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Les Patriotes de 1837@1838 - LES RÉBELLIONS. Tiré de Gilles Bourque et Anne Légaré, <i>Le Québec. La question nationale</I> PCM/petite collection maspero, 1979
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LES RÉBELLIONS. Tiré de Gilles Bourque et Anne Légaré, Le Québec. La question nationale PCM/petite collection maspero, 1979
Article diffusé depuis le 20 mai 2000
 




Rappelons rapidement les faits. Les luttes s'exacerbent entre la petite bourgeoisie de l'Assemblée et la bourgeoisie appuyée aux Conseils par l'aristocratie et l'administration coloniale. La petite bourgeoisie utilise tous les faibles pouvoirs qui sont conférés à l'Assemblée pour bloquer l'administration de la colonie : refus de voter le budget et la liste civile. Son inaction contribue, au moins indirectement, à retarder les travaux nécessaires à l'amélioration de la canalisation du Saint-Laurent. Et ces travaux deviennent urgents par suite de la construction du canal Erié aux Etats-Unis, lequel permet aux produits américains des Etats limitrophes d'atteindre l'Atlantique sans passer par le Saint-Laurent. Bref, la petite bourgeoisie ne rate aucune occasion de s'attaquer à l'administration coloniale et à la bourgeoisie marchande. Ces dernières, appuyées par Londres, sont plus que jamais déterminées à en finir.

La petite bourgeoisie mobilise les campagnes d'autant plus facilement qu'une crise économique balaie le Bas-Canada (touchant surtout la région de Montréal en 1837, elle gagne celle de Québec en 1838). On tient de nombreuses assemblées. Un groupe paramilitaire, les Fils de la liberté, s'est organisé. Le ton monte et l'affrontement armé éclate, plus tôt que prévu, semble-t-il, par les leaders patriotes. Les révolutionnaires sont écrasés par l'armée en 1837. En 1838, une deuxième rébellion s'organise à partir des Etats-Unis où s'étaient réfugiés quelques leaders. Durant cette seconde phase, les révolutionnaires proclament l'indépendance du Bas-Canada, en même temps que les grands principes de la révolution démocratique bourgeoise (dont l'abolition du régime seigneurial). Mais cette deuxième tentative n'aura pas plus de succès. Et la répression s'abattit...

Là aussi, les interprétations du phénomène divergent radicalement. Quand l'historiographie n'a pas cherché à minimiser le phénomène, elle en a donné soit une interprétation unilatéralement nationaliste, soit une interprétation étroitement classiste (traitée sur un mode idéaliste). Dans ce dernier cas, l'historien Fernand Ouellet voit dans les rébellions un mouvement animé par les seuls intérêts égoïstes de la petite bourgeoisie. S'appuyant sur le fait que les patriotes ne se sont pas résolument opposés au régime seigneurial avant 1838, Ouellet soutient que ces derniers auraient voulu faire de la vallée du Saint-Laurent une sorte de société semi-féodale à la marge du développement capitaliste. Ces petits-bourgeois réactionnaires refusaient de s'intégrer à la société capitaliste ; selon l'historien, ils se sont livrés à une sorte de transfert psychologique, accusant les anglophones d'être responsables de leur retard, alors qu'ils auraient dû ne s'en prendre qu'à eux-mêmes. Timorés et tièdes, ils n'auraient d'ailleurs été que de piètres leaders, ce qui expliquerait en partie l'échec des rébellions.

Le mouvement, cela nous semble clair, est dirigé par la petite bourgeoisie (Fernand Ouellet a dénombré, parmi les leaders patriotes, 186 membres des professions libérales, 388 marchands généraux et aubergistes. Il note aussi la présence marginale de quelques petits entrepreneurs locaux.), appuyée par la paysannerie, contre la bourgeoisie marchande, l'aristocratie et l'administration coloniale. Cette constatation nous permet d'analyser le mouvement sous deux aspects: celui de la classe hégémonique et celui de l'alliance de classes.

La nature et l'échec des rébellions s'expliquent à partir du caractère de classe même de la petite bourgeoisie. Cette dernière est coincée entre le développement des rapports marchands et les rapports féodaux. Ses hésitations, les contradictions qu'elle manifeste sont typiques de la classe elle-même. La petite bourgeoisie, de par sa place dans les rapports sociaux, n'a pas et ne peut avoir de position absolument autonome. Dans un Etat capitaliste développé, elle oscille entre les positions de la bourgeoisie et les positions du prolétariat. Dans le contexte qui nous préoccupe, on ne peut guère, comme le fait l'historien Ouellet, lui demander d'affirmer un projet clair de développement du capitalisme. Elle oscille, au contraire, entre deux positions et deux " visions " de société, soit le maintien des seigneuries, soit le rêve de la petite propriété indépendante dans l'agriculture, comme aux Etats-Unis. Mais, dans les deux cas, on voit sourdre de façon plus ou moins claire le projet de développer l'agriculture en favorisant les transformations techniques, en développant les échanges marchands et, cas limite, en créant l'industrie à partir de l'agriculture. Le projet de société soutenu par la petite bourgeoisie n'est donc, à proprement parler, ni féodal ni capitaliste. Il reflète le rapport de cette petite bourgeoisie aux contradictions spécifiques du régime féodal et de l'univers marchand bas-canadien ; contradictions qu'elle remodèle à partir d'une vision petite-bourgeoise oscillant entre les deux pôles de l'équation féodale et renforçant (idéologiquement) l'indépendance relative, mais réelle, des censitaires au sein de ces rapports. L'exemple américain alimente bien sûr les rêves des petits-bourgeois québécois qui, soit comme seigneurs, soit comme paysans indépendants (ou comme producteurs indépendants de tous types), se voient plus ou moins clairement baigner dans un univers homogène de petite production pour le marché. Seule la place de cette petite bourgeoisie au sein des rapports de production permet d'expliquer l'hybridité d'un tel projet.

Certes, il y avait dans le mouvement certains éléments identifiables comme des bourgeois capitalistes. Il s'agit de petits entrepreneurs liés principalement au milieu rural et qui exploitent des petites brasseries, des moulins... Autour de ces intérêts apparaît l'idée de créer la Banque du peuple, qui permettrait de financer les projets économiques autochtones non appuyés par les banques contrôlées par les grands marchands et les spéculateurs fonciers (Stanley BRÉHAUT-RYESON, Le Capitalisme et la Confédération, Parti pris, Montréal, 1972.). Mais ces éléments sont peu nombreux, même si certains d'entre eux, comme Wolfred Nelson, ont animé la deuxième vague de la rébellion qui est devenue résolument antiféodale. On ne peut donc considérer les événements de 1837-1838 comme une révolution bourgeoise. Au contraire, même si nous admettons la présence de certains éléments d'un capitalisme embryonnaire, nous croyons que ces événements ont été placés sous la direction de la petite bourgeoisie. C'est d'ailleurs ce qui permet d'expliquer l'ambivalence même du mouvement et les hésitations des leaders. La petite bourgeoisie, en tant que classe, n'a été que très rarement bonne conseillère !

Contrairement à ce qui se produisit dans le Haut-Canada au milieu de conditions semblables, les rébellions bas-canadiennes posent la question nationale. En ce sens, on peut considérer les rébellions de 1837-1838 comme un mouvement de libération nationale. Les petits-bourgeois de l'Assemblée ont cru, jusqu'aux années 1830, que Londres arbitrerait en leur faveur. La métropole n'avait-elle pas, en 1774 et 1791, favorisé le particularisme francophone ? Mais les patriotes apprirent à leurs dépens que la conjoncture avait changé et que Londres n'encouragerait pas jusqu'à l'indépendance (même à l'intérieur de l'Empire) le particularisme francophone. Le colonialisme anglais se traduisit par la suite, de plus en plus clairement, comme un régime d'assimilation nationale. La politique anti-libérale qui mena à la répression armée s'accompagnait, au Bas-Canada, d'une politique d'assimilation. Un Bas-Canada français séparant le Haut-Canada de l'Atlantique et isolant la bourgeoisie de Montréal dans un univers francophone était proprement impensable. Le libéralisme passait par l'assimilation des autochtones. Voilà la logique inéluctable du colonialisme anglais. Les rébellions sont effectivement un phénomène de classe (comment auraient-elles pu ne pas l'être?) en ce que le mouvement est placé sous la direction de la petite bourgeoisie. Mais la petite bourgeoisie, soutenue sans équivoque par la paysannerie, mène un mouvement de libération nationale. Il s'agit d'une lutte anticolonialiste dans un contexte où ce colonialisme conduit une politique d'assimilation nationale.

Londres dépêche lord Durham pour trouver une solution politique au conflit réprimé dans le sang par l'armée coloniale dans le Haut comme dans le Bas-Canada. Durham, libéral et libre penseur, reconnaît la nécessité d'accorder un gouvernement responsable aux colonies canadiennes. Mais il juge qu'il serait inopportun d'accorder un Etat séparé à la majorité francophone. La nation française doit être assimilée, dans son intérêt même, par la nation anglaise plus progressiste (par définition). Il reprend donc à son compte la proposition de l'Union des deux Canadas, dont le but explicite est d'assimiler la nation française. Colonie de l'Angleterre, le Canada devait être anglais. Cela ne fait aucun doute pour lord Durham : "Je n'entretiens aucun doute au sujet du caractère national qui doit être donné au Bas-Canada ; ce doit être celui de l'Empire britannique, celui de la grande race qui doit, dans un laps de temps de courte durée, être prédominante sur tout le continent nord-américain (Le Rapport Durham, éd. Sainte-Marie, Montréal, 1969, p. 118.)"

Colonie et, à ce titre, sous-ensemble de la formation sociale nationale anglaise, c'est une nation anglaise qui devrait se former au Canada sous l'effet du développement du capitalisme. Ici comme ailleurs, la formation de la nation se fera au prix de l'oppression nationale. ...

 


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