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Les Patriotes de 1837@1838 - LETTRE DE LOUIS-VICTOR SICOTTE PUBLIÉE EN PREMIÈRE PAGE DE <i>LA MINERVE</i> LE JEUDI 16 FÉVRIER 1832
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LETTRE DE LOUIS-VICTOR SICOTTE PUBLIÉE EN PREMIÈRE PAGE DE LA MINERVE LE JEUDI 16 FÉVRIER 1832
Article diffusé depuis le 20 mai 2000
 




M. L'ÉDITEUR.

En examinant d'un œil attentif ce qui s'agite autour de nous, il est aise de se convaincre que notre pays se trouve dans des circonstances bien critiques et qu'il faudra peut-être une Révolution pour le mettre dans une situation plus naturelle et moins précaire. Une constitution à refaire, une nationalité à soutenir, voilà ce qui aujourd'hui occupe tous les Canadiens.

Depuis la Cession, les enfants du sol ont eu à se plaindre d'une classe privilégiée d'étrangers, qui accumule sur ses membres, les richesses et les honneurs; c'est la violation continuelle de ce grand principe du droit des gens, que chaque nation doit avoir la paisible jouissance de ses droits. D'abord peu instruits, ils gardèrent le silence et s'appliquèrent aux études constitutionnelles. Ils avaient à lutter contre les efforts d'un gouvernement injuste et contre ceux de ses amis qui regardaient l'ignorance comme le Palladium de leurs prétentions iniques. Devenus plus hardis, ils élevèrent la voix et demandèrent la constitution que leur accordaient les traités. On nous la donna imparfaite et vicieuse. Mais le parti anglais depuis 1763 s'efforçant d'avilir et d'assujettir les colons, la trouva sans défaut, parce qu'elle lui donnait accès à toutes les places, et en excluait les Canadiens. Si quelques fois notre horizon parut sous un jour meilleur, l'orage lui succéda bientôt grâce à l'activité de nos ennemis. Les gouverneurs entourés de conseillers perfides et intéressés, avec des intentions justes et bonnes, rarement pouvaient travailler au bonheur de la Colonie. L'éducation dont, avec raison, on craignait les effets ne fut pas encouragée et notre beau pays si susceptible d'améliorations resta stationnaire parce que la branche populaire trouva toujours une opposition constante dans la branche supérieure, uniquement composée d'Anglais.

En 1812, les Canadiens volèrent aux frontières pour la défense du pays et comme quelqu'un l'a déjà dit avec beaucoup d'esprit, tandis qu'ils taillaient des croupières aux Américains, les Anglais taillaient tranquillement leurs plumes dans les comptoirs et calomniaient auprès du Gouvernement ceux qui les sauvaient de l'invasion. En récompense des services rendus à Châteauguay on voulut, par le bill de l'Union, nous priver de nos institutions, de notre langue et de nos lois. Heureusement leurs efforts furent vains, la voix de la justice et du pays qui se levait en masse se fit entendre au delà des mers. Depuis cette époque la lutte est devenue plus vive; c'est une question de vie ou de mort.

On peut voir d'après cela qu'il existe ici deux partis entièrement opposés, d'intérêts et de moeurs, les Canadiens et les Anglais. Ces premiers, des français, en ont les habitudes et le caractère. Ils ont hérité de leurs pères de la haine pour les Anglais qui, à leur tour, voyant en eux des fils de la France, les détestent. Ces deux partis ne pourront jamais se réunir et ne resteront pas toujours tranquilles. C'est un mauvais amalgame d'intérêts de moeurs, de langue, de religion qui tôt ou tard produira une collision. On croit assez à la possibilité d'une Révolution, mais on la croit éloignée. Moi je pense qu'elle ne tardera pas Qu'on médite bien ces paroles d'un grand écrivain et l'on traitera peut-être plus de chimère une révolution et une séparation d'avec la mère patrie. Le plus grand malheur pour l'homme politique, dit-il, c'est d'obéir à une puissance étrangère; aucune humiliation, aucun tourment de coeur, ne peut être comparé à celui-là. La nation sujette, à moins qu'elle ne soit protégée par quelque loi extraordinaire, ne croit point obéir à ce souverain. Or, nulle nation ne veut obéir à une autre par la raison toute simple qu'aucune nation ne saurait commander à une autre. Observez les peuples les plus sages et les mieux gouvernés chez eux, vous les verrez perdre absolument cette sagesse et ne plus ressembler à eux-mêmes lorsqu'il s'agit d'en gouverner d'autres La rage de la domination étant innée dans l'homme, la rage de la faire sentir n'est peut-être pas moins naturelle. L'étranger qui vient commander une nation sujette au nom d'une souveraineté lointaine, au lieu de s'informer des idées nationales pour s'y conformer, ne semble trop souvent les étudier que pour les contrarier. Il se sent plus maître à mesure qu'il appuie plus rudement la main. Il prend la morgue pour de la dignité et semble croire cette dignité mieux attestée par l'indignation qu'il excite que par les bénédictions qu'il pourrait obtenir. N'est-ce pas la marche que les Anglais ont toujours suivie depuis la Cession ?

Généralement on pense que par l'abolition du Conseil ou en le rendant électif, on pourra remédier au malaise politique qui pèse sur le pays mais c'est une erreur. Les mêmes hommes resteront toujours, les Canadiens seront toujours exclus des charges parce que l'administrateur du gouvernement sera toujours Anglais. Notre état politique ne deviendra pas plus assuré, parce que la politique astucieuse de l'Angleterre ne sera pas plus honnête et plus franche. Lorsque fatigués des excès d'un tyran, nous jettâmes nos plaintes au pied du trône contre la composition des conseils, l'inégale et odieuse distribution des places, on promit d'y apporter remède. Cependant quels sont ceux qui, aujourd'hui, composent les conseils? les Anglais. Quels sont ceux qui occupent des places? les Anglais. Encore ce n'est qu'après trois années d'attente qu'on a songé à nous répondre et la réponse est une injure.

Le ministre admet la justice de nos plaintes, nous assure de son désir de voir la paix et le bonheur régner dans le Canada, et depuis un an le peuple n'a pu obtenir justice d'un homme flétri par l'opinion publique, accusé des crimes les plus odieux, peut-être reviendra-t-il triomphant. Disons-le franchement, le ministère nous trompe. La dernière dépêche, la liste civile, la fournée des conseillers doivent nous en convaincre. Mais le peuple s'apercevant que ses plaintes sont méprisées et qu'on sacrifie à l'orgueil de quelques hommes, le bonheur d'une nation, se fera justice lui-même. Jusqu'à présent les Canadiens ont été modérés et patients, mais ils sont las d'être injuriés et calomniés. S'ils ne valent pas les chiens ou les chevaux Anglais, ils doivent chercher l'Alliance d'un peuple qui les regarde comme des égaux. Je le répète, une séparation immédiate d'avec l'Angleterre est le seul moyen de conserver notre nationalité. Plus tard, lorsque l'émigration aura rendu nos adversaires nos égaux en nombre, plus hardis et moins généreux, ils nous priverons de nos libertés, ou nous aurons le sort de nos malheureux compatriotes, les Acadiens. Croyez m'en, c'est le sort qui nous est réservé si nous ne hâtons de nous rendre indépendants.

Fermé aux étrangers, le Canada s'épuise pour les marchands de Londres. Le système colonial ne tend pas seulement à appauvrir un pays, mais il a encore un but plus odieux, celui de le désunir en jetant des germes de division, La métropole espère conserver plus longtemps cette supériorité de force qui est si nécessaire pour exercer sa tyrannie. Les instructions données à Sir James Kempt de tenir la balance indécise entre les deux partis étaient marquées au coin de cette politique infâme que le ministre avait sans doute puisée dans Machiavel.

Et qu'on y réfléchisse bien , ce n'est pas une question de simple politique. Il s'agit de nos biens, de nos institutions, de notre langue, de nos lois, de notre religion, et de notre LIBERTÉ.

S

Montréal, 14 février 1832.

 


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Consulté 2586 fois depuis le 20 mai 2000
 antoine sicotte descendant  (29 novembre 2005)
mon ancetre avait vu juste meme aujourd`hui il ne faut pas lacher de se battre pouir notre libertee d`appartenance .Le bloc quebequois devrait avoir des representans dans les autres provinces pour aider les francais qui doivent se sentir seuls et abandonnes de nous les quebequois pur laine.

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