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Les Patriotes de 1837@1838 - Le tribunal militaire de 1838-1839. PAR NICOLAS B蒐ANGER, Coll鑗e Fran鏾is-Xavier-Garneau
 ANALYSE 
     
Le tribunal militaire de 1838-1839. PAR NICOLAS B蒐ANGER, Coll鑗e Fran鏾is-Xavier-Garneau
Article diffus depuis le 27 novembre 2001
 




Suite aux r閎ellions de 1837-1838, il y eut pour fait de trahison plusieurs centaines de personnes 閏rou閑s. La plupart des d閠enus devaient par la suite 阾re lib閞閟 sans plus d'inqui閠udes; moins chanceux, cent huit d'entre eux allaient 阾re traduits devant une cour martiale sp閏ialement constitu閑 pour les circonstances. Des cent huit accus閟, neuf furent acquitt閟 et quatre-vingt-dix-neuf condamn閟 mort. Douze de ces condamn閟 devaient 阾re pendus, deux bannis hors du pays, vingt-sept lib閞閟 sous caution et cinquante-huit d閜ort閟 en Australie. Ces hommes - malgr certaines circonstances att閚uantes - s'閠aient rendus coupables devant la loi. Cependant, les multiples irr間ularit閟 qui marqu鑢ent leurs proc鑣 allaient faire d'eux les martyrs du peuple. Ce travail se veut une mise en lumi鑢e - restreinte il va s'en dire - des iniquit閟 du Tribunal Militaire de 1838-1839 et de leurs cons閝uences sur la population canadienne-fran鏰ise. Plus pr閏is閙ent, ce travail cherche d閙ontrer deux choses, savoir:

- Que les insurg閟 qui ont 閠 jug閟 et condamn閟 en 1839 n'ont pas b閚閒ici d'un traitement juste et 閝uitable.

- Que ce traitement injuste a 閠 l'origine de leur 閘関ation, dans le coeur de la population, du rang de coupables pr閟um閟 celui de martyrs d'une abjecte pers閏ution.



Introduction

1759: la Nouvelle-France tombe aux mains des Anglais. Cet 関閚ement allait marquer l'av鑞ement d'un conflit ethnique fielleux et sordide. Les circonstances des d閎uts de l'administration coloniale devaient en effet exclure les natifs canadiens du pouvoir et mettre tous les emplois de confiance et de profit aux mains d'閠rangers d'origine britannique. Profitant du pouvoir et du favoritisme de l'蓆at, ceux-ci allaient r閐uire la majorit francophone un 閠at d'inf閞iorit aberrant. Ce rapport de domination devait mener, fatalement, une insurrection arm閑. Celle des Patriotes d閎ute le 23 novembre 1837 et s'ach鑦e un an plus tard par le cuisant 閏hec des insurg閟. Nous sommes en 1838.


Des soldats anglais escortent des insurg閟 vers la prison de Montr閍l.

(Dessin de M. A. Hayes grav par J.H. Lynch, Archives Nationales du Canada) Tandis que les prisons se remplissent de 玶ebelles, des groupes de Loyalistes radicaux r閏lament les ex閏utions-spectacles auxquelles les a habitu閟 le pouvoir imp閞ial. S'imaginant par l fl閠rir jamais la m閙oire des insurg閟, ils les 閘鑦eront plut魌 au rang de martyrs et de h閞os nationaux, adul閟 jamais par leurs compatriotes. La post閞it ne devait pas avoir compl鑤ement tort ce sujet: la plupart des condamnations qui allaient 阾re prononc閑s ne

seraient ni plus ni moins que des meurtres juridiques, sanctionn閟 par des lois d'exception et des tribunaux arbitraires, au mode de fonctionnement fondamentalement incompatible avec les principes des lois consacr閑s et du droit commun.

Je m'attacherai ici d閙ontrer comment l'iniquit de ces proc鑣 a contribu faire des Patriotes les martyrs et les h閞os des Qu閎閏ois francophones. Ce sera une d閙onstration en deux parties: la premi鑢e se voudra une mise en lumi鑢e des iniquit閟 perp閠r閑s sous l'間ide de la Loi martiale en 1839 et qui ont valu aux condamn閟 la sympathie de la population. Les emprisonnements, la composition du Tribunal militaire et le d閞oulement des proc鑣 y seront successivement abord閟. La seconde partie de ce travail s'attachera d閙ontrer que les condamn閟 de 1839 sont bel et bien demeur閟 des martyrs dans la m閙oire collective du Qu閎ec, et ce jusqu' nos jours. Cette partie se subdivisera en cinq points d'analyse, soit (1) l'historiographie canadienne-fran鏰ise, (2) les discours politiques, (3) les monuments et sites historiques, (4) les arts et la litt閞ature et (5) les f阾es et 関閚ements comm閙oratifs.

De l'arrestation arbitraire au tribunal militaire

Suite aux r閎ellions de 1837-1838, on proclama le 4 novembre 1838 la Loi martiale au Canada, ceci afin de pouvoir mettre sous les verrous sans preuve formelle les insurg閟 canadiens-fran鏰is. D鑣 lors, les prisonniers afflu鑢ent Montr閍l. Le 19 d閏embre, 753 Patriotes 閠aient d閖 incarc閞閟. En tout, 816 personnes devaient 阾re mises sous arr阾s dans le seul district de Montr閍l, dix-huit Qu閎ec, dix-neuf Sherbrooke et deux aux Trois-Rivi鑢es. Certains estiment cependant le nombre total de ces arrestations pr鑣 de 1200. Les enqu阾es 閠aient b鈉l閑s en catastrophe. Distinguer dans cette masse imposante de pr関enus les innocents des coupables n'閠ant pas une mince t鈉he, on se contentait g閚閞alement d'inventer des chefs d'accusation plus ou moins cr閐ibles. Les d閠enus 閠aient harcel閟 constamment, interrog閟 outrance, encourag閟 la d閘ation par le biais de menaces ou de promesses diverses. Le tout dans la plus sordide ill間alit.

Finalement, 108 pr関enus furent inculp閟, la plupart sous le chef de 玥aute trahison. L'utilisation de ce chef d'accusation, tout fait fallacieuse et d閜lac閑, allait contribuer honorer la m閙oire de ces hommes. Datant du r鑗ne d'蒬ouard III, la loi de haute-trahison pronon鏰it la peine de mort contre les attentats la vie du roi. Et c'est en vertu de cette loi vieille de plusieurs si鑓les qu'on a jug quatre-vingt-dix-neuf patriotes canadiens coupables d'un crime virtuellement impossible, puisqu'il ne peut 関idemment pas 阾re commis en Am閞ique, sur la personne d'玼n monarque qui gouverne d'outre-mer. Ce chef d'accusation n'閠ait per鐄 par la population canadienne que comme un moyen commode d'obtenir la peine de mort contre les accus閟.

Les francophones canadiens avaient donc plusieurs raisons de d閜lorer le sort de leur compatriotes incarc閞閟. Le gouverneur de la colonie, Sir John Colborne, allait leur en donner une autre: devant l'impossibilit de former un jury impartial - du moins cela lui tint-il lieu de pr閠exte - celui-ci d閏ida que les accus閟 seraient traduits devant une cour martiale sp閏ialement constitu閑 pour les circonstances. Et la cour martiale, cela signifiait habituellement 玹o be hanged by the neck!...

En quoi la composition de la cour martiale pr阾ait l'injustice

La cour martiale charg閑 de juger les patriotes fut proclam閑 le 27 novembre 1838, et commen鏰 si間er d鑣 le lendemain. l'examen de la composition de cette cour, l'on devine ais閙ent que les hommes qui y ont 閠 jug閟 n'ont pu b閚閒icier d'un traitement impartial. La cour 閠ait en effet compos閑 de 15 juges: tous officiers de l'arm閑 britannique, tous choisis par Sir John Colborne, tous venus au Canada pour r閜rimer l'insurrection et, fatalement, tous unilingues anglais. Le juge pr閟ident 閠ait le major g閚閞al John Clitherow, commandant des troupes qui avaient occup Napierville.


Sir John Colborne, commandant des forces arm閑s au Canada pendant la rebellion.

(Toile de G. W. Fisher, grav par James Scott, Archives Nationales du Canada) Les procureurs de la Couronne 閠aient le bureaucrate Charles Dewey Day, le chouayen reconnu Dominique Mondelet et le capitaine Edward Muller, un officier anglais. Tous avocats, bien s鹯; mais tous fonci鑢ement antipathiques la cause des patriotes. Quant aux juges-officiers choisis par Colborne, ils pouvaient certes 阾re de valeureux militaires form閟 l'art de tuer, mais on ne pouvait attendre d'eux ni l'impartialit, ni la comp閠ence juridique la plus 閘閙entaire. Prenant avantage sur un codicille dans l'ordonnace du proc鑣 - codicille qui sugg閞ait une proc閐ure sommaire -, Clitherow et ses coll鑗ues se firent un point d'honneur d'envoyer au gibet tous ceux qui n'閠aient pas m阭e de prouver de mani鑢e irr閒utable leur innocence. L'accus avait-il pris part, m阭e de fa鏾n tr鑣 minime ou indirecte, aux r閎ellions, il se voyait imm閐iatement trouv coupable de haute trahison et condamn la peine capitale.

Nous avions donc, du c魌 de la Couronne, dix-sept Anglais hostiles - militaires de surcro顃 - et un chouayen notoire. Du c魌 de la d閒ense ...

aucun Canadien! Plusieurs avocats du pays, F閞閛l Pelletier et Ren-Auguste-Richard Hubert en t阾e, s'閠aient bien offerts pour assurer la d閒ense de leurs compatriotes. Mais on les 閏onduit sans fa鏾n, pr閠extant que "des rebelles ne peuvent pas d閒endre des rebelles". Deux avocats trouv鑢ent finalement gr鈉e aux yeux des autorit閟. Ils s'agissaient de Lewis Thomas Drummond, un Irlandais catholique, et de Charles Hart, un Juif montr閍lais. Malheureusement, on n'eut de cesse de leur mettre des b鈚ons dans les roues, les emp阠hant par tous les moyens inimaginables d'employer leurs talents la d閒ense de leurs clients, au m閜ris des lois usuelles. Nous en avons pour t閙oignage ces quelques lignes 閏rites par le patriote exil L閍ndre Ducharme:

玁os avocats firent application pour avoir une liste des Juges du tribunal qui devait nous juger, aussi bien que des t閙oins charge qui devaient d閜oser contre nous; tout cela fut refus. Nous n'avions jusqu'alors pu communiquer ni avec nos parents ni avec nos amis.


Le procureur g閚閞al Charles Richard Ogden, qui collaborera 閠roitement avec Colborne pour 閏raser la r閎ellion.

(Archives Nationales du Canada) En fait, la cour martiale ne permettait m阭e pas aux accus閟 d'阾re d閒endus verbalement par leurs avocats devant le tribunal. Le seul droit des patriotes 閠ait celui de consulter leurs avocats, et encore, ce droit ne pouvait s'exercer que pendant les intervalles entre les s閍nces. Le r鬺e des d閒enseurs 閠ait limit, dans la salle d'audience, celui de simple spectateur. En aucun cas il ne leur 閠ait permis de prendre la parole, encore moins d'interroger les t閙oins. Ils pouvaient cependant r閐iger des plaidoyers 閏rits, qui n'閠aient jamais lus haute voix mais seulement d閜os閟 devant le tribunal. Quant savoir ce qu'on en faisait...

Cependant, de tous les tares et les vices qui 閠aient le lot de cette cour partisane, il en 閠ait un plus grave, plus inique peut-阾re que tous les autres r閡nis, et celui-l 閠ait le plus difficile accepter pour la population du Bas-Canada: ce vice r閟idait

dans le manque d'impartialit et de s閞ieux des juges. Cette d閜lorable attitude, jumel閑 une incomp閠ence manifeste, allait faire de ces proc鑣 de v閞itables parodies. Selon L.-O. David, la plupart des juges n'閜rouvaient en effet aucune compassion pour ce rudes colons francophones:

Il y avait parmi eux des jeunes gens peu en 閠at d'appr閏ier la gravit de leurs devoirs et la responsabilit de leur position. Leur conduite pendant les proc鑣, leur attitude insolente ou ironique et leurs cruelles plaisanteries montr鑢ent qu'ils n'avaient pas plus de coeur que d'intelligence.

Fran鏾is-Xavier Prieur, dans ces Notes d'un condamn politique de 1838, nous fournira une singuli鑢e illustration du dernier 閚onc:

玅uelques-uns de nos juges m阭e ne nous 閜argnaient pas les sanglantes insultes: c'est ainsi que quelques-uns d'entre-eux s'amusaient, durant les s閍nces, dessiner des bonhommes pendus des gibets, et ces grossi鑢es caricatures, qu'ils se passaient sous nos yeux, paraissaient les amuser beaucoup.

Se surprendra-t-on, dans de telles conditions, du fait que quatre-vingt-dix-neuf des cent huit accus閟 aient 閠 trouv閟 coupables et condamn閟 la peine capitale? Ce quoi les patriotes ont eu droit n'閠ait pas un jugement pond閞 et impartial, et cette conjecture allait faire d'eux des h閞os populaires car le peuple n'閠ait pas dupe.

Proc鑣 irr間uliers et courroux populaire

Le premier proc鑣 d閎uta le 28 novembre, soit d鑣 le lendemain de la constitution de la cour martiale. On retrouvait au banc des accus閟 les chefs de l'exp閐ition du 4 novembre contre Caughnawagha. L'exp閐ition, dont l'enjeu strat間ique avait 閠 la possession des armes des 玸auvages, s'閠ait sold par un cuisant 閏hec. Douze patriotes eurent r閜ondre de cette affaire devant le tribunal. Ils allaient faire les frais des premi鑢es - et des plus graves - iniquit閟 de ce tribunal militaire. De fait, le d閘it dont on les accusait avait 閠 commis avant l'adoption des ordonnances du 4 novembre (proclamation de la Loi martiale); leur cause aurait donc d -logiquement - 阾re entendue devant un tribunal civil.

Donner un effet r閠roactif aux ordonnances du 4 novembre 閠ait une d閏ision injuste et tyrannique. Nonobstant la justice et l'entendement commun, la cour rejeta cette objection des accus閟, r閟olue ne laisser transpara顃re aucun signe de faiblesse. Outr閟 de cette d閏ision injuste, ces derniers s'employ鑢ent alors remettre en question la l間alit de la cour elle-m阭e. C'閠ait l un autre point qui aurait d 阾re d閎attu et clarifi dans les r鑗les, avant m阭e de proc閐er. Il n'en fut rien; cette objection fut rejet閑 - apr鑣 seulement un quart d'heure de d閘ib閞ation - par la cour m阭e qui 閠ait remise en cause. En quoi le premier proc鑣 des patriotes devait-il s'ouvrir sur une double injustice. Au terme de ce proc鑣, deux des accus閟 allaient 阾re innocent閟, huit d閜ort閟 en Australie apr鑣 commutation de leur sentence, et deux ex閏ut閟. Joseph-Narcisse Cardinal et Joseph Duquette, deux hommes qui n'avaient jamais vers le sang - le second n'閠ait 鈍 que de 23 ans - allaient 阾re sacrifi閟 sur l'autel de la vengeance, au terme d'un proc鑣 des plus controvers閟.

Lewis-Thomas Drummond, avocat des deux accus閟, n'eut de cesse de mettre en doute la l間itimit de cette sentence. Les accus閟 n'avaient obtenu copie de l'acte d'accusation que trois jours avant leur proc鑣 (au lieu des dix habituels) et s'閠aient vu refuser les listes des juges et des t閙oins charge contre eux, ainsi que la communication avec leurs parents et amis. La l間alit de l'emprisonnement 閠ait remise en question par plusieurs juges, la l間alit du proc鑣 lui-m阭e 閠ait contest閑, la preuve de la Couronne 閠ait douteuse. Un sursis s'imposait et Drummond ne manqua pas d'en faire part Colborne. Ce dernier balaya la requ阾e du revers de la main.

La vieille m鑢e de Duquette, dans un ultime appel aux sentiments du gouverneur, alla se jeter ses pieds. Elle dut ravaler ses sanglots. La femme de Cardinal, croyant plus s鹯ement atteindre Colborne, adressa quant elle une requ阾e l'閜ouse de celui-ci, sans plus de succ鑣. M阭e les Iroquois de Caughnawaga, victimes de l'玜gression de Cardinal et Duquette, pr閟ent鑢ent une p閠ition au gouverneur, implorant sa cl閙ence pour les deux condamn閟. Rien n'y fit. Colborne n'accorda ni sursis ni commutation de peine. Et c'est ainsi qu'il 閘eva 玠e la position de coupables pr閟um閟 celle des martyrs d'une pers閏ution odieuse Joseph-Narcisse Cardinal et Joseph Duquette.

Ils mont鑢ent sur l'閏hafaud le 21 d閏embre 1838. Si le supplice de Cardinal ne dura que quelques minutes, il en fut autrement pour Duquette. Lorsque la trappe bascula, la corde mal ajust閑 glissa de son cou et vint serrer son visage, cisaillant les l鑦res du supplici. Son corps se mit se balancer, heurtant violemment la charpente bord閑 de fer. Le sang coulait abondamment de tout le corps du malheureux, mais il vivait encore: la foule pouvait entendre distinctement ses g閙issements et ses plaintes. Quelqu'un cria: 獹r鈉e! Gr鈉e!. Et, de fait, c'閠ait la coutume chez les peuples civilis閟 qu'une ex閏ution manqu閑 ne soit pas reprise, le supplici ayant pay sa dette la soci閠. Apr鑣 quelques h閟itations, le jeune homme fut quand m阭e ramen sur la plateforme. Vingt minutes atroces pass鑢ent avant qu'une nouvelle corde ne fut ajust閑 son cou et que la trappe ne s'ouvrit une seconde fois. Pour le peuple, Joseph Duquette avait 閠 deux fois martyr. Et on n'allait pas l'oublier de sit魌.

Le proc鑣 des chefs du camp de Napierville, qui se d閞oula du 24 d閏embre au 2 janvier, allait alimenter l'indignation g閚閞ale des Canadiens-fran鏰is. L encore, les accus閟 commenc鑢ent par nier la comp閠ence du tribunal, objection qui fut - on s'en doutera - rejet閑 sans ambages. Deux des onze accus閟 - Louis Lemelin et Jean-Baptiste Dozais - r閡ssirent n閍nmoins 閠ablir leur innocence. Tous les autres furent condamn閟 la potence. Leur sentence fut cependant commu閑 aussit魌 en une sentence de d閜ortation, l'exception de celle de Pierre-Th閛phile Decoigne. Celui-ci esp閞ait tout de m阭e obtenir la cl閙ence de l'Ex閏utif, d'autant plus que la preuve contre lui avait 閠 fort mince.


La prison des victimes de 1837 Saint-Eustache Il avait plaid sa cause de belle fa鏾n, d閙ontrant qu'on l'avait presque violent pour le forcer joindre les rangs des s閐itieux. Il n'avait de surcro顃 pris qu'une part n間ligeable aux troubles, ne commettant aucun acte de violence, aussi modeste soit-il. Ses espoirs augment鑢ent lorsqu'on lui accorda un sursis pour examiner son cas. Espoirs bien 閜h閙鑢es: le 18 janvier 1839, Decoigne devenait le troisi鑝e martyr. Il ne devait pourtant pas 阾re le seul mourir ce jour-l:

quatre autres patriotes l'accompagn鑢ent sur l'閏hafaud. Il s'agissait des deux fr鑢es Sanguinet, de Joseph Robert et de Fran鏾is-Xavier Hamelin. Accus閟 du meurtre d'un soldat britannique, il ne leur 閠ait gu鑢e permis de fonder espoir en la cl閙ence de la Cour. Toutefois, le forfait avait 閠 entour de circonstances att閚uantes, dont un jury civil aurait sans doute su tenir compte. Malheureusement, les accus閟 n'eurent pas droit un tel jury...

Decoigne, comme Cardinal et Duquette, n'aurait jamais d 阾re mis mort. Il y avait disproportion de la s関閞it en regard de la faute commise. Suite cette ex閏ution injustifi閑, les Canadiens exc閐閟 n'eurent de cesse de crier au martyr. Ainsi l'Aurore des Canadas, nouvel organe m閐iatique du combat des patriotes - en remplacement de la d閒unte Minerve - lan鏰it-elle ce cri visc閞al, quatre jours apr鑣 les ex閏utions du 18; un cri audacieux pour les circonstances, peine dissimul sous des dehors hypoth閠iques:

玀ais voyez donc, vous dites que le peuple presque en masse veut la libert, l'ind閜endance, qu'il veut le renversement du gouvernement existant, qu'il est m閏ontent, qu'il se dit malheureux. Si ce que vous dites est vrai, il doit 阾re enthousiaste du mot de libert, il regarderait comme des sauveurs ceux qui op閞eraient ce qu'il appellerait sa d閘ivrance. Eh bien ce m阭e peuple appellera martyrs ceux qui meurent sur un 閏hafaud.

Entre temps, les proc鑣 se succ閐aient, justifiant par des inepties r閜閠閑s les critiques dont on les gratifiait. Proc鑣 aux termes desquels les dix chefs de Beauharnois furent tous condamn閟 la peine capitale, de Lorimier en t阾e. Il en fut de m阭e d'Hindelang, ainsi que des neuf meneurs du camp d'Oddelltown. Le 15 f関rier, cinq d'entre eux furent ex閏ut閟: de Lorimier, Hindelang, R閙i Narbonne, Fran鏾is Nicolas et Amable Daunais. Ce devait 阾re le dernier de ces spectacles inf鈓es. L'ex閏ution de Chevalier de Lorimier et de ses compagnons souleva chez les patriotes une telle irritation, et chez beaucoup d'Anglais une telle aversion, que l'Ex閏utif n'osa plus confirmer les sentences capitales. Continuer les ex閏utions, c'閠ait pousser dangereusement bout les patriotes encore en libert. De plus, l'opinion 閠rang鑢e se faisait de plus en plus critique, notamment chez nos voisins du sud, d閖 fervents d閒enseurs de la d閙ocratie et des droits humains fondamentaux (...).

L'impopulaire machine de la cour militaire, lanc閑 pleine vapeur, n'閠ait cependant gu鑢e ais閑 freiner. Au moment m阭e o expiraient de Lorimier et ses compagnons, elle faisait le proc鑣 d'un autre groupe de patriotes de Beauharnois et, le 21 f関rier, en condamnait neuf la potence. Le 28, trois meneurs de Saint-C閟aire subissaient le m阭e sort. Le 11 mars, c'閠ait le tour de ceux de Terrebonne, au nombre de six. Le 19 mars, onze 玜gitateurs du groupe de Napierville rejoignaient le club des condamn閟. Le 23, trois chefs de Saint-Constant. Le 8 avril, pas moins de vingt sentences de mort 閠aient prononc閑s, et le premier mai, une derni鑢e fl閠rissure compl閠ait le tableau.

Toutes ces sentences rest鑢ent en suspens. Du haut de son tr鬾e, Londres, Sa Majest la reine Victoria d閏ida que le temps des pendaisons 閠ait termin. Le 6 mai, la cour militaire fut donc dissoute et la Loi martiale rappel閑. Les prisonniers qui n'avaient pas encore subi leur proc鑣 furent quatre-vingt-six languir en prison durant plusieurs mois, dans l'incertitude la plus compl鑤e du sort qui allait leur 阾re r閟erv. Le 25 septembre trois heures de l'apr鑣-midi, ils furent finalement fix閟. Ce jour-l, les procureurs de la Couronne se pr閟ent鑢ent la prison pour informer cinquante-huit d'entre eux qu'ils quitteraient d鑣 le lendemain leur terre natale pour la lointaine Australie. onze heures de l'avant-midi, le 26 septembre, on les menotta deux deux et les fit sortir sous bonne escorte. On ne devait plus les revoir avant de longues ann閑s... Cinquante-huit martyrs de plus.

Fait surprenant, les vingt-huit autres condamn閟 furent lib閞閟 quelques mois plus tard, moyennant certaines promesses de bonne conduite. Pourquoi cet acc鑣 soudain de cl閙ence de la part de l'玦mpitoyable Colborne? Peut-阾re quelque lassitude, ou encore la h鈚e s'embarquer pour l'Angleterre, o l'attendaient les honneurs des vainqueurs. Entre-temps, les irr間ularit閟 de son tribunal arbitraire avaient donn naissance de nouveaux h閞os.

Les martyrs de 1839: d'hier aujourd'hui

Nous avons vu, dans la premi鑢e partie de ce travail, de quelle fa鏾n inique les patriotes de 1837-1838 ont 閠 jug閟. Nous avons 間alement vu quel point leurs contemporains les v閚閞aient comme les d閒enseurs de la cause populaire. Cependant, il importe pour les fins de ce travail de d閙ontrer que ces condamn閟 ont 閠 jusqu' aujourd'hui consid閞閟 comme des martyrs par les Canadiens-fran鏰is. Pour ce faire, nous montrerons ici que cette 玸anctification des condamn閟 de 1839 s'est illustr閑 au cours des cent cinquante derni鑢es ann閑s travers plusieurs 閘閙ents de notre patrimoine, tels que les arts, la litt閞ature, les discours politiques...

Les condamn閟 de 1839 dans l'historiographie

Un premier indice du culte que le Qu閎ec a vou aux condamn閟 de 1839 r閟ide dans le biais analytique de l'historiographie qu閎閏oise. De fait, pour l'ensemble des ouvrages canadiens-fran鏰is traitant des patriotes, les points de vue sont extr阭ement partiels et visent surtout pr閟enter les patriotes condamn閟 comme des h閞os et des martyrs de la libert. Tant chez les traditionnalistes (Lionel Groulx, G閞ard Filteau) que chez la majorit des historiens contemporains (Maurice S間uin, Michel Brunet...), les condamn閟 de 1839 sont id閍lis閟; on fait d'eux les premiers vrais d閒enseurs de la question nationale, des h閞os courageux qui se sont sacrifi閟 pour la patrie. Des titres d'ouvrages tels que Joseph Duquette: patriote et martyr laissent d'ailleurs entendre clairement cette filiation condamn-martyr. Ce biais analytique de l'historiographie saute aux yeux et constitue une premi鑢e preuve solide du culte vou aux condamn閟 de 1839.

Les martyrs de 1839 dans les discours politiques

Dans les discours de nos grands politiciens transpara顃 間alement l'aur閛le des martyrs dont nous avons entour les condamn閟 de 1839. D鑣 1849, Papineau faisait d'eux les h閞os de la Patrie en pleine s閍nce parlementaire:

玁ul autre pays constitutionnel, dans des circonstances semblables celles o nous avons souffert, n'a 閠 trait avec plus de barbarie. C'est le seul pays du monde o, le droit criminel 閠ant en force et les cours de justice accessibles tous, de nombreux citoyens sans proc鑣, sans le verdict d'un seul corps de jur閟, aient perdu la vie et p閞i sur l'閏hafaud. Compatriotes infortun閟, ils sont tomb閟 victimes innocentes de la haine et des plus mauvaises passions! Ont-ils cess pour cela d'阾re chers ceux qu'ils ont laiss閟 derri鑢e eux sur le sol de la patrie? Leur m閙oire est ch鑢e au peuple canadien et le sera toujours. Ils sont morts en braves comme ils avaient v閏u, r閜閠ant l'envie des mots: DIEU, MON PAYS ET SA LIBERTE! Il faudrait bien peu de courage moral ou civil pour ne plus applaudir au patriotisme constant dont ils ont donn la preuve la plus 閏latante.

En 1905, le d閜ut 蓆hier adressera lui aussi un hommage charg d'閙otion aux condamn閟 de 1839:

獿a mort h閞o飍ue de ces patriotes est digne de notre v閚閞ation. [Ils furent] jug閟 devant une cour martiale plut魌 que devant les tribunaux originaires (...) ceux qui se sacrifi鑢ent noblement la cause de notre d閘ivrance commune.

Des dizaines de discours semblables seront consacr閟 par de grandes personnalit閟 qu閎閏oises la m閙oire des condamn閟 de 1839. On n'a qu' penser A.-A. Dorion, Hector Fabre, Th閛phile Gauthier, ou, plus pr鑣 de nous, M. Ren L関esque ou encore au FLQ des belles ann閑s (un peu plus radical!). Ces discours publics consacr閟 aux condamn閟 de 1839 ont un point de convergence indubitable: ils pr閟entent tous les patriotes qu'on a pendus en 1839 comme les d閒enseurs et les martyrs de notre libert.

Monuments et sites historiques d閐i閟 aux condamn閟 de 1839

Qui dit martyrs dit habituellement monuments. Et des monuments aux condamn閟 de 1839, il y en a. Le premier et le plus connu a 閠 inaugur le 14 novembre 1858, soit moins de vingt ans apr鑣 les 関閚ements. Il s'agit du Monument aux Patriotes du cimeti鑢e de Notre-Dame-des-Neiges, Montr閍l. Sur une face du monument, on peut lire les noms des douze patriotes ex閏ut閟 par arr阾s de la cour martiale. Aux quatre encoignures du monument sont des tablettes sur lesquelles on a inscrit, en ordre alphab閠ique, les noms des exil閟 politiques. l'occasion de l'inauguration du monument, M. Euclide Roy, pr閟ident de l'Institut canadien, pronon鏰 un discours dans lequel il nous illustre fort 閘oquemment la vocation de l'oeuvre. Je me permettrai de vous soumettre quelques extraits de ce discours; ils sont pour le moins 閘oquents:

玊enir toujours 閘ev閑 l'image des h閞os et des martyrs d'une sainte cause, c'est le moyen de cr閑r cette noble 閙ulation qui fait que d'鈍e en 鈍e, l'histoire peut regarder en arri鑢e avec orgueil et signaler ces grandes et illustres figures, de citoyens qui, oubliant tout int閞阾 間o飐te et personnel, s'exposent aux derniers p閞ils pour d閒endre le sol menac par des principes compromis. Glorifier le d関ouement, c'est cr閑r des h閞os.

Le 21 juin 1891, un p閘erinage fut organis au cimeti鑢e de la C魌e-des-Neiges l'occasion du transfert des restes de Jean-Olivier Ch閚ier du cimeti鑢e de Saint-Eustache au tombeau des patriotes. Les restes de Ch閚ier ne furent finalement pas au rendez-vous (interdit 閜oscopal oblige) mais 30 000 personnes se mass鑢ent n閍nmoins devant le monument des patriotes pour rendre hommage aux martyrs de la [noble cause canadienne-fran鏰ise]. Plusieurs orateurs de renom y all鑢ent de discours patriotiques exalt閟. Voici quelques passages notables de leurs discours, tels que rapport閟 par 蓆hier:

玈i jamais un moment de danger arrive, tournez vos regards vers la tombe de ces braves et mourez comme eux (le Juge Loranger).

玆appelons-nous que lorsque l'鈓e d'un patriote monte Dieu, la libert du Ciel descend sur la Patrie (le Juge Charland).

En 1926, un monument du sculpteur Alfred Lalibert est 閞ig au coin de la rue Delorimier (!) Montr閍l, face l'ancienne prison du Pied-du-Courant et directement c魌 de la statue de Ch閚ier. Le monument sera d関oil le jour de la Saint-Jean-Baptiste, au cours d'une c閞閙onie remplie d'閙otion. Il rappelle les noms des douze patriotes qui sont morts sur la potence en 1839, ainsi que ceux des deux principaux meneurs de la r閎ellion, Wolfred Nelson et Louis-Joseph Papineau. L'en-t阾e qui pr閏鑔e les noms des douze patriotes ex閏ut閟 est pour le moins suggestive:  l'h閞o飍ue m閙oire de...

En plus de ces monuments, diff閞ents sites historiques honorent la m閙oire des condamn閟 de 1839. Ainsi, la Maison nationale des Patriotes de Saint-Denis-sur-Richelieu consacre l抲ne de ses sections aux proc鑣, aux pendaisons et aux exils subs閝uents aux 関閚ements de 1837-1838. La Maison du Patriote de la rue Saint-Paul, Montr閍l, se charge elle de faire conna顃re les martyrs de 1839 au visiteur de passage.


L'ex閏ution des insurg閟 devant la prison de Montr閍l.

(Dessin d'Henri Julien, Archives Nationales du Canada)

Les martyrs de 1839 dans les arts et la litt閞ature

Plusieurs 閏rivains canadiens-fran鏰is de la fin du XIXe si鑓le ont glorifi la m閙oire des patriotes ex閏ut閟 en 1839. Edmond Ladouceur, Firmin Picard, Albert Ferland, Wilfrid Larose, Omer Voisard, Michel Larochelle, Leroux-Perron et plusieurs autres les ont immortalis閟, qui par de vibrants po鑝es, qui par d'閘oquents textes en prose. Plus pr鑣 de nous se trouve l'oeuvre patriotique de Gustave Proulx, Le Combat magnifique, dans laquelle un chapitre entier est consacr au martyr des condamn閟. Les journaux se sont aussi mis de la partie; c'est ainsi que la Presse profita du climat pr閞閒閞endaire de l'automne 1979 pour publier les biographies des douze patriotes pendus au Pied-du-Courant en 1839, en insistant sur leur h閞o飐me et leur d関ouement aveugle.

C魌 th殁tre, on conna顃 le succ鑣 de La complainte des hivers rouges de Roland Lepage. Le dernier tiers de la pi鑓e est int間ralement consacr au martyr des patriotes et de leurs proches, travers les emprisonnements, les condamnations, les ex閏utions et les exils.

Au cin閙a, il y eut d'abord l'excellent Quelques arpents de neige de Denis H閞oux en 1972, puis Race de b鈚ards d'Yves St-Gelais, en 1979. Les deux oeuvres faisaient l'apologie des patriotes condamn閟 par le tribunal militaire. Tel excellent cin閍ste 閎aucha m阭e, para顃-t-il, l'id閑 d'un film sur le patriote exil Fran鏾is-Maurice Lepailleur. L'ultranationaliste Pierre Falardeau serait quant lui en train de travailler un film sur Chevalier de Lorimier, qui devrait faire une entr閑 fracassante l'閏ran sous peu. C'est dire que les patriotes condamn閟 en 1839 sont encore aujourd'hui per鐄s et pr閟ent閟 comme des martyrs par plusieurs membres renomm閟 de notre communaut artistique.

Le domaine de la chanson populaire est probablement l'un de ceux qui se sont av閞閟 les plus riches cet 間ard. De fait, dans le si鑓le qui suit l'insurrection de 1837-1838, la chanson qu閎閏oise se fait r閟olument politique et patriotique; cette chanson patriotique, l'instar de l'oeuvre comm閙orative, est de nature fortement apolog閠ique par la c閘閎ration qu'elle fait des h閞os et martyrs de 1837-1838. La plus c閘鑒re des chansons la m閙oire des condamn閟 est probablement La complainte d'un Canadien errant, imagin閑 selon la version populaire par le jeune Antoine G閞in Lajoie alors qu'il voyait d閒iler devant lui, sur le fleuve, le convoi des bateaux qui amenaient les patriotes vers leur terre d'exil, l'Australie. la fin des ann閑s 1960, la chanson sera reprise par la chanteuse Nana Mouskouri, qui en fera un grand succ鑣. Cette tendance l'apologie des grandes figures historiques s'estompera au cours de la premi鑢e moiti du XXe si鑓le, mais les lendemains de la Seconde Guerre mondiale verront ressurgir les fervents contestataires qui sommeillaient depuis l'insurrection des patriotes. La chanson patriotique se fera alors particuli鑢ement mordante et revendicatrice, s'inspirant par l de ces nobles anc阾res sacrifi閟 la 玭ation.

Les condamn閟 de 1839 et les f阾es patriotiques

Pour couronner le tableau, le Gouvernement du Qu閎ec d閏r閠ait en 1982 une 玧ourn閑 des Patriotes qui doit se tenir le dimanche le plus pr鑣 du 23 novembre de chaque ann閑. Certains passages de ce d閏ret (dont voici le texte int間ral) font directement allusion aux patriotes qui sont morts au combat ou qui ont 閠 ex閏ut閟:

獳TTENDU QUE tous les peuples honorent d'une fa鏾n particuli鑢e ceux des leurs qui ont lutt et donn leur vie pour la d閒ense et la promotion de leur identit nationale et de leurs institutions d閙ocratiques,

獳TTENDU QUE lors des soul鑦ements populaires des ann閑s 1837 et 1838, des centaines de personnes - d閜ut閟, membres ou sympathisants du Parti Patriote - ont perdu leurs biens, leur libert et m阭e, dans certains cas, leur vie pour s'阾re oppos閑s l'injustice, l'oppression nationale et au despotisme colonial,

獳TTENDU QUE la devise du Qu閎ec est JE ME SOUVIENS,

獻L EST D蒀R蒚, en cons閝uence, sur la proposition du Premier ministre:

獿e Gouvernement du Qu閎ec proclame Journ閑 des Patriotes le dimanche le plus pr鑣 du 23 novembre de chaque ann閑 dans le but d'honorer la m閙oire des Patriotes qui ont lutt pour la reconnaissance nationale de notre peuple, pour sa libert politique et pour l'obtention d'un syst鑝e de gouvernement d閙ocratique.

Conclusion

la lumi鑢e des faits, nous pouvons donc en d閒initive 閠ablir deux constats irr閒utables:

- Les proc鑣 auxquels ont eu droit les Patriotes en 1839 se sont av閞閟 injustes et tyranniques.

- L'iniquit de ces proc鑣 a fait des condamn閟 les martyrs de la majorit francophone, titres qu'ils ont conserv jusqu' nos jours.

C'est donc dire qu'en cherchant d閟honorer jamais, par des ch鈚iments d閙esur閟 et fl閠rissants, le nom et la m閙oire des patriotes, Colborne et ses acolytes n'ont r閡ssi qu' en faire des h閞os immortels; ce que les rebelles n'auraient peut-阾re pas d 阾re. Aujourd'hui, nous reconnaissons - tort ou raison - en ces hommes qui sont morts sur l'閏hafaud les d閒enseurs de notre patrimoine et de notre sang. Nous reconnaissons en eux le francophone exploit, pill, humili, emprisonn, assassin l鈉hement par ses oppresseurs.

En condamnant les patriotes, l'Anglais se serait donc en quelque sorte condamn lui-m阭e (au ressentiment populaire, la honte...); il aurait introduit les ferments de la haine dans le coeur des francophones du Qu閎ec. La rancoeur, l'amertume, l'inimiti du fait anglais se sont en effet d関elopp閑s en grande partie partir d'関閚ements tels que ceux de 1839, qui ont fa鏾nn notre histoire depuis la Conqu阾e. Regrettables reliquats du pass national, ces sentiments malsains sont aujourd'hui encore partie int間rante de l'鈓e qu閎閏oise.

On a pr閠endu que la devise de la province - Je me souviens - s'閠ait voulue une r閜onse Lord Durham, qui avait affirm que le peuple qu閎閏ois 閠ait un 玴euple sans histoire. Mais peut-阾re y avait-il aussi dans cette devise l'expression de quelque vieille rancune...

 

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