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Les Patriotes de 1837@1838 - Dix utopies qui ont forgé le Québec - Le rêve patriote, moment phare du passé québécois (<i>Le Devoir</i>, 27 juin 2005)
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Dix utopies qui ont forgé le Québec - Le rêve patriote, moment phare du passé québécois (Le Devoir, 27 juin 2005)
Article diffusé depuis le 28 juin 2005
 




Par Gérard Bouchard, professeur à l'Université du Québec à Chicoutimi et titulaire d'une chaire sur l'étude comparée des imaginaires collectifs. Ses recherches l'ont conduit récemment à étudier les embâcles de sens qui ont historiquement gêné et qui continuent toujours de gêner le développement de la société québécoise.

À une époque où le Québec semble vouloir repenser son devenir, Le Devoir propose d'explorer, tous les lundis de l'été, une dizaine d'utopies passées, proposées et incarnées par des hommes et des femmes qui ont marqué cette société, de la Nouvelle-France jusqu'aux années 1970. Comment ces personnages clés, mais parfois méconnus, de notre histoire, ont-ils envisagé l'avenir? Quels projets les ont portés, quelles luttes les ont animés? Quelle mémoire avons-nous de ces avenirs rêvés? Jean-Philippe Warren, titulaire de la Chaire d'études sur le Québec de l'université Concordia, a conçu et coordonné la série, avec la collaboration d'Antoine Robitaille.
Si une société vit de ses rêves, de ses mythes, elle doit aussi vivre avec ses échecs et en aménager la mémoire. Ce travail entraîne un choix : la mémoire peut éteindre l'événement en l'exilant dans un passé qui se fige et n'a plus de prise sur le devenir. Il entre alors dans l'éternité des choses mortes. Mais elle peut aussi lui redonner vie en l'ouvrant sur le présent. Alors, il survit dans l'actualité, il continue de participer à ce qui peut advenir.
Le mouvement patriote, dont Louis-Joseph Papineau (1786-1871) fut le dernier et le plus prestigieux dirigeant, s'est déployé dans le Bas-Canada (l'équivalent du Québec actuel) au cours des premières décennies du XIXe siècle. Il appartient à ces rêves immenses qui ont mobilisé toute une époque en esquissant un grand destin possible. Le projet ayant échoué, quelle place doit-il occuper aujourd'hui dans notre mémoire ?

Un rêve moderne

Le mouvement patriote, c'est la tentative orchestrée et soutenue pendant plus de trois décennies, entre les premières années du XIXe siècle et 1837-38, pour briser le lien colonial qui maintenait la société bas-canadienne sous le joug de la Grande-Bretagne. Sous la direction de Louis-Joseph Papineau, il visait à établir dans la vallée du Saint-Laurent une société démocratique inspirée du modèle républicain.
Moderne, le projet s'inscrivait directement dans deux grands courants qui faisaient alors basculer tout l'Occident : d'un côté, les Révolutions nationales qui, en Europe, chassaient du pouvoir les vieilles monarchies despotiques et décadentes pour les remplacer par des démocraties parlementaires; de l'autre, le mouvement de décolonisation qui, dans les collectivités du Nouveau Monde (et tout particulièrement en Amérique du Sud), soustrayait les jeunes nations à l'emprise politique des métropoles européennes. Dans les deux cas, des idéaux de liberté et d'égalité commandaient la pensée et l'action.
Moderne, le projet des Patriotes l'était de bien d'autres façons. Le modèle proposé du futur État-Nation consacrait la pluralité des cultes et s'ouvrait à toutes les ethnies. Il préconisait l'éducation populaire publique, obligatoire, et l'accès général à la propriété, suivant la pensée de Jefferson pour qui le citoyen éclairé a besoin de l'indépendance que procure l'assise foncière, même modeste.
D'autre part, et en s'appuyant cette fois sur la grande tradition européenne des Lumières, les Patriotes misaient sur le progrès grâce à la raison appliquée à la science, à l'économie et à la conduite des autres affaires.

Un rêve du Nouveau Monde

Il est remarquable aussi que l'utopie mise en avant par Papineau et les siens se soit articulée étroitement à l'expérience et à la sensibilité du nouveau continent, à la grande aventure des Amériques. C'était véritablement un rêve du Nouveau Monde en ce qu'il donnait libre cours à l'audace et à l'innovation.
En outre, c'est une pensée qui se modelait sur l'expérience originale des «Canadiens» installés depuis plus de deux siècles sur le territoire laurentien. Elle participait aussi du grand rêve américain (au sens continental) de rédemption en réaction à la corruption, à l'usure de l'Europe, ce vieux continent qui, disait-on, avait dérogé à sa grande mission civilisatrice. Et elle en prenait à son aise avec la référence française, moins par ce qu'elle en rejetait que par l'assurance et la liberté de choix qu'elle affichait.

Un chef qui transcende son époque

Avocat, seigneur de Montebello, Louis-Joseph Papineau a incarné les aspirations, les idées et les contradictions d'une petite bourgeoisie montante largement issue du milieu paysan mais ayant pu accéder à une éducation supérieure -- une petite bourgeoisie qui avait vécu tous les abus de l'impérialisme et avait appris à le détester.
L'homme a très tôt adhéré aux valeurs qui allaient porter son siècle et le suivant : laïcité, démocratie, républicanisme, anti-colonialisme. Il a mis au service de ces idéaux des talents hors de l'ordinaire : une culture très riche, très érudite, ouverte sur l'Europe et sur les Amériques, une pensée puissante, généreuse, qui donnait aussi bien dans la philosophie politique que dans l'action, une fidélité remarquable dans l'engagement, une sensibilité qui le tenait éloigné de toute fixation doctrinale ou sectaire, et des dons oratoires remarquables.
Le projet, on le voit, conjuguait plusieurs «conditions gagnantes». Il comportait un fort potentiel d'exaltation, de mobilisation, de changement; il jouissait d'un important appui populaire (comme le montrent les succès électoraux du parti patriote); il s'inscrivait pleinement dans la ligne du temps, dans la pente de l'histoire qui se faisait ou se refaisait; et il a réuni autour d'un chef d'envergure les meilleurs esprits du Bas-Canada (les Parent, Bédard, Duvernay, De Lorimier, Viger et autres). Pourtant, il a échoué.

L'héritage d'un échec

Il s'est heurté à une puissance colonisatrice particulièrement hostile à tout compromis et qui a multiplié les preuves de mauvaise foi, s'employant à semer la frustration, la grogne et la division parmi les rangs patriotes. En conséquence, le mouvement a fait preuve d'impatience, il s'est durci et, en 1837, il a commis l'erreur de se militariser.
Ce dérapage a fourni à Londres (alors la plus grande puissance militaire au monde) le prétexte d'une répression brutale, excessive, sans aucune proportion avec la menace qu'on voulait réduire. On peut le dire : ce n'est pas au Bas-Canada que la Grande-Bretagne a forgé sa réputation de fair play et de pragmatisme, nourrie par l'esprit de compromis.
L'échec des Rébellions a pesé très lourd dans l'histoire du Québec -- je dirais sans hésiter : autant que la Conquête. La répression violente qui a suivi a cassé les orientations émancipatrices portées par les Patriotes et, par là, a engagé la société canadienne-française sur une voie étroite qui l'éloignait des grands courants de l'heure. Ont pu ainsi se mettre en selle, et pour un long siècle, des élites frileuses, très conservatrices, qui ont aménagé dans le lit de la défaite et de la répression le lieu de leur pouvoir.
On a vu le haut clergé se compromettre sans réserve avec le vainqueur (comme il l'avait fait déjà aux lendemains de la Conquête). On a vu aussi la plus grande partie de la petite bourgeoisie s'accommoder de cette alliance et s'activer à en tirer profit de diverses manières.
Ces nouveaux maîtres ont introduit l'intolérance, la xénophobie; ils se méfiaient de la démocratie, se montraient insensibles aux inégalités sociales croissantes et, tout en jurant fidélité à l'admirable «petit peuple», ils veillaient à le priver des moyens de son émancipation en se liguant contre les syndicats «neutres» et en conspuant l'instruction publique obligatoire.
Enfin, après 1840, une classe de lettrés allait se charger de construire sur ces bases rien de moins qu'un nouvel imaginaire, et notamment, une identité canadienne-française qui tenait littéralement de l'imposture -- ou du coup de force symbolique -- tant elle déformait la réalité de cette société qu'elle installait pour longtemps dans de fausses représentations d'elle-même : en l'occurrence, des représentations débilitantes qui distillaient le doute de soi, le rejet de l'autre, la peur du changement, la résignation, le sentiment d'impuissance. Un imaginaire qui aliénait, rapetissait, détournait des vrais enjeux et faisait la partie belle aux puissants.

Une mémoire vive...

Les Rébellions, un moment phare de notre histoire, ai-je dit. Mais qu'en faisons-nous ? Comme il arrive avec les vieux phares, nous pouvons le transformer en un musée qui se referme sur ses murs, en un monument, une pierre froide que viennent éclairer une fois l'an les lumières rituelles de la commémoration. Mais nous pouvons aussi le maintenir allumé et nous guider de ses feux qui n'ont pas encore livré leurs braises. En faire non pas une stèle mais un projecteur.
Dans l'histoire du Québec, le mouvement patriote est plus qu'un accident de parcours. C'est un acte fondateur, un bel élan émancipateur brisé par des forces d'oppression auxquelles le cours général de l'histoire a donné tort. Qu'attendons-nous pour nous donner raison ?

 


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Consulté 2879 fois depuis le 28 juin 2005
 Jacques  (3 août 2009)
Un résumé concis et clair de notre histoire. Merci de le rendre disponible.
 Eh bien !  (14 janvier 2009)
Je vous dis MERCI!
 Sarah  (1 octobre 2008)
Je t'aime Louis-Joseph! Fait moi un enfant
 Solange  (4 août 2005)
Oui! Que ce phare reste allumé! C`est un texte concis mais combien fort. Merci.
 Annie  (1 août 2005)
WOW!... En plus d`être un magnifique résumé patriotique...sa mais beaucoup d`envergure sur...peut-être encore...un Québec libre.
 Annie  (1 août 2005)
WOW!... En plus d`être un magnifique résumé patriotique...sa mais beaucoup d`envergure sur...peut-être encore...un Québec libre.
 Annie  (1 août 2005)
WOW!... En plus d`être un magnifique résumé patriotique...sa mais beaucoup d`envergure sur...peut-être encore...un Québec libre.
 Louise  (30 juin 2005)
Extrêmement intéressant ! Quelle admirable synthèse. Bravo !
 Louise  (30 juin 2005)
Extrêmement intéressant ! Quelle admirable synthèse. Bravo !

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