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Les Patriotes de 1837@1838 - Ellice, Edward
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Ellice, Edward
Article diffusé depuis le 20 mai 2000
 




Deuxième fils du richissime Alexander Ellice et d'Ann Russell, Edward Ellice, aussi surnommé " the Bear " en raison de son sens particulier pour les affaires, fut à la fois un habile financier, un important propriétaire foncier, ainsi qu'un homme politique influent de l'Angleterre du XIXe siècle. Ses nombreuses attaches avec l'Amérique du Nord, fruit de l'imposant héritage d'intérêts commerciaux et fonciers que lui léguèrent son père et ses quatre oncles écossais, les liens étroits qu'il a entretenu, autant avec l'élite financière que politique de la Grande-Bretagne, ainsi que son premier mariage avec lady Hannah Althea Grey, digne représentante de l'aristocratie whig, ont également fait d'Edward Ellice un acteur important de l'expansion et du maintien de l'Empire britannique en Amérique du Nord [Colthart, 1988 : 263]. S'il fut l'un des plus éminent financiers et armateurs de " la cité " de Londres [Colthart, 1988 : 257], Ellice occupa également une position toute particulière dans la tourmente bas-canadienne des années 1830. Porte-parole du " commerce canadien " et de " l'empire du castor ", il contribua, notamment en 1810, à la création du Canada Club, un lobby anglais bâti autour de la Bank of British North America et voué à la promotion d'un système protectionniste et oligarchique au Canada. Digne représentant de ces marchands coloniaux parfois baptisés du nom de Montrealers, Ellice fut l'un de ces hommes pour qui le pacte constitutionnel de 1867 sera la consécration ultime d'un combat décidé en 1837-1838.

Si les activités de l'empire Ellice couvraient la presque totalité du globe, des Amériques à l'Inde, en passant par les Antilles et l'Europe, la vaste étendue des intérêts nord-américains d'Edward Ellice, qu'ils aient été fonciers, commerciaux ou bancaires, laisse cependant deviner toute la mesure du rôle " canadien " de l'homme. L'héritage foncier des Ellice au Canada et dans l'état de New York couvrait ainsi plus de 450 000 acres [Colthart, 1988 : 259], dont la seigneurie de Villechauve (Beauharnois), acquise par Alexander Ellice le 30 juillet 1795. Cette étendue de 324 milles carrés, sur la rive sud du Saint-Laurent, à l'ouest de Montréal, était reconnue pour sa grande valeur et, bien que gérée par un agent résidant, bénéficia de l'attention particulière de son propriétaire ainsi que d'une longue série d'améliorations et d'investissements, souvent majeurs, dont la construction de routes, de chemins de fer et de canaux ainsi que l'érection de moulins, d'écoles et même d'un palais de justice. Ellice, un des apôtres les plus influents de la conversion en " franc et commun soccage ", profita par ailleurs du Canada Tenure Act de 1825, pour convertir, dès 1832, les terres non concédées de sa seigneurie, soit près de la moitié du territoire de Beauharnois [Greer, 1997 : 243].

Les ambiguïtés du régime seigneurial représentaient pour Ellice autant de restrictions au droit de propriété et d'entraves au développement économique, en plus d'être un sérieux obstacle à l'immigration britannique et à l'éradication de la culture canadienne-française [Greer, 1997 : 243, 246]. De telles vues, conformes à celles des marchands constitutionnels de Montréal et Québec, ne pouvaient que susciter une farouche opposition, aussi bien parmi les députés patriotes que dans les campagnes bas-canadiennes. Le travail de ses agents résidants, souvent coupables d'outrages à la tradition seigneuriale dans leur gestion " capitaliste " des droits seigneuriaux, valurent à Ellice l'ire généralisée de ses censitaires, en faisant l'un des propriétaires fonciers les plus détestés au Bas-Canada [Greer, 1997 : 243], bien qu'un autre commentateur ait qualifié sa relation avec ses censitaires de " satisfaisante " [Colthart, 1988 : 259]. La vente définitive de la seigneurie en 1867 mit un terme au démantèlement de l'empire foncier des Ellice en Amérique du Nord.

Edward Ellice, vraisemblablement conscient de ses intérêts nord-américains, séjourna à quelques reprises au Canada et aux États-Unis, tout d'abord à de nombreuses occasions entre 1802 et 1807, puis à deux autres reprises, en 1836 et 1858. L'importance de ses activités outre-atlantique lui valut ainsi une connaissance de la situation nord-américaine dépassant celle de tous ses contemporains en Grande-Bretagne [Colthart, 1988 : 260]. La Chambre des Communes britannique le considérait incidemment comme son spécialiste des affaires de l'Amérique du Nord britannique [Greer, 1997 : 244]. " Radical " éminent et porte-parole en matière de finance et de commerce au sein du parti whig, son influence politique fut telle qu'il amena la Grande-Bretagne à réviser l'ensemble de ses politiques coloniales vis-à-vis l'Amérique du Nord [Colthart, 1988 : 260]. Au plan de la politique intérieure, l'élection de son beau-frère, sir Henry Charles Grey, au poste de premier ministre en 1830 permit à Edward Ellice d'occuper les postes de whip à la Chambre basse, de secrétaire aux Finances (1830-1832) puis de secrétaire à la Guerre (1833-1834). Député de Coventry de 1818 à sa mort, Ellice joua également un rôle actif dans l'adoption de la loi de la réforme de 1832 et de la loi d'émancipation de 1833, ainsi que dans la guerre des pamphlets dirigée contre lord Selkirk. Notre perspective canadienne éclaire cependant davantage la signature qu'Edward Ellice a su imprimer sur la nouvelle orientation du pouvoir impérial britannique face à ses colonies nord-américaines.

Le projet d'union de 1822 devait dans l'esprit d'Ellice favoriser la domination anglaise au Bas-Canada, mais son échec lui fit prendre conscience des difficultés à légiférer pour les colonies depuis Londres. S'il réussit malgré tout à sauver les dispositions particulières du Canada Trade Act (1822) et du Canada Tenures Act (1825), Ellice envisagea dès lors sérieusement l'autonomie des colonies de l'Amérique du Nord britannique. L'Acte d'Union de 1840 fut pour Ellice, parce qu'il préparait l'adoption du gouvernement responsable, l'espoir d'un Canada suffisamment fort, sur les plans économique puis politique, pour savoir résister à l'avance dynamique des États-Unis et conserver son caractère anglais. La décennie 1850 le vit toutefois mettre fortement en doute la politique coloniale britannique et proposer à nouveau son plan de fédération des colonies de l'Amérique du Nord britannique pour soulager la Couronne des ennuis et responsabilités inutiles de l'administration coloniale [Colthart, 1988 : 262]. Ellice exposa une dernière fois sa vision de l'avenir de l'Amérique du Nord britannique dans un long mémoire présenté à la demande du duc de Newcastle en 1861, où il réaffirmait sa crainte récurrente de la puissance croissante des Américains et son désir, inchangé depuis 1838, de voir les colonies réunies en un système fédéral. Sa mort, en 1863, " l'empêcha d'assister à l'accomplissement de son rêve. "[Colthart, 1988 : 262]

En sa qualité de spécialiste des affaires coloniales nord-américaines, Ellice fut intimement mêlé au tumulte des Rébellions de 1837-1838. Si sa gestion de la seigneurie de Beauharnois et son approche pro-seigneuriale " capitaliste " ont pu être sources de fortes tensions dans les campagnes bas-canadiennes, il faut également retenir la prise de son manoir en 1838 mais davantage encore l'influence considérable qu'on lui prête dans le règlement des troubles, autant au sein de la Commission Durham que lors de l'adoption de l'Acte d'Union. Ellice vit d'ailleurs dans les Rébellions une occasion de forcer le gouvernement britannique à prendre des mesures décisives pour l'avenir de ses colonies [Colthart, 1988 : 261]. Il présentera ainsi à sir Henry George Grey, au tout début de 1838, un projet d'union fédérale entre les deux Canadas comprenant une responsabilité ministérielle limitée en plus de soutenir avec force la mission de lord Durham, influençant même les termes du désormais célèbre Rapport : " Ellice le conseilla, lui donna des lettres de recommandation et protégea au parlement et au cabinet la liberté d'action de Durham. Ellice persuada également son fils Edward d'accompagner Durham à titre de secrétaire particulier. Pendant la mission de Durham, Ellice continua de servir d'intermédiaire entre le gouvernement Melbourne et son émissaire à l'humeur changeante [...]. Lorsque Durham revint à Londres en colère à la fin de novembre 1838, Ellice parvint à le convaincre d'abandonner une tel projet [une fédération de toutes les colonies d'Amérique du Nord] et d'adopter plusieurs grandes lignes de son propre mémorandum intitulé 'Suggestions for scheme for the future government of the Canadas' (21 décembre 1838), dans lequel il recommandait l'union fédérale des deux provinces [Bas et Haut-Canada]. Les principales recommandations du fameux rapport de Durham avaient été avancées dans le mémorandum d'Ellice. " [Colthart, 1988 : 261]

Ellice conseilla et aida également le successeur de Durham, Charles Edward Poulett Thomson, en plus d'entretenir, en sa qualité de whig réformiste, des liens épisodiques avec le lobby patriote de Londres, pensons entre autres à L.-H. Lafontaine (janvier 1838). De tels échanges " diplomatiques " peuvent certes paraître surprenants lorsque l'on sait la cible qu'Ellice représentait pour les Patriotes anglais [Senior, 1997 : 240] et que l'on revoit le fil des événements de novembre 1838. Clairement identifié au clan loyal (Ellice père fut l'invité d'honneur d'un souper regroupant des Loyalistes du comté de Beauharnois, le 30 juillet 1836 [LES PATRIOTES, 2000] ), la famille du marchand anglais dut faire face aux insurgés lors du deuxième soulèvement des Rébellions. La naïve assurance d'Edward Ellice fils, exagérément fondée sur la présence du Beauharnois Loyal Volunteers du capitaine John Ross et du quartier-maître David Norman, fut en effet brutalement trompée dès les premières lueurs du dimanche 4 novembre 1838. Les Chasseurs de Châteauguay et de Sainte-Martine s'étaient donnés comme mot d'ordre de converger vers Beauharnois dans la nuit du 3 novembre avec la ferme intention de s'emparer des 300 fusils, des 3 canons et de la poudre qu'ils croyaient être entreposés au manoir Ellice au bénéfice des volontaires de l'endroit. Leurs espoirs furent sévèrement déçus : leur cagnotte se limita à une douzaine de fusils, ainsi qu'à une certaine quantité de munitions [Senior, 1997 : 241].

Le Dr J.-B.-H. Brien sut tempérer la déception des insurgés patriotes et évacua Ellice fils, son agent seigneurial ainsi que quinze autres prisonniers vers Châteauguay, où il furent détenus chez une certaine Mme Duquette [Senior, 1997 : 241]. Sa femme, Jane Ellice, et la sœur de cette dernière furent gardées prisonnières au manoir, d'où elles assistèrent à l'attaque du vapeur Henry Brougham par les 150 Chasseurs de Saint-Timothée menés par F.-X. Prieur et au pillage de la cave à vin du manoir. L'influence de la famille Ellice valut par ailleurs à Prieur de voir sa peine de mort commuée en exil [Senior, 1997 : 280]. Incidemment, Jane Ellice donna une description des événements de Beauharnois jugée très " vivante " par E. K. Senior [1997 : 288]. L'intervention du curé Quintal permettra aux deux parentes d'Ellice de gagner le presbytère où s'entassaient un nombre grandissant de Loyalistes du comté. Les forces loyales marcheront sur Beauharnois le 10 novembre 1838 ; le Glengarry Highlanders du major Carmichael, ainsi que le 71e régiment feront quatre morts parmi les Frères chasseurs et séquestreront de nombreux autres patriotes dans le moulin seigneurial, délivrant du même coup les 62 prisonniers loyalistes, dont la femme et la belle-sœur d'Edward Ellice fils. Le fils d'Ellice profitera plus tard de la désorganisation et de la confusion régnant dans les rangs des Chasseurs de Napierville pour s'esquiver et gagner Lachine par la rivière de la Tortue, où les officiers du 7th Hussars célébreront son évasion [Senior, 1997 : 265-266].

Si la petite histoire retiendra surtout le " pittoresque " de l'attaque dirigée contre son manoir seigneurial et l'emprisonnement de certains membres de sa famille, Edward Ellice apparaît très certainement comme un acteur majeur dans la tourmente des Rébellions de 1837-1838, autant dans la genèse de ses causes que dans son règlement. De son approche pro-seugneuriale " capitaliste " à son ferme appui à la mission de lord Durham, un survol de la carrière d'Ellice constitue le prisme idéal pour envisager aussi bien le point de vue des marchands anglais sur la crise bas-canadienne que leur vision bien particulière de la place et du rôle des colonies d'Amérique du Nord britannique au sein de l'Empire. Étudier la carrière d'Ellice, c'est donner une perspective exogène aux Rébellions, un exercice qui ne peut qu'être bénéfique pour une compréhension et une interprétation plus large de la crise bas-canadienne des années 1830.

Jean-Nicolas Tétreault

COLTHART, James M., " Ellice, Edward ", tiré du DBC, vol. VIII, sous la dir. de Francess G. Halpenny et Jean Hamelin, Sainte-Foy, PUL, (1966) 1988 : 257 à 263.; GREER, Allan, Habitants et Patriotes, La Rébellion de 1837 dans les campagnes du Bas-Canada, Montréal, Boréal, (1993) 1997 : 243 à 246, 304..; SENIOR, Elinor Kyte, Les habits rouges et les Patriotes, Montréal, VLB éditeur, (1985).; 1997 : 227 à 242, 263 à 266, 280, 288.

 


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