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Les Patriotes de 1837@1838 - KELLY, St閜hane,<i>La petite loterie. Comment la Couronne a obtenu la collaboration du Canada fran鏰is apr鑣 1837 </i>(Montr閍l, Bor閍l, 1997), 283 p. par TEVEN WATT
 HISTORIOGRAPHIE 
     
KELLY, St閜hane,La petite loterie. Comment la Couronne a obtenu la collaboration du Canada fran鏰is apr鑣 1837 (Montr閍l, Bor閍l, 1997), 283 p. par TEVEN WATT
Article diffus depuis le 20 mai 2000
 




Dans la r閜onse que donne St閜hane Kelly la question soulev閑 par le sous-titre de son essai, il n'y a pas grand-chose d'original. L'auteur nous explique que c'est le patronage qui transforme les rebelles patriotes de 1837 en de loyaux sujets de sa majest. Il n'est cependant pas question de voir dans la distribution de postes des hommes politiques canadiens-fran鏰is une contradiction relativement au projet d'assimilation de Durham. Kelly voit plut魌 dans la mise en place d'une "petite loterie coloniale" -- qui accorde un petit groupe de parvenus "des privil鑗es de la Couronne" -- le prolongement de la "solution Durham (p. 23)". Cette petite loterie transformera fondamentalement l'imaginaire politique canadien-fran鏰is: une vision r閜ublicaine fond閑 sur la r閟istance fait alors place une vision monarchiste bas閑 sur la collaboration. S'attaquant "l'interpr閠ation anticl閞icale de l'histoire du Canada fran鏰is", l'auteur explique qu'on a trop souvent bl鈓 le clerg catholique pour expliquer cette transformation. Il veut donc "attribuer la naissance de la Conf閐閞ation ses v閞itables p鑢es fondateurs (p. 18)". Ceux-ci ne sont pas forc閙ent les d閘間u閟 qui n間ocient l'accord Charlottetown, Qu閎ec et Londres. Ce sont plut魌 ceux qui, au cours des trente ann閑s qui s閜arent les R閎ellions de la Conf閐閞ation, abandonn鑢ent la r閟istance en faveur de la collaboration: 蓆ienne Parent, Louis-Hyppolite LaFontaine et George-蓆ienne Cartier.

Dans les deux premi鑢es parties de l'essai, Kelly affirme que la vie politique canadienne du XIXe si鑓le, comme celle de l'Angleterre du XVIIIe, est marqu閑 par la division Court Party/Country Party. D'une part, l'auteur explique que l'imaginaire politique du Canada anglais correspond la vision du Court Party. Il s'agit d'une vision monarchiste qui fait reposer le syst鑝e politique sur le pouvoir ex閏utif et la citoyennet sur la primaut de l'origine britannique dans un contexte imp閞ial et multinational. D'autre part, Kelly affirme que l'imaginaire politique canadien-fran鏰is correspond au Country Party, c'est--dire qu'il s'inspire d'un r閜ublicanisme agraire qui insiste sur les th鑝es de la libert publique et de la nation. Le patriote, le h閞os de la vision politique Country, doit surtout se montrer vigilant contre la corruption, c'est--dire la perversion des motifs des repr閟entants du peuple par le patronage distribu par l'ex閏utif.

Dans les deux derni鑢es parties de l'essai, l'auteur introduit la notion de paria telle que d関elopp閑 par Hannah Arendt. Comme les Juifs europ閑ns d閏rits par Arendt, Kelly voit la nation canadienne-fran鏰ise comme un peuple paria au sein duquel l'individu qui veut am閘iorer son sort fait face un choix difficile, voire d閏hirant. Soit qu'il devienne un rebelle, travaillant l'閙ancipation collective de son peuple, soit qu'il devienne un parvenu, collaborant avec le groupe majoritaire. Ainsi, la troisi鑝e partie de l'essai d閏rit une prise de conscience chez les Canadiens fran鏰is de leur statut de peuple paria dans les ann閑s qui ont men 1837. Les R閎ellions s'av鑢ent cependant un 閜isode rat de r閟istance. Finalement, dans la quatri鑝e partie, l'auteur d閏rit la victoire d閒initive de la collaboration au cours des trente ann閑s qui ont men la Conf閐閞ation. Parent, LaFontaine et Cartier, chacun leur tour, abandonneront les principes r閜ublicains des patriotes. Kelly souligne que ce sont avant tout ces hommes politiques canadiens-fran鏰is, et non pas les clercs, qui opteront pour la collaboration avec la Couronne.

Certes, les approches th閛riques d関elopp閑s par Kelly permettent de souligner l'importance d'une pens閑 monarchiste au Canada anglais et d'une pens閑 r閜ublicaine au Canada fran鏰is, ainsi que l'importance de ne pas exag閞er le pouvoir de l'蒰lise dans la soci閠 qu閎閏oise de la premi鑢e moiti du XIXe si鑓le. Malheureusement, l'auteur a tendance 関acuer ou traiter d'aberration tout ce qui ne contribue pas aux deux grandes traditions politiques qu'il d閏rit. Pas question de traiter du r閜ublicanisme canadien-anglais, sauf pour dire qu'il s'agit d'un courant politique minoritaire. De m阭e, Kelly affirme qu'un r閜ublicanisme "pur" caract閞ise la vision politique de tout le Canada fran鏰is, ce qui rend difficile la mise en lumi鑢e des exceptions et des changements. Dans cette argumentation, les Canadiens fran鏰is qui collaborent avec le pouvoir ex閏utif sont vite 閏art閟 et int間r閟 au camp des bureaucrates, tandis que ni l'orthodoxie du r閜ublicanisme des patriotes ni la correspondance entre leurs vues politiques et celles du peuple ne sont mises en doute. Dans l'閜ilogue, Kelly affirme que c'est seulement apr鑣 la Conf閐閞ation que des changements majeurs feront 閏later la tradition r閜ublicaine. Pourtant, la p閞iode pr閏閐ent 1867 conna顃 aussi d'importantes transitions 閏onomiques, des perturbations dans les alliances politiques, des d関eloppements constitutionnels et des changements dans le r鬺e de l'蓆at. Tout cela a certainement influenc la coh閞ence, l'importance et l'ampleur du r閜ublicanisme dans la vie politique bas-canadienne diff閞ents moments. Toutefois, le seul moment o l'auteur laisse place l'incertitude est lorsqu'il traite du r鬺e du clerg dans la strat間ie de collaboration. Kelly cherche ainsi minimiser l'anticl閞icalisme des patriotes et il cite plusieurs cas o des cur閟 ont aid, de fa鏾n plus ou moins active, les rebelles. Il affirme que les 関阸ues, pris dans un dogme religieux qui pr鬾e l'ob閕ssance au gouvernement 閠abli, s'opposent aux patriotes et appuient la Conf閐閞ation la derni鑢e minute seulement et sans grand enthousiasme.

Malheureusement, Kelly offre tr鑣 peu de d閠ails sur la tradition historiographique dominante qui aurait bl鈓 le clerg pour l'閏hec des r閎ellions et l'av鑞ement de la Conf閐閞ation en ignorant le r鬺e des politiciens parvenus. Sur ce sujet, l'auteur ne cite directement que trois ouvrages: Fernand Ouellet sur les R閎ellions, Jean-Charles Bonenfant et Marcel Bellavance sur la Conf閐閞ation. Par ailleurs, il se plaint, dans le prologue, d'un Pierre Trudeau trop aveugl par son anticl閞icalisme pour voir le r鬺e historique des politiciens dans la collaboration des 閘ites canadiennes-fran鏰ises. Kelly n'approfondit jamais l'HISTORIOGRAPHIE relative aux ann閑s 1837-1867 et les implications de la Petite loterie pour elle. Pourtant, les historiens ont certainement reconnu le r鬺e de Parent dans le d閎at sur l'assimilation, celui de LaFontaine dans la mise en place de l'Union et d'un syst鑝e de patronage, ainsi que celui de Cartier dans le passage de la Conf閐閞ation.

Bref, Kelly nous offre une nouvelle lecture des 関閚ements politiques qui ont eu lieu entre 1837 et 1867, mais il s'agit d'une lecture assez sommaire et peu consciente de la tradition historiographique qu'elle veut supplanter.

Revue d'histoire de l'Am閞ique fran鏰ise, vol. 52, n 3, hiver 1999

 

Recherche parmi 15772 individus impliqu閟 dans les r閎ellions de 1837-1838.

 



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