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Les Patriotes de 1837@1838 - POUTRÉ, FÉLIX (1814-1885)
 BIOGRAPHIE 
POUTRÉ, FÉLIX (1814-1885)

                Article diffusé depuis le 20 mai 2000

 



(né le 3 septembre 1814 et décédé le 22 février 1885)

Fils de Pierre Poutré-Lavigne et de Josephte Mercier, Félix Poutré est né à l'Acadie le 3 septembre 1814. Selon les registres, Poutré est un ouvrier agricole en 1837 (Gagnon, 1982: 204). Le 28 août 1837 il épouse Rose Benac de laquelle il a cinq enfants. Il décède le 22 février 1885. Bien que fort populaire dans les décennies suivant l'insurrection, Félix Poutré n'a cependant joué qu'un rôle secondaire dans les rébellions.

Ce que l'on connaît de ce personnage provient en partie de son autobiographie parue en 1862 et intitulée : Échappé de la potence : souvenirs d'un prisonnier d'État canadien en 1838. Illettré, Poutré demande à Médéric Lanctot de la rédiger. Dans ce récit, Poutré se targue d'être un grand patriote. Selon ses dires, il aurait participé à la bataille d'Odelltown, assermenté près de 3000 personnes à l'Association des Frères chasseurs et se serait rendu aux autorités afin d'éviter que l'on incendie la ferme paternelle. Arrêté le 7 novembre 1838, il affirme s'être échappé de la potence en feignant la folie auprès de ses geôliers de la prison de Montréal. Son récit est fort bien accueilli par le public au moment de sa sortie puisqu'il connut trois éditions (1862, 1867, 1884) en plus d'être traduit en anglais en 1862 (Lanctot, 1948: 205). Félix Poutré devient alors un rebelle exemplaire, un emblème du patriotisme populaire (Lanctot, 1948: 202; Fauteux, 1950 :354). Il se promènera quelques années plus tard dans plusieurs villages du Bas-Canada et de la Nouvelle-Angleterre afin de donner des conférences sur son implication dans les rébellions. Louis Honoré Fréchette contribue d'ailleurs à cette popularité en publiant le drame Félix Poutré, qui est en réalité la mise en scènes de l'autobiographie de Poutré. Cette pièce, représentée pour la première fois à Québec le 22 novembre 1862, connut un vif succès (Lanctot : 1948: 205).

L'authenticité des propos exprimés dans son autobiographie est néanmoins remise en question à la suite des sorties de l'historien Benjamin Sulte (1898) et de l'archiviste Gustave Lanctot (1913) qui dévoileront tour à tour que Félix Poutré n'est pas le héros de la Rebellion de 1838, tel qu'il se plaisait à dire, mais plutôt un délateur, un traître. Tous deux le qualifieront de "faux patriote " (Lanctot, 1948: 201-211). En effet, Félix Poutré affirme être demeuré en prison " quelques mois ", mois pendant lesquels il a déjoué compagnons de cellules et gardes grâce à des manifestations de folie. Ce subterfuge lui aurait permis d'échapper à la potence. Or, tout cela est faux (Lanctot, 1948: 202; Bélanger 1981 : 785; Fauteux, 1940: 354). Selon les registres, Poutré n'aurait passé que treize jours en prison, ce qui laisse peu de temps pour simuler et convaincre qui que ce soit de sa démence. De plus, un document signé de sa main, prouve que dès sa sortie de prison, Poutré fait partie du service de renseignements de la police (Lanctot, 1948: 220). Le travail du héros, maintenant traître, consiste à surveiller les allées et venues de ses concitoyens aux alentours de Saint-Jean et en Nouvelle-Angleterre (Lanctot, 1948: 222).

À l'aide de documents d'archives, Gustave Lanctot avance qu'après la défaite de Saint-Charles le 25 novembre 1837, Poutré se réfugie aux États-Unis. Il revient au cours de l'été 1838 et se fait alors recruter dans les Frères chasseurs le 3 novembre par Lucien Gagnon qui le menace de la pointe de son pistolet. Par la suite, Poutré s'occupe de recruter des volontaires pour la révolte. Mais, toujours selon Lanctot, il l'aurait fait en les menaçant d'une arme. Par ailleurs, il est fort peu probable qu'il ait participé à la bataille d'Odelltown le 10 novembre puisqu'il s'est fait arrêté loin du champ de bataille, entre Saint-Jean et L'Acadie, le 13 novembre (Lanctot, 1948: 216). Le 26 novembre 1838 il est libéré. Plusieurs soupçonnent que c'est à ce moment que débute sa collaboration avec la police (Fauteux, 1950 :354, Lanctot,1948: 212). Un an plus tard, un rapport signé de sa main le 28 novembre 1839 est rédigé au surintendant de police Pierre Edouard Leclère dans lequel il rapporte les agissements des rebelles. Entre 1840 et 1850, il aurait fait le commerce du foin. En 1872, il se présente comme commis à Montréal et, en 1880, il porte le titre de marchand (Gagnon, 1981 :785).

Félix Poutré, que ses contemporains considéraient comme un héros qui a su déjouer les juges britanniques par son intelligence et sa présence d'esprit, est désormais considéré comme un imposteur. Son rôle dans les rébellions est minime, son nom n'apparaît dans aucune correspondance ou assemblée. Il appert qu'il n'a été héros que dans son propre délire.

Françoise Dubuc

FAUTEUX, Aegidius, Patriotes de 1837-38, Éditions des 10, Montréal, 1950: 354-356.; GAGNON, Jean-Pierre, " Échappé de la potence " Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec, Montréal, Éditions Fides, 1982: 204. ; GAGNON, Jean-Pierre et Kenneth Landry, DBC, Vol XI, 1982 : 785-785.; LANCTOT, Gustave, Faussaires et faussetés en histoire canadienne, Montréal, Éditions Variétés, 1948 : 201-224.

Fils de Pierre Poutré-Lavigne et de Josephte Mercier, né à L'Acadie, dans la région de Saint-Jean-sur-le-Richelieu, endroit nommé Sainte-Marguerite-de-Blairfindie à cette époque et il termine sa vie à Montréal et ce, sans que personne ne sache, de son vivant, qu'il était en réalité un " engagé du gouvernement ", un espion.

Il va sans dire que l'on ne connaît que très peu de choses à son sujet concernant les vrais événements de sa vie. Sinon le fait qu'il a marié Rose Bénac le 28 août 1837 et qu'ils ont eu cinq enfants et qu'il a été arrêté et emprisonné en novembre 1838, pour être libéré que quelques jours plus tard. On pourrait donc croire que sa carrière d'espion a débuté autour de cette période de sa vie. D'ailleurs, à l'été suivant (1839), il fait de nouveau partie de l'Association des frères-chasseurs.

Cette association secrète fondée en début de l'année 1838 par Robert Nelson et ses compagnons visait à agir plus discrètement et ainsi contrecarrer la nouvelle loi de neutralité des États-Unis, votée en mars 1838 par le Congrès, et très rigoureuse. L'Association des frères-chasseurs fonctionnait selon le modèle militaire : tout d'abord, à la tête, on retrouvait le Grand Aigle, un général de division, puis sous ses ordres, il y avait les Aigles qui organisaient les compagnies pour chacun des districts dont ils étaient responsables. Ceux-ci choisissaient, chacun, deux Castors. Ces derniers se chargeaient, en tant que capitaines, du fonctionnement de leurs troupes et avaient sous leurs ordres chacun cinq caporaux appelés Raquettes. Chacun d'eux commandait neuf hommes qui formaient le corps des Chasseurs. En fait, cette association formait comme une armée relativement nombreuse, mais indisciplinée. Ils organisaient tout de même quelques soulèvements, qui ont généralement échoués.

Étrangement, en 1838, la même année que la formation de cette association et de son interdiction, Poutré publie une autobiographie (il n'a que 24 ans) et qu'il intitule, et pour cause, "Échappé de la potence : souvenir d'un prisonnier d'État canadien en 1838 " et qui racontait la vie d'un patriote lors des événements de 1837-1838. Héros rusé qui avait réussi à éviter la condamnation en simulant la folie durant son emprisonnement. De plus, il explique son emprisonnement par le fait qu'il s'est lui-même rendu aux autorités suite à la menace d'incendier la ferme de son père. Ce récit était rempli de mensonges et n'avait rien de sérieux, mais lui sera d'une grande utilité pour couvrir son véritable rôle durant les rébellions. Largement diffusée et traduite en anglais, puis adaptée au théâtre par Fréchette, son autobiographie sera connue de tous et rééditée en 1862, 1869 et 1884. Poutré donna aussi des conférences un peu partout au Québec et en Nouvelle-Angleterre. Ce n'est qu'en 1898 qu'on apprend de Benjamin Sulte la fourberie qui sera publiquement dénoncée par l'archiviste Gustave Lanctôt en 1913.

On apprend ainsi que le 28 novembre 1839, Poutré avait témoigné de ses actes d'espionnage, produits depuis sa sortie de prison, devant le juge de paix et le surintendant de police Pierre-Édouard Leclère. Avant même de devenir membre des frères-chasseurs, il surveillait les Patriotes réfugiés aux États-Unis et ceux qui vivaient dans la région de Saint-Jean-sur-Richelieu. L'ensemble de la brochure de Poutré se résumait ainsi à un ramassis de tromperies. Il devait donc maîtrisé l'art du mensonge avec une aisance extraordinaire, mais n'en était pas moins en traître à la cause rebelle et qui a largement contribué à l'échec des rébellions en 1837-1838.

Bibliographie :

Félix Poutré, "Échppé de la potence: souvenir d'un prisonnier d'État canadien en 1838",

Montréal 1862.

Voir aussi le dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec, I: 204, 246-248

 


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Consulté 4532 fois depuis le 20 mai 2000
 micheline bellemare  (3 juin 2009)
pourquoi devrions-nous croire davantage m.Lanctot plutot que Poutré
 Marc Collin  (15 septembre 2006)
Prière d`ajouter à la bibliographie mon ouvrage : Mensonges et vérités dans les Souvenirs de Félix Poutré, Editions du Septentrion, 2001, 253 p.
 Alain Ricard  (20 février 2006)
Le 21-22 et 28-29 avril prochain, la pièce de théâtre `Les grands soleils` de Jacques Ferron sera présentée à Louiseville, lieu de naissance du docteur Ferron dans le cadre d`activités soulignant le 20e anniversaire de son décès. Une adaptation ouverte aux publics non-initiés aux écritures de Ferron. Avis aux amateurs de reconstitution historique entourant la bataille des patriotes à St-Eustache. Le personnage de Poutré est savoureux Renseignements 1-866-928-8086. www.studioricard.com
 Poutré Hélène  (3 octobre 2005)
Je vous remercie beaucoup de m`avoir aidé à mieux connaître l`un de mes ancêtres.

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