• Plan du site
  • Nouveautés
  • Plus populaires
  • FAQ

Rubriques

Liens directs


 

 


Recevez chez vous toutes les nouveautés à propos de la Journée nationale des patriotes


 

 

Les Patriotes de 1837@1838 - Les Patriotes, quoi 鏰 sert?
 DEBAT 
     
Les Patriotes, quoi 鏰 sert?
Article diffus depuis le 20 mai 2000
 




Allocution d'abord pr閟ent閑 devant des 閠udiants de l'UQAM, le 22 novembre 1997,puis devant des 閘鑦es du c間ep r間ional de Lanaudi鑢e, le 12 novembre 1998

99 condamn閟 mort ; 8 exil閟 aux Bermudes ; 58 en Australie ; 7000 combattants en 1837 ; 7750 en 38 ; 325 personnes mortes sur le champs de bataille ; 3 villages ras閟 ; 1700 prisonniers ; environ 3000 r閒ugi閟 aux 蓆ats-Unis, 12 pendus et suspension de la constitution et des libert閟 d閙ocratiques pour quatre ans. 1700 prisonniers dans un Bas-Canada de 630 000 habitants c'est, en proportion de la population, comme si on avait incarc閞 17 000 personnes lors des 関閚ements d'octobre 1970, soit 30 fois plus! Voil qui donne la juste mesure ces 関閚ements. La plus vaste op閞ation polici鑢e de l'histoire du Qu閎ec. C'est imposant, mais est-ce en soi important ?

Car pas besoin d'阾re professeur d'histoire pour constater quel point l'acquisition de connaissances est de nos jours r閐uite des fins strictement utilitaires. quoi 鏰 me sert d'apprendre 鏰 ? En quoi cela peut-il de me servir ? Nous avons tous entendu 鏰 propos de l'histoire. La connaissance s'en trouve ainsi ramen閑 une stricte question de comp閠ence et rel間u閑 au rang d'information, ponctuelle, positive, o il n'y a gu鑢e plus de place pour la nuance ou l'閝uivoque. On peut d閜lorer cet 閠at de fait, qui correspond j'imagine aux imp閞atifs d'une soci閠 haute-technicit, o l'閞udition se mesure en termes de comp閠ences techniques et o c'est la technologie plus que la philosophie qui d閘imite le champ des possibles. Mais il reste que l'expression " quoi 鏰 sert", surtout quand on parle de l'histoire, surtout quand on parle des r閎ellions de 1837-38, rev阾 l'attrait de supposer une action. Elle implique que la connaissance doit servir, qu'elle puisse 阾re investie dans la production d'autres connaissances peut-阾re, mais toujours en bout de ligne afin d'阾re appliqu閑 et d'agir d'une mani鑢e ou d'une autre sur une r閍lit, en l'occurrence celle du Qu閎ec de 1997. C'est pourquoi l'historien qu閎閏ois ne peut pas p閞emptoirement repousser cette question et se doit de la consid閞er comme recevable, car le public entend que l'histoire qu'il raconte puisse offrir certaines le鏾ns. l'histoire du Qu閎ec, les r閎ellions, les patriotes de 1837, quoi 鏰 sert donc?

Un si鑓le et demi apr鑣 les troubles 鏰 me chicote autant qu' vous et c'est pourquoi j'ai accept l'aimable invitation du Comit souverainiste de l'UQAM que je remercie par la m阭e occasion. Une question aussi biscornue peut d'une part 阾re abord閑 par son petit bout. Je pourrais ainsi vous livrer un discours patriotique sur le mode d閙agogique o, avec force postillons, je chanterais les exploits de ces martyres de la libert, vous conjurant de marcher sur leurs pas glorieux et de profiter de l'occasion du 160e anniversaire pour prendre le maquis, vous saisir des caches d'armes, vous emparer de Radio-Canada et diffuser ad noseum des manifestes du FLQ. La m阭e question peut 間alement, ce qui est plus courant, 阾re prise par son gros bout. Par d'infinies nuances et mises en garde je pourrais longuement d閏rire ce que le projet patriote n'閠ait pas, la myriade de facteurs dont il faut tenir compte, quel point le contexte de 1837 est diff閞ent du n魌re, etc.. etc.. D鑣 lors, j'aurais peut-阾re fait de vous des intellectuels plus prudents, mais je n'aurai rien dit sur ce en quoi tout cela peut vous servir. J'aurais renonc donner un sens ces 関閚ements, je serai demeur insignifiant. En prenant la question par le milieu j'essaierai de m'en tenir deux ou trois consid閞ations seulement afin que les quelques affirmations dont je veux vous convaincre ne soient pas enterr閑s sous une tonne de nuances.

Les Patriotes quoi 鏰 sert est une question d'autant plus recevable qu'on se la pose au Qu閎ec depuis le lendemain m阭e des r閎ellions. Apr鑣 le Rapport Durham s'installe au Qu閎ec une esp鑓e de grande honte, bien repr閟ent閑 par les 閐itoriaux d'蓆ienne Parent qui recommande de tout laisser tomber et de se laisser assimiler. Oh, il y a bien les h閞os, Wolfred Nelson, le h閞os de Saint-Denis, Ch閚ier le martyre de Saint-Eustache ou Papineau, toujours rev阾u de son hora magique, mais leurs actions et leur pens閑 sont d閟ormais momifi閑s dans le grand sarcophage du panth閛n national. Au moins jusqu'en 1920 il est bien question des valeureux, de glorieux Patriotes, mais du projet social, il n'est plus question, de leur lutte pour la d閙ocratie ou pour l'閙ancipation nationale non plus. Lisez Sulte, David, Casgrain, B閐ard et les autres historiens de la fin du si鑓le, tous, part peut-阾re Garneau, n'en ont que pour le Grand Papineau, le Grand Duvernay, le Grand Ch閚ier, ainsi ramen閟 au titre d'ic鬾es embl閙atiques banalis閑s entre, en amont, un Champlain ou un Montcalm et, en aval, un Mercier ou un Henri Bourassa. Class閟 sous la rubrique grands d閙ocrates et grands Canadiens, on les d閘aye d閟ormais la m阭e sauce que les P鑢es de la Conf閐閞ation et les pionniers du Dominion of Canada. En 1891 Dans la collection The Founders of Canada, entre Lord Sydenham et Robert Baldwin on ins鑢e un Papineau. De la finalit et surtout de l'originalit du message patriote on ne dit rien. Les 92 R閟olutions r閟um閑s en trois lignes, du projet 閏onomique et social du parti patriote, g閚閞alement pas un mot. la question les patriotes quoi 鏰 sert, en 1900 on aurait r閜ondu des mod鑜es de courage et de d関ouement la Patrie. Point. l'instar de notre C閘ine Dion qui chante tr鑣 bien , de Jacques Villeneuve qui roule tr鑣 vite en voiture, Papineau, Morin ou O'Callaghan ont travaill tr鑣 tr鑣 fort pour leur pays et peuvent d鑣 lors 阾re inhum閟 au mus閑 sans autre autopsie.

Entre 1920 1940 par contre, dans la m閙oire des Qu閎閏ois telle que traduite par leurs historiens, on va assister un tout autre usage des Patriotes, usage beaucoup plus tendancieux, puisqu'il ne s'agit plus simplement de c閘閎rer des gloires nationales, mais carr閙ent de r閕nterpr閠er le message patriote et d'en 閜rouver la pertinence dans le Qu閎ec du 20鑝e si鑓le. Car Lionel Groulx, G閞ard Filteau ou Stanley Rierson souhaitent clairement tirer de leur r閒lexion sur l'histoire un programme d'action face des d閒is bien contemporains. Plong閟 dans la grande crise, puis dans la Seconde guerre, en lutte pour se doter d'un 蓆at fran鏰is "purg de sa clique anglo-閠rang鑢e", d'une 閏onomie autog閞閑 et d'un leadership fort, le Qu閎ec des ann閑s 30 trouve d'閠ranges r閟onances dans la lutte des Patriotes et cherche en tirer une le鏾n. Les historiens d'alors vont donc plut魌 c閘閎rer le nationalisme des Patriotes, leur lutte pour l'affirmation culturelle et le droit des institutions nationales distinctes.

Avec la R関olution tranquille des ann閑s 1960, la m閙oire des rebellions va de nouveau se poser avec une grande acuit, mais pour en faire un tout autre usage. La question les Patriotes quoi 鏰 sert est de nouveau li閑 un projet dynamique et politique, sauf que pour Hubert Aquin, Maurice S間uin, Pierre Valli鑢es ou Gilles Bourque, ce qu'il importe d閟ormais de revaloriser c'est le message d閙ocratique et social des Patriotes. C'est qu'en 1960 on met fin un si鑓le de cl閞icalisme au Qu閎ec et que, l'autre bout du spectre, les Patriotes de 1837 apparaissent d閟ormais comme les lointains pionniers d'un 蓆at qu閎閏ois la颿 et ind閜endant, promoteur de la d閙ocratie populaire, voire de la lutte des classes, face l'imp閞ialisme conqu閞ant. Cette perception est au centre de l'usage que, par exemple, les Felquistes de 1970 font de la m閙oire des Patriotes. Par un proc閐 d'amalgame, le Francophone doit aussi se battre parce qu'il est un prol閠aire et l'Anglophone doit surtout 阾re combattu parce qu'il est un exploiteur capitaliste. La gauche intellectuelle des ann閑s 1970 se mirera ainsi dans la lutte des Patriotes en voulant y voir une lutte nationale bien s鹯, mais surtout sociale, c'est dire pour la justice, la d閙ocratie et le pouvoir populaire. Encore aujourd'hui, ce qu'il me semble, les Patriotes de Pierre Falardeau ne disent pas autre chose. Il me semble 間alement qu' l'heure actuelle on tende de nouveau plut魌 valoriser l'h閞itage nationaliste des Patriotes. Qu'il suffise d'envisager la production culturelle portant sur cette p閞iode, sous forme de romans, de t閘-romans ou de biographies de femmes patriotes, ces gardiennes de la race. L'accent est de nouveau mis sur l'h閞itage culturel et linguistique qu'auraient d閒endu les Patriotes. En m阭e temps, l'essor du racisme au Canada anglais, les d閘ires de la Montreal Gazette et les manoeuvres machiav閘iques du Plan B stimulent bien naturellement une r閍ction de type nationaliste. 莂 rappelle un peu le Qu閎ec de Lionel Groulx, alors que les Patriotes servirent aussi cautionner l'existence d'un 蓆at fran鏰is, bas sur la pr閟ervation des traits culturels de la majorit d'origine fran鏰ise, seul moyen de faire efficacement face la x閚ophobie canadienne anglaise. Au del du balancier de l'histoire, il est opportun je crois de rappeler un certain nombre de faits afin que, s'il appert qu'on doivent tirer une quelconque le鏾n des 関閚ements de 37, que celle-ci fasse la meilleure part possible l'authenticit historique. J'entend d'abord rappeler en termes simples les principales revendications des chefs patriotes, en particulier la place qu'y occupent les revendications de type nationale, visant par exemple pr閟erver la culture franco-catholique. Je tenterai enfin d'expliquer l'imposante mobilisation populaire sur laquelle les Patriotes purent s'appuyer. Je terminerai enfin sur ce que de jeunes Qu閎閏ois, engonc閟 dans la conjoncture de 1997, devraient selon moi retenir de la lutte des Patriotes de 1837. En somme, apporter ma modeste contribution la question : Les Patriotes, quoi 鏰 sert ?

Disons-le clairement, la lutte du parti patriote, au moins entre 1827 et novembre 1837 fut essentiellement une lutte politique en vue d'objectifs politiques; visant en somme r閒ormer les institutions coloniales afin de les d閙ocratiser et de les ouvrir la volont populaire. Des premi鑢es p閠itions contre le gouverneur Dalhousie, jusqu' la derni鑢e r閟olution adopt閑 par la plus obscure assembl閑 populaire et pour chacune des 92 r閟olutions, il n'est question que de conqu阾e de droits d閙ocratiques. Que le conseil l間islatif soit 閘u par le peuple, que l'ex閏utif soit choisi en conformit avec la majorit l'assembl閑, que les fonctions officielles ne puissent pas 阾re cumul閑s, que la couronne choisisse juges, procureurs, officiers de milice sans consid閞ation partisanes et que l'assembl閑 l間islative, 閘ue d閙ocratiquement, puisse obtenir des pouvoirs suppl閙entaires. Voil les revendications patriotes, voil pourquoi on s'est battu Saint-Denis. Qu'on prenne t閙oin les 92 R閟olutions, qui font 35 pages de texte serr. Il n'y est question que de r閒ormer les institutions politiques et juridiques afin de les asservir aux r鑗les d閙ocratiques. Il est bien s鹯 parfois question de la gestion des terres, de r閒ormes 閏onomiques et sociales, mais il est clair dans l'esprit des chefs patriotes que les r閒ormes politiques sont pr閍lables et constituent, disons un peu na飗ement, la panac閑 aux divers maux dont souffre alors le Bas-Canada.

Contrairement ce qu'on a pu 閏rire, ces revendications n'ont rien esth鑤e ou de d閏onnect par rapport aux pr閛ccupations populaires. Dans le premier tiers du XIXe si鑓le, de telles revendications traduisent au contraire une vision p閚閠rante des enjeux sociaux et sont d'ailleurs au coeur du d閎at dans bon nombre d'autres soci閠閟 occidentales. La lutte des Patriotes, qu'on remonte jusqu' Elz閍rd B閐ard, qu'on relise 蓆ienne Parent ou qu'on d閜oussi鑢e Papineau, fait la synth鑣e de tout un courant de radicalisme agraire, d'essence r閜ublicaine, qui valorise une d閙ocratie plus directe reposant sur la classe des petits propri閠aires fonciers. Qu'on retrace la pens閑 des Whigs anglais les plus avanc閟 autour de James Fox, des tenants de la d閙ocratie Jacksonni鑞e aux 蓆ats-Unis, d'un Saint-Simon ou d'un Fourier en France, on retrouve les m阭es id閑s d閎attues. Lorsque le Comit de correspondance de Montr閍l achemine des r閟olutions aux d閜ut閟 radicaux anglais, John Roebuck, Lord Brougham, ou le leader irlandais Daniel O'Connell n'ont aucun mal en saisir ce que souhaitent les Patriotes, ni la port閑 profonde de leurs revendications, puisque ailleurs aussi ces d閎ats sont men閟.

En 1837 le grand combat est contre le vieil 閠at aristocratique, n閜otiste et corrompu, pour qui le gouvernement n'est encore qu'un d閜ositaire de privil鑗es r閟erv閟 la vieille noblesse dans la m閠ropole et aux amis du R間ime dans les colonies. La lutte des Patriotes consiste s'approprier l'蓆at afin d'en user dans l'int閞阾 du peuple. Il est donc fonci鑢ement r関olutionnaire. De l savoir si ce projet est dans le sens de l'histoire, s'il vise cr閑r une bourgeoisie nationale, s'il est doubl d'un projet 閏onomique et social cons閝uent, l c'est une autre question, j'en conviens. Disons simplement que Karl Marx n'a peut-阾re pas tout vu.

De la langue, de la culture, des coutumes franco-catholique, les Patriotes ne parlent pratiquement jamais. Depuis des ann閑s que je lie La Minerve, The Vindicator, que je feuillette les r閟olutions d'assembl閑, les minutes du Comit central du parti, je n'ai pas vu dix mentions qui permettent de croire que le projet patriote consistait promouvoir la culture ou la langue fran鏰ise. Je met quiconque ici au d閒i de me trouver un seul texte officiel o les Patriotes auraient pr閠endu que le Fran鏰is doit 阾re prot間 comme tel ou que le Britannique soit n閒aste parce qu'il est de culture anglo-saxonne. Le pens閑 patriote, le programme patriote, et l je confond son aile radicale et son aile mod閞閑, est issue de la Philosophie des Lumi鑢es et de la R関olution am閞icaine pour qui le peuple est une instance souveraine et la seule source de l間itimit. En ce sens, consultez les textes de Papineau, de Viger ou de Parent, ils ne sont pas plus chauvins que ceux de Robespierre ou de Thomas Jefferson. C'est selon moi le plus grave malentendu propos de l'h閞itage patriote. D'o vient alors, au-del de quelques d閏larations surexploit閑s, l'impression que les Patriotes furent avant tout les gardiens de la langue et de la culture ? C'est une toute autre question que celle que je comptais aborder aujourd'hui, sur laquelle on pourra revenir lors du d閎at et que je vais vite 閘uder en invoquant qu'un argument circonstanciel. C'est argument c'est l'蓆at bas-canadien lui-m阭e...

Le discours patriote prend racine, se consolide et s'affirme l'int閞ieur d'un cadre constitutionnel unique dans notre histoire, celui de l'Acte constitutionnel de 1791. On sais que par cette constitution la m閠ropole britannique conc閐ait une chambre d'assembl閑 閘ue d閙ocratiquement, capable de proposer des lois, de voter le budget, mais incapable d'imposer ses vues l'ex閏utif. Le trait essentiel de ce cadre constitutionnel c'est cependant le territoire bas-canadien lui-m阭e. Une colonie c'est vrai, mais qui rel鑦e directement du gouvernement de Londres. Un territoire donc, semblable au territoire du Qu閎ec actuel, mais dot de sa propre administration, de ses propres institutions et de ses propres repr閟entants. Un 蓆at, par ailleurs, ou les Franco-catholiques forment 80% de la population. aucun autre moment de leur histoire, les Canadiens-Fran鏰is ne b閚閒icieront d'un cadre se rapprochant ce point de celui d'un 閠at souverain. D鑣 lors, la lutte pour la d閙ocratie, pour la souverainet populaire, ce qui est la v閞itable revendication des Patriotes, devient PAR LE FAIT M蔒E, une lutte pour le fran鏰is et la culture fran鏰ise puisque ces traits constituent la caract閞istique intrins鑡ue du quatre cinqui鑝e de la population. Les Patriotes purent ainsi parfaitement concilier lutte pour la d閙ocratie et lutte pour la nationalit. Leur nationalisme, bien r閑l il faut tout de m阭e le dire, demeure implicite et r閟olument un nationalisme territorial puisque la communaut nationale se confondait virtuellement avec les contours de l'蓆at bas-canadien.

Apr鑣 l'union de 1840, une solution savamment cruelle, les Canadiens fran鏰is n'auront plus l'occasion d'aussi bien concilier nationalisme et d閙ocratie. Les premiers s'en apercevoir seront le parti des rouges, pourtant tr鑣 proche des Patriotes, mais qui, tax de sectarisme, finira, 閏oeur, par pr鬾er l'annexion aux 蓆ats-Unis. Une fois troqu閟 les lambeaux de souverainet par nos 閘ites tranquillis閑s lors du pacte de 1867, les Francophones seront d閟ormais fondus dans un 蓆at multinational canadien qui ne reconna顃 pas leur sp閏ificit et o ils sont r閟olument minoritaires. partir de l, chaque geste visant affirmer la sp閏ificit du Canada fran鏰is, m阭e en s'appuyant sur un 蓆at qu閎閏ois, sera d閟ormais per鐄 par le reste du Canada comme un tribalisme r間ional, issu d'une minorit culturelle et anim閑 par un r閒lexe ethnique. Cette pr閏ision peut aider comprendre une partie des probl鑝es qu'aura le nationalisme canadien-francais se d閜阾rer de son 閠iquette ethnique avant 1960, alors qu'il arrive, tant bien que mal, s'appuyer sur l'蓆at qu閎閏ois. On peut ainsi mieux saisir pourquoi, par exemple, les Patriotes pouvaient c閘閎rer un nationalisme civil lors d'assembl閑s populaires monstres, alors que le FLQ des ann閑s 60 en 閠ait r閐uit placer des bombes. C'est que dans le cadre bas-canadien, la lutte patriote s'appuyait sur une identit culturelle repr閟entant la vaste majorit du peuple, alors qu'en 1970, tout comme aujourd'hui d'ailleurs, la d閙ocratie telle qu'elle s'incarne dans l'espace canadien dessert les Qu閎閏ois et a plut魌 servi suspendre les droits de la personne, nier les dispositions de notre charte ou le droit tenir un r閒閞endum gagnant. En somme, prot間er les Qu閎閏ois contre eux-m阭es.

Les Patriotes : quoi 鏰 sert? C'est en tout cas un v閞itable mod鑜e de mobilisation populaire, sans 間al dans notre histoire, qui a conduit ce peuple, vaincu par la Conqu阾e, 70 ans plus t魌, se soulever d'un bloc, au p閞il de son existence, pour r閏lamer certains droits ma foi tr鑣 閘ev閟. Bien que confin閑 au district de Montr閍l, cette mobilisation fut massive et intense, en particulier au sud de la province o, dans des villages comme L'Acadie ou Napierville, la majorit des hommes adultes auraient particip des affrontements arm閟. Si on oublie la p閠ition sign閑 par 87 000 personnes en 1834 en faveur des 92 R閟olutions, les milliers de personnes qui participent aux grandes assembl閑s populaires, on a le nom de plus de 6400 individu participant des activit閟 partisanes comme telles : comit, associations, d閘間u閟 des conventions et pas moins de 10 000 hommes participant de fait aux actions arm閑s. Qu'est-ce qui fait que de modestes paysans en g閚閞al pauvres et en proie bien d'autres soucis se soit lev閟 d'un seul homme l'appel de leurs chefs ? Qu'est-ce qui explique surtout que des paysans illettr閟 et pas toujours bien inform閟 aient pris les armes pour des motifs aussi alambiqu閟 que la responsabilit minist閞ielle ou l'閘ectivit du Conseil l間islatif ?

Disons qu'il est bien s鹯 que l'attraction suscit閑 par le mouvement patriote repose premi鑢ement sur la profonde d閠resse 閏onomique d'une large frange de la population, une d閠resse que les chefs patriotes surent habilement canaliser vers une action politique coh閞ente. On pense d'abord la terrible crise agricole qui, depuis le d閎ut du XIXe si鑓le se signale par une baisse des rendements et des prix agricoles. On pense aussi la crise financi鑢e que frappe le Bas-Canada partir de 1836, au surpeuplement de la zone seigneuriale ou l'arriv閑 massive d'immigrants irlandais pauvres et souvent malades. Toutes ces crises se sont un temps cristallis閑s autour d'un enjeu politique, permettant aux leaders patriotes de tabler sur l'amertume des masses.

La deuxi鑝e explication l'imposante mobilisation de la population lors des troubles r閟ide dans la largesse de la plate-forme des revendications patriotes qui permit en particulier plusieurs r間ions du Bas-Canada de faire valoir des pr閛ccupations locales ou culturelles. Ainsi, Saint-Scolastique, le 1er juin 1837 on d閚once bien s鹯 l'ex閏utif et le gouvernement, mais on d閜lore 間alement la tenure telle qu'appliqu閑 dans les cantons de Chatham et de Grenville, de m阭e que le monopole de certains marchands ayant obtenu les contrats d'approvisionnement de la garnison de Carillon. Saint-Michel-de-Bellechasse on d閚once le petit nombre de bureau d'enregistrement dans le canton de Upton, Qu閎ec, l'absence d'une station de quarantaine pour les immigrants irlandais, etc.. etc.. Partout les mots d'ordre restent les m阭es : Conseil l間islatif 閘ectif et responsabilit minist閞ielle, mais les grands principes sont relay閟 dans chaque r間ion par des pr閛ccupations plus imm閐iates, ce qui contribue encore davantage 閘argir la ligne de masse du mouvement patriote et en faire le canal principal du courant de m閏ontentement. Quand un Joe Thibodeau est embusqu Saint-Denis et qu'il met sa vie en jeu pour repousser les soldats anglais, est-ce vraiment pour le conseil 閘ectif ou la responsabilit minist閞ielle qu'il risque la mort? Probablement pas. Il a peut-阾re en t阾e des consid閞ation plus personnelles, une famille nourrir, il lui manque une terre, il souffre du m閜ris qu'il subit au chantier. Ou peut 阾re encore pense-t-il, au moment de presser la d閠ente : Tin ! Prend 鏰 mon maudit Anglais ! L'閠endu de la palette des motivations probablement nuit la coh閟ion du mouvement, surtout au moment de l'action arm閑. Il reste cependant clair qu' la veille des troubles il existe une impressionnante coalition des masses derri鑢e leurs leaders locaux et derri鑢e le parti patriote.

Ce m閏ontentement serait rest st閞ile si le mouvement n'avait pas pu compter troisi鑝ement sur l'excellence de son organisation. On pense moins ici au processus 閘ectoral comme tel - les 閘ections ne sont alors qu'un exercice pu閞il, d閚u de d閎at de fond et qui provoque peu l'enthousiasme - qu'aux structures du parti patriote lui-m阭e. Dans l'閠 qui pr閏鑔e les 閘ections de 1834, et dans la plupart des comt閟 francophones, il existe d閖 une association patriotique ou un comit de vigilance charg d'acheminer les r閟olutions du Comit central et permanent de Montr閍l. Pour chaque r間ion, voire pour chaque comt du Bas-Canada ont peu d閖 identifier des leaders gravitant autour du d閜ut, solidement ancr閟 dans leur milieu et parfaitement au fait du credo patriote. Le parti patriote est le premier parti moderne dans l'histoire du Qu閎ec, dot d'une aile parlementaire, le caucus des d閜ut閟 patriotes, d'un comit permanent, d'associations de comt et surtout d'un solide membership la grandeur de la colonie. N'oublions pas ces importants organes de diffusion que furent les journaux : Le Lib閞al, Le Vindicator, le Stanstead Journal, l'蒫ho du Pays et surtout La Minerve qui, malgr des tirages d閞isoires, circulent sur l'ensemble du territoire.

Une derni鑢e explication de cette mobilisation r閟ide dans le d関eloppement dramatique que conna顃ra l'agenda politique entre l'hiver 1834 et novembre 1837. Rappelons que les 92 R閟olutions sont adopt閑s en f関rier et achemin閑s en Angleterre en mars 34. Qu'imm閐iatement s'enclenche une vague d'assembl閑s populaires visant appuyer ces r閟olutions et menant aux triomphales 閘ections d'octobre 1834 o le parti patriote rafle 90% des comt閟. D鑣 lors les d閜ut閟 refusent syst閙atiquement de voter le budget, entra頽ant une crise des finances de l'蓆at dont les r閟ultats sont bient魌 partout visibles. On en est l quand, en mars 1837, le Bas-Canada re鏾it la r閜onse officielle ses 92 R閟olutions : un non retentissant, doubl du droit l'ex閏utif de d閜enser le budget sans l'autorisation des d閜ut閟. L'閠 1837 sera donc celui des assembl閑s monstres, d'autant plus nombreuses que le gouvernement les interdit compter de juin. La d閟ob閕ssance civile se r閜and alors. Des juges de paix d閙issionnent, les charivaris se multiplient, le mouvement de boycottage s'閠end. Les 関閚ements contribuent ce point stimuler la col鑢e et la mobilisation populaire que c'est se demander, selon plusieurs historiens, si le gouvernement ne cherchait pas d閘ib閞閙ent jeter la population dans les bras des plus radicaux.

Les Patriotes quoi 鏰 sert ? D'abord, 160 ans plus tard ils continuent nous servir une le鏾n de d関ouement individuel, alors qu'avec des ressources d閞isoires, malgr une opposition puissante et de tr鑣 faibles chances de succ鑣, on a pu assister une impressionnante mobilisation populaire. Dans un tel cas il a fallut que chaque individu ait eu la conviction que sa seule volont, que sa seule d閠ermination devait 阾re une arme suffisamment puissante pour changer le cours des choses.

Rappelons-nous aussi qu'une telle mobilisation s'est r閍lis閑 sans le support d'un 蓆at, d'un gouvernement, en fait envers un 蓆at, bien d閏id les assujettir. Les Patriotes nous rappellent l'importance de petites organisations, fermement ancr閑s dans le milieu, en marge des rouages de l'蓆at, mais capables d'agir ensemble en vue d'une action concert閑. Les r閎ellions nous rappellent aussi que la conjoncture peu jouer un r鬺e crucial dans les strat間ies d'action et qu'une mobilisation populaire massive demeure un 関閚ement trop rare, trop important et trop bref pour la laisser passer. Le soul鑦ement patriote se situe au terme d'une conjoncture favorable, stimul par diverses crises socio-閏onomiques et par un agenda politique 閜oustouflant et sur lequelle ils ont su tabler.

Les Patriotes nous rappellent aussi qu'il est important de claironner un petit nombre de principes fondamentaux simples, mais inali閚ables. En m阭e temps, un projet national doit pouvoir inclure divers types d'aspirations, 阾re sensible aux caract閞istiques des diverses communaut閟 r間ionales ou culturelles pouvant converger vers une action commune. En revanche, l'閏hec des rebellions peut aussi s'expliquer par des revendications devenues trop 閠riqu閑s. En 1837, la veille des combats, les d閎ats internes et les sources de division se multiplient au sein du mouvement patriote, alors m阭e que le bruit des canons commandait plut魌 de faire front. De l l'importance de ne s'en tenir qu' certains grands principes g閚閞aux et g閚閞eux et de ne pas s'aventurer dans une recherche tout prix du consensus, sinon la division s'installe et les appuis les plus fragiles nous font d閒aut aux moments les plus sensibles, les plus d閠erminants.

Les r閎ellions de 1837-38 nous rappellent enfin d'une mani鑢e dramatique combien l'adversaire est puissant, habile et sait tr鑣 bien jouer la carte de la division, en particulier pour attiser la flamme de la haine nationale et afin et discr閐iter un mouvement d'閙ancipation. Quand les Patriotes ont souhait obtenir des droits aussi l間itimes que la responsabilit minist閞ielle, l'閘ection des juges, des droits 間aux pour les autochtones, des 閏oles la飍ues; quand ils ont d閚onc le patronage, le cumule des charges publiques ou la sp閏ulation fonci鑢e, on leur a toujours oppos le m阭e arguments. Les patriotes r閍gissent en tribu a-t-on pu dire, ils s'opposent au progr鑣 britannique, ils se referment sur eux-m阭es, leurs chefs ne sont qu'une poign閑 d'opportunistes, en fait ils sont r閍ctionnaires, ils sont bizarres, ils sont racistes. D鑣 lors les Patriotes ont du consacrer une 閚ergie infinie un 閚orme travail de d閚間ation. Sur 92 r閟olutions, au moins la moiti consistent r閒uter un proc鑣 d'intention foment par l'閘ite britannique. De 1834 1838 les Patriotes doivent constamment se disculper de pratiquer un racisme latent, de m閜riser la culture britannique ou d'阾re des r閍ctionnaires r陃ant de r閠ablir l'int間risme f閛dal au Canada.

Que d'閚ergie perdue, que de temps consacr convaincre leurs d閚igreurs, que d'appuis et d'alli閟, commenc par les 蓆ats-Unis (on dirait aujourd'hui la France), les Patriotes aurait-il trouv si leurs adversaires politiques ne s'閠aient pas livr閟 ce travail de d閚igrement. Des accusations oh combien injustifi閑s, envers un parti dont le num閞o deux s'appelle Edmund Bailey O'Callaghan, dont le meilleur g閚閞al s'appelle Wolfred Nelson, dont le chef apr鑣 1838 s'appelle Robert Nelson, dont le principal leader dans la r間ion de Deux-Montagnes s'appelle William Henry Scott. Au premier banquet de la Saint-Jean-Baptiste, en 1834, la moiti des invit閟 sont soit Irlandais, soit britanniques. Rappelons-nous la D閏laration d'ind閜endance du Bas-Canada dont l'article 18 affirme que Que les langues fran鏰ise et anglaise seront en usage dans toutes les affaires publiques, ou l'article 3 Que les indiens ne seront plus soumis aucune disqualification civile, mais jouiront des m阭es droits que tous les autres citoyens du Bas-Canada. Que d'閚ergie consacr閑 se d閎arrasser de critiques non-fond閑s. Jusque dans le drapeau de Saint-Charles, l'閠endard tricolore, vert, blanc, rouge o le vert r閒鑢e aux enfants de l'Irlande, le blanc ceux de la France et le rouge ceux de la Grande-Bretagne, unis en paix dans une r閜ublique du bas-canadienne.

De 1837 1997, il est frappant de constater quel point on continue opposer les m阭es d閙ons aux aspirations nationales des Qu閎閏ois. Nos principes et nos valeurs sont constamment pris comme la r閟urgence de r閒lexes ethniques. M阭e le droit d'obtenir des commissions scolaires linguistiques est vu d'Ottawa comme un tribalisme suspect. Nos institutions financi鑢es collectives, vue comme crypto-racistes, nos PME qu閎閏oises comme des corporations r閠rogrades et anti-syndicales, nos valeurs collectives en somme, au mieux suspectes, plus souvent encore m閜ris閑s. Notre 閜oque n'a pas invent la rectitude politique, les Patriotes l'ont appris leurs d閜ends. Si bien que, tout en continuant concevoir un projet de soci閠 large, g閚閞eux et moderne, les Patriotes de 1997 doivent s'attendre, comme leurs pr閐閏esseurs, r閜ondre coup sur coup, sereinement et pos閙ent aux accusations d'ethnocentrisme qui ne sauraient cesser.

En attendant, les tenants de la souverainet, comme en 1837, se retrouve surtout parmi mes fr鑢es et mes soeurs dont le fran鏰is est la langue maternelle. C'est vrai, un peuple qui on nie le droit l'existence doit pouvoir un temps se raidir et trouver dans son histoire et sa culture la force n閏essaire son propre accouchement. Mais qu'il viennent cet 蓆at ind閜endant, qu'il vienne ce pays qu閎閏ois et promettons, comme les Patriotes, la soci閠 la plus pluraliste et la plus ouverte depuis la R閜ublique de Platon !

 


Chercher dans les ouvrages consacr閟 aux patriotes.





Consult 3685 fois depuis le 20 mai 2000

   Réagir ou compléter l'information

   

Le matériel sur ce site est soit original, soit libre de droit. Vous êtes invités à l'utiliser 
à condition d'en déclarer la provenance. © glaporte@cvm.qc.ca