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Les Patriotes de 1837@1838 - LES R葿ELLIONS : CINQ INTERPR蒚ATIONS. Marc Collin
 HISTORIOGRAPHIE 
     
LES R葿ELLIONS : CINQ INTERPR蒚ATIONS. Marc Collin
Article diffus depuis le 20 mai 2000
 




En 1968, Fernand Ouellet brisait les cadres de l'historiographie traditionnelle des R閎ellions de 1837-38 en affirmant l'importance des facteurs 閏onomiques et sociaux dans l'explication de leur gen鑣e et de leur 閏hec. La recherche de sources plus diversifi閑s, l'utilisation de nouvelles grilles d'analyse, l'閠ude du contexte social, 閏onomique et id閛logique des R閎ellions, en r関閘ant divers clivages sous-jacents l'aspect politique, ont par la suite fait 閏later ce d閎at et suscit une foule de nouveaux questionnements.

En s'appuyant sur les concepts d'int閞阾 et de conscience de classe, Fernand Ouellet s'est interrog sur le lien entre les dirigeants du mouvement patriote et la paysannerie qui a lui fourni ses troupes. Son 閠ude fait ressortir le clivage entre les int閞阾s de la petite bourgeoisie canadienne fran鏰ise, dont le d閟ir de promotion sociale se manifestait par l'閘aboration d'une id閛logie nationaliste, et ceux des paysans, qui souffraient de l'exploitation 閏onomique notamment engendr閑 par le syst鑝e seigneurial. Selon Ouellet, le mouvement insurrectionnel aurait pris naissance chez ces 閘ites canadiennes fran鏰ises, qui auraient manipul les paysans en leur faisant croire que leurs difficult閟 閠aient li閑s avant tout l'oppression nationale. Incapables de se donner par elle-m阭e une conscience de classe, la paysannerie aurait adopt celle de ses chefs. Or, le but de la petite bourgeoisie n'閠ait pas d'abolir la soci閠 de privil鑗es, mais bien d'y participer d'avantage. Cette position ambivalente aurait conduit les dirigeants se dissocier de fa鏾n croissante du mouvement mesure que celui-ci se radicalisait, refl閠ant les v閞itables motivations des paysans. Ainsi s'expliquent, selon Ouellet, les divisions et la faiblesse du leadership qui ont conduit les Patriotes la d閒aite. Selon lui, en d閠ournant de son but v閞itable le potentiel r関olutionnaire de la masse, les 閘ites ont emp阠h le renversement de l'ancien r間ime social dans le Bas-Canada.

Stanley Ryerson s'int閞esse lui-aussi aux classes sociales, mais en tant que moteur du changement social. Au cours du d閎ut du XIXe si鑓le, le d関eloppement du commerce et d'une industrie autochtone au Bas-Canada avaient donn naissance de nouvelles forces qui se heurtaient l'ordre d'ancien r間ime. Les privil鑗es seigneuriaux, mais surtout la sp閏ulation sur les nouvelles terres bloquaient le d関eloppement de l'閏onomie et de l'industrie autochtone. Selon Ryerson, les revendications politiques des Patriotes furent la manifestation du besoin de libert de commerce pour une classe naissante de petits industriels canadiens-fran鏰is. Ce mouvement, qui s'inscrivait dans la tendance g閚閞ale de l'関olution des soci閠閟 occidentales, se doublait au Bas-Canada de la lutte nationale d'un peuple pour conserver sa langue, sa religion et ses usages. Mais contrairement ce qui c'est produit dans les soci閠閟 europ閑nnes, il n'y eut pas au Bas-Canada d'affrontement entre la haute bourgeoisie et l'aristocratie ; propri閠aires terriens et grands marchands 閠aient 間alement b閚閒iciaires des privil鑗es li閟 aux survivances f閛dales et l'asservissement colonial. Les grands capitaux s'閠aient investis soit dans le commerce international, d関elopp dans un cadre de monopole colonial et orient vers l'exploitation des ressources du pays au profit de l'Angleterre, puis, de fa鏾n croissante, dans l'achat de droits seigneuriaux. Cette r関olte, dirig閑 par une petite bourgeoisie naissante et men閑 par des paysans, dut affronter la coalition des grands marchands et des aristocrates oppos閟 tout changement de l'ordre politique et social. Un contexte de sous-d関eloppement, et l'absence d'une v閞itable bourgeoisie autochtone et d'une classe prol閠arienne, moteurs habituels du changement social, expliquent selon Ryerson l'閏hec des insurrections et la lenteur du passage de la soci閠 d'ancien r間ime au capitalisme moderne au Bas-Canada.

G. Bernier et D. Sal閑 rejettent l'interpr閠ation des R閎ellions en fonction de la question nationale, qu'ils consid鑢ent comme un anachronisme et une erreur m閠hodologique. Selon eux, le postulat de la lutte nationale ne serait valable que dans la mesure o l'id閑 de nation avait un sens pour la majorit de la population du Bas-Canada. Or, s'il existait un certain ressentiment national parmi les 閘ites des villes, qui avaient beaucoup de contacts avec les Anglais et subissaient la discrimination ethnique propre au r間ime, on ne peut en dire autant selon eux des habitants des campagnes, la grande majorit, qui n'avaient pour ainsi dire aucun contact avec les Anglais et vivaient en relative autarcie. Pour Bernier et Sal閑, les revendications des paysans 閠aient 閏onomiques et sociales, et il n'en allait pas autrement de celles de l'閘ite qui dirigea le mouvement ; le nationalisme qu'ils d関elopp鑢ent visait avant tout l'union des forces vives du Bas-Canada pour le renversement des privil鑗es de l'aristocratie, et avait peu voir avec le particularisme ethnique auquel les historiens nationalistes ont voulu par la suite le r閐uire. Bien que les enjeux 閏onomiques et sociaux de cette lutte soient li閟 au colonialisme, Bernier et Sal閑 consid鑢ent que celui-ci ne peut s'expliquer seulement par l'emprise de la m閠ropole sur la colonie ; celle-ci est une entit autonome, et la nature des rapports sociaux qui y sont 閠ablis d閠ermine la reproduction de la situation coloniale. Il serait illusoire de vouloir d閠ruire un lien de d閜endance ext閞ieure sans une transformation des rapports sociaux l'int閞ieur de la colonie ; l'閏hec des R閎ellions s'explique donc, selon eux, par la persistance, chez les r閒ormistes eux-m阭es, des sch鑝es de rapports sociaux h閞it閟 de l'ancien r間ime.

La dichotomie entre lib閞alisme et conservatisme a fourni, depuis toujours, le cadre th閛rique de l'historiographie des r閎ellions, ce qui a conduit beaucoup d'historiens souligner la contradiction entre les revendications d閙ocratiques et certains 閘閙ents conservateurs du discours des Patriotes, comme la d閒ense du r間ime seigneurial. Selon Louis-Georges Harvey, cette fa鏾n de voir masque la v閞itable nature des id閍ux des Patriotes, elle repose sur des conceptions politiques h閞it閑s de l'Europe et que les Patriotes eux-m阭es rejetaient au profit d'une prise de conscience de la r閍lit et des besoins propres une nation am閞icaine. Cette prise de conscience de l'" am閞ican轱t " se serait produite au Bas Canada en 1822, dans la foul閑 des protestations contre la tentative de r閍liser l'union des Canadas. Le mod鑜e am閞icain, jusque-l rejet par les Canadiens, commen鏰 alors repr閟enter pour eux une r閒閞ence. Tra鏰nt un parall鑜e avec les conceptions d閙ocratiques de Jefferson, Harvey d閙ontre que les Patriotes ne combattaient pas tant l'autoritarisme que la corruption du pouvoir, contre laquelle le meilleur rempart 閠ait l'acc鑣 au pouvoir d'une majorit de petits propri閠aires terriens 間aux entre eux. Selon la conception de Jefferson, les propri閠aires terriens, attach閟 au bien commun du pays, incarnent la vertu politique, par opposition la fois aux grands financiers qui ne poursuivent que leur int閞阾 personnel et aux prol閠aires qui, sans attaches, ne sont pas sensibles au bien commun et se laissent facilement acheter. Gr鈉e la pr閟ence de nouvelles terres coloniser en Am閞ique, les citoyens peuvent toujours 閏happer l'autorit d'un r間ime despotique, ce qui pose le m閞ite comme la principale condition du succ鑣. Or, cette soci閠 vertueuse est menac閑 par l'envahissement des capitaux et l'immigration en provenance d'Europe, le pouvoir des banques et le d関eloppement de l'industrie. Selon Harvey, pour comprendre la v閞itable nature du programme patriote, il importe de l'ins閞er dans le cadre de ce mouvement caract鑢e continental. Ainsi, la juxtaposition de revendications d閙ocratiques avec la d閒ense du syst鑝e seigneurial, la volont de maintenir en place le conseil l間islatif en le rendant simplement 閘ectif, le maintien d'un cens 閘ectoral, et des conceptions 閏onomiques qui accordent la primaut l'agriculture, n'a rien de contradictoire. Il s'agit d'un programme politique et 閏onomique coh閞ent visant pr閟erver les vertus d閙ocratiques et assurer un d関eloppement 閏onomique harmonieux qui ne saperait pas les bases de la soci閠 am閞icaine en ce qu'elle a de meilleur.

Allan Greer a 閠udi les r閎ellions de 1837-38 du point de vue des relations entre les villes et les campagnes. Jusqu'au d閎ut du XIXe si鑓le, celles-ci s'閠aient d関elopp閑s de mani鑢e plut魌 autonome. Les villes avaient prosp閞 surtout gr鈉e leurs fonctions administratives, et autour du commerce international, tandis que les campagnes 閠aient caract閞is閑s par un mod鑜e autarcique, celui du cultivateur vivant essentiellement du produit de sa terre et fabriquant lui m阭e presque tout ce dont il avait besoin. La p閞iode pr閏閐ant les R閎ellions en fut une de profonde p閚閠ration de l'emprise des villes sur la campagne. Le commerce de la fourrure, qui avait jusque l drain l'essentiel des capitaux, entra dans une p閞iode de d閏lin, tandis que la forte demande de bl sur le march international incitait les capitalistes investir dans l'achat de terres. Le d関eloppement d'une agriculture destin閑 l'exportation permit aussi l'enrichissement de certains paysans et le d関eloppement d'un march de campagne pour les produits manufactur閟 dans les villes; mais du m阭e coup, les liens de d閜endance envers la ville 閠aient accrus, de m阭e que les in間alit閟 entre les propri閠aires bien 閠ablis et la g閚閞ation montante qui n'avait plus acc鑣 la terre. Parall鑜ement cette p閚閠ration, le clerg des villes prenait le contr鬺e des paroisses, qui cess鑢ent d'阾re g閞閑s localement. C'est dans ce contexte que se d関elopp鑢ent ces villages de campagne qui allaient 阾re le point de ralliement des R閎ellions. Le mouvement patriote est largement issu des villes, mais d鑣 le d閎ut des affrontements arm閟, il dut se r閒ugier dans les campagnes en raison non seulement de la pr閟ence militaire dans les villes, mais aussi d'un authentique courant populaire urbain favorable la constitution. Les R閎ellions se focalis鑢ent ainsi en un affrontement villes-campagnes, et malgr l'appui des patriotes, l'ensemble du mouvement s'organisa selon l'exp閞ience historique, les m閠hodes et traditions des campagnes et autour de leurs insatisfactions. Selon Greer, les Patriotes ne furent pas vraiment les instigateurs de ces petites "r閜ubliques", centr閑s autour des villages de campagne, qui se d関elopp鑢ent selon une logique locale, comme en t閙oigne l'absence de coordination entre les r間ions. Le caract鑢e rural des insurrections, et l'absence d'une coordination proprement nationale, expliquent ainsi l'閏hec des R閎ellions.

ANALYSE

L'interpr閠ation 閏onomique et sociale de Fernand Ouellet a donn, pour longtemps, le ton du d閎at sur les R閎ellions. On peut en effet consid閞er les interpr閠ations de Ryerson, Bernier et Sal閑, Harvey et Greer comme autant de r閜onses la sienne. Les questions soulev閑s par Ouellet sont principalement celles du rapport entre les classes sociales, particuli鑢ement le r鬺e de l'閘ite canadienne-fran鏰ise, et de l'impact de l'id閛logie nationaliste ; c'est donc autour de ces deux points que nous analyserons l'関olution de ce d閎at.

LE R訪E DES 蒐ITES

Fernand Ouellet accordait un r鬺e majeur l'action de la petite bourgeoisie canadienne fran鏰ise, instigatrice du mouvement et responsable de son 閏hec par sa d閒ection au moment d閏isif ; celle-ci s'expliquerait par sa position ambivalente, la fois progressiste quant ses revendications politiques et conservatrice quant sa vision sociale. Sur ce point, Bernier et Sal閑 adoptent une position assez voisine, en affirmant que les dirigeants des R閎ellions n'ont pas su 閘aborer un programme de changement social.

Pour Stanley Ryerson, cependant, on ne peut r閐uire la petite bourgeoisie canadienne-fran鏰ise un groupe de propri閠aires terriens et de professionnels en mal de promotion sociale. En marge de l'閏onomie coloniale, cette 閘ite avait commenc jeter les bases d'une industrie autochtone et d'un d関eloppement 閏onomique diversifi ; ce titre, elle 閠ait le moteur par excellence qui aurait pu jeter bas l'ancien r間ime, ce que seule sa faiblesse l'a emp阠h de r閍liser. Louis-George Harvey remet lui aussi en question l'interpr閠ation de Ouellet quant au r鬺e des 閘ites, en d閙ontrant que leur id閛logie et leur programme, loin d'阾re contradictoires, offraient une alternative originale aux notions de conservatisme et de lib閞alisme.

Contre Ouellet, ces deux auteurs soulignent la communaut d'int閞阾s liant la petite bourgeoisie canadienne-fran鏰ise la paysannerie. Selon Ryerson, l'oppression 閏onomique et sociale des agriculteurs entravait l'ensemble du d関eloppement de l'閏onomie et d'une industrie autochtone. Un d関eloppement 閏onomique harmonieux, r閜ondant aux besoins du pays, 閠ait selon Harvey au coeur du programme patriote. Pour ces derniers, l'閠at de mis鑢e de la paysannerie ne d閏oulait pas d'une structure comme le r間ime seigneurial, mais bien de l'intrusion des capitaux 閠rangers qui la d閚aturaient.

D'un autre c魌, certains historiens croient que Ouellet a surestim le r鬺e des dirigeants patriotes dans les R閎ellions. Pour Allan Greer, les instigateurs du mouvement ont perdu la bataille sur le terrain urbain d鑣 le d閎ut des affrontements, et se sont retrouv閟 la t阾e de r関oltes rurales ayant leurs propres logiques et motivations. Bernier et Sal閑 consid鑢ent, eux aussi, que Ouellet a surestim le r鬺e des dirigeants et de leur id閛logie sur des masses paysannes, ce qu'il explique par le fait que la plus grande partie des sources 閏rites furent produites par eux.

LA QUESTION NATIONALE : UN D蒖IVATIF?

Fernand Ouellet a soulev la question de l'ad閝uation de la question nationale la situation du Bas-Canada en affirmant qu'elle avait servi de d閠ournement aux v閞itables motifs d'insatisfaction populaire et au besoin de changement social.

Au contraire, pour Ryerson, une forte conscience nationale fut le principal moteur d'une tentative de r閒orme qui n'aurait pu se produire autrement en raison du sous-d関eloppement 閏onomique. M阭e s'il s'agit d'une motivation distincte de la lutte de classes, le d閟ir de pr閟erver la langue et les institutions canadiennes contre l'assimilation s'y associa et la renfor鏰. Louis-Georges Harvey va plus loin dans cette direction en d閙ontrant que la lutte d'affirmation nationale, non seulement renfor鏰it la lutte sociale, mais se confondait avec elle : l'opposition la domination britannique qui se d関eloppa apr鑣 1822 avait pour but de prot間er non seulement la langue et la culture, mais une organisation sociale sp閏ifique, proprement am閞icaine, et qui constituait en soi un id閍l d閙ocratique.

En se basant sur le caract鑢e rural des r関oltes, certains historiens consid鑢ent que la question nationale ne se posait pas vraiment en 1837-38. C'est, comme on l'a vu, le cas de Bernier et Sal閑, mais aussi, dans une certaine mesure, de Allan Greer, selon qui les r関oltes ont 閏hou cause de leur caract鑢e local et de l'incapacit pour les dirigeants patriotes de maintenir leur emprise sur les villes, condition essentielle une coordination v閞itablement nationale. Cette incapacit r閟ultait selon lui de la pr閟ence majoritaire au sein de la population urbaine d'un courant populaire constitutionnel, dont t閙oigne le r鬺e essentiel jou par les corps de volontaires dans l'閏rasement des insurrections.

LES R葿ELLIONS DE 1837-38 ET LA CONSCIENCE HISTORIQUE

Les interpr閠ations du pass faites par l'historien ne sont jamais sans relation avec le contexte dans lequel elles sont produites. Le d閎at sur les R閎ellions de 1837-38 s'articule autour d'enjeux politiques contemporains. En ce sens, le r鬺e de l'historien n'est pas seulement d'analyser les 関閚ements pour en tirer des d閏ouvertes scientifiques : impliqu dans une histoire qui continue se d閞ouler, il est aussi le producteur de la conscience historique, celui qui montre ses semblables d'o ils viennent, o ils s'en vont et quel est le sens de ce qu'ils vivent.

Une exp閞ience historique aussi dramatique que l'閏hec des R閎ellions de 1837-38 ne peut que marquer fortement la conscience historique d'un peuple. Alors que la plupart des nations am閞icaines conqu閞aient leur ind閜endance, cette aspiration s'est vue refoul閑 au Canada fran鏰is. Peu importent les raisons de cet 閏hec, ce souvenir douloureux et humiliant semble tellement br鹟ant que notre historiographie 関oque une longue suite de strat間ies pour 関iter de le voir en face. C'est ainsi que les R閎ellions furent r閐uites par Groulx une simple r関olte d閒ensive sciemment provoqu閑 par le parti bureaucrate [01] ; pour G閞ard Filteau, elles ont conduit tout de m阭e la victoire de la d閙ocratie et des aspirations nationales du Canada fran鏰is [02].

L'historiographie r閏ente a-t-elle contribu accro顃re la conscience historique des R閎ellions ? Si l'on se fie aux interpr閠ations que nous avons 閠udi閑s, il semble bien que non. D'un c魌, tous ces historiens tendent, des degr閟 divers, rel間uer au second plan l'aspect national qui est pourtant au coeur du conflit ; d'autre part, ( l'exception de Harvey) ils semblent chercher 閐ulcorer la dimension tragique de l'閏hec en l'expliquant par des causes long terme s'ins閞ant dans une perspective d閠erministe.

LA NATION EXISTE-T-ELLE?

Bernier et Sal閑 critiquent le concept de nation, qui jouerait le r鬺e de postulat a priori dans la recherche historique. Mais la recherche historique peut-elle se passer de postulats a priori, et que sont les concepts de classe, colonisation, progressisme, lib閞alisme, am閞icane飔, sinon des postulats a priori? Affirmer la primaut d'une cat間orie d'interpr閠ation sur une autre rel鑦e du sophisme, et si l'utilisation de cat間ories nouvelles enrichit la recherche, le rejet de l'une d'entre elles 閝uivaut une censure. Les concepts ne sont pas des r閍lit閟 mais des outils d'interpr閠ation et l'important est ce qu'ils peuvent mettre en lumi鑢e. Or la persistance de certains traits de l'histoire qu閎閏oise ne peuvent s'expliquer que par r閒閞ence au concept de nation - par exemple, cette dichotomie persistante entre affirmation nationale et progr鑣 social, que l'on ne retrouve pas en France ou aux 蓆ats-Unis, mais qui fut si caract閞istique de l'Italie luttant pour sa r閡nification.

Bernier et Sal閑 contestent d'autre part la r閍lit de la nation canadienne en 1837 en tant que fait empirique. Une telle fa鏾n de voir rel鑦e, selon nous, d'une mauvaise d閒inition du concept de nation : avec Fernand Dumont, nous croyons que la nation n'est pas une r閍lit empirique, mais d'abord et avant tout la "communaut d'un h閞itage historique [03]". L'important n'est pas son existence objective, mais le fait qu'elle forme le cadre de la conscience historique d'une population. On comprend son importance pour la discipline historique : nier ce cadre, c'est abolir toute possibilit de m閙oire collective, non seulement quant l'aspect national des R閎ellions, mais aussi quant leurs enjeux sociaux, ethniques ou politiques.

AUTOPSIE D'UNE D蒄AITE

Il est remarquable qu' l'exception de celle de Harvey, ces interpr閠ations consid鑢ent l'閏hec des R閎ellions comme le principal probl鑝e r閟oudre. Ouellet attribue cet 閏hec l'ambivalence de ses dirigeants ; Ryerson, au contexte de sous-d関eloppement social et 閏onomique ; Bernier et Sal閑, la persistance des mod鑜es d'ancien r間ime chez les dirigeants ; Greer, leur dimension rurale. Aussi r関閘atrices soient-elles, ces analyses reposent sur le postulat de l'閏hec, comme si les R閎ellions l'avaient port en germe d鑣 le d閜art. Cette fa鏾n de proc閐er peut conduire surestimer l'importance des causes structurelles, long terme, par rapport aux causes conjoncturelles. L'閏hec des R閎ellions 閠ait-il ce point in関itable ? A-t-il r閟ult de la nature du soul鑦ement, ou des strat間ies utilis閑s ? Qu'est-ce qui serait arriv si elles avaient triomph ? Sur toutes ces questions, ces interpr閠ations semblent se refermer comme une trappe : l'閏hec, semble-t-il, s'est produit parce qu'il devait se produire. La contingence de l'histoire, avec toutes les perspectives qu'elle ouvre (ce qui aurait pu avoir lieu si, et si...) c鑔e la place un sch閙a d閠erministe ; l'閏hec, in関itable, rejaillit sur le mouvement lui-m阭e, qui devait s鹯ement 阾re "tar" en quelque part pour conduire un tel r閟ultat. On peut voir ici encore une strat間ie pour r閐uire, au niveau de la conscience historique, la port閑 tragique de l'閏hec : au fond, celui-ci n'閠ait pas si grave, puisqu'il ne s'agissait que d'une r関olte de petits-bourgeois en mal de promotion sociale, ou de paysans d閟organis閟 voulant am閘iorer leur situation 閏onomique.

On s'interroge trop rarement sur les contradictions internes du mouvement d'ind閜endance am閞icain, qui fut une r閡ssite. Inversement, on tend n間liger les 閘閙ents positifs du programme patriote, sous pr閠exte qu'il mena un 閏hec. cet 間ard, la d閙arche de Louis-Georges Harvey se d閙arque nettement de celles des autres historiens. Mettant de c魌 la d閒aite, il s'est attach d閏rire ce qui, un certain moment, a repr閟ent un possible ; en situant le projet de soci閠 patriote dans son contexte authentique, il en a fait ressortir l'intelligence et la coh閞ence. Ce faisant, il offre la conscience historique qu閎閏oise, remplie de d閒aites, de trahisons et de divisions, non seulement une meilleure connaissance d'elle-m阭e, mais un point d'appui sur lequel s'appuyer pour envisager un avenir diff閞ent.

NOTES

[1] Lionel Groulx Histoire du Canada fran鏰is, Tome 2, chapitre V.

[2] G閞ard Filteau, Histoire des Patriotes, chapitre VIII.

[3] Fernand Dumont, Raisons communes, p. 51.

BIBLIOGRAPHIE

DUMONT, Fernand, Raisons communes, coll. "Papiers coll閟", 蒬itions du Bor閍l, Montr閍l, 1995.

FERRON, Jacques, Historiettes, coll. "Les romanciers du jour", 蒬itions du Jour, Montr閍l, 1969.

FILTEAU, G閞ard, Histoire des Patriotes, L'Aurore/Univers, Montr閍l, 1980.

GROULX, Lionel, Histoire du Canada fran鏰is, Fides, Montr閍l, 1960.

Marc Collin

 

Recherche parmi 15772 individus impliqu閟 dans les r閎ellions de 1837-1838.

 



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