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Les Patriotes de 1837@1838 - L抙istoire du Qu閎ec au c間ep : bref retour sur le d閎at m閐iatique l'automne 2010
 DEBAT 
     
L抙istoire du Qu閎ec au c間ep : bref retour sur le d閎at m閐iatique l'automne 2010
Article diffus depuis le 8 janvier 2011
 




Gilles Laporte[1],

Professeur d抙istoire au c間ep du Vieux Montr閍l

Il est rare que le petit monde des c間eps attire l抋ttention des m閐ias autrement que pour voir l抩pportunit de les  fermer.  Plus rare encore qu抩n s抜nt閞esse l抏nseignement de l抙istoire, une discipline dont la place au niveau coll間ial est notoirement marginale.  Ce fut pourtant le cas durant la derni鑢e semaine de novembre 2010 alors que la Fondation Lionel-Groulx d閜osait une 閠ude au titre fracassant propos de la disparition des cours portant sur l抙istoire du Qu閎ec.  Le grand public a alors pu apprendre avec stupeur que moins de cinq p. cent des finissants du coll間ial avaient pu suivre un cours d抙istoire nationale, et encore, dans moins de la moiti des c間eps et seulement pour le programme de sciences humaines.[2]

Vu de l抜nt閞ieur cependant il est difficile de parler d抲ne v閞itable  nouvelle .  Les intervenants du milieu coll間ial savent depuis longtemps qu抙istoire est exclue de la formation g閚閞ale commune et qu抏lle est confin閑 au domaine des sciences humaines o sa part 閝uivaut en gros celle de sociologie ou d掗conomie, un peu plus que sciences politiques ou g閛graphie, bien moins que psychologie et incommensurablement moins que philosophie ou litt閞ature.  Est-ce ce truisme qui explique le peu d抜nt閞阾 des principaux int閞ess閟 au d閎at, en l抩ccurrence les professeurs d抙istoire des c間eps du Qu閎ec ?  Lors de la conf閞ence de presse la maison Lionel-Groulx par exemple, on comptait des repr閟entants de tous les m閐ias, des membres de la Coalition pour l抙istoire, des pr閟idents de soci閠閟 historiques, quelques universitaires et des 閐iteurs de manuels scolaires mais, part l抋uteur de l掗tude rendue publique, pas un seul professeur d抙istoire des c間eps du Qu閎ec.  L扐ssociation des professeurs d抙istoire des coll鑗es du Qu閎ec (APHCQ) elle-m阭e n抋 pas jug bon d掗mettre un communiqu afin d抋jouter sa voix ou pour compl閠er l抜nformation, m阭e si les m閐ias ouvraient momentan閙ent grandes leurs pages cet enjeu, une occasion aussi rare que certaines 閏lipses solaires !  Plus encore, le seul membre de l扐PHCQ prendre publiquement position le fit pour prendre ses distances; en gros, pour dire  qu抜l y a bien suffisamment d抙istoire ainsi 籟3]...

Quoiqu抜l en soit, l掗tude a b閚閒ici d抲n large 閏ho m閐iatique et ses conclusions ont 閠 relay閑s par de nombreux 閐itorialistes, chroniqueurs et m阭e par les lettres aux lecteurs.   Lors de l掗mission de Radio-Canada, Maisonneuve en direct, le r閍lisateur nous confiait avoir re鐄 un nombre anormalement 閘ev d抋ppels lors d抲ne tribune t閘閜honique portant sur l抙istoire au c間ep.  Tous allaient dans le sens d抲n renforcement de l抩bjet Qu閎ec au niveau coll間ial.  Demeure que des notes discordantes se sont aussi exprim閑s.

Parmi les r閟erves formul閑s, il en est une laquelle nous adh閞ons sans h閟itation.  Elle consiste rappeler que le coll間ial est bien un ordre d抏nseignement de niveau sup閞ieur et qu掄 ce titre il n抋 pas poursuivre les objectifs d閏rits pour le champ Univers social au secondaire.  Certains commentateurs l抩nt justement rappel, ce qui a l抙eur de ramener le d閎at aux deux fameux cours Histoire et 閐ucation la citoyennet offerts aux 3e et 4e secondaires.  Ainsi, m阭e si sa place a constamment 閠 discut閑 depuis 40 ans, histoire n抏st pas le statut de discipline fondamentale au coll間ial; qu抏lle est donc r閟erv閑 aux 閠udiants qui se destinent des 閠udes en sciences humaines l抲niversit.  Ce n抏st en somme pas a priori au niveau coll間ial assurer l抋tteinte de comp閠ences auxquelles le secondaire n抏st pas parvenu.

Cette mise au point constitue la part la plus recevable de la critique formul閑 par Marc Simard dans son article dans La Presse du 1er d閏embre.  Son article est cependant bien plus tendancieux quand il ajoute qu  Apr鑣 deux ans pass閟 au secondaire 閠udier l'histoire du Qu閎ec, n'est-il pas temps pour les c間閜iens d'閘argir leurs horizons et de conna顃re les Grecs, les Romains, l'humanisme et la Renaissance?   C抏st l bien s鹯 omettre que ces m阭es c間閜iens ont aussi suivi tout autant de cours portant sur la Civilisation occidentale, au 1er et 2e secondaires.  Le  cours obligatoire Histoire de la civilisation occidentale n抏st-il pas par cons閝uent tout aussi redondant rendu au coll間ial ?   Mais M. Simard va plus loin.  Il voit dans l掗ventualit d抲n cours portant sur le Qu閎ec au niveau coll間ial  la possibilit que ce cours ne (re) devienne un cours d'endoctrinement la cause souverainiste.   M阭e si ce passage a sans doute valu droit de citer son article dans la page  Id閑s  du quotidien de Gesca, convenons que c抏st l faire preuve d抲n m閜ris assez souverain envers la rigueur intellectuelle des professeurs de c間ep en g閚閞al, en plus de se m閜rendre compl鑤ement propos des objectifs que pourrait poursuivre un tel cours.  M. Simard conclut en se demandant si  Cette instrumentalisation du cours d'histoire du Qu閎ec  ne serait pas elle-m阭e l抩rigine de la perte d抜nt閞阾 qu抜l per鏾it chez les jeunes pour cette mati鑢e ?  Proc鑣 d抜ntention sans fondement bien s鹯, surtout que M. Simard n抏xplique pas pourquoi cette perte d抜nt閞阾 perdurerait m阭e si le cours d抙istoire au secondaire a 閠 singuli鑢ement  d閚ationalis  depuis l抏ntr閑 en vigueur du Renouveau p閐agogique.

Plus honn阾e et plus cons閝uente sur le plan corporatif, la position prise par la F閐閞ation 閠udiante coll間iale du Qu閎ec (FECQ).  Pour elle, il est faux de pr閠endre que les finissants du secondaire ignorent leur histoire; il est par cons閝uent contreproductif de leur en ass閚er davantage au niveau coll間ial.  M阭e s抜l est encore t魌 pour 関aluer le profil de sortie de la cohorte issue du nouveau programme, la FECQ devrait pourtant savoir que m阭e les promoteurs du domaine Univers social conc鑔ent que les prochains finissants arriveront au coll間ial avec un bagage de connaissances moindre que dans l抋ncien programme. Sans doute mieux m阭e d抜nculquer des aptitudes pour la communication et la recherche, l抋pproche par comp閠ences se pr阾e tout simplement mal l抋pprentissage de l抙istoire, o il ne s抋git moins ma顃riser des habilit閟 transf閞ables (阾re en mesure d抜nterpr閠er un document historique par exemple) que d抋cqu閞ir une culture historique commune.  Doit-on aussi rappeler qu抜l ne s抋git d抋illeurs plus proprement de cours d抙istoire ? Ces cours donn閟 au secondaire visent bien 閐uquer citoyennet par un recours l抙istoire et  aux divers champs de l抲nivers social, pas proprement parler initier l抙istoire du Canada et du Qu閎ec.  De toute fa鏾n les repr閟entants de la FECQ se sentent inutilement vis閟 car le  bagage de connaissances  n抏st pas vraiment en cause dans le constat que nous avons dress pour le coll間ial, o il est surtout question de rappeler que  C抏st durant son s閖our au c間ep qu抲n jeune qu閎閏ois acquiert le droit de vote au Qu閎ec, qu抜l commence travailler au Qu閎ec, qu抜l quitte le domicile familial pour faire l抋pprentissage d抲n nouveau milieu de vie quelque part au Qu閎ec et qu抜l se frotter aux services du gouvernement.  Malgr tous ses m閞ites, la formation coll間iale actuelle ne permet pas de pr閜arer le finissant ces r閍lit閟 imp閞ieuses.   Avec un tel constat, toutes les associations 閠udiantes seront sans doute d抋ccords. 

La sortie de l掗tude co飊cidait aussi avec la parution en novembre du dernier opus du professeur Jocelyn L閠ourneau, Le Qu閎ec entre son pass et ses passages (Fides).  Tout en reconnaissant les nombreux m閞ites de l抩uvrage et la rigoureuse argumentation de l抋uteur, on note que M. L閠ourneau y revient constamment avec  une objection envers l抙istoire nationale qui s抋pparente celui illustr par Simard, mais propos duquel il ne s抏xplique nulle part.  Passant tour tour de la neutralit bienveillante au sarcasme, M. L閠ourneau s抏n prend ceux qui critiquent le cours Histoire et d掗ducation la citoyennet parce que selon eux  Il ne construisait plus l抙istoire de la nation sur la s閞ie d掗checs, de d閒aites et d抙umiliations qui avaient scand son parcours dans le temps [匽 Il n掗tait plus cette pi鑓e o les Qu閎閏ois, et les Canadiens fran鏰is avant eux, jouaient le r鬺e de vaincus et de victimes. 籟4] Le propos est plus caustique que chez Simard mais tout aussi mordant et rel鑦e du m阭e proc鑣 d抜ntention visant d閏rypter dans le r閏it historique qu閎閏ois les germes malfaisants d抲ne instrumentalisation.  Chercher ainsi conjurer le r鬺e structurant du discours sur l抙istoire, comme de tout discours d抋illeurs, revient chez L閠ourneau faire ce choix pu閞il en faveur d抲n r閏it neutre accordant chacune des r閍lit閟 du pr閟ent une pr閟ence dans le pass collectif de sorte de satisfaire chaque identit limit閑 soucieuse d抋pparaitre 閝uitablement dans le r閏it des origines.  L閠ourneau n抋 pas tors de souligner que le r閏it canadien-fran鏰is n抏st pas le seul ayant droit de citer, mais on rappellera avec d抋utres qu抜l recoupe tout de m阭e un large pan du pass collectif qu閎閏ois et qu抜l a le m閞ite de vouloir  faire soci閠 , soit de recouper les diverses types d抋ll間eances, hommes femmes, riches pauvres, montr閍lais et provinciaux, n閛 qu閎閏ois et  de souche  au sein d抲n projet soci閠al 閝uilibr, entre la coh閟ion et l抜nclusion.

Quant l抋llusion r閏urrente chez L閠ourneau consistant pr閟enter l抙istoire nationale comme une longue litanie de lamentations et de frustrations historiques, cela m閞iterait d掙tre mieux document.  Ce nous semble en attendant la fois caricaturer et exag閞er la contribution par exemple d抲n Maurice S間uin (en particulier propos de l抜mportance de la Conqu阾e) dans la r閒lexion de ceux et celles qui critiquent la place accord閑 l抙istoire nationale au secondaire et au c間ep.  On entendra au contraire bien davantage le d閟ir d抩ffrir un r閏it positif des luttes du peuple qu閎閏ois en faveur d抲ne soci閠 d閙ocratique, voire d掗difier les jeunes l抋une de l挏uvre remarquable de mod鑜es f閙inins et masculins ayant permis l抋ccession une soci閠 libre, ouverte et prosp鑢e.  Entre chauvinisme et mis閞abilisme, M. L閠ourneau devrait tout de m阭e choisir l抩pprobre dont il souhaite couvrir les tenants d抲ne histoire nationale du Qu閎ec. Quand aux r閏its lancinants de luttes frustr閑s et inachev閑s, on les retrouvera bien davantage magnifi閟 chez les chantres des  groupes-victimes , ceux-l m阭e c閘閎r閟 par M. L閠ourneau (esclaves, femmes, Autochtones, immigrants), bien plus prompts que la Nation comm閙orer leur propre 閏rasement historique.[5]

Or le propos alambiqu閟 de L閠ourneau et Simard laisseront en attendant l抜mpression que l抏nseignement de l抙istoire du Qu閎ec est en soi pr閖udiciable l掗dification d抲ne citoyennet 閙ancip閑 et ouverte sur le monde.  Ils seront en fait re鐄s telle une b閚閐iction par tous les adversaires de l抏nseignement de l抙istoire, une histoire d閟ormais noy閑 dans la formation citoyenne au secondaire et compl鑤ement 関acu閑 au niveau coll間ial. Ce d閎at devrait cependant se poursuivre, au moins tant que les v閞itables motifs des adversaires de l抙istoire du Qu閎ec n抋uront pas 閠 mis au jour.


[1] L抋uteur souhaite remercier MM. Laurent Lamontagne, F閘ix Bouvier et Sylvain Guilmain pour leurs conseils et leurs remarques.  L抋uteur est cependant seul responsable des propos tenus dans cet article.

[2] Gilles Laporte et Myriam D扐rcy, Je ne me souviens plus.  L掗tat d閟astreux de l抏nseignement de l抙istoire nationale dans le r閟eau coll間ial public du Qu閎ec.  Fondation Lionel-Groulx, novembre 2010. 53 p.

[3] Marc Simard  Deux cours, c'est assez , La Presse, 1er d閏embre 2010.  L'auteur est professeur d'histoire au coll鑗e Fran鏾is-Xavier-Garneau, Qu閎ec.

[4] Jocelyn L閠ourneau, Le Qu閎ec entre son pass et ses passages, Montr閍l, Fides, 2010 : 57.

[5] Entre autres, ce passage 閘oquent :  Les 閘鑦es sont enfin amen閟 prendre conscience que l抙istoire du Qu閎ec et du Canada se caract閞ise par un pass charg de pr閖ug閟, de harc鑜ement et de discrimination, ce qui leur permet de mieux comprendre certains des enjeux qui ont pr関alu au d関eloppement soci閠al qu閎閏ois et canadien. Notamment par l抜dentification de groupes-victimes dans notre histoire nationale, tels les femmes, les autochtones, les immigrants et les handicap閟, et par la compr閔ension des valeurs et tendances en cause cette 閜oque, l掗l鑦e peut mesurer les forces qui ont contribu la formation de la soci閠 d抋ujourd抙ui et du syst鑝e juridique qui en est issu.  Paule Mauffette,  L抙istoire : une discipline au service de l掗ducation la citoyennet , P閐agogie coll間iale, vol. 19, no. 3 (hiver 2005) : 20.

 

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