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Les Patriotes de 1837@1838 - Le Parti patriote
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Le Parti patriote
Article diffusé depuis le 19-mai-01
 




La constitution de 1791 et l'avènement du parlementarisme au Bas-Canada invitent la formation de regroupements politiques. Rapidement, des tendances se façonnent à l'image du clivage ethnique qui caractérise la colonie et la cohorte des députés francophones reçoivent vite le nom de Parti canadien. Cependant, selon Gérald Bernier le terme " parti " apparaît exagéré dans le contexte des stratégies de Pierre Bédard et ses disciples (Bernier, 1982 : 209). Après 1827, l'appellation de Parti patriote serait beaucoup plus appropriée, ce groupe rencontrant les conditions nécessaires pour constituer un " parti " au sens moderne du terme définit par La Palombara (La Palombara, 1966 : 6). Il serait alors pourvu d'une structure et d'une organisation complexes et permanentes, consacrerait ses efforts à l'élaboration d'un programme politique, regrouperait des membres sous une idéologie commune et démontrerait une volonté d'accéder au pouvoir par des procédés démocratiques (Bernier, 1982 : 208). Des élections de 1827 aux insurrections de 1837, le Parti patriote connaît une double évolution structurelle et idéologique, celle-ci modelée par un processus de radicalisation. L'organisation basculera d'ailleurs, au fil des événements, dans le camp de l'illégalité.

Une première rencontre le 11 juillet 1827 chez Julien Perrault réunit les têtes d'affiche de l'Assemblée qui décident de la nomination des candidats à l'élection (Lacoursière, 1996 : 233). Ce genre de rassemblement, plus ou moins formel, donne le coup d'envoie à la formation d'une organisation complexe à deux réseaux : le premier proprement bas-canadien et le second tourné vers la recherche d'appuis hors de la colonie. Dans le premier cas, 1834, et plus précisément l'Assemblée de Saint-Marc en janvier, marque un point tournant (Bernard, 2001 : 81). On décide alors de mettre en place une structure permanente : " La nouveauté consiste dans la création de comités de paroisse et de comités de comté élus pour deux ans avec des mandats généraux et non plus limités " (Bernard, 2001 : 83). Jusqu'alors, ces comités régionaux ne détenaient qu'un rôle subalterne, celui de préparer des pétitions et d'offrir un appui à la majorité à l'Assemblée.

La création du Comité central et permanent dans le district de Montréal le 16 mai 1834 (Muzzo, 1990 : 40) témoigne certainement d'une volonté nouvelle de coordination centralisée et jouera dorénavant un rôle de premier plan. Il est composé de délégués des 22 comtés du district de Montréal, soit près de la moitié des comtés du Bas-Canada (Bernard, 2001 : 87). La plupart des membres de ce comité sont aussi députés patriotes ; en 1834, E.B. O'Callaghan (Yamaska) et C.-O. Perrault (Vaudreuil) sont secrétaires et Robert Nelson (Montréal-Ouest) président (Bernard, 2001 : 87). Ce comité occupera trois principales fonctions, soient celles de prendre de positions politiques, de préparer des dossiers destinés à la Chambre et de rédiger des résolutions pour les comités de comté (Bernard, 2001 : 88). Les tâches sont réparties entre divers sous-comités chargés par exemple des renseignements, de la propagande ou de la correspondance. Le réseau bas-canadien du Parti est aussi constitué de ce que Bernier appelle les structures d'encadrement spécialisées (Bernier, 1982 : 212). L'Association des Fils de la Liberté est ainsi d'abord mise sur pied dans le but d'inciter la jeunesse à la culture politique. Il faut enfin souligner l'importance de la presse partisane. The Vindicator, La Minerve, Le Canadien ou L'Écho du Pays, se chargent d'une certaine diffusion des idées et des activités patriotes et contribuent de cette manière à consolider le parti (Bernier, 1982 : 212).

À ce réseau essentiellement bas-canadien vient se superposer un réseau externe, sinon international. Des alliances se forgent entre les députés patriotes et les réformistes des Maritimes tels Joseph Howe et John Carson ou du Haut-Canada tel John Ropth. Les contacts avec l'Angleterre sont réguliers, des députés étant chargés de missions à Londres. Dès 1822, Papineau et Nielson s'y rendent, mais c'est Denis-Benjamin Viger qui, en mai 1831, officialisera le réseau en devenant l'agent délégué à la métropole (Lacoursière, 1996 : 257). À son retour en 1834, c'est à un député anglais, John A. Roebuck, que revient la tâche d'établir les contacts. Cette association confirme l'union de la cause patriote à celle des radicaux britanniques dans une même lutte contre le pouvoir aristocratique.

Toute l'organisation du Parti patriote repose évidemment sur des dirigeants et des assises électorales qui proviennent de milieux assez clairement identifiés. L'appartenance à la petite bourgeoisie de la majorité des membres du parti s'avère peu contestable bien qu'on y retrouve aussi quelques entrepreneurs et artisans. Quant aux électeurs, il en va d'une double majorité de cultivateurs et de francophones (Bernier, 1982 : 213-214). Toutefois, Bernier insiste sur la provenance anglophone de certains électeurs ou dirigeants nous rappelant que "la dimension socio-économique dicte certaines orientations qui transgressent le clivage ethnique" (Bernier, 1982 : 213). L'exemple du comité des électeurs irlandais lors des élections de 1834 dans le quartier ouest de Montréal est à cet égard éclairant. Le 14 octobre, il " se réunit et, au nom de tous les électeurs irlandais de cette circonscription électorale, se dit prêt à appuyer tout réformiste libéral à la prochaine élection "(Muzzo, 1990 : 55). C'est qu'il appuie la cause patriote sur la base des 92 Résolutions, de même que pour dénoncer la corruption et les agissements de la British American Land Company (Muzzo, 1990 : 55). Le 17 novembre, la victoire de L.-J. Papineau et R. Nelson sera confirmée (Muzzo, 1990 : 62).

Si l'organisation du Parti patriote connaît une évolution sensible entre 1827 et 1837, 1834 constituant une année charnière, il en va de même quant à sa composition et son programme. Ce programme est difficile à cerner dans la mesure où à travers un discours s'installent des tendances et des divisions. Sous une forme ou sous une autre, on y retrouve des requêtes en faveur des droits démocratiques, du libéralisme politique et économique, mais surtout favorable à la réforme des institutions parlementaires.

L'élection de 1827 porte "sur l'attitude des députés et du gouverneur face au problème des subsides" (Lacoursière, 1996 : 233). Lord Dalhousie, furieux de l'intransigeance des députés sur le vote en bloc des subsides, avait dissout l'Assemblée le 5 juillet. Le contrôle du budget par les représentants du peuple devient la pierre angulaire de la campagne électorale, les candidats dénonçant les abus des administrateurs (Lamonde, 2000 : 100). La nouvelle députation se révèle un véritable balayage patriote, ses adversaires passant de 9 à 4 sièges (Ouellet, 1980 : 324). Cet épisode se traduit également par la consolidation du leadership de Papineau qui assoit son autorité à la Chambre en accédant définitivement au poste d'orateur. Aux élections suivantes en 1830, l'électivité du Conseil législatif succède à la question des subsides. Cette stratégie implique par ailleurs "l'extension du principe électif à tous les niveaux où s'exerce le pouvoir" (Ouellet, 1980 : 336). Une nouvelle pomme de discorde fait donc son apparition opposant une fois de plus le Parti patriote et l'administration. Les quatre années du gouvernement culmineront par une scission à l'intérieur du Parti de Papineau. Le dépôt des 92 Résolutions le 17 février 1834 lance le thème des élections de la même année et marque le début d'une nouvelle phase dans la radicalisation. Les griefs en faveur d'un accroissement des pouvoirs de l'Assemblée, de la dénonciation de la corruption et du respect des droits de la majorité et des francophones sont exprimés sur un ton beaucoup plus pressant, ce qui amène certains députés à retrancher leur appui. Une discorde s'établit, non pas tant au niveau de la nature des revendications, mais bien sur les moyens de leur conquête. Le vote en chambre se termine par 56 contre 24 en faveur des résolutions (Ouellet, 1980, : 357). Aux élections d'octobre 1834, les députés se partagent entre résolutionnaires et anti-résolutionnaires. Le résultat consacre la double victoire de Papineau et ses supporteurs. Le Parti patriote rempote 77 des 88 sièges et la plupart des dissidents comme J. Nielson sont battus (Lacoursière, 1996 : 290). À partir de ce moment, l'aile radicale s'impose face à un groupe de patriotes modérés, la plupart de la région de Québec et dirigés par Elzéar Bédard, et tend de plus en plus à faire appel aux masses.

La campagne d'assemblées populaires succédant au débat sur les 92 Résolutions constitue un changement de stratégie que Lamonde qualifie d'extra-parlementaire : "la Chambre d'assemblée se réunit dorénavant avec son électorat et le phénomène est assez populaire pour qu'on se sente justifié de passer outre à une loi" (Lamonde, 2000 : 230). La condamnation des revendications patriotes par les Résolutions Russell du 1ermars 1837 lance une série de regroupements qui mèneront aux affrontements armés. Le Manifeste de Saint-Ours du 7 mars 1837, véritable appel au peuple, rompt avec les précédentes revendications légales, annonce le boycottage des produits anglais et glorifie Papineau déclaré chef unique (Latouche, 1977 : 71). Les radicaux franchiront un autre pas dans l'illégalité avec le Manifeste des Fils de la Liberté (4 octobre 1837) par lequel le système colonial est entièrement remis en cause (Latouche, 1977 : 75). L'Assemblée des six comtés du 23 et 24 octobre, réunissant 5000 à 7000 personnes (Bernard, 2001 : 150), marque une étape importante dans la nouvelle stratégie du Parti patriote. "Pendant le temps de cette assemblée, il se fit plusieurs souscriptions pour se procurer des armes et des munitions" (Ouellet, 1980 : 446). Mais surtout, elle annonce la préparation d'une convention nationale qui, éventuellement, serait chargée de déclarer l'indépendance et de mettre en place un gouvernement provisoire (Ouellet, 1980 : 445). Enfin, la Déclaration d'indépendance du Bas-Canada, de février 1838 va beaucoup plus loin que les textes précédents, proclamant l'indépendance, la république, la sécularisation de l'État et l'abolition du régime seigneurial (Latouche, 1977 : 79). On ne peut cependant plus l'attribuer au Parti patriote puisque ce dernier est devenu inopérant depuis l'automne précédent, en particulier depuis l'émission de 26 mandats d'arrêt contre ses principaux chefs, dont Papineau, le 16 novembre 1837.

Véronique Rozon

 


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