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Les Patriotes de 1837@1838 - Les Britanniques réclament l'Union des deux Canadas (1822). Tiré de <i>Histoire du Canada par les textes</i>
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Les Britanniques réclament l'Union des deux Canadas (1822). Tiré de Histoire du Canada par les textes
Article diffusé depuis le 20 mai 2000
 




La loi organique de 1791 n'avait jamais reçu l'approbation de la majorité des Britanniques établis dans le Bas-Canada. Ceux-ci n'avaient pas renoncé au rêve d'assimiler les Canadiens. Ils constataient avec alarme que la création du Bas-Canada avait fait naître dans l'esprit des anciens vaincus l'illusion qu'un jour viendrait où ils seraient seuls maîtres de la vie politique et économique du bassin du Saint-Laurent. Cette région importante commandait tout l'ouest du pays.

Déjà, un conflit avait éclaté entre les deux Canadas au sujet des droits de douanes qui revenaient à chacun d'eux. Au point de vue commercial, le Haut-Canada dépendait du Bas-Canada. Un projet de loi prévoyant l'union des deux Canadas fut présenté au Parlement de Westminster au cours de l'été de 1822. Ce plan causa une grande excitation dans la colonie. Papineau et Neilson se rendirent en Angleterre pour défendre le point de vue des Canadiens. Voyant que le moment n'était pas favorable, le ministère retira le projet d'une nouvelle loi constitutionnelle. Ce n'était que partie remise.

Nous reproduisons une pétition des Montréalais de langue anglaise, rédigée en décembre 1822 et signée par 1,452 habitants. Le Rapport sur les archives canadiennes de 1897 contient cette pétition (p. 33-37) et plusieurs autres documents (p. 1-46) se rapportant à cette affaire. Consulter Chapais, Cours d'histoire, 3: 108-144; D.G. Creighton, The Commercial Empire of the St. Lawrence, 1760-1850 (1937), où l'auteur étudie cette question en détail.

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... Les pétitionnaires de Sa Majesté représentent en toute humilité que la division de la ci-devant province de Québec en deux provinces doit être regardée comme une mesure des plus pernicieuses. A l'époque où la division eut lieu, plus de trente ans s'étaient écoulés depuis la conquête du pays par les armes de Votre Majesté; et nonobstant la générosité sans bornes dont on avait fait preuve à l'égard des vaincus, en leur reconnaissant leurs lois et leur religion, en les admettant à la participation au gouvernement et à tous les droits des sujets britanniques, et par de continuelles démonstrations de bontés à leur égard, nul progrès n'avait été fait vers aucun changement dans les principes, la langue, les coutumes et les manières qui les caractérisent comme un peuple étranger. D'après l'expérience du passé de même que par ce qu'on sait de l'effet de sentiments communs à l'humanité, on ne doit s'attendre à pareil changement tant qu'on permet au peuple conquis de régler exclusivement son propre gouvernement, et chérir et perpétuer les traits nationaux qu'il est de l'intérêt à la fois de la mère patrie et de la colonie de faire graduellement disparaître au moyen d'une union avec les co-sujets d'origine britannique.

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Pour cette raison, il semblait évidemment nécessaire, en formulant une nouvelle constitution de gouvernement, qu'on réglât la représentation de façon à assurer une juste et raisonnable influence aux sentiments et aux principes britanniques sur la conduite de la législature coloniale. Les mesures capables d'arriver à cette fin se trouvaient alors facilitées par l'augmentation de la population britannique qui avait eu lieu et par les établissements qu'avaient formés les loyalistes américains dans les régions supérieures de la ci-devant province de Québec; et grâce auxquels un corps suffisamment nombreux de personnes d'origine britannique aurait pu être introduit dans la législature coloniale sans offenser aucun principe de justice et certainement en stricte conformité des dictées d'une saine politique.

Eût-on à cette époque amené un pareil état de choses, ce à quoi la population canadienne-française s'attendait alors et aurait volontiers donné son adhésion, les pétitionnaires de Votre Majesté sont convaincus que la province serait aujourd'hui en toutes choses essentielles, une province anglaise.

... Sans l'union cette population gardera sa prépondérance dans le gouvernement du pays, et naturellement elle ne cessera pas d'elle-même d'être française. Son augmentation progressive sous la protection propice de la Grande-Bretagne amènerait donc nécessairement le résultat que l'on prévoit dans le cas où l'union ne se ferait pas. Et les pétitionnaires de Votre Majesté ne peuvent omettre de noter l'étendue excessive des droits politiques qui ont été conférés à cette population au détriment de ses co-sujets d'origine britannique; et ces droits politiques en même temps que le sentiment de sa croissance en force, ont déjà eu pour effet de faire naître dans l'imagination de plusieurs le rêve de l'existence d'une nation distincte sous le nom de "nation canadienne"; ce qui implique des prétentions qui ne sauraient être plus irréconciliables avec les droits de ses co-sujets qu'avec une juste subordination à la mère-patrie. Les pétitionnaires de Sa Majesté demandent respectueusement s'il y a lieu de persister dans un système de gouvernement qui a eu de pareils résultats, et qui, dans ses conséquences ultérieures, doit exposer la Grande-Bretagne à la mortification et à la honte d'avoir à grands frais élevé jusqu'à la maturité pour l'indépendance une colonie conquise sur l'étranger, pour la voir devenir l'alliée d'une nation étrangère et le préjudice des sujets-nés et de leurs descendants.

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... Il suit de la respective situation géographique des deux provinces, que le Haut-Canada est tout à fait dépendant du Bas-Canada pour les moyens de communiquer avec la mère-patrie et les autres pays. Ce n'est que par la voie du Bas-Canada que la province supérieure peut recevoir ce dont elle a besoin ou exporter les denrées qu'elle a de trop.

Le port de Québec est l'entrée commune. Ce port étant dans le Bas-Canada, les habitants du Haut-Canada ne peuvent entrer dans leur pays ni en sortir que tant que le permet le gouvernement du Bas-Canada... Tant que les provinces seront gouvernées par des législatures différentes, la tendance vers cette éventualité [l'union du Haut-Canada aux Etats-Unis] s'accentuera par l'effet de l'établissement de voies artificielles de communication pour lesquelles l'Etat de New-York a fait dernièrement d'énormes dépenses [construction du canal Erié commencée en 1817], et qui, dans le cas où le port de Québec deviendrait incommode pour le Haut-Canada, fourniraient à cette dernière province un moyen facile d'atteindre les ports maritimes des Etats-Unis; et elle sera d'autant portée à prendre cette direction que le Bas-Canada continuera à rester français. ... Les habitants français du Bas-Canada, aujourd'hui divisés de leurs co-sujets par leurs particularités et leurs préjugés nationaux, et évidemment animés de l'intention de devenir, grâce au présent état de choses, un peuple distinct, seraient graduellement assimilés à la population britannique des deux provinces et avec elle fondus en un peuple de caractère et de sentiment britanniques. Tout antagonisme d'intérêts et toute cause de différends entre les provinces seraient à jamais éteints... le lien qui unit la colonie à la mère-patrie se trouverait renforcé et la dépendance du Canada assurée à la mère-patrie d'une façon durable au grand avantage des deux pays.

Entièrement convaincus que ces biens importants et durables découleront d'une union des provinces, les pétitionnaires de Votre Majesté demandent humblement qu'il soit rendu un acte a l'effet d'unir les provinces du Haut et du Bas-Canada sous une même législature...

 


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