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Les Patriotes de 1837@1838 - Chester New, "The Rebellion of 1837 in its Large Setting", <i>Société historique du Canada. Rapport de l'assemblée annuelle</i>, no. 18 (1937): 5-17.
 HISTORIOGRAPHIE 
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Chester New, "The Rebellion of 1837 in its Large Setting", Société historique du Canada. Rapport de l'assemblée annuelle, no. 18 (1937): 5-17.
Article diffusé depuis le 29 décembre 2000
 




Ce classique de la littérature historique demeure fort éclairant bien que publié depuis des décennies. Le professeur New, de l'Université de Toronto est un spécialiste des relations avec l'Empire et en particulier l'auteur de nombreuses études sur Durham et le Rapport Durham (voir bibliographie). Dans cette conférence il se prête à une mise en contexte des Rébellions vues sous l'angle des relations avec la métropole britannique. Il y présente brièvement le fonctionnement de l'administration coloniale et montre l'intérêt qu'avaient les rebelles eux-mêmes pour tout ce qui regardait le contexte métropolitain.


Chester New, "The Rebellion of 1837 in its Large Setting", Société historique du Canada. Rapport de l'assemblée annuelle, no. 18 (1937): 5-17. tiré du site de l'Université de York (Toronto)

http://www.yorku.ca/research/cha/html/bilingue/addresses/1937.htm

LA RÉBELLION DE 1837 DANS UN PLUS VASTE CONTEXTE
Traduit avec www.DeepL.com/Translator  (version gratuite)

Discours présidentiel prononcé par CHESTER W. NEW

En réfléchissant à un sujet pour cette occasion, je me suis trouvé confronté dès le départ à cette question : Dans quelle mesure est-il justifié, dans un discours présidentiel, d'énoncer des convictions purement individuelles qui peuvent susciter la controverse et suggérer une rupture avec la tradition ? Ma conviction la plus forte en ce qui concerne l'étude et l'enseignement de l'histoire au Canada à l'heure actuelle est que l'on accorde trop d'importance à l'histoire du Canada. Du côté de la recherche, les raisons de cet excès d'importance peuvent être facilement discernées. L'histoire du Canada n'a pas encore été élaborée de façon aussi satisfaisante que celle d'autres nations et le matériel nécessaire est à portée de main ; ces faits constituent un défi au travail productif. Ces faits constituent un défi pour le travail productif, mais il ne faut pas leur permettre de contrecarrer et de paralyser l'intérêt du peuple canadien pour ce monde plus vaste dont nous sommes issus. Une meilleure compréhension par les Canadiens de l'histoire de ce grand monde est trop essentielle au développement d'une vie nationale aux vues larges et de toute culture digne de ce nom pour être négligée, soit à cause des exigences de la recherche d'une part, soit à cause de l'appel d'un patriotisme à courte vue d'autre part. À ce stade de formation de notre culture nationale, il y a sûrement plus de patriotisme à servir en essayant de sauver la pensée de notre peuple de son provincialisme, de son isolationnisme et des aspects les plus grossiers de son matérialisme, qu'en concentrant son attention sur l'histoire purement canadienne. J'espère au moins ne pas commettre de trahison en exprimant l'espoir qu'un jour, soit dans cette association, soit dans une autre, nous pourrons fournir à la fois un centre de documentation et une source d'inspiration à tous les Canadiens qui s'intéressent à l'histoire ancienne, médiévale ou moderne, européenne, britannique ou américaine, politique, sociale ou intellectuelle.

En attendant, le sujet abordé dans le discours présidentiel de la Société historique du Canada devrait être un sujet canadien. Cette année, nous avons centré notre programme sur la Rébellion de 1837, dont c'est le centenaire. J'ai choisi mon sujet par rapport à cette rébellion, sous l'influence d'une considération qui a quelque rapport avec la conviction que je viens d'exprimer. Il est également souhaitable que l'histoire de notre propre pays soit développée à la lumière de ce monde plus vaste. Dans l'ensemble, l'histoire du Canada a été trop souvent écrite comme s'il s'agissait d'une affaire très privée, comme si, à l'instar de Topsy, nous venions de "grandir", et comme si ce processus élémentaire mais inexplicable s'était déroulé dans un vide canadien autonome et hermétique. Je ne veux pas dire que d'autres n'ont pas saisi ce point de vue et n'ont pas fait quelque chose dans ce sens, mais j'insiste sur le fait qu'aucun d'entre nous n'en a encore fait assez, et que chaque pouce de notre histoire nationale doit être réécrit à la lumière d'une connaissance plus complète de ce monde plus vaste sur les avant-postes occidentaux duquel nous sommes devenus ce que nous sommes. J'ai donc choisi comme sujet "La rébellion de 1837 dans son contexte plus large".

Je ne considérerai rien de plus lointain que les révolutions américaine et française. Je me contenterai de mentionner l'effet indirect de la Révolution américaine sur la situation canadienne dans les années trente, par son influence sur l'Acte de Québec et la colonisation loyaliste du Haut-Canada. Il est certain que la Révolution américaine a fait beaucoup pour créer cet alignement des forces constitutionnelles, politiques et sociales dans le Haut et le Bas-Canada qui a donné lieu à la rébellion de 1837. On ne peut comprendre les débuts de l'histoire d'aucune des deux provinces sans une compréhension claire et même détaillée de la vie et des institutions des colons américains, des enjeux entre les gouvernements britannique et colonial, et du développement du loyalisme dans les colonies avant qu'il n'émigre au Haut-Canada. La démocratie n'était pas un mot populaire dans le territoire britannique au cours de la période précédant la rébellion et d'autres termes étaient employés, mais cela ne change rien à la force des institutions, des traditions et des sentiments démocratiques que les loyalistes ont apportés avec eux, les loyalistes du Haut-Canada appartenant particulièrement à ce qu'on peut appeler la démocratie du loyalisme. Et, malgré tout leur sentiment d'appartenance à la Grande-Bretagne, leur insistance sur une bonne dose d'autonomie gouvernementale et leur soif d'en avoir plus étaient parfois tout aussi fortes. Ils ont été les premiers à apporter dans cette province les forces qui allaient favoriser la rébellion ainsi que celles qui allaient la décourager, tout comme leurs descendants se trouvaient dans les rangs des chefs radicaux et des chefs conservateurs. Quant à l'influence de la Révolution sur la politique coloniale britannique, il peut suffire de noter que c'est de la rébellion canadienne de 1837 et non de la Révolution américaine que la Grande-Bretagne a tiré ses grandes leçons en matière de politique coloniale ; et que le résultat de la Révolution a été un resserrement de son traitement des colonie.
On est parfois tenté de penser que la Rébellion de 1837 est la Révolution américaine dans les colonies canadiennes. Il est certain qu'une grande partie de l'histoire pré-révolutionnaire des colonies américaines s'est répétée dans les Canadas des années 20 et 30 du siècle suivant. Comme je l'ai résumé ailleurs, ces facteurs sont les suivants:

Un exécutif anglais en conflit avec les assemblées coloniales, des gouverneurs bien intentionnés bloqués par des instructions de Londres qui étaient le résultat de l'ignorance plutôt que de la tyrannie, des législateurs coloniaux de plus en plus irrités par les restrictions imposées par l'étranger à leur législation, l'Assemblée cherchant à obtenir ce qu'elle veut en contrôlant les crédits, les conflits au sujet d'une liste civile proposée, le refus de voter des fournitures, l'importance exagérée et les ambitions indisciplinées de démagogues qui s'érigeaient en tribuns du peuple - voilà les éléments essentiels de la guerre politique à l'époque coloniale sur le littoral de l'Atlantique, et on les retrouve dans l'histoire des Canadas.

Dans les rébellions canadiennes comme dans la Révolution américaine, il y avait un nationalisme naissant qui brisait les chaînes qui allaient le lier, le désir qu'un peuple détermine sa propre destinée. Personne ne peut lire les journaux radicaux des deux Canadas dans les années trente sans ressentir cette force. Et quand la rébellion est arrivée, les slogans de la Révolution américaine tels que "pas d'utilisation de l'argent du peuple sans son consentement" ont été mis au premier plan, un boycott des produits britanniques (dans les deux provinces) a précédé le recours aux armes, et le vocabulaire de la Révolution américaine a été repris dans la terminologie des "comités de vigilance", des "comités de sécurité publique", des "comités de correspondance" et des "Sons of Liberty". Il s'agissait sans doute en grande partie d'une imitation délibérée, adoptée sous l'impulsion du moment, mais les années précédentes ont montré à l'envi que, chaque fois que le mécontentement atteignait son point culminant, le souvenir de la lutte pour la liberté menée par les hommes épris de liberté du continent américain revenait en tête des hommes au Canada. Dans toutes les protestations marquantes de l'époque dans les deux provinces, les allusions à la Révolution américaine étaient fréquentes, et elles revenaient encore l'année précédant la rébellion dans une lettre de Papineau à Bidwell, que ce dernier déposa devant l'assemblée du Haut-Canada.

Pour ce qui est de la Révolution française, j'omettrai l'effet indirect sur le Canada de la libération en Europe des forces du nationalisme et de la démocratie, les deux grandes forces de la rébellion canadienne, et je me limiterai aux influences directes. Il est, bien sûr, facile de discerner le résultat négatif de la Révolution française dans l'antagonisme à tout ce qu'elle représentait, d'un clergé ultramontain extrêmement influent au Canada français. Mais il y avait des politiciens canadiens-français qui avaient assez peu de sympathie réelle avec le clergé, et qui étaient profondément imprégnés des doctrines de la Révolution française. Ce sont ces hommes qui ont créé la rébellion de 1837. L'influence exercée sur l'esprit de Louis Joseph Papineau par la Révolution française et par les écrivains qui l'ont précédée et, dans une large mesure, créée, est un sujet que les biographes de Papineau ont réussi à éviter presque entièrement. Mais l'un d'entre eux a déclaré qu'il avait été nourri des enseignements de Rousseau. Sir Thomas Chapais, en parlant des lieutenants politiques de Papineau, les accuse "d'avoir trop souvent charmé leurs loisirs avec les pires ouvrages des écrivains impies du XVIIIe siècle". Les opinions religieuses et politiques de Papineau semblent avoir été formées sous l'influence de la Révolution française. Apparemment, il était plus déiste que catholique. L'Église du Bas-Canada n'a jamais pu se sentir tout à fait à l'aise à l'égard de Papineau et de certains de ses collègues, mais d'un autre côté, elle était extrêmement favorable, en fait dévouée, à la défense par Papineau des institutions canadiennes-françaises et de l'intégrité raciale, et à sa défense du bon vieux régime social et économique contre les incursions du mercantilisme et des idées de progrès anglo-saxonnes. Même la démocratie, que l'Église aurait autrement considérée comme un anathème, s'est révélée un instrument puissant pour la réalisation de ces objectifs religieux, sociaux et économiques fondamentaux. Ces objectifs semblaient trop importants, et l'Église et Papineau étaient tous deux trop puissants pour se permettre de s'opposer l'un à l'autre au début. Mais le clivage créé par la Révolution française était là et lorsque, au début des années trente, les troubles et les tensions dans le Bas-Canada se sont aggravés, et que Papineau et ses lieutenants sont devenus plus démocratiques et plus anticléricaux, ce clivage est devenu plus apparent. En 1831, lors de la controverse sur les fabriques, ces hommes ont tenté de porter leur démocratie dans le gouvernement de l'Église elle-même, et pour le moment, le clergé catholique a formé une étrange alliance avec les presbytériens de la Clique du Château pour combattre les chefs démocratiques de l'assemblée.

Selon les termes de l'un des champions de cette alliance lors du débat houleux qui s'ensuivit, "les mêmes individus qui ont cherché pendant longtemps à saper la constitution et à introduire des principes démocratiques et républicains ont maintenant levé la main contre l'autel".

L'Église craint aussi bien un nationalisme extrême qu'une démocratie extrême. Le traitement généreux que lui accorde le gouvernement britannique et la crainte de l'américanisme lui font appréhender toute suggestion d'un Canada français indépendant. Le clergé était assez perspicace pour se rendre compte que si le lien britannique était coupé, aucune nation canadienne ne pourrait rester longtemps réellement indépendante des États-Unis, même si elle pouvait rester nominalement indépendante. L'américanisme des quatre-vingt-douze résolutions de 1834 creuse la brèche entre Papineau et l'Église. Lorsque l'agitation violente a commencé au printemps de l'année de la rébellion, l'Église a pris carrément position contre les chefs d'assemblée. Lors de l'assemblée tenue à l'été 1837, dans un contexte de forage et d'infractions mineures à la loi, certaines des déclarations de Papineau, de Wolfred Nelson et d'autres orateurs enflammés étaient violemment anticléricales et plusieurs d'entre elles trahissaient une connaissance directe de la philosophie politique de Rousseau et de la Révolution française. En revanche, il n'y a pas une trace de la théorie démocratique britannique de Bentham. Lorsque la rébellion éclate, l'Église catholique est de loin le facteur répressif le plus puissant. Elle a sauvé la situation pour la domination britannique et les formes de gouvernement britanniques. Tout comme dans le Haut-Canada la plus forte force loyaliste qui a contrecarré la rébellion, le loyalisme des U.E.L., provenait de la Révolution américaine, dans le Bas-Canada elle émanait de la Révolution française. Pour bien comprendre pourquoi les forces négatives de 1837 étaient tellement plus fortes que les forces positives, il faut remonter aux grands courants de l'histoire mondiale et au XVIIIe siècle.

Mais je m'intéresse davantage aux influences provenant du monde extérieur dans les années qui ont précédé immédiatement les rébellions canadiennes. Les années 1830 s'ouvrent en Europe par une série de révolutions, plusieurs en 1830, et d'autres en 1832 et 1833. L'influence directe de ces révolutions continentales sur le Canada a été assez faible, mais pour l'ensemble du monde occidental, la décennie des années trente a été une période d'agitation. Ces révolutions européennes ont influencé le Canada principalement par l'intermédiaire de la Grande-Bretagne. En effet, la Grande-Bretagne a elle aussi connu sa révolution au début des années trente, une révolution de type typiquement britannique, réalisée non pas par les barricades et les baïonnettes, mais par le processus normal de la loi. Le Reform Bill de 1832 a finalement délogé l'oligarchie et placé le peuple britannique sur la voie royale de la démocratie. L'influence sur la situation britannique de la révolution de juillet en France peut être facilement exagérée, car il y avait des éléments autochtones de révolte qui prenaient de l'ampleur en Grande-Bretagne dans les premiers mois de 1830, mais la révolution outre-Manche a sans aucun doute été l'occasion de la crise en Grande-Bretagne qui a abouti au Reform Bill.

Je voudrais revenir un instant en arrière et souligner l'influence sur la politique coloniale d'une situation politique changeante en Grande-Bretagne avant le Reform Bill. Depuis la mort de Castlereagh en 1822, le vieux toryisme était une force en déclin au sein du parti tory et le libéralisme des Canningites faisait des progrès significatifs ; mais avec le ministère des Colonies entre les mains de Bathurst, il y eut peu de changement dans l'attitude envers le Canada jusqu'en 1827 quand, après la retraite de Lord Liverpool, les vieux tories refusèrent de suivre Canning et les plus libéraux des Whigs se rallièrent à son soutien. Le remaniement ministériel amena Huskisson, un libéral prononcé, au ministère des Colonies, et comme il était un tory libéral, il y resta après la dissolution de la coalition et la formation d'un gouvernement tory. Ainsi, en 1828, nous avons un comité présidé par Huskisson qui étudie les problèmes politiques du Canada pour la première fois dans un esprit libéral et dans une perspective hautement politique. Si l'on tient compte du fait qu'à cette époque, personne n'avait encore pensé à ce que nous appelons le gouvernement responsable, on est porté à croire que les recommandations de ce comité de 1828 étaient presque les meilleures qui pouvaient être faites. Après la chute des conservateurs, elles sont devenues un guide général de la politique britannique à l'égard du Canada et le fait que plusieurs d'entre elles aient été mises en application avant la rébellion de 1837 a beaucoup contribué à améliorer la situation. Mais elles ne sont pas adoptées immédiatement. Huskisson ne travaille pas facilement avec d'autres hommes, et le duc de Wellington ne veut pas avoir deux commandants en chef dans son cabinet. Ainsi, à la première bonne occasion, Huskisson est mis à l'écart. Pour l'instant, la recommandation sur le Canada le suivit et la politique coloniale revint à l'ancien toryisme.

Lorsque les Whigs sont arrivés en 1830, c'était dans des circonstances qui les ont forcés à adopter une politique libérale en Grande-Bretagne qui, pendant un certain temps, a été abandonnée au Canada. Le sous-secrétaire de Goderich à l'Office des colonies était Lord Howick, qui, en tant que troisième comte Grey, devait seize ans plus tard établir au Canada le nouveau système de gouvernement responsable issu de la rébellion et du rapport de Lord Durham. En 1830, il dirigeait déjà depuis peu le ministère des Colonies et il a immédiatement instauré une politique libérale et généreuse à l'égard du Canada qui, pour les esprits les plus sombres d'ici, n'était rien de moins qu'une révélation. Papineau est nommé au conseil exécutif, bien qu'il refuse d'agir. On offrit aux assemblées canadiennes le contrôle de tous les revenus provinciaux, à l'exception des revenus occasionnels et territoriaux, en échange d'une liste civile très limitée et raisonnable, et lorsque l'assemblée du Bas-Canada refusa l'offre à cette condition, l'Acte Howick de 1831 leur donna ces revenus sans condition. Mais juste à ce moment-là, un changement dans le cabinet britannique a fait de Stanley le secrétaire colonial, et Stanley était le membre le plus conservateur de l'administration Grey. Il avait causé des problèmes en Irlande, en tant que secrétaire irlandais, et maintenant il était déplacé vers les colonies où, du point de vue britannique de l'époque, les problèmes ne seraient pas si importants. O'Connell a déclaré que Stanley avait accompli quelque chose en Irlande qu'aucun autre homme n'avait été capable d'accomplir. Il avait enfin uni tous les Irlandais dans un sentiment commun. Ce sentiment était un sentiment d'antipathie envers lui-même. Stanley était maintenant secrétaire d'Etat aux colonies et Howick sous-secrétaire aux colonies ! Les deux étaient comme l'huile et l'eau. En quelques semaines, Howick a démissionné. Stanley, laissé en charge des colonies, sans Howick pour le déranger, endurcit rapidement le cœur des libéraux canadiens dans les deux provinces. Sa réintégration d'Hagerman fait passer Mackenzie de l'espoir au désespoir. Stanley était sur le point d'amender la loi Howick de 1831, Roebuck, le principal conseiller anglais de Papineau, suggérait déjà une rébellion, - et puis, au milieu d'un discours de Lord John Russell sur l'Irlande, Stanley a écrit sur un bout de papier, "Johnny a renversé le carrosse", l'a passé à Graham, et en quelques jours Stanley et Graham avaient quitté le ministère et le parti Whig pour toujours. Une crise au Canada fut évitée, car Spring Rice, qui succéda à Stanley comme secrétaire colonial, refusa de procéder à l'abrogation de l'Acte de 1831 et initia une politique conciliante. Roebuck conseille à Papineau de modifier son attitude récalcitrante. Spring Rice reste en fonction pendant six mois, les Tories reviennent au pouvoir pendant cinq mois avec Aberdeen au ministère des Colonies, et en avril 1835, les Whigs reviennent au pouvoir et Lord Glenelg est secrétaire colonial pendant l'année et demie environ qui précède les rébellions canadiennes.

Lord Glenelg a souffert indûment aux mains de ses contemporains et des historiens. La réputation de beaucoup d'hommes a été entachée par une habitude particulière et Glenelg avait la fâcheuse habitude de s'endormir aux moments les plus inopportuns. Lorsqu'il se passait quelque chose de très intéressant, on jetait un coup d'œil autour de soi et on découvrait que Glenelg était endormi. Dans un journal manuscrit auquel j'ai eu accès en Angleterre, je suis tombé sur l'entrée suivante concernant le couronnement de la reine Victoria : "Lord Glenelg était assis à côté de moi au couronnement. Au milieu de la cérémonie, il s'est endormi et sa couronne s'est détachée et a disparu par une ouverture sous son siège, tombant parmi les tombes sous l'abbaye."

Cette habitude de s'endormir partout et n'importe où a naturellement conduit à la supposition que la politique coloniale dans les mains du Lord Glenelg endormi était une politique dodue, mais dans l'esprit des politiciens anglais, une politique coloniale dodue n'avait pas beaucoup d'importance - avant la rébellion de 1837. Après la rébellion canadienne, elle est devenue très importante et Lord Glenelg a dû se retirer du gouvernement avec ses siestes, pour ne plus jamais y revenir. James Stephen, qui est devenu sous-secrétaire permanent au ministère des Colonies l'année précédant la rébellion, qui était le "M. Mother Country" du célèbre sketch de Charles Buller, et qui a vu tant de secrétaires coloniaux aller et venir, a déclaré que de tous, aucun n'accordait autant d'attention aux affaires des colonies que Lord Glenelg, qu'aucun n'était plus minutieux dans l'étude et la préparation des dépêches et l'élaboration des mesures. Cela suggère que Glenelg a peut-être dû rattraper, lors des couronnements et ailleurs, le sommeil qu'il avait perdu pendant les heures après minuit à réfléchir aux problèmes de l'Empire lointain. Mais quoi qu'on en dise, et que ses politiques soient celles de Glenelg ou de "Monsieur Mère Patrie", l'administration coloniale de Lord Glenelg était, malgré sa conciliation et ses bonnes intentions, trop irrésolue et trop ambiguë pour freiner les extrémistes canadiens dans leur course à la rébellion.

Mais les forces qui créaient une nouvelle Angleterre à cette époque opéraient sous la pression de personnes extérieures aux partis tory et whig, à la classe dirigeante. Ce qui était essentiellement un grand mouvement pour la démocratie (bien que le mot "démocratie" ait été évité) faisait son chemin, accompagné du mouvement économique que nous appelons la révolution industrielle et d'un formidable développement de l'éducation parmi les classes moyennes et inférieures, chacun de ces trois facteurs réagissant continuellement sur les autres et les accélérant. C'était une époque où l'humanité était en marche de manière prééminente. Les vieilles choses de l'Angleterre disparaissaient, tout devenait nouveau. La série de réformes réalisées au cours des dix années qui ont précédé 1837 a été, relativement parlant, la plus frappante de l'histoire britannique. Elles sont trop connues pour que je les raconte ici. Pendant tout ce temps, les partisans de la démocratie se sont appelés indifféremment Radicaux et Réformateurs, et parfois Réformateurs radicaux.

Cette révolution pacifique qui s'est produite en Grande-Bretagne au cours des dix années précédant 1837 a influencé le développement politique du Canada, grosso modo, par trois voies : les idées et les perspectives politiques des milliers de personnes qui sont passées d'un pays à l'autre au cours de cette grande période d'émigration de la Grande-Bretagne vers le Canada, le fait de rapporter de diverses façons à la nouvelle Grande-Bretagne les faits et gestes de la vieille Grande-Bretagne, et l'influence directe et les conseils des chefs radicaux, en particulier Hume et Roebuck.

Parmi les milliers de personnes qui sont parties au Canada - 8 000 en 1825, 30 000 en 1830, 66 000 en 1832 - peu ont laissé des traces de ce qu'elles pensaient de la politique et de la démocratie, mais je pense que nous pouvons tirer certaines conclusions sans risque. La plupart d'entre eux venaient des classes inférieures, ils étaient sortis avec un minimum d'éducation, et nous ne devons pas supposer une compréhension élaborée des théories politiques. En d'autres termes, nous ne trouverons pas leurs pensées dans des livres comme le Radicalisme philosophique d'Halévy, mais plutôt dans cette simple démocratie pratique que l'on rencontre dans les Passages in the Life of a Radical de Bamford, dans l'autobiographie de Lovett et dans Fifty Years of an Agitator's Life de Holyoake. Bien sûr, seuls quelques-uns d'entre eux sont allés aussi loin dans la démocratie que les auteurs de classe inférieure de ces livres, mais les idées générales auxquelles ils font référence sont largement répandues. À la suggestion que beaucoup d'entre eux ne pensaient guère à la politique et à la démocratie, je répondrai que la politique et le développement pratique des aspirations démocratiques électrisaient toute la vie de l'Angleterre à cette époque marquée par les prêches de Cobbett selon lesquels les seuls espoirs des classes inférieures résidaient dans l'obtention d'une voix au gouvernement, les réunions de masse monstres adressées par l'orateur Hunt et d'autres, l'excitation causée par Peterloo en 1819, alors que l'Angleterre était au bord d'un soulèvement armé, la clameur autour du procès de la Reine, l'organisation nationale des Unions politiques, la lutte dramatique pour le projet de loi de réforme de 1832, la déception populaire que le projet de loi de réforme n'ait pas été suivi d'autres extensions de la démocratie, et l'agitation conséquente qui a culminé juste après la rébellion canadienne dans les manifestations du chartisme. C'était la période où, comme nulle part ailleurs, la classe inférieure de la Grande-Bretagne a déversé sa vie au Canada. Avec le projet de loi sur la réforme du début des années trente, la Grande-Bretagne a connu une révolution politique pacifique avec des suggestions de révolution armée constamment sur ses talons ; à la fin des années trente, après une décennie de troubles, les extrémistes suggéraient une révolution par la force physique. En 1837, les extrémistes du Canada ont organisé leur rébellion.

J'ai dit que ceux qui s'agitaient pour la démocratie en Angleterre dans ces années-là s'appelaient eux-mêmes des réformateurs. Les réformateurs ou les radicaux constituaient un troisième parti politique. Au Canada, à la même époque, les partis politiques se nommaient Réformateurs et Tories. Le terme Whig était rarement employé dans la politique canadienne. Personne au Canada ne pouvait vraiment être un Whig. La tête et le centre de ce parti en Angleterre étaient constitués d'un groupe de familles aristocratiques et de sang bleu étroitement marié. Comme l'a dit Charles Lamb, " Ces maudits Whigs sont tous cousins ". Aucun de ces cousins n'est venu au Canada.

Les réformateurs au Canada n'ont pas adopté le même programme politique que les réformateurs en Grande-Bretagne. L'extension du droit de vote n'était pas un objectif à atteindre, car au Canada, le droit de vote avait déjà un caractère démocratique. Mais les membres de l'assemblée ainsi élus se trouvaient contrariés par le fait qu'un conseil législatif oligarchique pouvait rejeter leurs mesures quand bon lui semblait et qu'un exécutif oligarchique administrait le gouvernement, quel que soit le résultat des élections. Les réformateurs canadiens ont trouvé dans cette oligarchie bon nombre des caractéristiques répréhensibles du gouvernement aristocratique qu'ils avaient appris à détester en Angleterre.

Mais certains éléments du programme radical britannique ont été adoptés au Canada. Pour les radicaux britanniques les plus perspicaces, le bulletin de vote était aussi important que l'extension du droit de vote. Des enquêtes menées à la veille du projet de loi sur la réforme ont permis de conclure que les dirigeants populaires préféreraient le scrutin et une franchise de vingt livres à une franchise de dix livres sans scrutin. En parcourant les manuscrits de Place au British Museum, j'ai constamment rencontré la conviction exprimée par Francis Place et par bon nombre de ses coadjuteurs que n'importe quel degré d'extension de la franchise ferait l'affaire tant que le bulletin de vote serait adopté. Ils devaient rechercher le bulletin de vote et tout s'y ajouterait. Le plus grand obstacle sur le chemin de la démocratie était le vote ouvert. En ce qui concerne les déclarations publiques, à l'exception de Grote, le défenseur le plus ardent et le plus persistant du scrutin était Roebuck, qui était en même temps l'un des deux principaux conseillers britanniques des radicaux canadiens. La demande de scrutin figure dans de nombreux manifestes des réformateurs canadiens. En 1835, un projet de loi sur le scrutin a été adopté par l'assemblée du Haut-Canada et rejeté par le conseil législatif. La nécessité du bulletin de vote au Canada peut être illustrée par le fait que dans le Patriot (organe tory de Toronto) du 1er juillet 1836, on a imprimé une liste de tous ceux qui avaient voté pour Draper, candidat tory, et ceux qui avaient voté pour Small, candidat réformiste, lors de l'élection de 1836 pour la législature. Pour rendre la liste doublement utile, l'adresse et la profession de chaque électeur de chaque côté étaient indiquées. Il faut ajouter, bien sûr, que le bulletin de vote était déjà utilisé aux États-Unis et qu'il y avait probablement une influence américaine aussi bien que britannique dans cette direction.

Un autre objectif des radicaux britanniques était le développement de l'éducation, et en particulier de l'éducation laïque. C'était aussi, bien sûr, un idéal américain. Mais lorsque nous passons de l'enseignement primaire aux collèges et aux universités, nous constatons que ces derniers étaient, aux États-Unis, des fondations religieuses avec un enseignement religieux. À l'époque, il n'y avait qu'une seule université dans le monde anglophone qui avait un caractère laïc. Il s'agissait de l'Université de Londres, fondée en 1826 par un groupe de whigs libéraux, dont le plus actif était Brougham, et de radicaux, dont le plus actif était Joseph Hume, qui était en correspondance constante avec les dirigeants réformistes du Haut-Canada. C'est pour une université laïque dans le Haut-Canada que les réformistes se sont battus contre Strachan et le Family Compact. Au cours des interminables débats sur cette question, on trouve au moins une référence occasionnelle à l'Université de Londres. L'abolition des critères de propriété pour les membres du Parlement, un autre article du programme radical en Grande-Bretagne, était l'une des mesures proposées par les réformistes du Haut-Canada.

Il est, bien sûr, difficile de dire quelle part de l'activité des réformateurs canadiens était due aux suggestions et aux conseils directs des dirigeants radicaux britanniques, mais je crois que ce facteur a été d'une importance considérable. Avant le projet de loi réformiste, le chef radical le plus remarquable au Parlement était Joseph Hume ; après 1832, Hume a partagé cette distinction avec John Arthur Roebuck. Et ce sont ces deux Anglais qui ont donné les avis, les conseils et les stimuli les plus constants aux chefs radicaux canadiens au cours de la période précédant la rébellion.

Hume est le "chien de garde du trésor" le plus persistant de l'histoire du XIXe siècle. Possédant une réelle capacité financière, il soumettait tous les crédits gouvernementaux à un examen impitoyable, mais il était particulièrement dur envers les pensions, les hauts salaires et les sinécures. À cet égard, il ne nous rappelle personne autant que William Lyon Mackenzie, pour qui il est devenu, au début des années trente, un guide, un conseiller et un ami. Mackenzie n'a peut-être pas eu besoin des encouragements de Hume pour se lancer dans sa carrière de chasseur de griefs, mais je ne doute pas qu'il considérait Hume comme un exemple brillant et une source constante d'encouragement. Joseph Hume, d'ailleurs, avait la langue bien pendue. Lorsqu'un membre aristocratique du Parlement a fait des remarques désobligeantes sur les antécédents familiaux de Hume, ce dernier a répondu : "Tout ce que je tiens à dire, c'est que si mon père était le premier gentilhomme de ma famille, le père de l'honorable gentleman était le dernier gentilhomme de la sienne".

John Arthur Roebuck était le petit-fils de l'un des grands hommes de la révolution industrielle sur le plan scientifique. Le fait qu'il ait passé son enfance et le début de sa vie d'homme dans le Bas-Canada n'a aucune incidence sur sa carrière ultérieure, si ce n'est qu'il s'est probablement intéressé davantage au sort du Canada. Il est certain qu'il ne s'est pas rendu compte que quelque chose n'allait pas dans le Bas-Canada tant qu'il y a vécu, et Roebuck n'avait rien de radical avant de retourner en Angleterre en 1824, de rencontrer James Mill et d'avaler les doctrines de Bentham dans leur intégralité. Contrairement à Hume, Roebuck était un doctrinaire qui voyait le remède à toutes choses dans la mise en pratique de la philosophie politique benthamienne. Et nous ne devons pas oublier que l'un des premiers ouvrages de Bentham avait été intitulé Emancipez vos colonies, que Francis Place et ses amis faisaient constamment réimprimer de nouvelles éditions de ce pamphlet, et que tout bon radical croyait que plus vite les colonies déclaraient leur indépendance, mieux c'était pour toutes les parties concernées. Roebuck était de loin le plus éloquent de tous les députés radicaux et le démocrate le plus intransigeant de tous. À une époque où le mot "démocratie" était encore évité, bien que la chose elle-même soit en bonne voie, Roebuck prenait plaisir à lancer le mot offensant dans les dents de la Chambre des communes. En 1835, il devient l'agent officiel à Londres de l'assemblée du Bas-Canada, mais bien avant cela, il avait établi des relations étroites avec Papineau et ses confrères. Hume correspond avec les chefs radicaux du Haut-Canada et s'occupe d'eux lorsqu'ils se rendent à Londres ; Roebuck fait de même pour les chefs du Bas-Canada.

La victoire de la démocratie britannique sur la Chambre des lords lors de la crise du Reform Bill de 1832 aiguise l'appétit des radicaux, et lorsque plusieurs mesures de réforme sont rejetées par les lords, ils soulèvent la question de la limitation permanente de cette Chambre. En 1835, Daniel O'Connell organisa une campagne de discours dans le nord de l'Angleterre en faveur d'une chambre des lords élective et Roebuck fit part d'un projet de loi visant à établir un veto suspensif similaire à celui des lords à l'heure actuelle. Au cours de l'été 1833, ces pensées étaient déjà dans l'esprit des dirigeants radicaux et, dans un éditorial du mois d'août, même le Times soulevait la question de savoir ce qu'il fallait faire avec les lords. Or, au Canada, dans une mesure beaucoup plus grande qu'en Angleterre, une chambre haute constituait un obstacle fondamental à la démocratie. Je n'ai trouvé aucune suggestion d'un conseil législatif électif au Canada avant cette année 1833. Mais cet été-là, deux hommes politiques canadiens influents, Viger et Mackenzie, étaient en Angleterre, en contact étroit avec Roebuck et Hume. Immédiatement après leur retour au Canada, nous entendons parler d'une chambre haute élective dans les deux provinces. La proposition a été faite à l'assemblée du Bas-Canada avant la fin de l'année, et lors de l'élection du Haut-Canada de l'année suivante, elle a été l'une des principales questions soulevées par les réformistes et une question test pour tous les candidats. S'exprimant plusieurs années plus tard à la Chambre des communes, Roebuck a déclaré que le conseil qu'il avait donné à l'origine aux chefs radicaux canadiens était d'essayer de se débarrasser complètement de leurs conseils législatifs, mais que ce conseil avait été modifié pour proposer des conseils électifs.

Comme les événements l'ont montré, cette proposition a mené tout droit à la rébellion. Papineau voulait un conseil électif ou rien. Le refus du gouvernement britannique de rendre le conseil législatif électif a été la principale cause du refus d'approvisionnement du Bas-Canada pendant les quatre années précédant la rébellion, et les résolutions Russell, qui prévoyaient un moyen arbitraire de financer le gouvernement sans les approvisionnements, ont précipité la rébellion dans les deux provinces.

Pour revenir à l'été 1833, - Mackenzie était en Angleterre depuis plus d'un an, vivant comme le compagnon de Hume, Roebuck et Francis Place dans une atmosphère saturée par le radicalisme britannique. Il s'était d'abord réjoui de l'ordre de Goderich (ou de Howick) de le laisser siéger à l'assemblée du Haut-Canada, et de la révocation, en raison de leur attitude récalcitrante, de Hagerman et de Boulton, qui avaient été les principaux responsables de son expulsion. Mais lorsque Stanley est devenu secrétaire colonial, qu'il a réintégré Hagerman et qu'il a généralement renversé la politique libérale de Goderich et de Howick, Mackenzie a développé un état d'esprit particulièrement réceptif aux propos de ses amis radicaux britanniques sur le désespoir d'attendre quoi que ce soit des Whigs aristocratiques et la nécessité pour les colonies de s'émanciper. En cherchant quelque chose de très différent, je suis tombé sur un passage des manuscrits de Place qui rapporte que Mackenzie avait déclaré à l'époque que si les Canadiens n'obtenaient pas ce qu'ils voulaient, ils feraient descendre le fleuve aux troupes britanniques, et qu'il était convaincu qu'une rébellion canadienne recevrait un soutien adéquat des États voisins de l'union américaine.

L'année suivante, Hume écrivit à Mackenzie sa lettre sur la "domination malsaine", qui est trop bien connue pour que je m'y attarde, sauf pour exprimer ma conviction que par "domination malsaine de la mère patrie", Hume entendait la domination britannique et que par "indépendance", il entendait exactement ce qu'il disait. Et ces choses étaient précisément ce que Mackenzie a dit dans un langage plus fort alors qu'il appelait le Haut-Canada à se rebeller en 1837. La même année, en 1834, Roebuck a écrit à un comité radical de Montréal que certaines choses devaient être tentées avant de recourir à un soulèvement armé.

Lorsque les résolutions Russell ont été présentées au Parlement britannique en mars 1837, les chefs radicaux, Molesworth, Roebuck et Hume, ont déclaré que l'argent des habitants du Bas-Canada devait être utilisé sans leur consentement, que la question était semblable à celle de l'invasion de l'île de Vancouver.

Les discours de Molesworth et de Roebuck étaient si forts qu'ils étaient pratiquement des incitations directes à la rébellion. Roebuck a tracé la voie que Papineau a suivie pendant l'été de cette année de rébellion et qu'O'Callaghan et les autres ont complétée à l'automne.

La relation suivante entre le chartisme et la rébellion canadienne est au moins intéressante. William Lovett, dans son autobiographie aujourd'hui plutôt obscure intitulée Life and Struggles in Pursuit of Bread, Knowledge and Freedom, décrit la formation de la London Workingmen's Association en juin 1836 et poursuit comme suit : "En février 1837, notre association a convoqué une réunion publique dans le but d'adresser une pétition au Parlement pour [les six points du chartisme]. La prière de cette pétition a constitué le noyau de la fameuse Charte du peuple, dont on peut dire qu'elle a vu le jour lors de cette réunion. . . . Lorsque Lord John Russell [quelques semaines plus tard] a proposé au Parlement ses infâmes résolutions pour la coercition des Canadas... notre association s'est indignée de l'attitude de ses membres. ... notre association s'est sentie indignée à ce sujet. Nous avons donc convoqué une réunion publique pour adresser une pétition au Parlement. . . . Un peu plus tard, notre association de travailleurs a envoyé l'"adresse au peuple canadien" suivante. Je n'en lirai que quelques phrases. "Amis sur le chemin de la liberté, frères sous l'oppression...". La liberté dans une blouse est plus qu'un match pour la tyrannie en armure. . . . Si la mère patrie ne rend pas justice à ses colonies, elle ne doit pas se sentir déçue de voir sa progéniture l'abandonner. ... . . Que vous trouviez encore le soleil de l'indépendance souriant sur vos villes en plein essor, vos ruelles joyeuses, vos forêts enchevêtrées et vos lacs gelés, c'est le souhait ardent des membres de l'Association des travailleurs. " À quoi Lovett ajoute que "cette adresse a été largement diffusée au Canada".

J'ai consacré tellement de temps à ces développements anglais que je dois me limiter à quelques minutes pour suggérer certaines des influences politiques américaines possibles sur les Canadas de la période pré-rébellion. Une influence claire et forte était celle de la séparation de l'Église et de l'État, y compris l'opposition à la subvention par l'État de toute entreprise religieuse, une conception nettement américaine. Tout au long de cette période, cette force luttait au Canada contre les traditions britanniques. Outre les restrictions à la démocratie, le plus grand grief dans le Haut-Canada était celui des réserves du clergé. Il est certain que la politique de ceux qui se sont rebellés, celle de la sécularisation des Réserves, était une politique américaine. La pratique américaine qui consiste à diriger le parti majoritaire à la législature à partir du fauteuil du président de l'assemblée est également apparente au Canada, comme en témoigne la domination de Papineau, président perpétuel de l'assemblée du Bas-Canada, et le fait que Bidwell, qui a été élu président de l'assemblée lorsque les réformistes étaient majoritaires, a été clairement reconnu pendant toute la période comme le chef des réformistes du Haut-Canada. Bien que les suggestions directes d'une chambre haute élective et du scrutin soient venues d'Angleterre, leur existence et leur fonctionnement aux États-Unis ont probablement été des facteurs stimulants pour ceux qui les ont préconisées. Parmi les sources de l'époque, on trouve ici et là des suggestions concernant l'élection des juges et des shérifs. Les radicaux suggéraient fréquemment la sélection des juges, des shérifs et des magistrats par la chambre représentative de la législature. Ces idées étaient clairement américaines. Mackenzie, O'Callaghan et le Dr Morrison, tous chefs de file de la rébellion lorsqu'elle a éclaté, ont parfois proposé l'élection de gouverneurs. Dans les mois précédant immédiatement la rébellion, Mackenzie a imprimé dans son journal des extraits de constitutions d'États américains, et le régime de gouvernement qu'il a proposé pour le Haut-Canada était entièrement modelé sur les formes américaines.

Bien que ces faits illustrent l'influence américaine sur les radicaux extrêmes du Haut-Canada, le groupe d'où émanait la rébellion, ils illustrent également l'impraticabilité totale des hommes qui ont lancé une rébellion dans cette province en 1837. Car de telles institutions américaines ne pourraient jamais être acceptées par la majorité de ses habitants. Le préjugé contre les Américains, émanant non seulement des Loyalistes mais aussi de l'attachement au lien britannique ressenti par les immigrants de Grande-Bretagne, était beaucoup trop fort. Toute suggestion américaine faisait le jeu des conservateurs et la presse conservatrice encourageait avec confiance le préjugé anti-américain. Incidemment, le Toronto Patriot recueillait tous les récits de lynchages, de scènes de foule et d'actes de violence qui pouvaient être recueillis dans toutes les parties de l'union américaine et les publiait semaine après semaine sous le titre "The Sovereign People".

La période précédant la rébellion était, bien sûr, celle de la démocratie jacksonienne aux États-Unis. Il n'est pas nécessaire de rappeler à ceux qui étudient l'histoire américaine ce jour, huit ans avant la rébellion canadienne, où cette horde hétéroclite venue des États périphériques de l'Union a envahi la capitale nationale, a improvisé l'assemblée générale de l'Union et s'est mise en route.

Ils sont venus pour inaugurer le règne de l'homme du peuple, pour célébrer l'élection à la présidence du héros de l'homme du peuple, la victoire du peuple sur les aristocrates, les bureaucrates, les banquiers et les grandes entreprises. Ils sont venus pour introniser un messie politique ; ils sont aussi venus pour les pains et les poissons. Car Andrew Jackson devait démettre de leurs fonctions tous les opposants politiques et récompenser tous les amis politiques. Le "système des dépouilles" devait être inauguré et tous ceux qui étaient intéressés par la ruée devaient être sur la sellette. Un peu plus tard, le Postmaster-General McLean a dit au président Jackson qu'il était opposé au licenciement de post-masters efficaces pour des raisons politiques uniquement. Jackson tire sur sa pipe pendant quelques minutes, s'approche de la fenêtre, regarde dehors, revient et dit : "M. McLean, acceptez-vous de siéger à la Cour suprême ?" McLean a accepté et les maîtres de poste sont partis. Les apologistes de Jackson ont fait remarquer que seulement 800 maîtres de poste ont été congédiés sur un total de 8 000 et que le massacre des titulaires de poste était loin d'être aussi important que celui, par exemple, qui a marqué l'élection de l'honnête Abe Lincoln. L'inauguration de Jackson n'était que le début de plus grandes choses.

Il est difficile de trouver des preuves de l'influence directe de la démocratie jacksonienne au Canada. Et il vaut peut-être la peine d'attirer l'attention sur le fait que la partie des États-Unis qui bordait directement le Haut-Canada s'est prononcée contre Jackson en 1832 et contre Van Buren en 1836. Mais l'émoi suscité par la démocratie jacksonienne a dû inévitablement stimuler l'agitation qui régnait déjà au Canada et accroître le mécontentement de l'homme du peuple face à l'insolence des privilèges et aux restrictions d'un gouvernement répressif et arbitraire. Les radicaux canadiens en sont venus à parler des banques à peu près comme Jackson. La frontière canadienne, comme la frontière américaine, était dans une certaine mesure opposée aux grandes entreprises de l'Est. Au Canada, en fait, c'était beaucoup plus à l'est, à Londres et non à Montréal. Les politiques des marchands montréalais qui s'appelaient eux-mêmes "le parti britannique" étaient façonnées dans une large mesure par les intérêts canadiens dans la métropole britannique.

Le " système des dépouilles " jacksonien a eu une influence marquée sur la politique canadienne, mais cette influence s'est surtout manifestée après la rébellion. L'utilisation du favoritisme à des fins politiques était, bien sûr, répandue dans le Family Compact et dans le système anglais des rotten-boroughs bien avant le règne de Jackson, mais la vue d'un changement massif de titulaires de charge à la suite d'une élection était un nouveau facteur qui a dû ajouter à l'impatience avec laquelle certains dans le Haut-Canada considéraient leur gouvernement. La première élection remportée par les réformistes du Haut-Canada après l'accession de Jackson aux États-Unis fut celle de 1834. Immédiatement, les réformistes ont commencé à créer autant de patronage que possible en contrôlant l'assemblée. Les gros butins étaient hors de leur portée, mais l'assemblée a créé un nombre incroyable de postes de commissaires, pratiquement tous occupés par des réformistes, et le plus grand nombre par des députés réformistes. Peter Perry, qui était le voisin de Bidwell à la tête du parti réformiste, a occupé six de ces postes de commissaire. Mais Peter Perry et la plupart de ces commissaires appartenaient aux réformistes modérés. Parmi les chefs de la rébellion, Duncombe et Gibson figurent sur la liste, mais le nom de Mackenzie n'apparaît pas, pas plus que ceux de Morrison ou de Lount. Mackenzie était honnêtement et profondément dégoûté.

J'ai beaucoup parlé de la démocratie parce que je suis convaincu que le sort des habitants des Canadas, il y a cent ans, était tout sauf malheureux par rapport au reste du monde, que leur condition économique et sociale était relativement heureuse et qu'elle n'aurait pas pu produire ou justifier une rébellion. Mais dans le monde dans lequel ils vivaient, ils ne pouvaient se satisfaire indéfiniment d'autre chose que du contrôle de leur gouvernement - c'est-à-dire de la démocratie. La démocratie à part entière a été établie au Canada à la suite de la rébellion, c'est-à-dire à la suite du rapport de Lord Durham, lui-même issu de la rébellion. La méthode par laquelle elle a été établie était le gouvernement responsable, mais je n'ai rien dit à ce sujet, car ce que nous appelons le gouvernement responsable n'était pas un facteur important dans la période précédant la rébellion et n'était certainement pas dans l'esprit des rebelles.

Mon but était de traiter des causes plutôt que des résultats, mais l'un des résultats de la rébellion canadienne a été le rapport de Lord Durham, et j'ai écrit ailleurs sur la place qu'il occupe dans l'histoire du monde en général : "Le rapport de Lord Durham est plus que la charte de la démocratie et de l'autonomie canadienne, la pierre angulaire de la première nation britannique au-delà des mers. C'est le grand tournant de l'histoire impériale britannique. C'est l'un des rares événements de l'histoire du monde dont on peut dire que c'est le début de quelque chose d'absolument nouveau sous le soleil. Lorsque le type unique d'empire qu'il a créé aura complètement accompli son destin, il sera temps de se risquer à une véritable estimation de son importance.

 

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