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Les Patriotes de 1837@1838 - PROJET D'UN JOUR F蒖I EN M蒑OIRE DES PATRIOTES DE 1837-1838: La f阾e des Patriotes, le temps d'agir. Par Gilles Laporte
 ANNIVERSAIRE 
     
PROJET D'UN JOUR F蒖I EN M蒑OIRE DES PATRIOTES DE 1837-1838: La f阾e des Patriotes, le temps d'agir. Par Gilles Laporte
Article diffus depuis le 23 novembre 2001
 




Depuis maintenant quatorze ans, le Club souverain de l'Estrie ainsi que d'autres organismes comme la Soci閠 Saint-Jean-Baptiste de Montr閍l font la promotion d'un cong f閞i consacr comm閙orer le mouvement lib閞al et nationaliste des Patriotes des ann閑s 1830. Cette coalition a ainsi constitu un dossier 閠off, diffus de l'information par tous les m閐ias accessibles et suivi toutes les voies d閙ocratiques, allant de la p閠ition la r閟olution vot閑 deux reprises par le Congr鑣  national  du Parti qu閎閏ois. Il s'agit, rappelons-le, que le troisi鑝e lundi du mois de mai, dit f阾e de la Reine et d閟ign au Qu閎ec comme la f阾e de Dollard, soit d閟ormais reconnu comme jour f閞i des Patriotes. Malgr tous les efforts d閜loy閟, l'imagination mise en 渦vre  et des compromis r閍lis閟,  malgr aussi des promesses r閕t閞閑s des instances politiques, il reste que le gouvernement du Parti qu閎閏ois n'a toujours pas ent閞in ce projet. En tant qu'historien, je suis heureux de pr阾er ma voix la d閙arche engag閑 par le Club souverain de l'Estrie et l'alimenter de nouveaux arguments tout en rappelant l'importance de disposer de jalons identitaires v閔iculant des mod鑜es valables, en particulier quand ils sont inscrits au calendrier

Malgr tous les efforts d閜loy閟, l'imagination mise en 渦vre et les compromis r閍lis閟; malgr aussi des promesses r閕t閞閑s des instances politiques, il reste que le gouvernement du Parti qu閎閏ois n'a toujours pas ent閞in ce projet. En tant qu'historien il suis heureux de pr阾er ma voix la d閙arche engag閑 par le Club souverain de l'Estrie et l'alimenter de nouveaux arguments tout en rappelant l'importance de disposer de jalons identitaires v閔iculant des mod鑜es valables, en particulier quand ils sont inscrits au calendrier.

The Victoria Day

Rien ne destinait au tr鬾e Alexandrina Victoria, fille unique d'Edouard, duc de Kent et de Victoria Maria Louise de Saxe-Cobourg, n閑 le 24 mai 1819. Le concours des circonstances fit pourtant que son oncle, le roi Guillaume IV, mourut sans h閞itier peine 27 jours apr鑣 que Victoria ne devint majeure et puisse ainsi acc閐er au Tr鬾e d'Angleterre et d'蒫osse le 20 juin 1837. Ce qui singularise le r鑗ne de Victoria 1i鑢e est d'abord sa long関it. De 1837 1901, soit 64 ann閑s marqu閑s par une croissance d閙ographique et 閏onomique sans pr閏閐ent pour son royaume, par la cruelle R関olution industrielle et surtout par l'intense expansion de l'Empire britannique. C'est sa mort en 1901 que le parlement du Canada fait du jour de la semaine le plus pr鑣 du 24 mai - le Victoria Day - un cong obligatoire travers le Dominion (la loi sera amend閑 en 1952 pour d閟ormais d閟igner le lundi pr閏閐ent le 25 mai de chaque ann閑). Curieusement, le sort du Canada fut peu li celui de la souveraine si on excepte le titre ronflant d'Imp閞atrice des Indes qui lui est conf閞 en 1876 et qui, apparemment, renfor鏰it son autorit sur le Canada. Son r鑗ne ne fut pas non plus particuli鑢ement glorieux pour les colonies qui doivent subir l'assaut des nouveaux imp閞ialistes, op閞ant un peu partout une vaste campagne d'acculturation des populations indig鑞es (des Boers aux Aborig鑞es en passant par les Irlandais et les Canadiens-Fran鏰is). Cette comm閙oration est devenue d'autant plus curieuse que le Canada est un des seuls 閠at du Commonweath encore c閘閎rer l'anniversaire de la v閚閞able souveraine. L'Australie ne comm閙ore plus la famille royale anglaise; quant la Grande-Bretagne, elle a plut魌, en toute logique, choisi de souligner l'anniversaire du souverain r間nant. S'il ne peut gu鑢e 阾re question de convaincre le reste du Canada de l'関idente futilit d'une telle c閘閎ration, la vaste majorit des Qu閎閏oises et des Qu閎閏ois conviendront sans peine et sans regret de la n閏essit de revitaliser le sens d'un tel jour f閞i, m阭e si la date ne devait pas t'en changer.

La f阾e de Dollard

C'est d閖 ce que s'閠aient dit des nationalistes qu閎閏ois durant les ann閑s 1920 autour de l'historien Lionel Groulx. Ces derniers trouvaient alors injurieux (nous dirions aujourd'hui inutile et sans fondement) de c閘閎rer la monarchie qui, apparemment, avait contribu l'asservissement des habitants du Qu閎ec. Le choix de Dollard correspondait alors des conditions historiques sp閏ifiques qui allaient au-del de simple co飊cidence des dates. Il est en effet attest que seize hommes quittent Ville-Marie le 20 avril 1660 sous les ordres de Adam Dollard des Ormeaux destination de l'Outaouais afin d'y r閏up閞er un lot de fourrures et y bloquer la route un contingent d'Iroquois qui menacent alors la Nouvelle-France. Des Ormeaux, ses hommes et quelques alliers am閞indiens s'installent dans un fortin de fortune au Long Sault (Carillon) o ils subissent apparemment l'assaut des Iroquois plusieurs jours durant et o ils p閞issent jusqu'au dernier. C'est Pierre-Esprit Radisson qui fait la macabre d閏ouverte quelques jours plus tard. L'acte de d閏鑣 de Dollard est notifi du 27 mai 1660.

Si l'histoire du Qu閎ec regorge de martyres 閜iques, celui de Dollar r閜ondait dans l'esprit de Groulx et de ses suivants quelques conditions utiles: cette histoire fait d'abord l'apologie du sacrifice la Patrie et sa foi; elle oppose clairement la sauvagerie la grandeur de la civilisation fran鏰ise et surtout met prudemment en sc鑞e des protagonistes depuis disparus dans le Qu閎ec du d閎ut du XXe si鑓le: les Fran鏰is ayant entre temps quitt pour l'Europe et, les Am閞indiens, pour la marginalit et l'exclusion.

Sans plus de c閞閙onie convenons que la c閘閎ration du "Massacre du Long Sault" est devenue purement et simplement g阯ante alors que les autochtones en font aujourd'hui - et avec raison - le pr閠exte rappeler la discrimination et le m閜ris qui ont marqu leurs relations avec les francophones. Chacun sait aussi que depuis un si鑓le, des historiens et des anthropologues ont contest la version id閍lis閑 de l'affaire de Dollard, interrogeant en particulier les v閞itables motivations des protagonistes. Mais convenons que la principale objection qu'on puisse faire cette comm閙oration "parall鑜e" au jour de la Reine est son peu de prise sur la r閍lit et l'identit du Qu閎ec contemporain; en somme son peu de pertinence en regard du r鬺e que doit jouer une comm閙oration dans sa fonction identitaire et exemplaire.

La bataille de Saint-Denis alors ?



Le Club souverain de l'Estrie et les autres promoteurs d'une f阾e des Patriotes n'avait pourtant pas d'embl閑 cibl le lundi pr閏閐ent le 25 mai en guise de date plausible pour c閘閎rer la lutte constitutionnelle des ann閑s 1830. Certaines dates, et au premier chef, la victoire des Patriotes sur l'arm閑 britannique le 23 novembre 1837, allaient bien davantage de soi. Le 23 novembre est d'ailleurs d閖 officiellement reconnu comme la "journ閑 des Patriotes" au Qu閎ec, mais comme il ne pouvait 阾re question d' "ajouter" un nouveau jour f閞i au calendrier on devait, soit se contenter du dimanche le plus proche du 23 novembre, soit aller bousculer un autre jour f閞i du calendrier civil ou religieux. Pour les raisons mentionn閑s plus haut il appert que c'est le jour dit de la Reine qui devrait en faire les frais, en particulier parce que les Patriotes eux-m阭es nous proposent de fameux anniversaires c閘閎rer au doux mois de mai.

Du 23 novembre disons aussi qu'il est toujours p閞illeux de c閘閎rer l'anniversaire d'une tuerie ou d'une bataille. D'abord parce qu'une f阾e vise en particulier c閘閎rer l'unit et la r閏onciliation dans une communaut alors que le souvenir des batailles suscite le plus souvent l'amertume des vaincus et l'insolence des vainqueurs. Par ailleurs, la victoire sur le champ de bataille n'est nullement garante de la sup閞iorit des principes d閒endus. Les Patriotes l'ont ultimement v閞ifi eux-m阭e. moins de pr阾er foi au Digitus Dei est hic, il est plut魌 rare que la Providence fit toujours en sorte que le sort des armes favorise le bien et la vertu. Or c'est bien de vertu et d'閐ification dont il est question quand on parle de f阾e comm閙orative. mon enfant qui me demandera pourquoi on c閘鑒re le 23 novembre, je ne veux pas avoir r閜ondre "parce qu' cette occasion les Patriotes ont tu davantage de soldats que les soldats, de Patriotes" (ce qui serait d'ailleurs inexact).

La plupart des nations ne s'y sont pas tromp et c閘鑒rent plut魌 l'anniversaire d'une constitution, d'une d閏laration d'ind閜endance ou d'une charte de droits plut魌 que les batailles qui les ont assises dans l'histoire. Les Am閞icains c閘鑒rent judicieusement la D閏laration d'ind閜endance (4 juillet), sign閑 dans l'indiff閞ence par quelques politiciens poursuivis par la police anglaise et non la victoire de Bunker Hill (17 juin) sans laquelle la D閏laration ne serait sans doute demeur閑 qu'un autre manifeste libertaire. Quand un peuple choisit quand m阭e de comm閙orer une bataille le r閟ultat est g閚閞alement f鈉heux. preuve, en Irlande du Nord, la comm閙oration par les Protestants de la bataille remport閑 Boyne par Guillaume d'Orange (12 juillet 1690) vise rappeler aux catholiques leur condition de vaincus et d間閚鑢e encore r間uli鑢ement en affrontements violents. Bien que les victoires et les d閒aites patriotes lors des R閎ellions de 1837-1838 confirment bien l'intensit des d閎ats et l'importance des enjeux, le volet martial ne s'av鑢e ni d'une grande ampleur sur le plan humain ou mat閞iel (une douzaine de morts au total Saint-Denis ?), ni le t閙oignage explicite et exemplaire des id閑s alors mises en jeu.

C閘閎rer les Patriotes doit d'abord consister rappeler la lutte de d閙ocrates 閏lair閟, de Daniel Tracy John Neilson, d'Amury Girod Louis-Joseph Papineau - d'un Irlandais un Anglais, d'un Suisse un Bas-canadien - qui depuis l'implantation des institutions parlementaires en 1791 et d'une presse d'opinion en 1807 ont lutt pour les droits de la majorit, dont celui du peuple se gouverner lui-m阭e. compter de 1827, le Parti patriote, repr閟entant d'une tr鑣 large frange de la population du Bas-Canada, r閏lame le respect de certains principes toujours d'actualit et qui ne risquent pas d'阾re d閙od閟 pour trois prochains si鑓les ! Qu'il s'agisse du droit d'閘ire ceux qui d閠iennent les postes ex閏utifs au gouvernement, que les 閘us aient droit de regard sur l'ensemble des sommes d閜ens閑s par l'蓆at, que les lois n'entretiennent aucune discrimination bas閑 sur l'origine ou la culture ou que le Bas-Canada (le Qu閎ec d'alors) acc鑔e une forme de souverainet qui le mette l'abris de la domination d'une autorit tut閘aire, qu'elle soit imp閞iale ou f閐閞ale. ceux qui voient d閖 dans une telle c閘閎ration gu鑢e plus que de l'eau au moulin souverainiste, j'inviterai mieux 閠udier les textes d'閜oque. La palette des revendications allait bien au-del de la simple volont autonomiste et embrassait des revendications aussi fondamentales aujourd'hui qu'en 1837. C'est cette lutte d閙ocratique et populaire, la fois intens閙ent et largement men閑 par tout un pan de la soci閠 d'alors, qu'il importe de c閘閎rer.

D鑣 lors, les anniversaires plausibles sont l間ion. On pense spontan閙ent au 92 R閟olutions qui, le 21 janvier 1834, posaient l'ensemble des revendications du Parti patriote, ou la D閏laration d'ind閜endance de la R閜ublique du Bas-Canada du 28 f関rier 1838. Mais ces deux 関閚ements demeurent le propre d'un petit groupe d'individus et ne traduisent qu'indirectement les aspirations populaires. Or, l'acteur essentiel de la lutte patriote, son h閞os dirions-nous, c'est bien la population elle-m阭e qui, comme aucun autre moment de l'histoire du Qu閎ec, s'est alors passionn閑 pour la politique et la conqu阾e de droits d閙ocratiques. Cette foule mobilis閑 a d'abord particip des op閞ations plut魌 anonymes, comme des 閘ections et des p閠itions (p閠itions de 35 000 noms en 1827; p閠ition de 30 000 en 1834 pour appuyer les 92 R閟olutions) avant de s'engager avec l'exub閞ance dans la r閟istance civile, puis militaire. Mais, entre temps, aucune manifestation n'a d閜ass en visibilit et en int閞阾 proprement historique le vaste mouvement des assembl閑s populaires qui se tiennent tout le long de la vall閑 du Saint-Laurent compter du moi de mai 1837. On parle ici d'une centaine d'assembl閑s ayant r閡nis plus de 10 000 personnes et qui t閙oignent chacune de l'intensit et de l'int閞阾 des id閑s d閎attues, preuve les centaines de r閟olutions qui y furent pass閑s et dont l'histoire a conserv la trace.

Les Patriotes g鈉hent le couronnement de Victoria

Ces assembl閑s sont en fait une r閜onses aux dix r閟olutions de Sir John Russell, vot閑s Londres le 6 mars1837, et qui opposent une fin de non recevoir aux trois principales revendications patriotes: non au contr鬺e du budget par les 閘us, non l'閘ectivit des ministres, non au gouvernement responsable. C'est la premi鑢e r閜onse en vingt ans aux dol閍nces des Qu閎閏ois et elle est cinglante. La nouvelle du dictat traverse l'Atlantique comme un ouragan et les assembl閑s dites anti-coercitives vont s'engager comme un raz-de-mar閑. Des milliers de personnes vont donc se retrouver Saint-Ours (Richelieu) d鑣 le dimanche 7 mai pour d閚oncer les R閟olutions Russell et notamment appeler au boycottage des produits anglais et encourager le peuple la r閟istance. Le lundi suivant, le 15 mai 1837, pas moins de trois assembl閑s se tiennent Qu閎ec, Saint-Marc (Verch鑢es) et surtout Saint-Laurent (Montr閍l) o Louis-Joseph Papineau annonce que "La circonstance nouvelle c'est que le parlement britannique prend parti contre nous puisque le gouvernement pers閏uteur repousse toutes et chacune des r閒ormes demand閑s. [匽 D閟ormais, toutes les colonies anglaises ont les motifs les plus urgents d'avancer l'heure de leur s閜aration et il faut que nous soyons t魌 ou tard pr阾s prendre ce que la main de fer du pouvoir veut nous arracher." Le 1er juin, Saint-Scolastique (Deux-Montagnes), William H. Scott scande que "nous travaillerons sans peur et sans reproche, comme dans le pass, assurer tout le peuple, sans distinction, les m阭es droits, une justice 間ale et une libert commune." la Malbaie, 400 kilom鑤res de Montr閍l, Louis Bouchard propose que "Nous consid閞ons comme rompu et nul le contrat social qui nous attachait l'empire britannique, qui en cessant de remplir ses engagements nous rel鑦e des obligations que les trait閟 nous imposaient." Saint-Fran鏾is (Yamaska) C閘estin Caron appelle ne compter "que sur nous-m阭e, sur notre propre 閚ergie et sur la sympathie de nos voisins du continent d'Am閞ique". Napierville (Acadie), Cyrille O. C魌 : "Qu'on fasse en sorte d'assurer t魌 ou tard le triomphe des principes d閙ocratiques qui seuls peuvent fonder un gouvernement libre et stable sur ce nouveau continent."

Cette f阾e des Patriotes que je sugg鑢e c閘鑒rerait les grandes assembl閑s du printemps de 1837, expression d閙ocratique et pacifique d'origine populaire, et tenues l'閏helle de tout le Qu閎ec actuel et pas seulement - comme les batailles - dans la seule r間ion de Montr閍l. Cette f阾e respecte toutes les conditions d'ouverture, en particulier en mettant de l'avant des valeurs universelles, tout en invitant s'impliquer personnellement et collectivement dans leur pr閟ervation. Elle devrait se tenir le troisi鑝e lundi du mois de mai, en lieu et place du jour de la Reine Victoria, dont elle rappelle tout le moins l'ann閑 du couronnement. Quant Dollard et Victoria, ni l'un ni l'autre ne recoupe aussi bien les probl閙atiques du Qu閎ec actuel. Pis encore, ces f阾es sont devenues ennuyeuses et g阯antes.

NOS HYPERLIENS PERTINENTS :

Les assembl閑s populaires de l'閠 de 1837

Quelques propositions adopt閑s durant les assembl閑s patriotes de l'閠 de 1837

Assembl閑 de Saint-Ours (7 mai 1837)

Assembl閑 de Yamachiche (26 juillet 1837)

Assembl閑 des Six comt閟 (23 octobre 1837)

 

Recherche parmi 15772 individus impliqu閟 dans les r閎ellions de 1837-1838.

 



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