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Les Patriotes de 1837@1838 - PAPINEAU, Amédée, Souvenirs de jeunesse (1822-1837) (Sillery, Septentrion, 1998), 134 p. Texte établi avec introduction et notes par Georges Aubin. Compte rendu de YVAN LAMONDE, Département de langue et littérature françaises, Université McGill
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PAPINEAU, Amédée, Souvenirs de jeunesse (1822-1837) (Sillery, Septentrion, 1998), 134 p. Texte établi avec introduction et notes par Georges Aubin. Compte rendu de YVAN LAMONDE, Département de langue et littérature françaises, Université McGill
Article diffusé depuis le 20 mai 2000
 




Le Journal et les Mémoires d'Amédée Papineau font partie de ce corpus de littérature dite personnelle reliée aux rébellions de 1837 et de 1838. Outre ces deux titres, Georges Aubin, chroniqueur occasionnel des rébellions dans le Bulletin d'histoire politique, a déjà édité les journaux de François-Maurice Lepailleur et de Jean-Philippe Boucher-Belleville, la correspondance de Siméon Marchesseault à sa femme, les écrits de Wolfred Nelson et la Déclaration de l'Indépendance de Robert Nelson. Ce corpus général de littérature personnelle comprend en plus les récits de J.-N.-A. Archambault, de Georges de Boucherville (RHAF, 1969), de Robert-S.-M. Bouchette, du docteur A.-I. Des Rivières (La Patrie , 12 mai 1898), de Ludger Ducharme, d'A. Girard (Report of the Public Archives of Canada, 1923), d'Hyppolite Lanctôt (ANC), d'André Ouimet (L'Opinion publique, 6-21 mai 1873), de l'énigmatique Félix Poutré, de F.-X. Prieur, de Denis-Benjamin Viger, le Journal historique des événements... attribué au curé Jacques Paquin et la correspondance de Chevalier de Lorimier publiée chez Comeau & Nadeau avec une préface du cinéaste et essayiste Pierre Falardeau.

Le texte du Journal avait été partiellement publié en 1972 et 1978 et ces deux volumes ne couvraient que la période allant de l'automne 1837 au 5 novembre 1838. Outre qu'elle s'appuie sur le manuscrit original du Journal, la présente publication mène le texte du 6 novembre 1838 (p. 231) au 30 octobre 1855.

Le Journal d'Amédée Papineau est essentiellement une chronique des rébellions de 1837 et de 1838 et de la sociabilité et des activités des Patriotes en exil aux États-Unis. Même lorsqu'il voyage au Bas-Canada avant d'y revenir définitivement, Amédée Papineau n'a de cesse de chercher, avec un certain romantisme des ruines (p. 388, 394, 397), des témoignages sur les rébellions et des traces des combats (p. 386-409). Le diariste continue de suivre la politique post-rébellion: il commente longuement le Rapport Durham (p. 316-324) et décrit l'incendie du Parlement en avril 1849 (p. 779-786). Ce sont là les deux moments forts de son intérêt pour la politique après 1840, avec une attention portée au retour d'exil de son père (p. 760) et une prise de position en faveur de l'annexion du Canada aux États-Unis (p. 802).

Sa narration des deux rébellions comporte un témoignage et des renseignements précieux sur l'affrontement entre le Doric Club et les Fils de la Liberté des 5 et 6 novembre 1837, sur la sortie de Montréal de Papineau (13 novembre), sur les deux combats de Saint-Denis et de Saint-Charles (23 et 24 novembre), sur l'espionnage (p. 249). Si Amédée est flegmatique à propos de la fameuse assemblée de Middlebury, Vermont, du 2 janvier 1838, c'est sans doute parce qu'il est favorable au projet d'une nouvelle insurrection et ce, contre le gré de son père, en désaccord avec l'entreprise (p. 129, 136, 137, 145). Amédée n'en jugera pas moins la rébellion de 1838, après coup, comme "une folie impardonnable [...] sans moyens suffisants" (p. 242). Comme le père, le fils interprète la rébellion de 1837 comme une insurrection non préméditée (p. 125). Le document permet aussi d'observer l'attention portée par Amédée à ce qui se passe dans le Haut-Canada, lui qui lit la Gazette de Mackenzie, lequel vient d'ailleurs visiter le leader patriote aux États-Unis.

Le Journal constitue un témoignage intéressant sur les attentes et déceptions des Patriotes à propos des États-Unis: Amédée Papineau présente une image toute négative du président van Buren et s'insurge contre la "neutralité" préconisée par celui-ci, médecine que les Canadiens avaient pourtant servie aux Yankees de 1775. Le document permet aussi de mieux comprendre la féroce opposition de 1848 entre Louis-Joseph Papineau et Wolfred Nelson, opposition construite sur la dénonciation de Papineau et sa supposée "fuite" en 1837; en effet, rien dans le Journal (p. 277, 652) n'annonce ce revirement de Nelson, qui devient un renégat (p. 768, 774).

Amédée est un lecteur boulimique de journaux (p. 154, 246, 247, 263, 314) dont Le Courrier des États-Unis de New York (p. 411, 414, 448, 603, 669, 705, 769) et de livres. Il y aurait une fascinante étude -- un mémoire de maîtrise -- à mener sur les lectures déclarées du diariste de 1837 à 1855, tout comme sur sa fréquentation du théâtre (p. 749, 753, 818, 823) et de l'opéra (p. 545, 604, 675, 727, 754, 755, 770). Le long séjour du fils Papineau aux États-Unis confirme l'idée que les Canadiens français découvrent pour l'essentiel le phénomène associatif dans ce pays (p. 144, 313, 345, 362, 366, 368, 370, 379...) et explique l'intérêt d'Amédée pour la Société des Amis de 1844 (p. 662, 684, 695...) dont il est un fondateur. Rare aussi dans un Journal : la découverte de l'amour, en l'occurrence celui d'Amédée pour Marie Westcott (p. 527).

Amédée lit et écrit: il rédige un petit ouvrage intitulé Les Droits de l'Homme ou Principes Élémentaires de la Foi Démocratique (p. 433, 435, 441-442, 456, 504, 516, 695) dont on ne sait ce qu'il est advenu. Ce qui mène à parler du travail d'édition de ce Journal. Il eût été intéressant que Georges Aubin, qui a consulté le(s) fonds Amédée Papineau et qui a constaté que le Dictionnaire biographique du Canada n'a pas fait de place (avec raison?) au fils aîné du grand Papineau, construise la bibliographie (p. 15, 686, 687, 731, 736, 738) d'Amédée Papineau et dresse une liste des dépôts d'archives contenant des documents relatifs au personnage; qu'il précise aussi cette référence qu'il fait au Journal d'Amédée après 1870 (p. 17) et après 1885 (p. 18, 20, 24) et à celui de son frère Lactance (p. 502). Georges Aubin n'a pas l'habitude, ici et ailleurs, de donner ses références dans les notes infrapaginales. Lorsqu'il parle de Vattemare, par exemple (p. 569), on doit prendre pour argent comptant ses affirmations, sans qu'il précise au lecteur s'il prend ses renseignements chez Jos Bleau, Claude Galarneau ou Élisabeth Revai. Le responsable de l'édition de ce Journal de 950 pages n'a pas jugé nécessaire de faire un index des centaines de noms propres et de lieux qui meublent le texte. L'éditeur a-t-il un mot à dire dans tout cela?

L'imprécision éditoriale est la même dans les Mémoires où Amédée retrace sa vie de 1822 à 1837. Le manuscrit de ces Mémoires compte 155 pages, plus 35 pages que G. Aubin intitule "Souvenirs de jeunesse". Où sont ces Mémoires? Que contiennent-ils? G. Aubin le dira peut-être un jour à ses lecteurs... et à son éditeur.

Il faut reconnaître le bon travail d'édition du corpus patriote que fait Georges Aubin, tout en souhaitant d'éventuelles éditions avec l'appareil scientifique que commande une initiative d'une telle importance.

RHAF, vol. 52, n° 4, printemps 1999

 


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