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Les Patriotes de 1837@1838 - Un touriste visite le Bas-Canada (1797). Tiré de <i>Histoire du Canada par les textes</i>
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Un touriste visite le Bas-Canada (1797). Tiré de Histoire du Canada par les textes
Article diffusé depuis le 20 mai 2000
 




Dans ce monde qui a changé bien rapidement, malgré les plus belles campagnes de conservation du passé, nous avons peine à retrouver les villages et les maisons d'autrefois. Il est heureux que des voyageurs nous en aient laissé des descriptions précises. Celles-ci et celles que nous lisons dans les mémoires de l'époque ou dans les pages charmantes d'Aubert de Gaspé nous permettent de revivre quelque peu avec les anciens Canadiens. Nous citons Isaac Weld, Voyage au Canada dans les années 1795, 1796 et 1797, 2: 61-64. Lire Albert Tessier, "La vie rurale vers 1800", Cahiers des Dix, 10 (1945): 169-189; Albert Tessier, "La vie urbaine vers 1800", loc. cit., 8 (1943): 155-179. Consulter aussi G. Morisset, L'Architecture en Nouvelle-France (1949); R. Traquair, The Old Architecture of Quebec (1947). Voir une carte des paroisses de 1790, dans Trudel, Atlas historique du Canada français, no 80.

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... Mais ce qui attire plus particulièrement l'attention, c'est l'heureuse situation des villes et des villages, répandus sur les deux rives du fleuve. Presque tous les établissements du bas Canada sont situés tout-à-fait sur les bords des rivières, et c'est ce qui donne au fleuve Saint-Laurent et aux rivières du Canada, un aspect plus riant et un air de vie que n'ont pas celles des Etats-Unis de l'Amérique. Les bords de la rivière d'Hudson, qui sont mieux cultivés que ceux des autres rivières de ce pays, ont un air sauvage et désert, en comparaison des bords rians du fleuve Saint-Laurent. Jusqu'à plusieurs lieues au-dessous de Montréal, les habitations sont si pressées qu'elles ont l'air de ne former qu'un même village. Toutes les maisons ont de loin un air de propreté qui flatte la vue, et dans chaque village, quelque peu considérable qu'il soit, l'on trouve une église, toujours très-bien entretenue, et ordinairement surmontée d'un clocher couvert, suivant l'usage du pays, avec des feuilles de fer blanc, disposées de manière qu'elles ne sont jamais attaquées par la rouille. C'est un tableau charmant et impossible à décrire, que celui d'un village qui se développe aux regards à mesure que l'on double une pointe de terre boisée, dont les maisons paroissent suspendues sur le fleuve, et dont les clochers étincelans réfléchissent au travers des arbres interposés entre eux et le voyageur, les rayons du soleil couchant. Ce spectacle se répète de lieue en lieue et quelquefois plus souvent...

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Nous passâmes la nuit dans une ferme où nous fûmes accueillis par les maîtres de la maison avec une politesse qui distingue particulièrement les Français des autres nations. Ces bonnes gens s'empressèrent de nous procurer tout ce que leur ferme possédoit de vivres et de commodités. Une table fut à l'instant dressée, et couverte d'une nappe blanche, sur laquelle on servit du pain, du lait, des oeufs et du beurre; c'étoit tout ce qu'il y avoit dans la maison. Ces choses sont toujours en abondance dans une ferme; mais il est rare que l'on y trouve aucune espèce de viande; aussi ceux qui voyagent dans le Canada sont-ils dans l'usage de porter avec eux un panier rempli de provisions. Dans le bas Canada, toutes les maisons sont fournies de bons lits à la française, élevés de quatre ou cinq pieds et garnis d'une paillasse, d'un matelas et d'un lit de plume.

Les maisons sont presque toutes construites avec des troncs d'arbres équarris, et posés les uns sur les autres; mais elles sont bâties plus solidement que dans les Etats-Unis. Les troncs d'arbres sont mieux façonnés et mieux joints ensemble. Au lieu d'être bruts et raboteux de toutes parts, comme chez les Américains, ils sont parfaitement unis et couverts d'une couche de blanc en dehors; et en dedans ils sont communément doublés de planches de sapin. Mais une chose rend les habitations des Canadiens infiniment désagréables, c'est l'air fétide et grossier que l'on y respire, et qui provient de leur négligence à ouvrir souvent leurs fenêtres, pour renouveler l'air. Lorsque nous fûmes de Québec à Montréal, par terre, nous ne vîmes pas le long de la route dix croisées ouvertes, quoique l'air fût très-chaud. Si l'on demande aux habitans pourquoi ils ne renouvellent pas l'air de leurs maisons, ils répondent, comme à toutes les questions de ce genre, que ce n'est pas l'usage du pays...

27. Programme ambitieux de Milnes (1800)

Les Canadiens, parlementaires improvisés, défendaient avec entêtement et au meilleur de leurs connaissances les intérêts de leur nationalité. Ceux-ci ne concordaient pas toujours avec ceux des autorités britanniques et des marchands anglais du Bas-Canada. Dans une longue lettre au duc de Portland, Secrétaire d'Etat, le lieutenant-gouverneur Robert Shore Milnes décrit la situation telle qu'il la voit et propose un programme qu'il croit propre à assurer d'une façon permanente les intérêts britanniques dans la colonie. Cette lettre annonce les deux crises, religieuse et politique, qui vont éclater et agiter toute la première moitié du dix-neuvième siècle. Voir Documents constitutionnels, 1791-1818, 252-258; et lire Chapais, Cours d'histoire, 2: 129-169.

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Québec, 1er novembre 1800

Milord,

Dès que j'ai eu pris en mains l'administration des affaires de cette province, j'ai été extrêmement frappé de la condition incertaine des intérêts du gouvernement. J'ai fait de grands efforts depuis cette époque pour découvrir les causes de cet état de choses, causes qui remontent plus loin que les ministres de Sa Majesté ne le supposent, à mon avis...

La première de ces causes et la plus importante se trouve dans le mode de coloniser cette province à l'origine: d'une part, les cultivateurs (qui forment la grande partie de la population et que l'on appelle habitants) tenant leurs terres en vertu d'un système de tenure indépendant, et d'autre part ceux qui s'appelaient seigneurs conservant un pouvoir insignifiant et ne cherchant guère à augmenter leur influence ou à améliorer leur fortune par le commerce. C'est ainsi que les bonnes familles canadiennes sont presque disparues et qu'un petit nombre peuvent vivre sur leurs terres d'une manière plus opulente que les simples habitants. Ceux-ci constatent qu'ils sont sous tous les rapports aussi indépendants que le seigneur lui-même, avec lequel ils ne sont liés autrement que par l'obligation de faire moudre leur grain à son moulin, moyennant le quatorzième minot auquel le seigneur a droit, - ce qu'ils considèrent plutôt comme une imposition ennuyeuse que comme un acte de reconnaissance envers celui-ci pour les terres, concédées à perpétuité par sa famille à leurs ancêtres, sans autres conditions que l'obligation de payer la modique rente ci-dessus et le douzième du prix de transport des terres.

Je crois que la deuxième des causes qui tendent à affaiblir l'influence du gouvernement dans cette province, se trouve dans la prédominance de la religion catholique romaine et dans l'indépendance du clergé. Je constate que cette indépendance dépasse considérablement les limites prescrites par les instructions royales où il est particulièrement déclaré que c'est la volonté de Sa Majesté: "qu'aucune personne ne sera admise dans les ordres sacrés ou ne pourra avoir charge d'âmes sans avoir au préalable obtenu une autorisation du gouverneur à cette fin", etc, etc. Comme cette instruction n'a pas été mise en vigueur jusqu'à présent, il s'ensuit que tout le patronage de l'église a passé entre les mains de l'évêque catholique romain et que toutes les liaisons de ce côté entre le gouvernement et le peuple ont été rompues, car les prêtres ne se considèrent en aucune façon astreints à un autre pouvoir que celui de l'évêque...

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Il me reste maintenant à indiquer les moyens auxquels on peut avoir recours, à mon avis, pour étendre immédiatement l'influence du gouvernement aux parties reculées de cette province. Je ne crois pas que cela puisse s'entreprendre sans qu'il en coûte quelque chose à la mère patrie, mais je considère que les dépenses requises à cette fin ne sauraient être comparées aux sommes qu'il faudra débourser pour réprimer toute sédition qui pourrait se produire dans la province si des précautions ne sont prises en temps opportun. Bien qu'un tel événement ne semble pas à craindre à brève échéance, quelques-uns des meilleurs amis du gouvernement n'en éprouvent pas moins un réel malaise à ce sujet.

Je suis bien persuadé que c'est surtout par le moyen des terres incultes que l'on réussira à étendre l'influence de la couronne. Partant de là, les délais qui ont eu lieu au sujet de la disposition des terres sont bien regrettables et il est très important pour le gouvernement qu'ils ne se renouvellent pas, afin de ne pas entraver le défrichement et la colonisation de ces immenses étendues de terres disponibles qui appartiennent à la couronne. En effet la concession de celles-ci "en franc et commun socage" aura pour effet d'implanter, avec le temps dans cette province, une population appartenant à la religion protestante et qui se sentira naturellement plus étroitement liée au gouvernement britannique. Cependant on ne peut compter immédiatement sur un semblable résultat et, dans l'intervalle, je crois qu'il y a beaucoup à faire d'abord par l'intermédiaire des prêtres catholiques et ensuite par le moyen de la milice.

L'évêque catholique actuel est animé des meilleurs sentiments à l'égard du gouvernement. Il lui est alloué par Sa Majesté deux cents livres sterling par année comme surintendant de l'Eglise romaine et il reçoit, en outre, du gouvernement une rente de £150 par année pour l'usage du palais épiscopal de Québec où sont installés des bureaux publics. Il m'a demandé dernièrement d'augmenter cette rente et m'a fait remarquer en même temps que ses revenus n'étaient pas du tout conformes à sa situation, qu'il ne pouvait répondre aux demandes qui lui étaient adressées, ce que j'ai raison de croire absolument exact. C'est une occasion d'attacher plus étroitement l'évêque canadien au gouvernement, s'il plaît à Sa Majesté d'augmenter son traitement de manière à améliorer sa situation, et d'exiger en même temps de sa part une attention particulière à l'égard de cette partie des instructions de Sa Majesté au gouverneur dont j'ai déjà fait mention...

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Mais il est une autre considération plus importante peut-être que tout ce qui a été énoncé précédemment. Si, comme je me suis permis de le faire entendre, il est possible d'exercer un tel prestige d'un bout à l'autre de la province, par l'entremise des prêtres et des capitaines de milice, ce prestige une fois bien établi pourrait être utilisé de manière à s'assurer en tout temps d'une majorité favorable au gouvernement dans la Chambre d'assemblée et à y envoyer des hommes qui, par leur éducation et leur connaissance des affaires, sauront comprendre les vrais intérêts de la province et ne se laisseront pas entraîner, par les arguments fallacieux d'orateurs populaires, à refuser leur appui au gouvernement exécutif... 28. La responsabilité ministérielle (1809)

Le Canadien, fondé en 1806 par Pierre Bédard et quelques collaborateurs, revendiqua avec énergie les privilèges auxquels l'Assemblée soutenait avoir droit selon les principes fondamentaux de la constitution anglaise. En mars 1810, le gouverneur Craig força le journal à cesser de paraître. Le gouverneur lui reprochait de s'appliquer à exciter le sentiment national en rappelant les prouesses accomplies par les Canadiens pendant la guerre de Sept Ans et d'attirer "le mépris sur le gouvernement de Sa Majesté lui-même en faisant allusion à l'existence supposée d'un Ministère dont la conduite se trouvait aussi exposée à leur censure que l'est celle des ministres de Sa Majesté en Angleterre". Nous donnons ici l'un de ces articles qui ne plaisaient pas au gouverneur Craig. Cet article, publié le 9 décembre 1809, réclamait déjà l'établissement de la responsabilité ministérielle. Voir Chapais, Cours d'histoire, 2: 171-204.

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Monsieur l'Imprimeur,

Dans votre dernier numéro un écrivain qui signe J. F. demande quelques éclaircissements sur ce point de la Constitution, où il est dit qu'il y a des Ministres coupables de tous les abus qui se commettent dans le maniement des affaires publiques. Ceci me paroît hors de doute. Car c'est une maxime bien connue dans la Constitution, que le Roi ainsi que son Representant ne peuvent faire de mal; en effet à quels inconvéniens ne seroit pas sujet un état où il n'y auroit pas de Ministres responsables du mal qui se commet dans les affaires publiques. Si pour y remedier il falloit s'en prendre au Prince, il faudroit presque toujours en venir à une revolution, ou bien, si l'on ne se servoit pas de ce moyen desespéré, l'état deviendroit un état despotique où personne ne seroit en sûreté, pas meme le tyran qui auroit tout le pouvoir.

Il est aussi certain que le but de la Constitution est le bien general de l'état; c'est-à-dire, que le dernier des sujets doit être aussi libre que le plus riche; qu'il ne doit payer que ce qui est nécessaire pour le soutien du gouvernement, et qu'il ne doit être privé de sa liberté naturelle que de la partie qui est necessaire pour la vraie liberté civile et la liberté publique; qu'il doit avoir les moyens de pouvoir connoître, si l'argent qu'il donne, est employé à l'usage auquel il l'a destiné, s'il n'est privé de sa liberté naturelle que de ce qui est necessaire pour sa liberté civile, et que si on en mesure il doit aussi avoir les moyens d'y remedier.

Le langage des gens en place jusqu'à present a été qu'il n'y avoit pas de Ministres responsables des malversations dans le maniement des affaires publiques. Dans ce petit pays, le Canada, qui est un pays subordonné, qu'il ne devoit point y avoir de privilège, que les gens à la tête des affaires pouvoient piller, rapiner, et que tout cela devoit passer sur le dos du Gouverneur. Il faudroit qu'il eût bon dos pour supporter toutes les fautes de l'administration, un dos plus fort qu'il ne doit avoir par la Constitution, et vouloir la renverser entièrement que d'avoir de telles idées; car dire, le Roi ainsi que son Representant ne peuvent faire de mal, vous avez une Constitution libre, c'est-à-dire, une Constitution par laquelle vous avez les moyens de remedier aux abus qui se commettent; cependant il n'y a pas de ministres; c'est comme si l'on bouchoit tous les avenues d'un puit commun à tout un village, et que, quand les habitans se plaindroient de ce qu'ils ne pourroient avoir de l'eau, on leur diroit: Messieurs, vous avez un puit où il y a de l'eau, qu'avez-vous à vous plaindre?

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Il en seroit de même si nous n'avions des Ministres responsables des abus qui se commettent dans les affaires publiques, on n'auroit que des pouvoirs imaginaires. Ceux qui prêchoient cette doctrine, ne pensoient peut-être pas beaucoup à ce qu'ils disoient; car quelle idée nous donnoient-ils de la mère-patrie: ils donnoient à entendre qu'elle nous avoit trompé en nous disant, qu'elle nous donnoit une Constitution libre, et qu'elle avoit joué un rôle de patelin.

Voilà les belles idées qu'ils nous donnoient de la liberalité de notre mère-patrie et de sa bienfaisance! Présentement ils ont changé de doctrine, suivant ce que dit l'écrivain qui signe J. F. ils disent qu'il y a des Ministres responsables de tout. Assurément cela vient de ce que son Excellence a appris qu'on lui attribuoit tout ce qui se faisoit, et indigné avec raison de ce qu'on lui attribuoit tout, le mal comme le bien, et qu'on violoit ainsi ouvertement les principes de la Constitution, il y aura porté remède: car comment s'imaginer que la harangue publiée dans la Gazette de Quebec, est l'ouvrage de son Excellence, on ne le peut.

Mais quoique les gens en place disent à présent qu'il y a des ministres responsables de tout, je pense bien qu'ils vont tâcher de trouver quelque détour, qu'ils vont dire que nous n'avons pas le droit de les poursuivre et de leur faire rendre compte de leur conduite; s'il en étoit ainsi, notre Constitution seroit encore bien imparfaite. Il est vrai que nous aurions le pouvoir des loix; mais à quoi serviroient des loix faites à notre goût, si, quand elles ne seroient pas exécutées suivant leur esprit, on n'auroit pas droit de s'en prendre à ceux qui auroient ainsi frustré nos intentions, et qui sont pour les exécuter. Le pouvoir qu'a le peuple de faire des loix par ses Representans ne seroit presque rien; ce pouvoir lui serviroit quand les loix seroient bien exécutées; mais quand elles le seroient mal, il ne se reduiroit à rien du tout.

Juvenis.

 


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