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Les Patriotes de 1837@1838 - LARTIGUE, JEAN-JACQUES (1777-1840)
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LARTIGUE, JEAN-JACQUES (1777-1840)
Article diffusé depuis le 13 janvier 2001
 




Il naît à Montréal d'un père français, Jacques Larthigue et d'une mère canadienne, Marie-Charlotte Cherrier. Par sa mère, il appartient à une famille qui joue un rôle actif dans la politique du Bas-Canada de la fin du XVIIe siècle jusqu'au milieu du XVIIIe siècle. En effet, il est le cousin de Louis-Joseph Papineau, orateur de l'Assemblée législative de 1815 à 1837, et de Denis-Benjamin Viger, un leader du parti patriote. Néanmoins, cette parenté semble lui occasionner plus de torts que de bienfaits. Nommé évêque coadjuteur de Montréal en 1821, il reçoit l'épiscopat en 1836 seulement. Selon lui, le délai est attribuable à ce lien familial, le gouvernement britannique se méfiant de leaders patriotes et de leurs relations (Ippersiel, 1990: 151).

Lartigue est un étudiant brillant dont les premières études le prédestinent à la vie politique. En 1793, il suit des cours d'anglais et en 1796-1797, tout en étudiant le droit, il effectue un stage auprès d'un avocat, Joseph Bédard (Chaussé, 1980: 34-35). Cette même année, il abandonne ses études de droit et opte pour le sacerdoce. Une décision surprenante qui peut s'expliquer par un différend entre Lartigue et Bédard (Chaussé, 1980: 37). Après deux années à enseigner au collège Saint-Raphaël et à parfaire ses connaissances théologiques auprès des Sulpiciens, il est ordonné prêtre en 1800 dans la paroisse de Saint-Denis. Pendant six ans, tout en exerçant le vicariat à Longueuil, il est le secrétaire de Mgr Denaut, alors évêque de Québec mais qui agit à titre de curé à Longueuil. Durant ce mandat, il seconde Mgr Denaut dans l'administration du diocèse, il remanie le rituel ecclésiastique et combat les tentatives du lieutenant-gouverneur Milnes et du procureur général Sewell dont les intentions sont d'asservir l'évêque de Québec, de lui enlever de son autorité et de son autonomie (Chaussé, 1980: 47-48).

La mort de Mgr Denaut en 1806 permet à Lartigue de réaliser son rêve, devenir un sulpicien, d'avoir "une vie plus calme, plus solitaire, plus recueillie" (Chaussé, 1980: 53). De 1806 à 1820, il remplit plusieurs missions importantes pour le compte des sulpiciens. Celle de 1819 s'avère être la plus importante. Le supérieur du séminaire de Saint-Sulpice, l'abbé Roux, lui demande de se rendre à Londres pour défendre les intérêts de la communauté. Les Sulpiciens possèdent en effet la seigneurie de l'Île-de-Montréal, du Lac-des-Deux-Montagnes et de Saint-Sulpice (Dictionnaire biographique du Canada, Tome VII: 526). Ces possessions sont convoitées autant par les autorités civiles que par certains juristes et le gouverneur lui-même émet des doutes quant à la légalité des titres de propriété. Il voyage avec Mgr Plessis, l'évêque de Québec, qui se rend à Londres pour demander, entre autre, la division du diocèse, le Bas-Canada est alors administré par un seul évêque. Arrivé à Londres, Lartigue est confronté à un désintéressement de la part des autorités britanniques mais il parvient néanmoins à faire reporter la saisie des biens du séminaire. En outre, son voyage avec Mgr Plessis a des conséquences majeures pour sa carrière. En effet, l'évêque de Québec désire le nommer évêque coadjuteur de Montréal, ce que Lartigue ne souhaite aucunement. Il appréhende la réaction de son supérieur qui désire conserver son autorité spirituelle et morale sur le district de Montréal. Lartigue résiste à Mgr Plessis, lui signalant que seul un ordre formel du pape pourrait le contraindre à accepter le poste, ce qui est fait en 1820. À partir de cette date et jusqu'à la mort de Roux en 1834, Lartigue est en perpétuel conflit avec les Sulpiciens. Il est bon de préciser qu'il est le premier évêque coadjuteur à résider à Montréal, d'où ce conflit avec les Sulpiciens.

Jusqu'en 1829, Lartigue entretient de bonne relation avec le parti patriote. Il manifeste un intérêt évident pour leurs luttes et leurs objectifs. D'ailleurs, en 1822, il appui la politique des Patriotes qui dénonce le projet visant à unir les deux Canadas. Par contre, cet appui n'est pas sans désintéressement car le projet de loi veut contraindre le clergé du Bas-Canada à accepter l'autorité du roi britannique et non plus celle du pape. La raison du conflit entre Lartigue et le parti patriote prend sa source dans la conception de l'éducation, il souhaite l'indépendance de l'Église face aux pouvoirs politiques. Pour Lartigue, l'éducation est la responsabilité de l'Église et non de l'État alors que pour les leaders du parti patriote, le clergé est inapte à instruite le peuple, il est responsable de la déchéance de l'éducation par ses idées archaïques. Selon eux, le clergé cherche à maintenir le peuple dans l'ignorance et ainsi garder le contrôle sur lui. En 1831, avec la Loi sur les Fabriques, le schisme entre les Patriotes et le clergé est consommé. Selon Lartigue, il s'agit d'un moyen pour miner l'autorité du clergé sur le peuple. Suite à l'Assemblée de Saint-Charles (23 octobre 1837), Lartigue fustige l'action des leaders patriotes qu'il juge trop radicaux et dont l'action prônée par eux ne peut qu'avoir des conséquences néfastes. Il appelle à une soumission totale à l'autorité en place et condamne la violence. Après la révolte de 1837-38, il refuse d'absoudre ceux ayant pris part au conflit et refuse également une sépulture chrétienne aux combattants mort au front. Il suit une politique de soumission au pouvoir britannique, une procédure qui permet à l'Église d'accaparer le pouvoir laisser vacant par la fuite ou la mort des principaux leaders patriotes. Un pouvoir qu'elle ne devait perdre qu'avec le Révolution tranquille cent vingt ans plus tard.

Yvan Moreau


CHAUSSÉ, Gilles, Jean-Jacques Lartigue, premier évêque de Montréal, Montréal, Fides, 1980, 275p.

Dictionnaire biographique du Canada, Tome VII: 525-530.

IPPERSIEL, Fernand, Les cousins ennemis : Louis-Joseph Papineau et Jean-Jacques Lartigue : essai, Montréal, Guérin Littérature, 1990, 254p.
 

Recherche parmi 15772 individus impliqués dans les rébellions de 1837-1838.

 



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