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Les Patriotes de 1837@1838 - Extraits du Rapport Durham - Extraits tir閟 de: Guy Bouthillier et Jean Meynaud, Le choc des langues au Qu閎ec. 1760-1970, Les presses de l'universit du Qu閎ec, 1972, p. 148-158.
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Extraits du Rapport Durham - Extraits tir閟 de: Guy Bouthillier et Jean Meynaud, Le choc des langues au Qu閎ec. 1760-1970, Les presses de l'universit du Qu閎ec, 1972, p. 148-158.
Article diffus depuis le 20 mai 2000
 




Mon s閖our dans la province, je le reconnais, a modifi du tout au tout mes id閑s sur l'influence relative des causes assign閑s aux maux pr閟ents. Je n'en suis pas venu croire, il est vrai, que les institutions du Bas-Canada 閠aient moins d閒ectueuses que je les avais suppos閑s d'abord. Par suite des circonstances sp閏iales o je me trouvai, j'ai pu faire un examen assez juste pour me convaincre qu'il y avait eu dans la Constitution de la province, dans l'閝uilibre des pouvoirs politiques, dans l'esprit et dans la pratique administrative de chaque service du Gouvernement, des d閒auts tr鑣 suffisants pour expliquer en grande partie la mauvaise administration et le m閏ontentement. Mais aussi j'ai 閠 convaincu qu'il existait une cause beaucoup plus profonde et plus radicale des dissensions particuli鑢es et d閟astreuses dans la province - une cause qui surgissait des institutions politiques la surface de l'ordre social - une cause que ne pourraient corriger ni des r閒ormes constitutionnelles ni des lois qui ne changeraient en rien les 閘閙ents de la soci閠. Cette cause, il faut la faire dispara顃re avant d'attendre le succ鑣 de toute autre tentative capable de porter rem鑔e aux maux de la malheureuse province. Je m'attendais trouver un conflit entre un gouvernement et un peuple ; je trouvai deux nations en guerre au sein d'un m阭e Etat : je trouvai une lutte, non de principes, mais de races. Je m'en aper鐄s : il serait vain de vouloir am閘iorer les lois et les institutions avant que d'avoir r閡ssi exterminer la haine mortelle qui maintenant divise les habitants du Bas-Canada en deux groupes hostiles: Fran鏰is et Anglais.

Je me flatterais en vain, par une description, de donner Votre Majest une id閑 des haines de races que m'a forc de reconna顃re mon exp閞ience personnelle au Bas-Canada. L'heureuse absence chez nous de toute hostilit nationale rend difficile comprendre l'intensit de la haine que suscite entre les m阭es habitants d'un village et les citoyens d'un m阭e pays la diff閞ence de langage, de lois et de coutumes. On est port croire que le motif vrai de la querelle est autre chose, que la diff閞ence raciale a l間鑢ement, par occasion, accentu les rivalit閟 attribu閑s une autre cause plus ordinaire. Le spectacle d'une soci閠 aussi malheureusement divis閑 que l'est celle du Bas-Canada conduit par exp閞ience une opinion exactement contraire. La haine des nationalit閟 tombe sur les sens m阭es, d'une mani鑢e irr閟istible et palpable comme l'origine et l'essence de toute la querelle qui divise la soci閠. On s'en aper鏾it vite: les rivalit閟 qui paraissaient avoir une autre origine ne sont que les modalit閟 de cette perp閠uelle et envahissante querelle ; toute dispute en est une de principe entre Fran鏰is et Anglais ou le devient avant d'avoir touch son terme.

(...)

Si peu dispos閟 que nous soyons attribuer les maux d'un pays en relation avec nous une cause aussi fatale sa tranquillit, si difficile faire dispara顃re, il ne faut pas une tr鑣 longue et laborieuse 閠ude de caract鑢e et de la position respective des races pour se persuader de leur invincible hostilit l'une envers l'autre. Il est peine possible de concevoir les descendants de l'une des grandes nations quelconque de l'Europe aussi diff閞ents les uns des autres en humeur, plus totalement s閜ar閟 les uns des autres par la langue, les lois et les coutumes ou plac閟 dans des circonstances plus propices produire la m閟intelligence, la jalousie et la haine. Pour comprendre l'antagonisme des deux races au Canada, il ne suffit pas de nous repr閟enter une soci閠 compos閑 part 間ale de Fran鏰is et d'Anglais. Il faut savoir quelle sorte de Fran鏰is et d'Anglais viennent en contact et dans quelle proportion ils se rencontrent.

Les institutions de France durant la colonisation du Canada 閠aient peut-阾re plus que celles de n'importe quelle autre nation d'Europe propres 閠ouffer l'intelligence et la libert du peuple. Ces institutions travers鑢ent l'Atlantique avec le colon canadien. Le m阭e despotisme centralisateur, incomp閠ent, stationnaire et r閜ressif s'閠endit sur lui. Non seulement on ne lui donna aucune voix dans le Gouvernement de la province ou dans le choix de ses dirigeants, mais il ne lui fut m阭e pas permis de s'associer avec ses voisins pour la r間ie de ses affaires municipales que l'autorit centrale n間ligeait sous pr閠exte de les administrer. Il obtenait sa terre dans une tenure singuli鑢ement avantageuse un bien-阾re imm閐iat, mais dans une condition qui l'emp阠herait d'am閘iorer son sort ; il fut plac l'instant m阭e la fois dans une vie de travail constant et uniforme, dans une tr鑣 grande aisance et dans la d閜endance seigneuriale. L'autorit eccl閟iastique laquelle il s'閠ait habitu 閠ablit ses institutions autour de lui, et le pr阾re continua d'exercer sur lui son influence. On ne prit aucune mesure en faveur de l'instruction parce que sa n閏essit n'閠ait pas appr閏i閑 ; le colon ne fit aucun effort pour r閜arer cette n間ligence du Gouvernement. Nous ne devons donc plus nous 閠onner. Voici une race d'hommes habitu閟 aux travaux incessants d'une agriculture primitive et grossi鑢e, habituellement enclins aux r閖ouissances de la soci閠, unis en communaut閟 rurales, ma顃res des portions d'un sol tout entier disponible et suffisant pour pourvoir chaque famille de biens mat閞iels bien au-del de leurs anciens moyens, tout le moins au-del de leurs d閟irs. Plac閟 dans de telles circonstances, ils ne firent aucun autre progr鑣 que la largesse de la terre leur prodigua ; ils demeur鑢ent sous les m阭es institutions le m阭e peuple ignare, apathique et r閠rograde. Le long des rives du Saint-Laurent et de ses tributaires, ils ont d閒rich deux ou trois bandes de terre ; ils les ont cultiv閑s d'apr鑣 les plus mauvaises m閠hodes de petite culture. Ils ont 閞ig une suite ininterrompue de villages qui donne au pays des seigneurs l'apparence d'une rue sans fin. Outre les villes, qui 閠aient les si鑗es du Gouvernement, on n'en fonda pas d'autres. A la maison, la famille de l'habitant fabriquait, elle le fait encore, les 閠offes grossi鑢es du pays. Une partie minime de la population tirait sa subsistance de l'industrie peine visible de la province. Toute l'閚ergie fut employ閑 au commerce des pelleteries et la chasse que ces gens et leurs descendants pouss鑢ent au-del des montagnes rocheuses et qu'ils monopolisent encore, en grande partie, dans toute la vall閑 du Mississipi. La soci閠 dans son ensemble montra dans le Nouveau Monde la caract閞istique des paysans d'Europe. Le peuple 閠ait nombreux ; m阭e les besoins et la pauvret qui accompagnaient le trop-plein d閙ographique du Vieux-Monde, ne furent pas tout fait inconnus ici. Ces gens tenaient aux anciens pr閖ug閟, aux anciennes coutumes, aux anciennes lois, non par un sentiment de leurs heureux effets, mais avec cette aveugle t閚acit d'un peuple mal 閐uqu et stationnaire. Il n'閠aient pas non plus d閜ourvus des vertus d'une vie simple et industrieuse ni de celles que d'un commun accord les hommes attribuent la nation dont ils sortent. Les tentations qui ailleurs conduisent aux d閘its contre la propri閠 et les passions qui provoquent la violence n'閠aient pas connues parmi eux. Ils sont doux et accueillants, frugaux, ing閚ieux et honn阾es, tr鑣 sociables, gais et hospitaliers ; ils se distinguent par une courtoisie et une politesse vraies qui p閚鑤rent toutes les classes de leur soci閠. La conqu阾e n'a pas chang grand'chose chez eux. Les classes 閘ev閑s et les citadins ont adopt quelques-unes des coutumes anglaises. N閍nmoins, la n間ligence continuelle du gouvernement britannique fut cause que la masse du peuple ne put jamais jouir des bienfaits d'institutions qui l'eussent 閘ev閑 la libert et la civilisation. Ils les a laiss閟 sans l'instruction et sans les organismes du gouvernement responsable d'ici ; cela e鹴 permis d'assimiler leur race et leurs coutumes, tr鑣 ais閙ent et de la meilleure mani鑢e, au profit d'un Empire dont ils faisaient partie. Ils sont rest閟 une soci閠 vieillie et retardataire dans un monde neuf et progressif. En tout et partout, ils sont demeur閟 Fran鏰is, mais des Fran鏰is qui ne ressemblent pas du tout ceux de France. Ils ressemblent plut魌 aux Fran鏰is de l'Ancien r間ime.

(...)

Parmi ce peuple, l'閙igration a jet, ces derni鑢es ann閑s, une population anglaise qui se pr閟ente sous les traits caract閞istiques familiers, surtout de l'esprit d'entreprise propre chaque classe de nos concitoyens. D鑣 le d閎ut du r間ime colonial les circonstances 閏art鑢ent du pouvoir les natifs du Canada et mirent tous les emplois de confiance et de profit aux mains d'閠rangers d'origine anglaise. La m阭e classe de personnes remplit aussi les plus hauts postes de l'Etat. Les fonctionnaires du Gouvernement et les officiers de l'arm閑 form鑢ent une esp鑓e de caste qui occupa le premier rang dans la soci閠 et en 閘oigna les plus distingu閟 Canadiens, tout comme ceux du Gouvernement de leur propre pays. Ce n'est que depuis peu, comme l'ont dit des personnes qui connaissent bien le pays, que la classe des fonctionnaires civils et militaires a cess de prendre, vis--vis des Canadiens, ce ton et ces airs d'exclusivit, plus r関oltants un peuple remarquablement sensible et poli que le monopole du pouvoir et de l'argent ; et encore le passe-droit en faveur des nationaux n'a-t-il cess qu'apr鑣 que des plaintes fr閝uentes et des conflits haineux eussent enflamm des passions que les compromis n'ont pu 閠eindre. D閖 les races 閠aient ennemies, quand une justice trop tardive a 閠 arrach閑 de force ; m阭e alors le Gouvernement eut une mani鑢e d'exercer le patronage envers les Canadiens, presque aussi offensante pour eux que l'exclusion qui avait pr閏閐.

Ce fut peu de temps apr鑣 la conqu阾e qu'une autre classe plus nombreuse de colons anglais commenc鑢ent p閚閠rer dans la province. La quantit immense des produits d'exportation et la facilit des communications int閞ieures attir鑢ent au Canada les capitaux britanniques. On r閚ova l'ancien commerce du pays, on exploita de nouvelles sources d'industrie. Les industriels anglais aux habitudes r間uli鑢es et dynamiques 閘imin鑢ent de toutes les branches les plus lucratives de l'industrie leurs concurrents inactifs et insouciants de race fran鏰ise ; mais par rapport au commerce et aux manufactures du pays (presque la totalit), on ne peut pas dire que les Anglais aient 閠 un obstacle aux Fran鏰is ; de fait ils ont cr殚 des occupations et des revenus inconnus jusqu'alors. Un petit nombre cependant des anciens colons ont souffert de la concurrence anglaise. Mais tous ont ressenti plus vivement l'accroissement progressif des 閠rangers qui paraissaient devoir concentrer entre leurs mains les richesses du pays, et dont le faste et la pr閐ominance 閏lipsaient ceux qui avaient occup jusqu'ici le premier rang. L'intrusion des Anglais ne s'est pas limit閑 au commerce. Par degr閟, ils ont acquis de grandes 閠endues de terre ; ils ne se sont pas born閟 la r間ion inculte et lointaine des Cantons de l'Est. Le riche industriel a employ son argent l'achat de propri閠閟 seigneuriales, et l'on estime aujourd'hui que la bonne moiti des meilleures seigneuries appartient des propri閠aires anglais. La tenure seigneuriale est si contraire nos notions de droit priv que le nouveau seigneur, sans le vouloir ni sans songer commettre une injustice, a exerc ses droits en certaines circonstances d'une mani鑢e qui para顃rait tout fait juste dans ce pays-ci, mais que l'habitant canadien regarde avec raison comme dictatoriale. L'acqu閞eur anglais avait 間alement raison de se plaindre de l'incertitude des lois qui rendaient pr閏aires ses droits de propri閠aire, et des cons閝uences de la m閠hode de tenure qui rendent difficiles les ali閚ations et les am閘iorations. Mais une cause d'irritation plus grande que celle des mutations des grandes propri閠閟 a surgi de la concurrence du cultivateur anglais avec le cultivateur fran鏰is. Le cultivateur d'Angleterre a emport avec lui l'exp閞ience et les m閠hodes d'agriculture les plus perfectionn閑s du monde. Il s'閠ablit dans les cantons voisins des seigneuries, il d閒richa les terres neuves d'apr鑣 des proc閐閟 nouveaux, il soutint une concurrence victorieuse contre la routine de l'habitant. Souvent m阭e il prit la ferme que le Canadien avait abandonn閑 et, par son ing閚iosit sup閞ieure, trouva des sources de revenus l o son pr閐閏esseur s'閠ait appauvri. L'ascendant qu'un injuste favoritisme a donn aux Anglais dans le Gouvernement et dans les carri鑢es de la magistrature, ils se le sont assur par leur 閚ergie sup閞ieure, par leur adresse et par leurs capitaux dans toutes les sph鑢es de l'industrie. Ils ont d関elopp les ressources du pays, ils ont construit ou am閘ior les moyens de communication, ils ont cr殚 le commerce int閞ieur et ext閞ieur. Tout le commerce de gros, une grande partie du commerce de d閠ail, les fermes les plus prosp鑢es sont d閟ormais entre les mains de la minorit de la province.

Au Bas-Canada la classe ouvri鑢e salari閑, quoique comparativement consid閞able sur le continent d'Am閞ique, est, d'apr鑣 nous, peu nombreuse. La concurrence entre les races de cette classe ne s'est manifest閑 que r閏emment, et encore cela se borne-t-il aux villes. La majorit des ouvriers est d'origine fran鏰ise, mais elle est au service du capitaliste anglais. La classe la plus exp閞iment閑 d'artisans se compose en g閚閞al d'Anglais. Mais au sein d'occupations plus mat閞ielles les Canadiens fran鏰is d閒endent bien leur terrain contre la rivalit anglaise. L'閙igration r閏ente des derni鑢es ann閑s a introduit dans le pays une classe qui est entr閑 en concurrence plus directe avec les Fran鏰is, quant certaines de leurs occupations dans les villes, mais peu en ont souffert. Je ne pense pas que la haine qui s閜are les ouvriers des deux races soit une cons閝uence n閏essaire de l'opposition des int閞阾s ou de la jalousie qu'excitent les succ鑣 de la main-d'oeuvre britannique. Les pr閖ug閟 nationaux exercent naturellement la plus forte influence sur les illettr閟 ; la disparit du langage est un obstacle plus difficilement surmont ; les diff閞ences dans les usages et dans les mani鑢es sont moins bien tol閞閑s. Les ouvriers que l'閙igration a introduits au pays comptaient parmi eux nombre d'ignorants, d'agitateurs et de d閜rav閟. Leur conduite r関oltait les natifs de la m阭e classe, plus disciplin閟 et plus courtois. Les ouvriers se rang鑢ent naturellement du c魌 des riches et des hommes instruits parmi leurs compatriotes. Une fois engag閟 dans le conflit, leurs passions 閠aient moins retenues par l'instruction et par la prudence. Maintenant l'hostilit nationale se d閏ha頽e avec une fureur inou飁 parmi ceux que l'int閞阾 r閑l semblait devoir mettre le moins en conflit.

Les deux races, ainsi s閜ar閑s, se sont trouv閑s dans une m阭e soci閠 et dans des circonstances qui devaient n閏essairement produire un choc entre elles. D'abord, le langage les tenait distance l'une de l'autre. Ce n'est nulle part une vertu du peuple anglais de tol閞er des coutumes et des fois qui lui sont 閠rang鑢es. Habituellement conscient de sa propre sup閞iorit, il ne prend pas la peine de cacher aux autres son m閜ris pour leurs usages. Les Anglais ont trouv dans les Canadiens fran鏰is une somme 間ale de fiert nationale ; fiert ombrageuse, mais inactive qui dispose ce peuple moins ressentir une insulte qu' se tenir 閘oign de ceux qui voudraient le tenir dans l'abaissement. Les Fran鏰is 閠aient forc閟 de reconna顃re la. sup閞iorit et l'esprit d'entreprise des Anglais. Ils ne pouvaient pas se cacher leur succ鑣 tout ce qu'ils touchaient ni leur progr鑣 de chaque jour. Ils regard鑢ent leurs rivaux avec alarme, avec jalousie, enfin avec haine. Les Anglais le leur rendirent par une morgue qui ressembla bient魌 de la phobie. Les Fran鏰is se plaignaient de l'arrogance et de l'injustice des Anglais ; les Anglais reprochaient aux Fran鏰is les d閒auts d'un peuple faible et vaincu, les accusaient de bassesse et de perfidie. L'enti鑢e d閒iance que chacune des deux races a pu concevoir des intentions de l'autre a fait qu'elles ont toujours attribu les plus noirs desseins aux gestes les plus innocents ; elles ont toujours mal jug chaque propos, chaque d閙arche, chaque intention ; elles se sont toujours pr阾 les vis閑s les plus odieuses et elles ont rejet toute avance de g閚閞osit et d'impartialit comme couvrant des projets cach閟 de tricherie et de malice.

La religion ne formait aucun lien de rapprochement ou d'union. C'est un caract鑢e admirable de la soci閠 canadienne d'阾re tout fait d閜ourvue de dissensions religieuses. L'intol閞ance sectaire n'est pas seulement 関it閑 ; elle semble peine avoir influenc l'esprit de l'homme, quoique la prudence et la lib閞alit des deux groupes aient emp阠h ce germe fertile en haines d'envenimer les querelles. La diff閞ence de religion les 閘oigne cependant les uns des autres. Ils ont un clerg diff閞ent et jamais ils ne se rencontrent dans la m阭e 間lise.

Ils n'ont pas eu une instruction commune qui ait tendu faire dispara顃re ou diminuer la disparit de langage et de religion. Les associations de jeunesse, les jeux de l'enfance et les 閠udes qui l'鈍e m鹯 modifient le caract鑢e, tout cela est distinct et diff鑢e totalement chez les uns et chez les autres. A Montr閍l et Qu閎ec, il y a des 閏oles anglaises et des 閏oles fran鏰ises. Les 閘鑦es s'accoutument combattre nation contre nation, et les batailles de rue parmi les enfants pr閟entent souvent une division, d'un c魌 les Anglais, de l'autre les Fran鏰is.

Comme ils ont 閠 instruits s閜ar閙ent, ainsi leurs 閠udes sont-elles diff閞entes. La litt閞ature famili鑢e aux uns et aux autres est celle de leur langue maternelle. Les id閑s que les hommes puisent dans les livres leur viennent d'autres sources. A cet 間ard, la diversit du langage produit des effets diff閞ents de ceux qu'elle a dans les relations entre les deux races. Ceux qui ont r閒l閏hi sur la force de l'influence de la langue sur la pens閑 peuvent concevoir comment les hommes qui parlent un langage diff閞ent sont port閟 penser diff閞emment. Ceux qui connaissent la litt閞ature fran鏰ise savent que la m阭e id閑 exprim閑 par un auteur anglais et par un auteur fran鏰is contemporain est non seulement dissemblable dans les termes, mais davantage dans le style, alors qu'elle indiquera une mani鑢e de voir diff閞ente. Cette disparit frappe beaucoup au Bas-Canada ; elle n'existe pas uniquement dans les livres les plus r閜ut閟 qui sont, comme de raison, les ouvrages des grands 閏rivains de France et d'Angleterre, lesquels forment l'intelligence des races respectives. On peut l'observer encore dans les articles de la presse de la colonie. Les journaux de l'une ou de l'autre race sont 閏rits dans un style aussi diff閞ent que celui des journalistes de France et d'Angleterre l'est pr閟ent, et les arguments qui forcent la conviction des uns paraissent absolument inintelligibles aux autres.

La disparit du langage d閠ermine des malentendus plus n閒astes encore que ceux qu'elle occasionne dans les esprits ; de l r閟ulte l'accroissement de l'animosit nationale qui peint les 関閚ements du jour sous des couleurs variables. La repr閟entation erron閑 des faits politiques est un des inconv閚ients de la libert de la presse dans un pays libre. Dans une nation o l'on parle un m阭e langage, ceux qui re鏾ivent le mensonge d'un c魌 peuvent toujours apprendre la v閞it de l'autre. Dans le Bas-Canada, o les journaux anglais et fran鏰is sont des organes adversaires, o peu de personnes peuvent lire facilement les deux langues, ceux qui re鏾ivent de faux expos閟 sont rarement en 閠at de les corriger. Il est difficile d'imaginer la perversit avec laquelle on fraude la v閞it et quelles erreurs grossi鑢es ont cours parmi le peuple. Ainsi vit-on dans un monde d'閝uivoques o chaque parti est dress contre l'autre, non seulement par la diversit des sentiments, mais par la cr閐ibilit qu'il accorde des faits enti鑢ement contraires la r閍lit.

Les dissemblances qui sont ainsi le fruit de l'閐ucation et du langage ne sont nullement diminu閑s au cours de la vie. Les affaires ne rapprochent pas les deux races dans l'amiti et la coop閞ation ; elles les placent plut魌 en rivalit l'une contre l'autre. Un bon z鑜e a induit les Fran鏰is se lancer dans les carri鑢es occup閑s jusqu'ici par les Anglais et essayer de leur faire concurrence dans le commerce. On doit regretter beaucoup que cet effort ait eu lieu seulement lorsque la haine des nationalit閟 e鹴 atteint son maximum d'intensit et que la concurrence e鹴 閠 conduite de mani鑢e envenimer les jalousies d閖 existantes. La fondation de la " Banque du Peuple " par des hommes d'affaires fran鏰is est un 関閚ement qui peut 阾re regard comme un indice du r関eil de la puissance 閏onomique de la population fran鏰ise ; aussi faut-il beaucoup regretter que le succ鑣 de cette entreprise nouvelle ait 閠 uniform閙ent r閜andu au moyen d'appels directs et mesquins aux pr閖ug閟 de races. Des Canadiens fran鏰is ont construit des bateaux vapeur pour lutter contre un monopole qui profitait sur le Saint-Laurent un groupe de financiers anglais. Si petits et si peu confortables que fussent ces bateaux, on les regarda d'un bon oeil cause de leur sup閞iorit essentielle de s閏urit et de vitesse. Toutefois, on ne consid閞ait pas cela comme suffisant leur succ鑣. On faisait des appels constants aux sentiments nationaux de la population fran鏰ise en faveur de l'encouragement exclusif la " Ligue fran鏰ise ". Je me rappelle un journal fran鏰is qui annon鏰it avec orgueil que le jour pr閏閐ent les bateaux vapeur de Qu閎ec et de La Prairie 閠aient arriv閟 Montr閍l avec un grand nombre de passagers, tandis que les bateaux anglais en avaient eu peu. Par ailleurs, les Anglais en appelaient aux m阭es pr閖ug閟 ; ils avaient l'habitude d'appliquer aux bateaux canadiens les 閜ith鑤es de " Le Radical ", " Le Rebelle " et " Le D閘oyal ". Le chauvinisme national, une fois introduit dans le commerce maritime, produisit un effet singuli鑢ement pernicieux, en ce sens qu'il isola davantage les deux races dans les rares occasions o elles pouvaient se rencontrer. On ne se r閡nit peu pr鑣 jamais dans les caf閟 des villes. Les h魌els n'ont que des h魌es anglais ou des voyageurs 閠rangers. Les Fran鏰is, quant eux, se voient d'ordinaire les uns chez les autres ou dans des auberges o il se rencontre peu d'Anglais.

Leurs loisirs ne les mettent pas davantage en contact. Il n'a jamais exist de vie sociale entre les deux races, si ce n'est dans les hautes classes ; elle est maintenant presque disparue. Je n'ai entendu parler que d'une maison Qu閎ec o les deux races 閠aient sur un assez bon pied d'間alit et d'amiti ; on faisait mention de cela comme d'un grand exemple de bon sens de la part du monsieur qui en 閠ait l'occasion.

(...)

Les malheureuses dissensions nationales, qui sont la cause de malheurs tr鑣 閠endus, s'aggraveraient au moment pr閟ent s'il survenait un changement qui donnerait la majorit plus de pouvoir qu'elle n'en a poss閐 jusqu'aujourd'hui. Le plan par lequel on se proposerait d'assurer la tranquillit du Gouvernement du Bas-Canada doit renfermer les moyens de terminer l'Assembl閑 l'agitation des querelles nationales, en 閠ablissant pour toujours le caract鑢e national de la province. Je n'entretiens aucun doute sur le caract鑢e national qui doit 阾re donn au Bas-Canada ; ce doit 阾re celui de l'Empire britannique, celui de la majorit de la population de l'Am閞ique britannique, celui de la race sup閞ieure qui doit une 閜oque prochaine dominer sur tout le continent de l'Am閞ique du Nord. Sans op閞er le changement ni trop vite ni trop rudement pour ne pas froisser les esprits et ne pas sacrifier le bien-阾re de la g閚閞ation actuelle, la fin premi鑢e et ferme du Gouvernement britannique doit l'avenir consister 閠ablir dans la province une population de lois et de langue anglaises, et de n'en confier le gouvernement qu' une Assembl閑 d閏id閙ent anglaise.

On pourra dire que c'est une mesure draconienne pour un peuple conquis ; que les Fran鏰is au commencement composaient la population enti鑢e du Bas-Canada et qu'ils sont encore la masse ; que les Anglais sont de nouveaux venus n'ayant aucun droit de r閏lamer la disparition de la nationalit d'un peuple au milieu duquel les ont attir閟 leurs aptitudes commerciales. On peut dire encore que si les Fran鏰is ne sont pas une race aussi civilis閑, aussi 閚ergique, aussi apte aux affaires que celle qui les environne, ils sont par ailleurs un peuple aimable, vertueux et satisfait, poss閐ant l'essentiel du confort mat閞iel. On ne doit pas les m閜riser ou les maltraiter, parce qu'ils cherchent profiter de ce qu'ils ont sans partager l'app閠it de lucre qui anime leurs voisins. Apr鑣 tout, leur nationalit est un h閞itage. On ne doit pas les punir trop s関鑢ement s'ils ont r陃 sur les rives lointaines du Saint-Laurent le maintien et l'h閞itage pour leurs fils de la langue, des usages et des institutions de cette grande nation qui pendant deux si鑓les donna le ton de la pens閑 en Europe. Si les querelles des deux races sont irr閏onciliables, on peut r閠orquer que la justice exige la soumission de la minorit la supr閙atie des anciens et plus nombreux occupants de la province, et non que la minorit pr閠ende forcer la majorit prendre ses institutions et ses coutumes.

Mais avant de d閏ider laquelle des deux races doit garder la supr閙atie, ce n'est que prudence de chercher laquelle des deux pr閐ominera la fin ; car il n'est pas sage d'affermir aujourd'hui ce que demain, apr鑣 une lutte dure, il faudra renverser. Les pr閠entions des Canadiens fran鏰is, qui veulent poss閐er exclusivement le Bas-Canada, fermeraient aux Anglais, d閖 plus nombreux du Haut-Canada et des Cantons de l'Est, l'acc鑣 par le grand canal naturel au commerce qu'eux seuls ont cr殚 et qu'ils continuent. La ma顃rise du golfe Saint-Laurent regarde non seulement ceux qui se sont 閠ablis le long de l'閠roite ligne qui le borde, mais encore tous ceux qui habitent et qui habiteront plus tard dans l'immense bassin du fleuve. Car il ne faut pas regarder que le pr閟ent. La question qui se pose est celle-ci : quelle race devra vraisemblablement convertir par la suite en un pays habitable et florissant le d閟ert qui couvre aujourd'hui les riches et vastes r間ions qui environnent les circonscriptions plut魌 閠roites o vivent les Canadiens fran鏰is ? Si cela doit s'accomplir dans les dominions britanniques, comme dans le reste de l'Am閞ique du Nord, par un proc閐 plus rapide que la croissance naturelle de la population, ce doit l'阾re au moyen de l'immigration des Iles britanniques ou des Etats-Unis : ce sont les seuls pays qui donnent les colons qui sont entr閟 ou entreront en grand nombre dans les Canadas. On ne peut pas emp阠her l'immigration de passer par le Bas-Canada, ni m阭e de s'y fixer, tout l'int閞ieur des dominions britanniques avant longtemps devant se remplir d'une population anglaise, qui augmentera rapidement chaque ann閑 sa sup閞iorit num閞ique sur les Fran鏰is. Est-ce justice que la prosp閞it de cette grande majorit et de cette vaste 閠endue de pays soit pour toujours, ou m阭e pour un temps, tenue en 閏hec par l'obstacle artificiel que la civilisation et les lois r閠rogrades d'une partie seulement du Bas-Canada 閘鑦eraient entre elles et l'oc閍n ? Peut-on supposer que cette population anglaise se soumettra jamais un pareil sacrifice de ses int閞阾s ?

Je ne dois pas supposer, cependant, que le Gouvernement anglais se dispose entraver l'immigration anglaise au Bas-Canada ni paralyser le mouvement des capitaux qui y sont d閖. Les Anglais d閠iennent d閖 l'immense partie des propri閠閟 : ils ont pour eux la sup閞iorit de l'intelligence ; ils ont la certitude que la colonisation du pays va donner la majorit leur nombre ; ils appartiennent la race qui d閠ient le Gouvernement imp閞ial et qui domine sur le continent am閞icain. Si nous les laissons maintenant en minorit, ils n'abandonneront jamais l'esp閞ance de devenir une majorit par la suite ; ils ne cesseront jamais de poursuivre le conflit actuel avec toute la f閞ocit qui le caract閞ise aujourd'hui. En pareille occurrence, ils compteront sur la sympathie de leurs compatriotes d'Angleterre ; si elle leur est refus閑, ils sont certains de pouvoir 関eiller celle de leurs voisins de m阭e origine. Ils devinent que si le Gouvernement britannique entend maintenir son autorit sur les Canadas, il doit se reposer sur la population anglaise ; que s'il d閘aisse ses possessions coloniales, ils deviendront une partie de la grande Union qui dispersera bient魌 ses essaims de colons qui par la force du nombre et de l'industrie domineront bient魌 toute autre race. Les Canadiens fran鏰is, d'autre part, ne sont que le r閟idu d'une colonisation ancienne. Ils sont destin閟 rester toujours isol閟 au milieu d'un monde anglo-saxon. Quoi qu'il arrive, quel que soit leur gouvernement futur, britannique ou am閞icain, ils ne peuvent esp閞er aucunement dans la survie de leur nationalit. Ils ne pourront jamais se s閜arer de l'Empire britannique, moins d'attendre que quelque cause de m閏ontentement ne les en d閠ache, eux et les colonies limitrophes, et les laisse partie d'une conf閐閞ation anglaise, ou encore, s'ils en sont capables, en effectuant seuls une s閜aration : se r閡nir ainsi l'Union am閞icaine ou maintenir quelques ann閑s durant un simulacre mis閞able de faible ind閜endance, qui les exposerait plus que jamais l'intrusion de la population environnante. Loin de moi le d閟ir d'encourager indistinctement les pr閠entions la sup閞iorit de l'une des deux races. Mais tant que la plus grande partie de chaque portion du continent am閞icain ne sera ni cultiv閑 ni occup閑, tant que les Anglais manifesteront une activit si constante et si marqu閑 pour la colonisation, il faut penser qu'il n'y aura pas un coin de terre du continent ou cette race ne p閚閠rera pas et o elle ne pr閐ominera pas, lorsqu'elle y aura p閚閠r. Ce n'est qu'une question de temps et de mode : il s'agit simplement de d閏ider si le petit nombre de Fran鏰is d'aujourd'hui seront anglicis閟 sous un Gouvernement qui peut les prot間er ; ou bien si l'on remettra plus tard le proc閐, jusqu' ce qu'un plus grand nombre d'entre eux, par suite de la violence de leurs rivaux, aient subir l'an閍ntissement d'une nationalit que sa survivance prolong閑 n'aurait que renforc閑 et aigrie.

Et cette nationalit canadienne-fran鏰ise, devrions-nous la perp閠uer pour le seul avantage de ce peuple, m阭e si nous le pouvions ? Je ne connais pas de distinctions nationales qui marquent et continuent une inf閞iorit plus irr閙閐iable. La langue, les lois et le caract鑢e du continent nord-am閞icain sont anglais. Toute autre race que la race anglaise (j'applique cela tous ceux qui parlent anglais) y appara顃 dans un 閠at d'inf閞iorit. C'est pour les tirer de cette inf閞iorit que je veux donner aux Canadiens notre caract鑢e anglais. Je le d閟ire pour l'avantage des classes instruites que la diff閞ence du langage et des usages s閜are du vaste Empire auquel elles appartiennent. Le sort le meilleur de l'immigrant instruit et qui d閟ire progresser n'offre pas aujourd'hui d'espoir de progr鑣 ; mais le Canadien fran鏰is recule davantage cause d'une langue et des habitudes 閠rang鑢es celles du Gouvernement imp閞ial. Un esprit d'exclusion a ferm les professions les plus 閘ev閑s aux classes instruites des Canadiens fran鏰is, plus peut-阾re qu'il n'閠ait n閏essaire ; mais il 閠ait impossible qu'avec une plus grande lib閞alit le Gouvernement britannique p鹴 donner ceux qui parlent une langue 閠rang鑢e une position 間ale celle des autres au milieu de la concurrence g閚閞ale de la population. Je d閟ire plus encore l'assimilation pour l'avantage des classes inf閞ieures. Leur aisance commune se perd vite par suite du surpeuplement des r閟erves o elles sont renferm閑s. S'ils essaient d'am閘iorer leur condition, en rayonnant aux alentours, ces gens se trouveront n閏essairement de plus en plus m阬閟 une population anglaise ; s'ils pr閒鑢ent demeurer sur place, la plupart devront servir d'hommes de peine aux industriels anglais. Dans l'un et l'autre cas, il semblerait que les Canadiens fran鏰is sont destin閟, en quelque sorte, occuper une position inf閞ieure et d閜endre des Anglais pour se procurer un emploi. La jalousie et la rancune ne pourraient que d閏upler leur pauvret et leur d閜endance ; elles s閜areraient la classe ouvri鑢e des riches employeurs.

(...)

On ne peut gu鑢e concevoir nationalit plus d閜ourvue de tout ce qui peut vivifier et 閘ever un peuple que les descendants des Fran鏰is dans le Bas-Canada, du fait qu'ils ont gard leur langue et leurs coutumes particuli鑢es. C'est un peuple sans histoire et sans litt閞ature. La litt閞ature anglaise est d'une langue qui n'est pas la leur ; la seule litt閞ature qui leur est famili鑢e est celle d'une nation dont ils ont 閠 s閜ar閟 par quatre-vingts ans de domination 閠rang鑢e, davantage par les transformations que la R関olution et ses suites ont op閞閑s dans tout l'閠at politique, moral et social de la France. Toutefois, c'est de cette nation, dont les s閜arent l'histoire r閏ente, les moeurs et la mentalit, que les Canadiens fran鏰is re鏾ivent toute leur instruction et jouissent des plaisirs que donnent les livres. C'est de cette litt閞ature enti鑢ement 閠rang鑢e, qui traite d'関閚ements, d'id閑s et de moeurs tout fait inintelligibles pour eux, qu'ils doivent d閜endre. La plupart de leurs journaux sont 閏rits par des Fran鏰is de France. Ces derniers sont venus chercher fortune au pays ou bien les chefs de parti les y ont attir閟 pour suppl閑r au manque de talents litt閞aires disponibles dans la presse politique. De la m阭e mani鑢e, leur nationalit joue contre eux pour les priver des joies et de l'influence civilisatrice des arts. Bien que descendante du peuple qui go鹴e le plus l'art dramatique et qui l'a cultiv avec le plus de succ鑣, et qui habite un continent o presque chaque ville, grande ou petite, poss鑔e un th殁tre anglais, la population fran鏰ise du Bas-Canada, s閜ar閑 de tout peuple qui parle sa langue, ne peut subventionner un th殁tre national.

En v閞it, je serais 閠onn si, dans les circonstances, les plus r閒l閏his des Canadiens fran鏰is entretenaient pr閟ent l'espoir de conserver leur nationalit. Quelques efforts qu'ils fassent, ils est 関ident que l'assimilation aux usages anglais a d閖 commenc. La langue anglaise gagne du terrain comme la langue des riches et de ceux qui distribuent les emplois aux travailleurs. Il apparut, par quelques r閜onses que re鐄t le commissaire de l'Enqu阾e sur l'Instruction, qu'il y a Qu閎ec dix fois plus d'enfants fran鏰is qui apprennent l'anglais, que d'Anglais qui apprennent le fran鏰is. Il s'閏oulera beaucoup de temps, bien entendu, avant que le changement de langage s'閠ende tout le peuple. La justice et la diplomatie demandent aussi que tant que le peuple continuera faire usage de la langue fran鏰ise, le Gouvernement n'use pas, pour le forcer se servir de la langue anglaise, des moyens qui, de fait, priveraient la masse du peuple de la protection du droit. Mais je r閜鑤e qu'il faudrait commencer par changer tout de suite le caract鑢e de la province, et poursuivre cette fin avec vigueur, mais non sans prudence que le premier objectif du plan quelconque qui sera adopt pour le gouvernement futur du Bas-Canada devrait 阾re d'en faire une province anglaise ; et cet effet que la supr閙atie ne soit jamais plac閑 dans d'autres mains que celles des Anglais. En v閞it, c'est une n閏essit 関idente l'heure actuelle. Dans l'閠at o j'ai d閏rit la mentalit de la population canadienne-fran鏰ise, non seulement comme elle est aujourd'hui, mais pour longtemps venir, ce ne serait de fait que faciliter un soul鑦ement que de lui confier toute autorit dans la province. Le Bas-Canada, maintenant et toujours, doit 阾re gouvern par la population anglaise. Ainsi la politique que les exigences de l'heure nous obligent appliquer est d'accord avec celle que sugg鑢e une perspective du progr鑣 関entuel et durable de la province.

(...)

La tranquillit ne peut revenir, je crois, qu' la condition de soumettre la province au r間ime vigoureux d'une majorit anglaise ; et le seul gouvernement efficace serait celui d'une Union l間islative.

Si l'on estime exactement la population du Haut-Canada 400.000 鈓es, les Anglais du Bas-Canada 150.000 et les Fran鏰is 450.000, l'union des deux provinces ne donnerait pas seulement une majorit nettement anglaise, mais une majorit accrue annuellement par une immigration anglaise ; et je ne doute gu鑢e que les Fran鏰is, une fois plac閟 en minorit par suite du cours naturel des 関閚ements abandonneraient leurs vaines esp閞ances de nationalit. Je ne veux pas dire qu'ils perdraient sur-le-champ leur animosit ou qu'ils renonceraient subitement l'espoir d'atteindre leurs fins par la violence. Mais l'exp閞ience des deux unions des 頻es britanniques peut nous enseigner avec quelle efficacit les bras puissants d'une Assembl閑 populaire peut forcer l'ob閕ssance d'une population hostile. Le succ鑣 effacerait graduellement l'animosit et porterait graduellement les Canadiens fran鏰is accepter leur nouveau statut politique. Je n'aimerais certes pas les soumettre la domination de la m阭e minorit anglaise avec laquelle ils durent combattre si longtemps. Mais je ne crois pas qu'ils puissent redouter l'oppression ou l'injustice d'une majorit qui 閙anerait d'une source plus 閠endue. En ce cas, la majorit, en son ensemble, n'ayant jamais eu de conflit avec eux, ne les regarderait pas avec une animosit qui pourrait pervertir son sens naturel de l'閝uit. Les dotations de l'Eglise catholique dans le Bas-Canada et toutes les lois qui s'y rattachent pourraient 阾re sauvegard閑s gr鈉e des conditions semblables celles qui furent accept閑s entre l'Angleterre et l'Ecosse, et cela jusqu' ce que l'Assembl閑 puisse les modifier. Je ne pense pas que l'histoire ult閞ieure de la l間islation britannique doive nous induire croire que la nation qui poss鑔e une majorit dans une Assembl閑 populaire puisse vraisemblablement user de son pouvoir pour toucher aux lois d'un peuple auquel elle est unie.

("Le Rapport de Durham" pr閟ent, traduit et annot par Marcel-Pierre Hamel de la Soci閠 historique de Montr閍l, Editions du Qu閎ec, 1948, 376 pages. Les passages cit閟 sont pris aux pages 67-69, 79-82, 85-92, 303-309, 311-312 et 321-322. On n'a pas reproduit ici les nombreuses annotations de M. Hamel. Une traduction plus r閏ente du rapport a 閠 publi閑 dans la Collection des Cahiers de Sainte-Marie, no 13-14 : le Rapport Durham, traduction de Denis Bertrand et Albert Desbiens, introduction et appareil didactique de Denis Bertrand et Andr Lavall閑, Montr閍l, Les Editions de Sainte-Marie, 1969.)

 

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