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Les Patriotes de 1837@1838 - Lettre de Papineau à sa femme ( A P Q P - B : 4 8 k ) (Copie dactylographiée.) Québec 6 Janvier 1836
 CORRESPONDANCE 
     
Lettre de Papineau à sa femme ( A P Q P - B : 4 8 k ) (Copie dactylographiée.) Québec 6 Janvier 1836
Article diffusé depuis le 28-mars-04
 




Chère Maman Quel coup de foudre est venu frapper si à l'improviste ce pauvre Viger L(s) Avis un premier jour que son dernier enfant était sérieusement malade; le lendemain avis que les remèdes ont agi le plus favorablement possible et que l'enfant entre en convalescence; puis quelques heures plus tard, avis qu'il est mort! Et la pauvre M(me) Viger! elle est bien mère, et fille, et soeur, des douleurs. Elle partage des afflictions communes à l'humanité toute entière. Mais elles se sont concentrées & répétées si rapidement pour elle que les autres douleurs, paraissent pâles et faibles à coté des siennes. Et cependant, chère amie, nous avons aussi éprouvé les mêmes 379 pertes, mais à de plus longs intervalles. Nous n'aurions peut être pas la force d'en supporter autant. Que Dieu détourne d'aussi redoutables épreuves. Ta sensibilité te tuerais, la mienne me rendrait fou ou désespéré et misanthrope insupportable. C'est ton assiduité auprès d'elle qui m'aura privé d'une lettre de toi que j'aurais aimé à recevoir aujourd'hui. Nous avons éprouvé les mêmes pertes. Je me reprends, ce serait être injuste et ingrat envers la providence. Dans quelle belle vieillesse la Providence nous conserve mon père et ta mère. Et quand elle a retiré vers elle quelques uns de nos enfans, elle nous laisse entourés de plusieurs autres que nous chérissons si tendrement. Oui, les pertes de famille sont les peines les plus sensibles de la vie. Il faut pourtant les souffrir avec courage comme tout ce qui est inévitable. Il me semble qu'il t'échappe un cri d'effroi chaque fois que tu penses à la mort, la terrible mort, dis-tu. Il ne faut pas l'envisager comme si terrible et menaçante, parce que l'on serait moins propre à remplir chaque jour avec courage ses devoirs publics et domestiques. Elle deviendrait une pensée tellement habituelle et dominant toutes les autres, que l'on n'aurait pas la force d'envisager avec calme qu'elle est la large portion de notre vie que nous devons donner à réfléchir sur ce qu'il est convenable et décent de faire dans l'intérêt de son pays, de sa famille, et de soi-même. Il faut croire que l'on remplit bien les fins pour lesquelles l'on a été passagèrement jetté sur la terre, en se disant chaque jour: Je tacherai aujourd'hui d'être utile, et d'être agréable à ceux avec qui je dois vivre aujourd'hui. Un autre cours d'idée serait aussi blâmable chez ceux qui doivent vivre dans le monde, que celui-ci serait blâmable chez eux et celles qui ont fait choix de la retraite et de l'isolement le plus grand possible, d'avec les autres hommes. Oh! me voilà entré dans un sermon trop long. Mais je dois aller bientôt visiter avec M(r) le Coadjuteur, M(r) Viger, et autres notabilités civiles et ecclésiastiques, nos pieuses et estimables Mères Ursulines. Il faut bien que je m'affile la langue, pour quelques propos édifiants. Je ne manquerai sans doute pas de leur dire que tous ceux qui sont bénis, par la jouissance d'avoir une bonne femme leur doivent être très reconnaissans, puisque la sublimité de leur vertu et la profonde sagesse de leurs leçons ont pu vaincre les imperfections et les fragilités naturelles au sexe. Je ne t'ai pas écrit Dimanche, j'ai peut être fait une centaine de visites. Je les avais interrompues samedi, et étais demeuré avec Viger. Ne les pas rendre aurait peiné plusieurs; offensé beaucoup de mes compatriotes et autres qui m'ont fait des visites. Le lundi M(r) Buteau avait bal, où il y avait plus de deux cents invités. Tu m'as dit, je crois que cet honnête homme avait, à son arrivée de la campagne, été en service. Il est aujourd'hui celui de tous les citoyens de Québec qui a l'air de vivre dans le plus grand luxe. Il a acquis la maison de M(r) Wilson autrefois, l'a aggrandie, elle a dix ouvertures de longueur, et, au moyen d'une arcade, les deux divisions sont réunies en une. J'avais chargé de Bleury de faire mes excuses pour n'y pas aller, d'après la perte qu'éprouvait un proche parent et un intime ami. Qu'elle était la personne qu'y rencontrait de Bleury en entrant, par sa gaucherie ordinaire, c'était M(r) D.B. Viger? Il est vivement affecté de cette perte. Il la regarde dit-il, comme si elle avait lieu dans sa propre famille. Ce lui ravit presque l'espérance de perpétuer son nom dans la famille, ce qu'il désire si ardemment. Il n'aime pas ces réunions; mais par inattention et crainte de désobliger, il a la faiblesse de s'y rendre. Quoi, vous voilà ici, dit de Bleury ? Oui, où est Papineau ? Est-ce qu'il ne serait pas invité ? Il l'est, mais il m'a chargé, de ses excuses à raison de l'affliction de M(r) Louis Viger. -- Tiens, il a bien raison! M(r) Buteau arrive, exprime le plus grand chagrin de mon absence, et M(r) Viger alors s'en retire du mieux qu'il peut, en disant: Le sentiment et la situation sont les mêmes pour moi que pour M(r) Papineau je viens pour vous faire mes excuses moi même, et me retirer. Plusieurs auditeurs ont dit que c'était ma détermination qui avait fait la sienne, et ont un peu ri de sa démarche. Voilà comme l'homme le plus instruit et presque le plus vertueux que je connaisse, riche des dons de la nature, de la culture de l'esprit, de la fortune, a diminué en mille occasions la considération qui devrait l'environner, parce qu'il a été un enfant gâté, qui a négligé de se conformer aux égards, que la société demande que l'on ait, pour les usages reçus; qui, par manque de bonne manières, a l'air de s'estimer seul et de mépriser le reste des hommes quoique ses sentimens ne soient nullement tels. Cette réunion a duré jusqu'à 6 heures du matin pour la plûpart des hôtes, et jusqu'à 8 heures pour plusieurs. De Bleury dit que d'un bout à l'autre cette immense maison est meublée avec la plus grande somptuosité et que le luxe de la table effacait tout ce qu'il a vu ailleurs. Bien, si cela peut durer, mais il y a beaucoup trop de ce gout ici, et bien peu de gouts solides. J'espère que tu es en réunion de famille, si nos deux grands garçons sont venus te voir comme tu en avais l'espérance. Oh Chère Maman je suis de coeur et de désir présent et participant à vos affectueux bonjours, à vos doux entretiens. Jouissez de ces heureux moments. Ils le seraient davantage si je les partageais. Mais que cette absence même ne soit pas un sujet de regret tel qu'il puisse refroidir le bonheur que vous avez d'être ensemble. Je ne suis que momentanément absent, par devoir et de secondes vacances nous réuniront tous ensemble dans six mois. La grande fille de la maison sera bien contente d'être avec deux bons frères qui l'aiment tendrement dont, l'ainé dans quelques mois sera son maître de Géographie, puis elle sera son maitre de musique. Elle lui montrera qu'un philosophe ne sait pas tout, et qu'une petite fille comme elle, peut lui apprendre quelque chose. Puis mon cher Gustave va mettre le tems à profit. Je gage que ses deux frères lui apprennent quelques jeux qu'il ne connaissait pas encore; n'est-ce pas bien mettre à profit le tems des vacances. Puis Azélie, elle fera quelques joies de plus, quand elle en verra p}us que de coutume autour d'elle. La chère Maman dira à mes chers enfans que j'ai reçu leur lettre commune; que du fond de son coeur leur père leur souhaite toutes les bénédictions et le bonheur que la Providence peut donner aux plus heureux de ses enfans; que tous mes voeux sont pour qu'ils soient des hommes vertueux, que toutes mes consolations se rattachent à l'espérance qu'ils ne tromperont pas notre attente sous ce rapport. Bonne amie jouissez du plaisir de passer quelques jours ensemble. Quand vous pensez à moi, soyez certains que je ne vous oublie pas. J'ai écrit à Amédée pour lui et son frère dans les derniers jours de Décembre, j'espère qu'il aura reçu la lettre que j'avais mise à la poste et affranchie. Pendant que vous êtes ensemble écris moi ou me fais écrire un peu plus souvent; profites du conseil que tu m'as souvent donné et que je n'ai pas suivi d'écrire chaque jour quelques lignes. Etre logé six ensemble m'enlève en conversation un tems infini. Puis les papiers du Haut et du Bas Canada que durant les Sessions je lis tous avec plus d'assiduité qu'ils ne le méritent pour la plupart, m'en ravit aussi beaucoup trop. Adieu. Dis à Amédée qu'il prenne deux ouvrages, s'ils lui peuvent aider, qui sont dans la première bibliothèque, Beudant en français, Coulson en anglais qui sont des ouvrages sur la Physique. Portez vous bien comme moi, aimez moi comme je vous aime. Ton bon ami. LETTRES DE L.-J. PAPINEAU à SA FEMME 381

 


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