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Les Patriotes de 1837@1838 - Les loyalistes et les R閎ellions de 1837-38
 ANALYSE 
     
Les loyalistes et les R閎ellions de 1837-38
Article diffus depuis le 20 mai 2000
 




par Clairandr閑 Cauchy, c間ep du Vieux Montr閍l (avril 1997)

R閟um: ce texte vise analyser le r鬺e que les Loyalistes ont jou dans le cadre des R閎ellions de 1837-38 et leur lutte pour la pr閜ond閞ance britannique au Bas-Canada. En premier lieu, nous abordons la situation politique au Bas-Canada l'閜oque des R閎ellions, vue sous l'angle des Loyalistes. Dans cette optique, nous 閚oncerons la th鑣e du double soul鑦ement de l'historien Maurice S間uin. Par la suite, nous traitons des diverses organisations loyalistes et de leurs actions l'閜oque des troubles, telles les soci閠閟 nationales, les associations constitutionnelles, les groupes paramilitaires et les corps de milices. Finalement nous voyons comment ces organisations participeront la provocation des troubles ainsi qu' leur r閜ression. Ainsi, nous faisons r閒閞ence l'閏hauffour閑 du 6 novembre et la fa鏾n dont elle a permis d'閙ettre des mandats d'arrestation contre les leaders patriotes. Nous expliquons 間alement que les Loyalistes seront tr鑣 actifs dans la r閜ression des troubles, en citant notamment le cas de la bataille de St-Eustache et de l'incendie de St-Beno顃.

Introduction

D'aucuns s'閠onnent du fait que les anglophones du Qu閎ec n'approuvent pas, et ce massivement, le projet de souverainet du Qu閎ec et que bon nombre d'entre eux ne reconna顃raient pas le droit du Qu閎ec l'autod閠ermination advenant une r閜onse affirmative un r閒閞endum sur la souverainet. Pourtant, une telle attitude ne date pas des 15 derni鑢es ann閑s. L'animosit des anglophones face au d閟ir d'autonomie des Canadiens fran鏰is s'est manifest閑 plusieurs reprises dans l'histoire.

l'閜oque des R閎ellions de 1837-38, les Britanniques ont tout mis en ouvre pour emp阠her que le pouvoir politique au Bas-Canada ne soit pris en main par les Canadiens fran鏰is. Alors qu'on aborde fr閝uemment les R閎ellions par le biais des Patriotes et de leur organisation, nous avons voulu conna顃re davantage l'attitude et le comportement des Britanniques face aux aspirations des Canadiens fran鏰is.

En premier lieu, nous nous pencherons sur les Loyalistes et la situation politique au Bas-Canada l'閜oque des R閎ellions et nous aborderons la th鑣e de Maurice S間uin all間uant qu'il y aurait eu un double soul鑦ement, dont le soul鑦ement des Loyalistes constitue le premier temps. Nous 閠udierons ensuite les organisations loyalistes la veille des troubles de 1837, des associations constitutionnelles jusqu'aux corps de volontaires. Finalement, nous aborderons le r鬺e des Loyalistes britanniques dans la provocation et la r閜ression des troubles.

A) Les Loyalistes et la situation politique au Bas-Canada

l'閜oque des R閎ellions

Bien qu'on ait trait abondamment de la situation des Canadiens fran鏰is et de leurs dol閍nces face au syst鑝e politique en vigueur au Bas Canada, on a en g閚閞al fait peu de cas des Loyalistes, les Britanniques du Bas-Canada fid鑜es au pouvoir ex閏utif. Pourtant, ces Loyalistes ont jou un r鬺e majeur dans les R閎ellions de 1837-38, participant la mont閑 de la tension politique, la provocation la veille des troubles et la r閜ression de la r関olte patriote.

Nous allons tout d'abord dresser un rapide portrait de ces Britanniques du Bas Canada. Dans l'ex Province of Quebec, qui constitue maintenant les territoires du Haut-Canada et du Bas-Canada, on retrouve, la veille des troubles, environ 20 000 Britanniques, ou descendants de Britanniques, soit environ 10 000 au Haut-Canada et 10 000 au Bas Canada. Ces 10 000 Britanniques sont noy閟 au Bas-Canada dans une mer 140 000 Canadiens fran鏰is. Il est paradoxal pour les Britanniques d'阾re minoritaires alors qu'ils se consid鑢ent en territoire conquis; ainsi, ils se comportent souvent comme un groupe majoritaire. Ces 10 000 Britanniques sont principalement concentr閟 dans les r間ions de Montr閍l, Qu閎ec, des Cantons de l'Est (Eastern Townships) et au sud du Richelieu. Les Britanniques loyaux, c'est--dire fid鑜es la Couronne britannique et ses traditions, ont une hantise d'un 蓆at contr鬺 par les Canadiens fran鏰is catholiques. De plus, les Loyalistes craignent les id閑s r閜ublicaines venues des 蓆ats-Unis. Ils souhaiteraient 関entuellement assimiler les Canadiens fran鏰is, ou tout le moins les mettre en minorit, pour 関entuellement b鈚ir un pays calqu sur les traditions britanniques et bas sur la puissante 閏onomie commerciale.

Outre les Anglais et les Gallois, on retrouve, parmi la population anglophone du Bas-Canada, des 蒫ossais et des Irlandais. Les 蒫ossais tendent se ranger du c魌 des Anglais et demeurer loyalistes. Les Irlandais, g閚閞alement catholiques, se trouvent d閏hir閟. Beaucoup d'entre eux vont, en effet, appuyer les Patriotes, trouvant des similitudes dans la lutte pour l'autod閠ermination de leurs deux peuples et partageant la m阭e religion. Des Patriotes aussi importants que Daniel Tracey, Jocelyn Wallen et, bien s鹯, Edmund B. O'Callaghan sont tous des enfants d'Eire. D'autres se rangeront du c魌 des loyaux, s'identifiant vraisemblablement l'empire britannique et partageant sa langue.

L'historien Maurice S間uin montrera bien que les Britanniques ont jou un r鬺e majeur dans les R閎ellions. Selon M. S間uin :

La r関olte de 1837 est, en r閍lit, un double soul鑦ement: le soul鑦ement des Britanniques du Bas-Canada contre la menace d'une R閜ublique canadienne-fran鏰ise, soul鑦ement de la section la plus avanc閑 des nationalistes canadiens-fran鏰is contre la domination anglaise.

Dans l'optique du c閘鑒re historien, les R閎ellions seraient en fait une guerre civile entre deux groupes nationaux opposant chacun leur vision d'un 蓆at b鈚ir. S間uin est d'ailleurs le premier faire ressortir l'importance des organisations loyalistes en marge du pouvoir et de l'arm閑.

B閚閒iciant de l'appui populaire, l'閘ite canadienne-fran鏰ise peut, de son c魌, se faire 閘ire la Chambre d'assembl閑 et ainsi combattre l'oligarchie britannique soutenue par Londres, install閑 dans le Conseil ex閏utif et le Conseil l間islatif et entourant le gouverneur. S'engage alors une lutte pour la pr閜ond閞ance, c'est--dire pour l'orientation des destin閑s du futur 蓆at s閜ar. Car, pour les Patriotes comme pour les Loyalistes, la colonie n'est qu'un 閠at politique transitoire.

Dans la perspective de cette lutte pour la pr閜ond閞ance britannique, un sentiment de frustration r鑗ne du c魌 des anglophones du Bas-Canada depuis l'Acte constitutionnel de 1791. Cette constitution avait cr殚 un Bas-Canada massivement francophone dot d'une assembl閑 de d閜ut閟 閘us o on retrouve principalement des repr閟entants issus de la majorit franco-catholique. Un certain pouvoir politique est donc accord la majorit, au grand dam des anglophones qui souhaitent mettre les Canadiens en minorit sur le plan politique. Maurice S間uin notera que la division de 1791 donne un souffle de vie au mouvement d'閙ancipation canadien-fran鏰is:

Par la division de 1791 et l'octroi aux Canadiens d'une chambre d'assembl閑, elle (la politique anglaise) organise et relance puissamment un mouvement de lib閞ation. Et ce, malgr les protestations des Britanniques, ma顃res de la vie 閏onomique, d閒initivement ancr閟 au coeur m阭e du Bas-Canada, dans les villes de Qu閎ec et de Montr閍l, et premi鑢es victimes de la politique imp閞iale.

De plus, le nationalisme canadien-fran鏰is, qui obtient une chance de s'affirmer avec la division de 1791, peut constituer une 閜ine dans le pied des Britanniques qui souhaitent la cr閍tion d'un 蓆at du British North America, qui regrouperait l'ensemble des colonies britanniques d'Am閞ique, afin d'関iter la menace r閜ublicaine en provenance des 蓆ats-Unis et de conserver les traditions britanniques. Le Bas-Canada repr閟ente le centre n関ralgique de l'閏onomie des colonies britanniques. Un 蓆at regroupant les colonies britanniques sans le Bas-Canada, s'il 閠ait contr鬺 par des Canadiens fran鏰is, serait tr鑣 faible et susceptible d'阾re englob par le g閍nt am閞icain alors en pleine expansion.

Les Britanniques, autant les marchands de Montr閍l et de Qu閎ec que les colons des zones en cantons, craignent la mise sur pied d'un 蓆at, ou m阭e d'une colonie, gouvern par des Canadiens fran鏰is, agriculturistes et jug閟 r閠rogrades. Si bien que jusqu'en 1833, des Anglais de Montr閍l demandent r間uli鑢ement 阾re rattach閟 au Haut-Canada, des Anglais de Restigouche-Gasp leur rattachement au Nouveau-Brunswick et des Anglais des Eastern Townships de m阭e avec les 蓆ats-Unis. 蓈idemment, la Chambre des d閜ut閟 d閚oncera ces demandes qui ne semblent pas avoir eu de suites.

Cette peur des Britanniques de se voir gouvern閟 par des Canadiens fran鏰is sera amplifi閑, l'hiver 1834, par le d閜魌 des 92 R閟olutions qui exigent principalement que les membres des conseils soient 閘us par le peuple. La majorit 閠ant canadienne-fran鏰ise, les Britanniques du Bas-Canada perdraient ainsi le grand poids politique qu'ils occupent par le contr鬺e de l'ex閏utif. Selon les Loyalistes, un conseil 閘ectif enl鑦erait les barri鑢es qui nous d閒endent contre la tyrannie fran鏰ise , qui tient tout prix s'arroger la pr閜ond閞ance dans les affaires de la province. Les Britanniques ne sont pas pour autant en d閟accord avec les principes d閙ocratiques la base des revendications des Patriotes, en autant qu'ils ne remettent pas en question la pr閜ond閞ance des Britanniques au Bas-Canada.

Les Britanniques loyalistes d閚oncent aussi la politique de conciliation men閑 par les autorit閟 coloniales qui se laissent impressionner par la majorit canadienne-fran鏰ise ; ils craignent que Londres ne c鑔e aux dol閍nces des Canadiens fran鏰is en leur accordant davantage de pouvoirs. Dans une lettre au gouverneur Gosford, en 1835, le pol閙iste et journaliste au Montreal Herald, Adam Thom, affirmera que depuis la Conqu阾e on parle trop des Canadiens fran鏰is, sujets choy閟, en oubliant les sujets anglais des colonies. Il ajoutera que la politique de conciliation men閑 par Gosford permet au vaincu (le peuple canadien-fran鏰is) de dicter la politique coloniale.

Les esprits s'閏hauffent du c魌 des Anglais mesure que la campagne autour des 92 R閟olutions fait son chemin. Selon Adam Thom, la r関olte craindre n'est pas tant celle des Patriotes que celle des Loyalistes car les repr閟ailles seraient terribles si une seule goutte de sang britannique devait 阾re vers閑. Thom n'h閟ite pas, par l'interm閐iaire de son journal, inciter les Loyalistes s'armer.

En 1835, il devient de plus en plus clair que la minorit anglaise refuserait cat間oriquement d'阾re gouvern閑 par des Canadiens fran鏰is et serait m阭e pr阾e y r閟ister. La Commission Gosford-Grey-Gibbs, qui avait pour principal but de concilier les parties et de r間ler les diff閞ends , arrivera la conclusion suivante:

Si l'Angleterre retirait sa protection, il s'ensuivrait une lutte imm閐iate entre les deux races, et m阭e je doute si, sans la pr閟ence d'une force imposante, les m阭es cons閝uences ne se produiraient pas, lors m阭e que l'on souscrirait aux pr閟entes demandes de l'Assembl閑 et comme dans le cas, le parti anglais serait probablement l'agresseur, les forces du gouvernement aurait d'abord 阾re dirig閑s contre des hommes qui, non seulement sont nos co-sujets, mais qui pour la plupart sont natifs des 頻es.

Pour arriver assurer la pr閜ond閞ance des Anglais sur le territoire, les Loyalistes doivent briser la politique de conciliation du gouverneur Gosford. Or, les Patriotes ne semblent pas enclins faire usage de la force, force qui serait de toute fa鏾n ridicule, les Patriotes 閠ant d閜ourvus d'armes et de cadres militaires. Les Loyalistes ont cependant tout avantage provoquer les Patriotes pour que ceux-ci s'arment afin de d閒endre leurs propri閠閟 et leurs familles. L'historien G閞ard Filteau propose la th鑣e d'un complot entre le g閚閞al Colborne, Adam Thom, le procureur Ogden et la clique du ch鈚eau en g閚閞al, consistant en une provocation concert閑, notamment par les 閏hauffour閑s du 6 novembre entre les Fils de la libert et le Doric Club (dont nous traiterons plus tard), qui aurait justifi l'閙ission de mandats contre les chefs patriotes. Filteau demande ainsi: qui profite le crime? Il n'y a qu'un parti qui avait int閞阾 ce que les troubles se produisent et c'est celui des Bureaucrates.

B) Les organisations loyalistes

Devant les revendications des Patriotes, qui menacent le r間ime britannique, les Loyalistes fid鑜es la Couronne et qui souhaitent le maintien de la constitution, sentent le besoin de se regrouper, de s'organiser. Ce besoin fait suite aux nombreuses assembl閑s de soutien aux 92 R閟olutions qui ont lieu durant l'閠 de 1834 et la cuisante d閒aite des Britanniques aux 閘ections de l'automne 1834. Durant cette ann閑, plusieurs soci閠閟 nationales, tant du c魌 patriote que loyalistes, verront le jour. La premi鑢e sera la Soci閠 Saint-Jean-Baptiste cr殚e par les Patriotes en 1834 qui sera ouverte tous ceux qui 閜ousent la cause patriote, soit des Canadiens fran鏰is, mais aussi, entre autres, des Irlandais, des Am閞icains, etc... Par apr鑣, na顃ront des organisations semblables du c魌 loyaliste ; on parle entre autres de la St-George's Society, la St-Andrew's Society, la St-Patrick's Society et la German Society. partir de 1834, ces associations organisent de multiples r閡nions et rassemblements populaires pour d閚oncer les 92 R閟olutions, soutenir la Constitution et mobiliser la population loyaliste.

Toutes ces organisations loyalistes se r閡niront sous un m阭e comit parapluie compter de janvier 1835, avec la cr閍tion de la Montreal Constitutionnal Association (MCA). Une association constitutionnelle avait 間alement 閠 form閑 Qu閎ec en d閏embre 1834, la Quebec Constitutionnal Association (QCA). Les associations constitutionnelles avaient pour but de d閒endre la Constitution de 1791, et de conserver le Conseil l間islatif sous sa forme actuelle. Ainsi, les Britanniques d閒endent leurs propres int閞阾s de minorit dominante qui veut se prot間er contre une formule d閙ocratique [l'閘ection du Conseil l間islatif] qu'utilise spontan閙ent la majorit canadienne-fran鏰ise. La tenue d'assembl閑s constitutionnelles s'閠endra au reste du Bas-Canada alors que des associations constitutionnelles r間ionales se formeront dans les mois qui suivent, principalement l o sont concentr閟 les Britanniques.

Ces associations constitutionnelles organiseront d'impressionnants rassemblements populaires. Ainsi, le 31 juillet 1835, environ 5000 personnes seront r閡nies Qu閎ec pour r閍ffirmer leur loyaut envers la Couronne britannique et leur attachement l'Empire, d閚oncer le d閟ordre qui r鑗ne la l間islature et demander au gouvernement de pr閟erver la justice. Une missive sera envoy閑 au gouverneur suite ce rassemblement.

Des rassemblements similaires se tiennent 間alement Montr閍l, alors qu'en d閏embre 1835, Montr閍l une assembl閑 loyaliste se d閞oule Tattersall's, sous l'間ide de la MCA et regroupant plus de 1500 personnes. Une autre assembl閑 regroupera de 4000 5000 personnes sur la Place D'Armes de Montr閍l le 6 juillet 1837 ; et une autre de 2000 7000 (selon les sources du Montreal Gazette) au m阭e endroit le 23 octobre ; le jour m阭e o St-Charles les Patriotes tiennent l'assembl閑 des Six-Comt閟.

Mais les Loyalistes ne se contentent pas de se former en associations constitutionnelles et d'organiser des assembl閑s publiques. On assiste, particuli鑢ement partir de 1835, la mise sur pied d'organisations loyalistes arm閑s. Dans son rapport, la Commission Gosford-Gipps-Grey avait pr閐it que les colons britanniques ne consentiraient jamais sans une lutte arm閑, l'閠ablissement de ce qu'ils regardent comme une R閜ublique fran鏰ise au Canada.

Le d閟ormais c閘鑒re journaliste Adam Thom, dans le Montreal Herald fera l'apologie de la formation de corps arm閟 dans son 閐ition du 12 d閏embre 1835 :

L'organisation, pour se combiner avec la d閠ermination morale et la force physique, doit 阾re autant militaire que politique. Il faut une arm閑 aussi bien qu'un Congr鑣. Il faut des piques et des carabines aussi bien que de la sagesse (... ) Appelons donc un congr鑣 provincial imm閐iatement et portons 800 le British Rifle Corp de Montr閍l, qui est son entier compl閙ent, envoyons des d閜ut閟 pour soulever les sympathies des provinces voisines.

Le 22 d閏embre suivant, des Loyalistes achemineront une demande au gouverneur pour qu'il accorde sa sanction au British Rifle Corp. Lord Gosford refusera, all間uant que les droits des Britanniques ne sont pas en danger, et que, m阭e si c'閠ait le cas, ils seraient mieux prot間閟 par l'arm閑. Faisant fi de l'adresse du gouverneur, le British Rifle Corp a organis, dans les derni鑢es semaines de 1835 et au d閎ut de 1836, plusieurs assembl閑s publiques dans la r間ion de Montr閍l, dont une r閡nissant plus de 600 miliciens le 7 janvier et une autre plus de 800 le 20 janvier. Par contre, une assembl閑 pr関ue pour le 21 janvier sera annul閑 suite une proclamation du gouverneur, ce qui n'emp阠hera pas des paramilitaires de poursuivre leurs activit閟 sous d'autres noms; on ne trouvera plus, par la suite d'assembl閑s loyalistes organis閑s par le British Rifle Corp.

Apr鑣 la disparition du British Rifle Corp en janvier 1836, une autre organisation paramilitaire verra le jour durant ce m阭e hiver : le Doric Club, groupe de jeunes Loyalistes arm閟, qui publiera son manifeste de cr閍tion le 16 mars 1836. On peut y lire :

If we are deserted by the British government and the British people, rather than submit to the degradation of being subject of a French-Canadian republic, we are determined by our own right arms to work out our deliverance..., we are ready... to pledge to each other our lives, our fortunes and our sacred honor.

Une organisation semblable sera cr殚e le 1er septembre 1837 Qu閎ec, le Loyal Victoria Club. Ces derniers commencent m阭e patrouiller dans la haute ville compter du 3 novembre, entrant en conflit quelques reprises avec des Patriotes.

partir de novembre 1837, suite l'escarmouche du 6 novembre, le g閚閞al en chef, John Colborne, s'inscrira ouvertement en faux par rapport aux orientations du gouverneur Gosford. Si le gouverneur favorisait particuli鑢ement la conciliation, le g閚閞al Colborne s'appuie d閟ormais sur la solution militaire et sur le r鬺e que peuvent jouer les corps arm閟 de volontaires.

Ainsi, Colborne se met recruter des volontaires chez les bureaucrates pour les armer ou les incorporer aux activit閟 des troupes. Du 8 au 10 novembre, il fera 閝uiper 10 compagnies de 80 hommes, qu'il placera sous le commandement du Lieutenant-colonel Dyer. Plusieurs corps de volontaires seront form閟 et arm閟: les Fusiliers Royaux, les Dragons l間ers de la Reine, la Cavalerie volontaire de Montr閍l, l'Infanterie l間鑢e de Qu閎ec, les Volontaires royaux de Qu閎ec, les Volontaires de M間antic, etc. Certains de ces corps (et d'autres qui ne sont pas cit閟 ici) accompagneront fr閝uemment les troupes r間uli鑢es - compos閑s de 3000 hommes - au cours de leurs interventions lors des troubles.

Dans certaines r間ions, les volontaires loyalistes utiliseront l'organisation des anciennes milices pour structurer leur mouvement. En 1812, alors que les Britanniques tentent de bloquer l'invasion militaire du Bas-Canada, les miliciens 閠aient recrut閟 par tirage au sort, parmi les c閘ibataires de 18 30 ans, les conscrits devaient alors s'enr鬺er pour 3 mois. C'est autour des anciens cadres de milices que se formeront, l'閜oque des R閎ellions, des milices de volontaires. C'est sur ce mod鑜e que se formera, en 1837, le corps de milice de St-Jean qui recrutera 250 hommes. Arm閟, ces derniers se mettront arr阾er syst閙atiquement les Patriotes locaux. Le m阭e ph閚om鑞e se produit, entre autres, Granby o la milice 閠ait active et recevait des armes de Colborne.

Par contre, si dans certaines r間ions les Loyalistes recrutent des volontaires partir de l'organisation des milices, cela est aussi vrai du c魌 des Patriotes. St-Denis, par exemple, les Patriotes ont modifi les cadres des milices en 閘isant de nouveaux officiers et ont recrut des miliciens patriotes, m阭e si on manquait d閟esp閞閙ent d'armes. Dans leur esprit, cette organisation n'avait cependant pas pour but de fomenter la r関olte mais bien de r閟ister aux arrestations arbitraires.

C) La provocation et la r閜ression des troubles

La mobilisation des forces loyalistes, ainsi que leur glissement vers des groupes arm閟, pr閏鑔e de beaucoup celle des Patriotes. Cela d閙ontre bien la strat間ie des Loyalistes consistant conserver l'initiative du conflit jusqu' son issue finale. Les R閎ellions commenceront d'abord par :

(...) l'insurrection des Britanniques de Montr閍l qui ont d閏id de prendre en main leurs propres int閞阾s et ceux du B. N. A. (British North America), et qui cherchent le combat arm pour pr閏ipiter les 関閚ements et emp阠her Gosford de poursuivre la politique de conciliation.

Contrairement aux Loyalistes qui sont fortement arm閟, soit gr鈉e Colborne, soit gr鈉e de riches donateurs, les Patriotes ne disposent pas d'armes et ne peuvent r閟ister l'arm閑 britannique. Pour faire 閏later le conflit, les Loyalistes doivent provoquer les Patriotes, les faire craindre pour leur s閏urit et les inciter prendre des moyens pour se prot間er.

Wolfred Nelson d閏rira bien l'閠at de la situation: Ils [les bureaucrates] voulurent forcer le peuple prendre les armes et assumer la d閒ense pour leur vie et leurs propri閠閟. Ils repr閟ent鑢ent ensuite cette action comme une r閎ellion contre la Couronne d'Angleterre.

Un autre militant patriote, O'Callaghan, un Irlandais d'origine, comparera la situation qui pr関aut au Bas-Canada celle de son pays d'origine :

On voulait comme Castlereagh en Irlande, pousser le peuple la violence, puis abolir ses droits constitutionnels. Dans l'histoire de l'union de l'Irlande avec l'Angleterre, vous retracerez comme dans un miroir, le complot de 1836-37 contre la libert canadienne.

C'est cela que devait penser Edmund B. O'Callaghan en affirmant que le gouvernement a sciemment arm des volontaires, 閙is des mandats de fa鏾n arbitraire pour exciter le peuple et ensuite crier la r閎ellion une fois le peuple affol.

La provocation atteindra un sommet le 6 novembre 1837 l'occasion de la r閡nion mensuelle des Fils de la libert. Comme les bureaucrates ont fait circuler des rumeurs sur l'閠at des forces des Patriotes, des magistrats 閙ettent une proclamation qui interdit toute procession, toute d閙onstration (sic) - notons que les bureaucrates avaient obtenu une r閒orme du personnel judiciaire au d閎ut novembre et qu'ils avaient plac aux postes de magistrats des partisans loyaux. Les Fils de la libert acceptent donc d'annuler leur parade et de se rassembler sur un terrain priv pour tenir leur assembl閑, le tout sans arme.

La veille de l'assembl閑, des bureaucrates avaient tapiss la ville de Montr閍l d'affiches invitant les loyaux un rendez-vous 12h00 sur la Place-d'Armes pour 閏raser la r閎ellion dans l'ouf. Ainsi, les loyaux et le Doric Club se r閡nissent sur la Place-d'Armes pour provoquer les Fils de la libert. Les magistrats ne firent rien pour disperser les loyaux, bien qu'ils aient interdit toute d閙onstration. Les loyaux marchent jusqu' l'auberge Bonacina o sont r閡nis les Patriotes pour y lancer des pierres par-dessus la cl魌ure. La bagarre a 関idemment 閏lat et s'est termin閑 par la lecture de l'acte des 閙eutes. Par la suite les Fils de la libert se sont dispers閟, pour 阾re poursuivi travers la ville par des membres du Doric Club. Ce soir-l, des Loyalistes ont tent de s'en prendre la maison de Papineau et ont saccag les locaux du journal patriote le Vindicator.

L'閏hauffour閑 du 6 novembre et les propos enflamm閟 tenus par des leaders patriotes l'assembl閑 des Six-Comt閟 du 22 octobre, permettent au gouvernement d'閙ettre des mandats d'arrestation contre les principaux chefs patriotes pour d閏larations subversives ; ils 閙ettent 間alement des mandats en blanc. On porte des accusations de haute trahison plut魌 que de propos s閐itieux ce qui marque une certaine d閙esure.

Pris de court, les chefs patriotes cherchent fuir. On assiste des arrestations arbitraires dans plusieurs r間ions. Par exemple, le constable Malo et 18 volontaires du Montreal Volunteers Cavalry arr阾ent deux Patriotes de St-Jean, le 17 novembre 1837. Le r閟eau de communication des Patriotes permet d'intercepter le d閠achement Longueuil et de lib閞er les prisonniers. Les arrestations arbitraires forcent partout les Patriotes fuir ou s'organiser tant bien que mal pour r閟ister.

Les Loyalistes ne se contenteront pas de jouer un r鬺e essentiel dans la provocation des troubles, ils participeront de fa鏾n active la r閜ression. Ils se joindront aux forces r間uli鑢es de l'arm閑 britannique pour 閏raser la r閎ellion dans les bastions patriotes. Cette r閜ression de la r閎ellion passera souvent par la destruction de villages. C'est en ces mots que le pol閙iste Adam Thom encouragera le pillage des villages canadiens-fran鏰is :

L'histoire du pass prouve que rien de moins que la disparition de la terre et la r閐uction en poussi鑢e de leurs habitations ne pr関iendra de nouvelles r閎ellions au sud du Saint-Laurent, ou de nouvelles invasions de la part des Am閞icains.

L'attitude des volontaire loyalistes lors de la bataille de St-Eustache et dans l'incendie de St-Beno顃 illustre bien ce que pr鬾ait Adam Thom. En d閏embre 1837, se mettent en branle vers Deux-Montagnes les troupes de Colborne, form閑s de 2000 hommes, ainsi que des volontaires, soit les Dragons L間ers de la Reine, la Cavalerie volontaire de Montr閍l, les Fusiliers volontaires de Montr閍l et les Volontaires de Globenski, qui sont originaires de St-Eustache.

Apr鑣 avoir vaincu les Patriotes St-Eustache, les volontaires, aid閟 de quelques soldats, se sont adonn閟 au vol et au pillage du village, qui fut d'ailleurs br鹟. Le lendemain, ils 閠aient en route vers le village voisin de St-Beno顃. Alert閟 par des 閏laireurs de l'ampleur des troupes en route vers le village, Jean-Joseph Girouard, le leader patriote local, conseille aux citoyens de rester chez eux et de cacher leurs armes: les forces britanniques 閠aient trop importantes pour tenter de les combattre. Des 閙issaires all鑢ent donc en informer Colborne, agitant un drapeau blanc et l'enjoignant de ne pas s'en prendre aux maisons, ce qui fut promis... Sa parole ne fut pas tenue puisque les loyaux mirent le village feu et sang, sous pr閠exte qu'on ne voulut pas indiquer l'emplacement de la cachette des Patriotes. Dans tous les r閏its de batailles, on rappelle le r鬺e des volontaires loyaux, aux c魌閟 de l'arm閑 britannique, et leur r鬺e dans la r閜ression des troubles en particulier St-Eustache et St-Beno顃. Les Loyalistes seront tout particuli鑢ement actifs dans la r閜ression de la r関olte de 1838.

Conclusion

Les loyalistes ont jou un r鬺e majeur dans le d閚ouement des R閎ellions de 1837-38. Ces derniers refusaient cat間oriquement d'envisager l'関entualit d'un 蓆at canadien-fran鏰is et ont pris les moyens requis pour pr閟erver la pr閜ond閞ance britannique au Bas-Canada. Pour ce faire, ils ont form dans plusieurs comt閟 des associations constitutionnelles pour exercer une pression plus organis閑 sur les autorit閟 coloniales afin qu'elles ne c鑔ent pas aux demandes des Canadiens fran鏰is. Ils se sont 間alement dot閟 de groupes paramilitaires de volontaires qui ont contribu faire monter la tension, provoquer la lutte arm閑 et ensuite r閜rimer les rebelles et la population civile.

Il semble que la tactique ait port fruit puisque l'Union des deux Canada 閠ait proclam閑 peu de temps apr鑣 les troubles, pla鏰nt de fait en minorit les Canadiens fran鏰is au sein d'un 蓆at 閘argi. 1867 allait consolider la marginalisation des Canadiens fran鏰is, dot閟 de pouvoirs culturels et sociaux dans la Province de Qu閎ec, tout en les pla鏰nt sous le parrainage d'un 蓆at f閐閞al pas tr鑣 閘oign de ce dont r陃aient les Loyalistes de 1837.

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