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Les Patriotes de 1837@1838 - Le mouvement patriote à Québec : radiographie d`un échec
 ANALYSE 
     
Le mouvement patriote à Québec : radiographie d`un échec
Article diffusé depuis le 7 janvier 2008
 


Robert-Shore-Milnes Bouchette (1805-1879), le patriote le plus actif de Québec.

À l’occasion du 400e de la ville de Québec et au moment où plusieurs manifestations soulignent à Montréal le 170e anniversaire des Rébellions de 1837-1838, dont une grande exposition au musée Pointe-à-Callière, il est symptomatique que nulle part on ne fasse mention de l’agitation patriote dans la capitale.

L’origine du mouvement réformiste de Québec remonte pourtant bien avant les années 1830. En fait le nationalisme canadien y serait né dès la première décennie du XIXe siècle. L’avocat et journaliste Pierre-Stanislas Bédard joue un rôle éminent dans cette genèse. On se rappelle d’abord de lui comme du fondateur en 1806 du premier journal réformiste de la colonie, Le Canadien, encore très influent à l’époque des rébellions sous la direction d’Étienne Parent. Bédard est également à l’origine de la doctrine patriote – libérale et nationaliste – et celui qui met au point la stratégie des députés canadiens en Chambre. L’héritage de Pierre-Stanislas Bédard est immense. Celui-ci sort cependant de scène dès 1812. Se pose dès lors la question de sa succession à la tête du parti qu’il a fondé.

Bédard était intimement associé à la ville de Québec dont il fut député et où ont œuvré ses fils Joseph-Isidore et Élzéar. Le caucus des députés de Québec croit donc tout naturel d’hériter de la direction du parti. Tous les candidats sérieux à la succession de Bédard sont d’ailleurs de Québec, sauf un, Louis-Joseph Papineau. Ils seront écartés les uns après les autres entre 1815 et 1827. Aucun de ces leaders québécois n’arrivant à s’imposer, l’ascendant politique de la capitale diminue sans cesse1.

Le parti de Québec

À compter de 1828 le mouvement patriote de Québec ne fera donc que s’effriter. Si, au départ, Papineau peut compter à Québec sur d’éminents hommes politiques, il ne peut plus s’appuyer en 1837 que sur une poignée de radicaux. James Stuart, puis Andrew Stuart, Joseph-Rémi Vallières de Saint-Réal et Amable Berthelot, voyant s’évanouir leurs chances de prendre la tête du parti, choisissent de le quitter. Le coup sera plus dur à encaisser en 1830 quand le plus solide appui de Papineau à Québec, le propriétaire de la Quebec Gazette, John Neilson, désavoue la radicalisation du Parti patriote. Au début de 1834, le dépôt des 92 Résolutions cause une plus grande hémorragie encore. S’opposer à Papineau comporte cependant des risques tant les électeurs demeurent éblouis par le grand tribun. À preuve, aux élections d’octobre 1834, tous les candidats de la région de Québec s’étant opposé à Papineau ou aux 92 Résolutions sont battus à plates coutures. Les députés de Québec font donc face à un dilemme : hostiles à la radicalisation du Parti patriote sous la houlette de Papineau, ils sont paralysés par la peur de s’y opposer. Le mouvement patriote de Québec aura donc tendance à nourrir en son sein des députés et des militants plutôt apathiques et fort peu empressés à relayer les mots d’ordre venant de Montréal. La conséquence est que la mobilisation dans la ville de Québec, berceau du nationalisme canadien-français, sera insignifiante jusqu’aux rébellions de 1837-18382.

Très tôt les Montréalais avaient reproché aux Québécois leur lenteur à donner suite aux 92 Résolutions et à se mobiliser contre le gouvernement anglais. Alors que les assemblées publiques se multiplient ailleurs, ce n’est qu’en juin 1835 que se tient à Québec une première véritable assemblée patriote. Le cafouillage persiste au printemps de 1835 tandis que des assemblées prévues les 1er, 18, puis 25 mai sont mystérieusement annulées. À la tête de cette « résistance passive », le propre chef du parti à Québec, ci-devant fils du grand Bédard : Elzéar Bédard. Conscient de l’importance de Québec, Papineau avait justement confié au député de Montmorency la tâche hautement honorifique de présenter les 92 Résolutions. Dès 1835, les tensions deviennent cependant vives entre les deux hommes tandis que Bédard reproche à Papineau de s’obstine à prendre en défaut l’administration coloniale anglaise : « L’honorable Orateur, qui partout et en toute occasion proclame la pureté de ses motifs et de ses actes, n’est pas disposé à accorder aux autres ce qu’il croit être son droit inhérent. Du moment que nous osons différer avec lui, nos motifs sont en butte à ses observations sévères et irréfléchies »3.

Le 5 août 1835 le caucus de Québec propose ni plus ni moins que de nommer Louis-Joseph Papineau délégué en Angleterre afin d’y plaider la cause des Canadiens. Ce geste est clairement un affront visant à éloigner le chef patriote et à faire triompher la tendance modérée au sein du parti ; « une occasion favorable de détrôner Papineau »4. La crise entre Québec et Montréal atteint son apogée en 1836 quand un proche de Bédard, le député René-Édouard Caron, décide de s’exprimer contre Papineau et de voter avec le gouvernement. Caron est alors dénoncé par ses électeurs qui réunissent contre lui une pétition de 700 noms, le forçant à démissionner dès le lendemain5. À l’élection partielle qui s’ensuit, les patriotes présentent Joseph Painchaud, un homme de Papineau, cependant battu par Andrew Stuart le 26 mars au terme d’un scrutin houleux. Les patriotes tiennent donc le 1er avril une assemblée de « protestation » dénonçant la violence utilisée par leurs adversaires, mais aucun député ne s’y présente. Au printemps 1836, le mouvement réformiste de Québec est démembré et plus aucune manifestation sympathique aux patriotes ne s’y tient avant un an…

Les Irlandais relancent le mouvement patriote

En avril 1837, l’Angleterre désavoue officiellement les revendications patriotes par le biais des dix résolutions Russell. Cette annonce aura pour effet de raccommoder les réformistes de toutes tendances tandis que Papineau confie au député de Bellechasse, Augustin-Norbert Morin, la lourde tâche de revitaliser le mouvement patriote à Québec. Ainsi donc, les patriotes de Québec qu’on tenait pour morts tiennent une série d’assemblées publiques à compter de mai 1837. Cependant, le noyau de l’organisation a notablement changé entre-temps. Depuis l’incident Caron en 1836, le parti de Québec est sur la touche. En revanche, on remarque l’ascendant d’un groupe de radicaux autour du jeune Robert-Shore-Milnes Bouchette et d’un groupe d’Irlandais radicaux : Thomas Boyd, M. Connolly, James Doyle, Denys Fitzpatrick, Charles Hunter, William Keating, John Kelly, Edward Moss, Patrick O’Connor, James O’Neil ou Edward Quigley. En se radicalisant, le mouvement patriote à Québec a désormais tendance à s’angliciser ! Ce groupe s’était déjà signalé à l’assemblée du 8 juin 1835 alors que les deux tendances s’affrontent. On retrouve sa trace le 8 septembre suivant à une assemblée des « former members of the British and Irish of the Association de réforme de Québec » qui donnent un appui sans équivoque aux 92 Résolutions et à la lutte du peuple irlandais. Le 28 mai, une assemblée convoquée par les loyaux de Québec à l’entrée de l’Assemblée législative est complètement noyautée par Bouchette et ses amis irlandais qui s’emparent de la place avant l’heure prévue en faisant un grand meeting patriote, connu sous le nom de l’assemblée de la garde-robe. Bouchette, juché sur une table, prononce alors un discours impétueux destiné à secouer la torpeur des Québécois6.

Une véritable assemblée populaire sur le modèle de celles qu’on retrouve ailleurs au Bas-Canada est tenue au marché Saint-Paul le 4 juin 1837 devant 2000 à 3000 personnes sous les auspices d’Augustin-Norbert Morin. S’y retrouve à peu près toute la coalition patriote, du peintre Joseph Légaré à Narcisse Belleau en passant par Louis-Théodore Besserer, dans ce qui a toutes les apparences d’une réunion de famille un peu forcée et placée sous la présidence de Jean Guillet. On y choisit alors la délégation devant représenter Québec à la convention du parti patriote, mais aucun député n’y figure. Pis encore, le lendemain 5 juin le député « patriote », George Vanfelson, abandonne son siège de la basse-ville et quitte la politique en dénonçant les résolutions adoptées7.

Infatigable, Bouchette multiplie pourtant les manifestations et fonde le 17 juin le journal patriote bilingue Le Libéral, ainsi que le comité permanent de Québec, chargé de mener la rébellion dans la région de la capitale8.

Une vague d’arrestations

Le climat devient survolté à Québec à compter de novembre 1837 tandis que les membres Comité permanent de Québec sont la cible de rafles policières. Une certaine nervosité anime les autorités, si bien qu’une trentaine d’arrestations sont effectuées sans grand discernement à même la liste des membres publiée dans Le Libéral du 19 octobre. La plupart sont d’ailleurs libérés dès le 18 novembre, comme les marchands Eugène Trudeau et Barthelemy Lachance. Le lendemain, un dimanche, plus de 1000 personnes sont massées au marché Saint-Paul pour dénoncer les arrestations. Après la harangue de Joseph-Édouard Turcotte, la foule envahit les rues pour chahuter devant la résidence de ceux qui les ont fait arrêter. Des loyaux se manifestent à leur tour, brisant des carreaux de fenêtres. On rapporte aussi des bagarres entre manœuvres et calfats canadiens et anglais aux chantiers maritimes. L’excitation devient si intense que les autorités militaires décrètent un couvre-feu pour les journées suivantes et verrouillent la haute-ville, pendant que les banques de la basse-ville mettent tout leur numéraire à l’abri dans les murs de la citadelle. Ce climat de tension est alimenté par un réseau de rumeurs et de bruits qui entretiennent le qui-vive même si aucun autre incident n’est rapporté9.

Vue de l’extérieur, nul doute que la démobilisation des élites francophones de Québec a fortement nuit à la propagation du message patriote dans l’est du Bas-Canada en 1837-1838. Les autorités militaires ont ainsi mieux pu concentrer leurs efforts afin d’écraser le mouvement dans la région de Montréal. Demeure que de telles divisions étaient sans doute inévitables tant Montréal et Québec vivaient alors des réalités socio-économiques différentes et tant était encore alors embryonnaire le sentiment national canadien-français.

Gilles Laporte


1 Fernand Ouellet, « Papineau et la rivalité Québec-Montréal », Revue d`histoire de l`Amérique française, vol. 13, no. 3 (déc. 1959): 319-320.
2 Gilles Gallichan, «Québec, été 1837», Les Cahiers des Dix, vol. 49: 111-138.; ANC, MG24 B129, Fonds du Comité de correspondance de Montréal: 31.
3 Quebec Mercury, 11 juin 1835 ; Le Canadien, 22 mai 1835 ; ANC, MG24 B128, Fonds du Comité de correspondance de Québec : 97C, 98C ; Robert Rumilly, Papineau et son temps. Montréal, Fides, 1977, I : 372.
4 Fernand Ouellet, « Papineau… » : 325.
5 Michel Bibaud, Histoire du Canada et des canadiens sous la domination anglaise, Montréal, Éditions Lovell, III : 343. 
6 Gilles Gallichan, «Québec, été 1837» : 124-125 ; The Canadian Vindicator, 23 mai 1835, 18 juillet 1835; La Minerve, 1ier juin 1837.
7 Antoine Roy, « Les patriotes de la région de Québec », Les Cahiers des Dix, no 24, 1959 : 243. La Minerve, 8 juin 1837 ; Robert Rumilly, Papineau…, I, 440.
8 Le Canadien, 19 juin 1837; Le Libéral, 19 sept. 1837; André Beaulieu et Jean Hamelin, La Presse québécoise des origines à nos jours, Québec, PUL, 1973, I : 95.
9 Antoine Roy, « Les patriotes.. » : 243 ; Gérard Filteau, Histoire des Patriotes, Québec, Septentrion, 2003 : 420; Le Canadien, 22 nov 1837; John Hare, Les Patriotes, 1830-1839. Ottawa, Éditions Libération, 1971 : 241.

 


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 PJJ. Boisvert  (16 février 2009)
Merci pour les infos,faudra bien mesurer le pouls patriotique des québécois un jour. A quand une Union sacrée entre les patriotes du Québec?;...une voie supérieure pour qu'advienne la libération pleine et entière de tout notre Peuple.à+
 G. Théberge  (14 février 2008)
Je constate que pas grand chose n'a changé quand on voit comment la chicane permanente se pertpétue parmi lesouvreainistes aujourd'hui. Mais je trouve l'article très instructif et des plus intéressants. Merci monsieur Laporte.
 R.Marquette  (3 février 2008)
Savoir notre histoire passé nous permet de savoir ou on vas dans le futur.Lindépendance d'un pays se fait boucoup par la connaissance de son histoire.Tres bon article j'ai appris d'autres éléments de la période des patriotes.

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