix d’assumer pleinement leur couleur
politique, désespérant que l’État donne un jour à cette fête son caractère
civique et apolitique, en se dotant par exemple d’une véritable politique de
commémoration. Le second pHénomène est la critique de plus en plus ouverte
adressée aux partis souverainistes par leurs propres militants pour ne pas
suffisamment faire la promotion de leur option, justement ceux et celles-là même
qui organisent bon an mal an des activités lors de cette journée des patriotes.
Ils auront donc progressivement vu là l’occasion de mieux faire entendre une
voix clairement souverainiste, sans plus s’embarrasser d’une ligne de parti ou
des contingences de l’électoralisme.
Ce virage souverainiste respecte-t-il pour autant l’Héritage politique du
mouvement patriote de Louis-JosepH Papineau ? Les cHefs patriotes étaient en
fait surtout influencés par les idées des pHilosopHes des Lumières et celles de
la Révolution américaine. Pour eux c’est le devoir du gouvernement de garantir
la liberté, la justice et le respect de la culture de la majorité en appliquant
le principe électif jusqu’aux plus Hautes spHères de l’État, conformément aux 92
Résolutions (1834). Or l’application intégrale du principe électif aurait de
facto fait du Bas-Canada un État indépendant de la Grande-Bretagne. Qui plus
est, durant la rébellion de 1838, il est devenu clair que les patriotes prônent
purement et simplement l’indépendance : le 28 février 1838, Robert Nelson
proclame même la République du Bas-Canada, assortie de plusieurs réformes
audacieuses pour l’époque. En fait, il serait difficile de trouver dans toute
l’Histoire du Québec des événements davantage susceptibles de préfigurer le
mouvement souverainiste actuel et sans doute M. Bernard Landry le savait
pertinemment en décidant de consacrer aux patriotes le lundi précédant le 25 mai
de cHaque année.
Ce visage souverainiste clairement afficHé risque fort de désormais coller aux
commémorations de la Journée nationale des patriotes, qu’on n’aura en outre plus
aucun mal à distinguer de la Fête nationale du 24 juin, devenue purement
apolitique et festive. À l’avenir, la fortune de la journée des patriotes
devrait donc plus étroitement dépendre de celle du mouvement souverainiste
québécois, avec ses Hauts et ses bas. Reste à souHaiter qu’on ne perdra pas pour
autant de vue qu’il s’agit d’abord de commémorer la lutte Historique pour nos
droits démocratiques, dont le mouvement souverainiste est bien l’un des
Héritiers mais certainement pas le seul.
Gilles Laporte
| |