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Les Patriotes de 1837@1838 - Jules Verne (1828-1905), <i>Famille-Sans-Nom.</i> Deuxi鑝e partie : Chapitre 3. M. de Vaudreuil Maison-Close
 BIBLIOGRAPHIE 
     
Jules Verne (1828-1905), Famille-Sans-Nom. Deuxi鑝e partie : Chapitre 3. M. de Vaudreuil Maison-Close
Article diffus depuis le 31 octobre 2005
 


 T閘閏hargez Famille-sans-nom dans un format d'impression PDF plus pratique.  98 pages (1,2 mgs)


"Ma m鑢e, dit Jean, apr鑣 avoir d閜os le bless sur le lit que son fr鑢e ou lui occupaient, lorsqu'ils venaient passer la nuit Maison-Close, ma m鑢e, il y va de la vie de cet homme, si les soins lui manquent!

- Je le soignerai, Jean!

- Il y va de ta vie, ma m鑢e, si les soldats de Witherall le d閏ouvrent chez toi!

- Ma vie!... Est-ce que ma vie compte, mon fils?" r閜ondit Bridget.

Jean ne voulut pas lui apprendre que son h魌e 閠ait M. de Vaudreuil, une des victimes de Simon Morgaz. C'e鹴 閠 lui rappeler d'infamants souvenirs. Mieux valait que Bridget ne le s鹴 pas. L'homme auquel elle donnait asile 閠ait un patriote. Cela suffisait pour qu'il e鹴 droit son d関ouement.

Tout d'abord, Bridget et Jean 閠aient retourn閟 pr鑣 de la porte. Ils 閏outaient. Si de lointaines clameurs retentissaient encore du c魌 de l'間lise, le calme r間nait sur la grande route. Les derniers reflets des incendies allum閟 dans le haut quartier de la bourgade commen鏰ient s'閠eindre peu peu, et aussi les cris des royaux. Ils avaient fini de br鹟er, de piller et de massacrer. En somme, une vingtaine d'habitations avaient 閠 r閐uites en cendres. Maison-Close 閠ait de celles qui avaient 閏happ la destruction. Mais Bridget et Jean ne pouvaient-ils tout craindre des vainqueurs, lorsque le soleil viendrait 閏lairer les ruines de Saint-Charles.

D'ailleurs, ils 閜rouv鑢ent plus d'une alerte pendant cette soir閑. D'heure en heure, des rondes de soldats et de volontaires passaient devant Maison-Close, surveillant les abords de la bourgade au tournant de la grande route. Elles s'arr阾aient parfois. Est-ce donc que des perquisitions eussent 閠 ordonn閑s, que des agents de la police fussent sur le point de frapper la porte, en sommant de l'ouvrir? Et, alors, ce n'閠ait pas pour lui que tremblait Jean-Sans-Nom, c'閠ait pour M. de Vaudreuil, pour ce moribond qui e鹴 閠 achev dans la maison de sa m鑢e!...

Ces craintes ne devaient pas se r閍liser - pendant cette nuit du moins.

Bridget et son fils s'閠aient plac閟 au chevet du bless. Tout ce qu'ils avaient pu faire pour lui, ils l'avaient fait. Mais il aurait fallu des rem鑔es, et comment s'en procurer? Il aurait fallu un m閐ecin, et o en trouver un auquel il e鹴 閠 prudent de confier, avec la vie d'un patriote, les secrets de Maison-Close?

La poitrine de M. de Vaudreuil, mise nu, fut examin閑. Une plaie profonde, produite par le coup de sabre, s'閠endait obliquement sur la partie gauche du torse. Il semblait bien que cette plaie ne devait pas 阾re assez profonde pour qu'un organe vital e鹴 閠 atteint. Et pourtant le bless respirait si faiblement, il avait perdu une telle quantit de sang, qu'il pouvait mourir dans une syncope.

Ayant d'abord lav la blessure l'eau froide, Bridget en rapprocha les l鑦res et la recouvrit de compresses. M. de Vaudreuil se ranimerait-il sous l'influence des pansements r閕t閞閟 que lui ferait Bridget, et du repos dont il 閠ait assur Maison-Close, si les soldats de Witherall quittaient la bourgade? Jean et sa m鑢e n'osaient l'esp閞er.

Deux heures apr鑣 son arriv閑, bien qu'il n'e鹴 pas encore ouvert les yeux, M. de Vaudreuil laissa 閏happer quelques paroles. 蓈idemment il ne se rattachait plus la vie que par le souvenir de sa fille. Il l'appelait, - peut-阾re pour r閏lamer ses soins, peut-阾re aussi parce qu'il songeait aux p閞ils qui la mena鏰ient maintenant Saint-Denis...

Bridget, lui tenant la main, l'閏outait. Jean, debout, cherchait emp阠her sa blessure de se rouvrir dans quelque brusque mouvement. Lui aussi, il essayait de saisir ses paroles, entrecoup閑s de soupirs. M. de Vaudreuil allait-il dire ce que Bridget ne devait pas entendre?...

Et alors un nom fut prononc au milieu de ces phrases incoh閞entes.

C'閠ait le nom de Clary.

"Ce malheureux a donc une fille? murmura Bridget, en regardant son fils.

- Sans doute... ma m鑢e!

- Et il la demande!... Il ne veut pas mourir sans l'avoir revue!... Si sa fille 閠ait pr鑣 de lui, il serait plus tranquille!... O est-elle en ce moment?... Ne pourrais-je essayer de la retrouver... de l'amener ici... en secret?

- Elle!... s'閏ria Jean.

- Oui!... Sa place est pr鑣 de son p鑢e qui l'appelle et qui se meurt?"

cet instant, dans un acc鑣 de d閘ire, le bless voulu se redresser sur son lit.

Puis, de sa bouche haletante s'閏happ鑢ent ces mots, qui ne disaient que trop ses angoisses:

"Clary... seule... l-bas... Saint-Denis!"

Bridget se releva.

"Saint-Denis?... dit-elle... C'est l qu'il a laiss sa fille?... Entends-tu, Jean?

- Les royaux!... Saint-Denis!... reprit le bless. Elle ne pourra leur 閏happer!... Les mis閞ables se vengeront sur Clary de Vaudreuil...

- Clary de Vaudreuil?" r閜閠a Bridget.

Puis, baissant la t阾e, elle ajouta:

"M. de Vaudreuil... ici!

- Oui! M. de Vaudreuil, r閜ondit Jean, et, puisqu'il est Maison-Close, il faut que sa fille y vienne!

- Clary de Vaudreuil chez moi", murmura Bridget.

Immobile, pr鑣 du lit o gisait M. de Vaudreuil, elle regardait ce patriote dont le sang coulait pour la cause de l'ind閜endance, celui qui, douze ans avant, avait failli payer de sa t阾e la trahison de Simon Morgaz. S'il apprenait quelle maison lui avait donn asile, quelles mains l'avaient disput la mort, l'horreur ne l'emporterait-elle pas, et, d鹴-il se tra頽er sur ses genoux, ne se h鈚erait-il pas de fuir le contact infamant de cette famille?

Dans un g閙issement prolong, M. de Vaudreuil laissa encore 閏happer le nom de Clary.

"Il peut mourir, dit Jean, et il ne faut pas qu'il meure sans avoir revu sa fille...

- J'irai la chercher, r閜ondit Bridget.

- Non!... Ce sera moi, ma m鑢e!

- Toi que l'on poursuit dans le comt?... Veux-tu donc succomber avant d'avoir accompli ton 渦vre?... Non, Jean, tu n'as pas encore le droit de mourir! J'irai chercher Clary de Vaudreuil!

- Ma m鑢e, Clary de Vaudreuil refusera de te suivre!

- Elle ne refusera pas, quand elle saura que son p鑢e est mourant et qu'il l'appelle! - O Mlle de Vaudreuil est-elle, Saint-Denis?

- Dans la maison du juge Forment... Mais c'est trop loin, ma m鑢e!... Tu n'auras pas la force!... Pour aller et revenir, il y a douze milles!... Moi, en partant tout de suite, j'aurai le temps d'arriver Saint-Denis et d'en ramener Clary de Vaudreuil avant le jour! Personne ne me verra sortir! Personne ne me verra rentrer Maison-Close...

- Personne?... r閜ondit Bridget. Et les soldats qui surveillent les routes, comment les 関iteras-tu?... Si tu tombes entre leurs mains, comment pourras-tu leur 閏happer?... M阭e en admettant qu'ils ne te reconnaissent pas, est-ce qu'ils te laisseront libre? Tandis que moi, une vieille femme... pourquoi m'arr阾eraient-ils? Assez discut, Jean! M. de Vaudreuil veut voir sa fille!... Il faut qu'il la voie, et il n'y a que moi qui puisse la ramener pr鑣 de lui!... Je vais partir!"

Jean dut se rendre aux instances de Bridget. Bien que la nuit f鹴 tr鑣 sombre, s'aventurer sur des chemins que surveillaient les patrouilles de Witherall, c'e鹴 閠 risquer de ne pouvoir accomplir sa t鈉he. Il importait que Clary de Vaudreuil e鹴 franchi le seuil de Maison-Close avant le lever du soleil. Qui sait m阭e si la vie de son p鑢e se prolongerait jusque-l! Lui, Jean-Sans-Nom, connu comme tel, maintenant qu'il avait combattu visage d閏ouvert, pourrait-il arriver Saint-Denis? Pourrait-il en revenir avec Clary de Vaudreuil? Ne serait-ce pas risquer de la jeter plus s鹯ement aux mains des royaux?

Cette derni鑢e raison le d閏ida surtout, car il e鹴 fait bon march des dangers qui lui 閠aient personnels. Il donna Bridget les instructions n閏essaires pour qu'elle p鹴 arriver pr鑣 de la jeune fille chez le juge Froment. Il lui remit un billet, ne contenant que ces mots: "Confiez-vous ma m鑢e et suivez-la!" qui devait inspirer toute confiance Clary. Cela fait, Jean entr'ouvrit la porte, il la referma sur Bridget et vint s'asseoir pr鑣 du lit de M. de Vaudreuil.

Il 閠ait un peu plus de dix heures, lorsque Bridget descendit rapidement la route, d閟erte alors. Le froid glacial des longues nuits canadiennes, enveloppant toute la campagne, rendait le sol propice une marche rapide. Le premier quartier de la lune, qui allait dispara顃re l'horizon, laissait quelques 閠oiles poindre entre les nuages tr鑣 閘ev閟.

Bridget marchait d'un bon pas travers ces solitudes obscures, sans peur ni faiblesse. Pour accomplir un devoir, elle avait retrouv son 閚ergie d'autrefois, dont elle devait encore donner tant de preuves. Cette route de Saint-Charles Saint-Denis, elle la connaissait, d'ailleurs, l'ayant si souvent parcourue pendant sa jeunesse. Ce qu'elle avait redouter, c'閠ait de se croiser avec quelque d閠achement de soldats.

Cela se produisit deux ou trois reprises dans un rayon de deux milles au del de Saint-Charles. Mais, cette vieille femme, pourquoi l'e鹴-on emp阠h閑 de passer? Elle en fut quitte pour les mauvais compliments de gens plus ou moins ivres, et ce fut tout. Le lieutenant-colonel Witherall n'avait point organis de reconnaissances dans la direction de Saint-Denis. Avant d'aller ch鈚ier cette malheureuse bourgade, il voulait s'assurer des dispositions prises par les vainqueurs de l'avant-veille, et ne se souciait pas de compromettre sa victoire par une attaque inconsid閞閑.

Il suit de l que, pendant les deux autres tiers de la route, Bridget ne fit aucune dangereuse rencontre. Les pauvres gens qu'elle rejoignit, qu'elle d閜assa m阭e, c'閠aient des fugitifs de Saint-Charles, qui se r閜andaient travers les paroisses du comt, n'ayant plus d'asile depuis que leurs maisons avaient 閠 livr閑s au pillage et aux flammes.

Mais - cela n'閠ait que trop certain - o Bridget avait pu passer librement, Jean e鹴 閠 dans l'impossibilit de le faire. l'approche des d閠achements, il lui aurait fallu se jeter en dehors de la grande route, prendre par les chemins de traverse au prix de d閠ours qui ne lui eussent pas permis d'阾re revenu Maison-Close avant le jour. Et, si quelque piquet de cavalerie l'avait arr阾, il n'en aurait point 閠 quitte pour des propos de caserne. Peut-阾re m阭e l'aurait-on reconnu, et l'on sait trop de quelle condamnation l'e鹴 frapp la cour de justice Montr閍l.

Une demi-heure avant minuit, Bridget avait atteint la rive du Richelieu.

La maison du juge Froment, qu'elle connaissait, 閠ait situ閑 sur cette rive, un peu en dehors de Saint-Denis. Bridget n'avait donc point traverser le Richelieu - ce qu'elle n'aurait pu faire sans une embarcation qu'il e鹴 fallu chercher. Il lui suffisait de descendre pendant un quart de mille pour arriver devant la porte de la maison.

L'endroit 閠ait absolument d閟ert. Un profond silence r間nait en cette partie de la vall閑.

Au lointain, peine quelques lumi鑢es brillaient-elles aux fen阾res des premi鑢es habitations de la bourgade, alors plong閑 dans un repos que ne troublait aucune rumeur.

Fallait-il en conclure que la nouvelle de la d閒aite de Saint-Charles n'閠ait pas encore arriv閑 Saint-Denis?

C'est ce que pensa Bridget. Clary de Vaudreuil ne devait donc rien savoir de ce d閟astre, et ce serait par elle, messag鑢e de malheur, qu'elle allait tout apprendre.

Bridget monta les marches du petit escalier, l'angle de la maison, et frappa la porte.

La r閜onse se fit attendre.

Bridget frappa de nouveau.

Des pas r閟onn鑢ent l'int閞ieur d'un vestibule, qui s'閏laira faiblement. Puis une voix demanda:

"Que voulez-vous?...

- Voir le juge Froment.

- Le juge Froment n'est pas Saint-Denis, et, en son absence, je ne puis ouvrir.

- J'ai de graves nouvelles lui communiquer, reprit Bridget en insistant.

- Vous les lui communiquerez son retour!"

La d閠ermination de ne point ouvrir paraissait si formelle, que Bridget n'h閟ita pas se servir du nom de Clary.

"Si le juge Froment n'est pas chez lui, dit-elle, Mlle de Vaudreuil doit y 阾re, et il faut que je lui parle.

- Mlle de Vaudreuil est partie, fut-il r閜ondu, non sans une certaine h閟itation.

- Elle est partie?...

- Depuis hier...

- Et savez-vous o elle est all閑?...

- Sans doute... elle aura voulu rejoindre son p鑢e!

- Son p鑢e?... r閜ondit Bridget. Eh bien! c'est de la part de M. de Vaudreuil que je viens la chercher!

- Mon p鑢e! s'閏ria Clary, qui se tenait au fond du vestibule. Ouvrez!...

- Clary de Vaudreuil, reprit Bridget en baissant la voix, si je suis venue, c'est pour vous conduire pr鑣 de votre p鑢e, et c'est Jean qui m'envoie..."

D閖 les verrous de la porte avaient 閠 repouss閟, lorsque Bridget dit voix basse:

"Non... n'ouvrez pas!... Attendez!..."

Et, redescendant les marches, elle se laissa glisser au pied de l'escalier. En effet, il importait qu'elle ne f鹴 pas aper鐄e, il importait qu'on ne la vit pas entrer dans cette maison, et, en ce moment, une troupe d'hommes, de femmes, d'enfants, s'approchait, en suivant la rive du Richelieu.

C'閠ait la premi鑢e bande des fuyards, qui atteignait Saint-Denis, apr鑣 avoir pris travers la campagne pour 関iter les routes. L, il y avait des bless閟 que soutenaient leurs parents ou leurs amis, de pauvres femmes entra頽ant ce qui leur restait de famille, et aussi plusieurs patriotes valides, qui avaient pu se soustraire l'incendie et au massacre. Nombre d'entre eux devaient conna顃re Bridget, et Bridget tenait ce qu'on ne s鹴 pas qu'elle avait quitt Maison-Close. Aussi, blottie dans l'ombre du mur, voulait-elle laisser passer ce premier flot de fugitifs.

Mais, pendant ces quelques minutes, que dut penser Clary, entendant ces cris, - des cris de d閟espoir? Depuis plusieurs heures, elle guettait les nouvelles qui devaient venir de Saint-Charles. Peut-阾re serait-ce son p鑢e, peut-阾re Jean lui-m阭e qui se h鈚erait de les apporter, s'il ne se d閏idait pas marcher imm閐iatement sur Montr閍l, apr鑣 une nouvelle victoire?

Non! travers cette porte que Clary n'osait plus ouvrir, des g閙issements arrivaient jusqu' elle.

Enfin, les fugitifs, apr鑣 avoir pass devant la maison, continu鑢ent redescendre la berge, en attendant qu'il leur f鹴 possible de franchir le fleuve.

La route 閠ait redevenue tranquille, bien que d'autres cris se fissent encore entendre en aval.

Bridget s'閠ait relev閑. Au moment o elle allait frapper de nouveau, la porte s'ouvrit et se referma sur elle.

Clary de Vaudreuil et Bridget Morgaz 閠aient maintenant en pr閟ence, dans une des chambres du rez-de-chauss閑, 閏lair閑 d'une lampe dont la lueur ne pouvait se glisser travers les volets, herm閠iquement ferm閟.

La vieille femme et la jeune fille se regardaient, tandis que la servante se tenait l'閏art.

Clary 閠ait p鈒e, pressentant quelque 閜ouvantable malheur, n'osant interroger.

"Les patriotes de Saint-Charles?... dit-elle enfin.

- Vaincus! r閜ondit Bridget.

- Mon p鑢e?...

- Bless...

- Mourant?...

- Peut-阾re!"

Clary n'eut pas la force de se soutenir, et Bridget dut la recevoir dans ses bras.

"Du courage, Clary de Vaudreuil! dit-elle. Votre p鑢e demande que vous veniez pr鑣 de lui... Il faut que vous partiez, que vous me suiviez sans perdre un instant.

- O est mon p鑢e? demanda Clary, peine remise de cette d閒aillance.

- Chez moi... Saint-Charles! r閜ondit Bridget.

- Qui vous envoie, madame?

- Je vous l'ai dit... Jean!... Je suis sa m鑢e!...

- Vous?... s'閏ria Clary.

- Lisez!"

Clary prit le billet que lui tendait Bridget. C'閠ait l'閏riture de Jean-Sans-Nom qu'elle connaissait bien.

"Confiez-vous ma m鑢e..." 閏rivait-il.

Mais comment M. de Vaudreuil se trouvait-il dans cette demeure? 蓆ait-ce Jean qui l'avait sauv, qui l'avait entra頽 hors du champ de bataille de Saint-Charles, et qui l'avait transport Maison-Close?

"Je suis pr阾e, madame! dit Clary de Vaudreuil.

- Partons!" r閜ondit Bridget.

Aucun autre propos ne fut 閏hang.

Les d閠ails de cette d閟astreuse affaire, Clary les apprendrait plus tard. Elle n'en savait que trop d閖: son p鑢e mourant, les patriotes dispers閟, la victoire de Saint-Denis annihil閑 par la d閒aite de Saint-Charles!

Clary s'閠ait la h鈚e envelopp閑 d'un v阾ement sombre pour accompagner Bridget.

La porte du vestibule fut ouverte. Toutes deux descendirent sur la route.

Les seules paroles que Bridget pronon鏰, en tendant la main dans la direction de Saint-Charles, furent celles-ci:

"Nous avons six milles faire. Pour que personne ne sache que vous 阾es venue Maison-Close, il faut que nous y soyons rentr閑s cette nuit m阭e."

Clary et Bridget remont鑢ent la rive du fleuve, afin de rejoindre la route qui va directement vers le nord travers le comt de Saint-Hyacinthe.

La jeune fille aurait voulu marcher rapidement dans la h鈚e qu'elle avait d'阾re au chevet de son p鑢e. Mais elle dut mod閞er son pas, car Bridget, bien qu'elle y mit une 閚ergie au-dessus de son 鈍e, n'aurait pu la suivre.

D'ailleurs, il y eut des retards. Diverses bandes de fugitifs venaient en sens inverse. Se m阬er eux, c'閠ait risquer d'阾re entra頽 vers Saint-Denis. Mieux valait les 関iter. Bridget et Clary se jetaient alors sous les fourr閟 droite ou gauche de la route. On ne les voyait pas, mais elles voyaient, elles entendaient.

Ces pauvres gens s'avan鏰ient mis閞ablement. Quelques-uns laissaient des traces sanglantes sur le sol. Des femmes portaient de petits enfants entre leurs bras. Les plus valides des hommes soutenaient les vieux, qui voulaient se coucher sur le chemin pour y mourir. Puis, lorsque des cris 閏lataient au loin, la bande disparaissait au milieu de l'obscurit.

Est-ce que les soldats et les volontaires poursuivaient d閖 ces malheureux, fuyant leur bourgade en flammes, cherchant dans les fermes un abri qu'ils ne pouvaient plus trouver Saint-Charles? Est-ce que la colonne Witherall 閠ait d閖 en marche pour surprendre, au jour naissant, les patriotes en d閞oute?

Non! ce n'閠aient que d'autres fugitifs qui erraient au milieu de la campagne. Il en passa ainsi des centaines. Et combien eussent succomb pendant cette horrible nuit, si quelques fermes ne se fussent ouvertes pour les recevoir!

Clary, le c渦r serr d'angoisses, assistait aux horreurs de cette fuite. Et pourtant, elle ne voulait pas d閟esp閞er de la cause de l'ind閜endance, pour laquelle son p鑢e venait d'阾re frapp mortellement.

Puis, d鑣 que le chemin 閠ait libre, Bridget et elle se remettaient en marche. Pendant une heure et demie, elles all鑢ent dans ces conditions. mesure qu'elles se rapprochaient de la bourgade, les retards 閠aient moins fr閝uents, parce que la route 閠ait moins encombr閑. Tout ce qui avait pu s'閏happer 閠ait loin d閖, du c魌 de Saint-Denis, ou dispers entre les comt閟 de Verch鑢es et de Saint-Hyacinthe. Ce qu'il fallait 関iter dans le voisinage de Saint-Charles, c'閠ait la rencontre des d閠achements de volontaires.

Aussi, trois heures du matin, restait-il encore deux milles faire pour atteindre Maison-Close.

ce moment, Bridget tomba, 閜uis閑.

Clary voulut la relever.

"Laissez-moi vous aider, lui dit-elle. Appuyez-vous sur moi... Nous ne pouvons 阾re loin...

- Encore une heure de marche, r閜ondit Bridget, et je ne pourrai jamais...

- Reposez-vous un instant. Apr鑣, nous repartirons!... Vous prendrez mon bras!... Ne craignez pas de me fatiguer!... Je suis forte...

- Forte!... Pauvre enfant... vous tomberiez bient魌 votre tour!"

Bridget s'閠ait remise sur les genoux.

"蒫outez-moi, dit-elle, j'essaierai de faire quelques pas... Mais, si je tombe, vous me laisserez seule...

- Vous laisser seule?... s'閏ria Clary.

- Oui! ce qu'il faut c'est que vous soyez cette nuit m阭e aupr鑣 de votre p鑢e... La route est directe... Maison-Close, c'est la premi鑢e maison qui se trouve gauche, en avant de la bourgade... Vous frapperez la porte... Vous direz votre nom... Aussit魌 Jean vous ouvrira...

- Je ne vous abandonnerai pas... r閜ondit la jeune fille. Je n'irai pas sans vous...

- Il le faut, Clary de Vaudreuil! r閜ondit Bridget. Et alors, lorsque vous serez en s鹯et, mon fils viendra me chercher... Il me portera, lui, comme il a port M. de Vaudreuil!

- Je vous en prie, essayez de marcher, madame Bridget!"

Bridget parvint se remettre debout. Mais elle ne faisait plus que se tra頽er. Cependant, toutes deux gagn鑢ent pr鑣 d'un mille encore.

En ce moment, l'horizon s'閏lairait d'une lueur, qui se levait l'est dans la direction de Saint-Charles. 蓆aient-ce les premiers rayons de l'aube, et ne serait-il pas possible d'atteindre Maison-Close avant le jour?

"Partez! murmura Bridget... Partez, Clary de Vaudreuil!... Laissez-moi!...

- Ce n'est pas le jour... r閜ondit Clary. Il est peine quatre heures du matin... Ce doit 阾re le reflet d'un incendie..."

Clary n'acheva pas sa phrase. La pens閑 lui vint comme Bridget que Maison-Close 閠ait peut-阾re la proie des flammes, que l'asile de M. de Vaudreuil avait 閠 d閏ouvert, que Jean et lui 閠aient prisonniers des soldats de Witherall, moins qu'ils n'eussent trouv la mort en se d閒endant!

Cette crainte provoqua chez Bridget un supr阭e effort d'閚ergie. Clary et elle, pressant le pas, parvinrent se rapprocher de Saint-Charles.

La route formait coude en cet endroit, et c'est au del de ce coude que s'閘evait Maison-Close.

Clary et Bridget arriv鑢ent au tournant de la route.

Ce n'閠ait pas Maison-Close qui br鹟ait, c'閠ait une ferme, situ閑 sur la droite de la bourgade, et dont le ciel r関erb閞ait les flammes l'horizon.

"L... c'est l!" s'閏ria Bridget en montrant sa demeure d'une main tremblante.

Encore cinq ou six minutes, et ces deux femmes y auraient trouv refuge.

cet instant, apparut un groupe de trois hommes, qui descendaient la route - trois volontaires, chancelant sur leurs jambes, ivres d'eau-de-vie, souill閟 de sang.

Clary et Bridget voulurent les 関iter en se jetant de c魌. Il 閠ait trop tard.

Les volontaires les avaient aper鐄es. Ils se pr閏ipit鑢ent sur elles. De ces mis閞ables, tout 閠ait craindre. L'un d'eux avait saisi la jeune fille et cherchait l'entra頽er, tandis que les deux autres retenaient Bridget.

Bridget et Clary appel鑢ent leur secours. Mais qui aurait pu entendre leurs cris, sinon d'autres soldats, moins ivres que ceux-ci, et plus dangereux peut-阾re?

Soudain, un homme bondit hors du fourr, gauche de la route, et, d'un coup vigoureux, il 閠endit terre le mis閞able qui violentait la jeune fille.

"Clary de Vaudreuil!... s'閏ria-t-il.

- Vincent Hodge!"

Et Clary s'attacha au bras de Hodge qu'elle venait de reconna顃re la lueur des flammes.

Lorsque M. de Vaudreuil 閠ait tomb sur le champ de bataille de Saint-Charles, Vincent Hodge n'avait pu le secourir, ignorant que, quelques instants plus tard, Jean-Sans-Nom l'avait entra頽 hors de la m阬閑, il 閠ait revenu apr鑣 les derniers coups de feu, et il 閠ait rest dans le voisinage de la bourgade, au risque de tomber entre les mains des royaux. Puis, la nuit venue, il avait essay de d閏ouvrir M. de Vaudreuil parmi les bless閟 ou les morts, entass閟 la lisi鑢e du camp. Ayant vainement cherch jusqu' l'heure o l'aube allait para顃re, il redescendait la route, lorsque des cris l'attir鑢ent l'endroit o Clary se d閎attait pour 閏happer un danger pire que la mort.

Mais Vincent Hodge n'eut pas le temps d'apprendre que M. de Vaudreuil avait 閠 transport dans cette maison, quelques centaines de pas. Il lui fallut faire face aux deux coquins, qui avaient abandonn Bridget pour se jeter sur lui. Leurs cris venaient d'阾re entendus en amont de la route. Cinq ou six volontaires accouraient pour leur pr阾er assistance. Il n'閠ait que temps pour Clary et Bridget de se r閒ugier Maison-Close.

"Fuyez!... fuyez! cria Vincent Hodge. Je saurai bien leur 閏happer!"

Bridget et Clary remont鑢ent rapidement la route, tandis que Vincent Hodge, aussi r閟olu que vigoureux, terrassait ses agresseurs que l'ivresse rendait moins redoutables.

Et, avant que leurs camarades les eussent rejoints, il bondit vers le fourr au milieu de coups de feu qui lui furent tir閟 sans l'atteindre.

Bient魌, Bridget frappait la porte de Maison-Close, qui s'ouvrait imm閐iatement, elle faisait entrer la jeune fille, et tombait dans les bras de son fils.

 

Recherche parmi 15772 individus impliqu閟 dans les r閎ellions de 1837-1838.

 



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